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1 septembre 2015

Le kabig, histoire d'un vêtement identitaire breton



Nous nous sommes quittés fin juin avec le choix de passer les vacances en marinière à Saint-Malo ou en bikini sexy à Saint-Tropez... Pour moi ce fut Saint-Malo. Et qui dit marinière... Le 8 juillet, Jean-Paul Gaultier présentait sa collection Haute Couture Automne-Hiver 2015-2016, entièrement dédiée à la Bretagne, terre natale de sa fameuse marinière fétiche. Explorant et revisitant les traditions culturelles et l'imaginaire bretons, il nous a offert un festival de broderies bigoudènes sur des contrastes de draps secs, de velours brillants et de soies transparentes, de jeux de dentelles et de rayures marin, de coiffes moulées dans une dentelle de faux cheveux... Qui d'autre que lui pousserait le délire jusqu'à créer des jupes et des robes crêpes ? Du Gaultier pur beurre !

▲Modèles de la collection Haute Couture Automne-Hiver 2015-2016, Jean-Paul Gaultier
sur Le Figaro Madame, L'Express Styles, Elle

Caban, vareuse, gilet, imperméable, tous les basiques du vestiaire marin sont représentés dans cette collection. Mais, cher Jean Paul, vous avez oublié le kabig ! Vêtement identitaire porté « comme un drapeau » par certains Bretons, devenu le manteau quotidien de tous les écoliers bretons des années 1960, il est vrai qu'il n'a plus guère droit aux honneurs aujourd'hui. L'occasion pour Les Petites Mains, en cette rentrée de septembre, de raviver sa mémoire et vous raconter son histoire.

▲Kabig enfant en laine bouillie, gris chiné, boutons en bois, taille 8/9 ans, années 1970
en vente sur etsy.com

Au XVIIIe siècle, avant le kabig, le kab-an-aod

Étymologiquement, le kabig [prononcer : kabik], comme son grand frère le caban, vient de l'arabe Qabâ [tunique] qui a donné le mot sicilien cabbanu [vareuse]. Le kab-an-aod, littéralement « manteau de grève », est porté dès la première moitié du XIXe siècle par les ramasseurs de goémon dans le pays de Pagan, dans le Nord Finistère, plus particulièrement autour de Kerlouan et Brignogan. Le terme de kabig n'apparaît qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Selon le PDG d'Armor-Lux Jean-Guy Le Floc'h, qui se passionne pour le kabig, celui-ci est sans doute né du sac'h rouz, le simple sac de pommes de terre en jute qu'on repliait pour se protéger la tête et le dos des pluies infiltrantes. Le kabig semble n'être au départ qu'un « paletot à capuche », comme celui que porte l'un des accusés, pilleur d'épave, Jean Hily, lors du procès après le naufrage du Neptune le 26 janvier 1792, ou la « casaque de toile à capuchon » décrite par l'écrivain breton et français Jacques Cambry, dans son Voyage dans le Finistère, publié en 1799 (on peut le lire, Tome II sur Gallica). Sa coupe et ses lignes, près du corps, rappellent celles des vestes masculines de l'époque.

▲à g. : Marchands bretons de Plougastel, Michel Auguste Le Tendre, 1827, sur Archives du Finistère
à dr. : Marin de Plougastel, maquette de costume pour l'opéra Le Fanal, 1849, sur Gallica, BnF, Paris
Ces hommes portent une veste de laine écrue à capuche.

▲Costume de grève du Pays pagan, François-Hippolyte Lalaisse, 1843
François-Hippolyte Lalaisse, professeur de dessin à l’École polytechnique,
spécialiste des représentations d’uniformes, parcourt la Bretagne
en 1843 et 1844 pour y faire un relevé des costumes traditionnels.
Ses dessins sont publiés dans la Galerie armoricaine en 1845-1846,
Nantes et la Loire-Inférieure en 1850-1851
et La Bretagne contemporaine en 1864.
Ces recueils de costumes ne peuvent être utilisés comme illustrations véridiques
du vêtement populaire porté réellement au début du XIXe siècle ;
mais ils sont source d’inspiration pour de multiples représentations de la Bretagne ;
ce costume a servi pour l'opéra Le Fanal, de Henri de Saint-Georges,
donné au Théâtre de l'Opéra en décembre 1849
MuCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée), Marseille
et Gallica, BnF, Paris
en bas à g. : Kabig de laine blanche à trois boutons et liséré rouge et bleu, 1885
Le Port-Musée, Douarnenez▼

Une coupe de goémon à Sainte-Anne, François-Hippolyte Lalaisse, 1864
On peut voir le « manteau de grève » porté par un goémonnier, à droite de l'image.
Musée de Bretagne, Rennes

En 1844, François-Hippolyte Lalaisse, à qui on doit une quantité considérable de dessins et de gravures sur le costume régional breton, publie plusieurs dessins montrant le kab-an-aod. qui peuvent être considérés comme les représentations les plus anciennes du kabig. Il s'agit alors d'un vêtement de travail taillé dans un solide tissu de laine de mouton non dégraissée et foulée (on brasse l'étoffe mouillée, sous l'action de la chaleur et en milieu savonneux, pour provoquer un retrait) pour améliorer son imperméabilité et sa résistance au vent. Des empiècements en double épaisseur de tissu et parfois un petit demi-cercle en ailerette aux épaules renforcent la résistance à l'humidité et à l'usure des outils. Une poche ventrale permet de s'y réchauffer les mains. Les détails crantés des découpes et des poches évitent que le tissu ne s'effiloche. Rien ne se perd chez ces travailleurs pauvres : les lisières bleu et rouge du tissu sont récupérées pour border la capuche et le devant du kabig – les lisières constituent une sorte de garantie et permettent d'identifier l'étoffe. Le bouton est alors plat et rond.

Les pilleurs de mer à Guisseny, Yan'Dargent, 1861 sur Flickr
Des scènes de pillages d'épaves ont été relevées sur toutes les côtes bretonnes ;
mais le mythe des naufrageurs sanguinaires allumant des feux pour attirer les bateaux,
amplifié par le XIXe siècle, est sans fondement, selon les historiens d'aujourd'hui.
Jules Michelet écrit en 1832 dans son Tableau de la France :
« Souvent, dit-on, une vache promenant à ses cornes un fanal mouvant,
a mené les vaisseaux sur les écueils. Dieu sait alors quelles scènes de nuit !
On en a vu qui, pour arracher une bague au doigt d'une femme qui se noyait,
lui coupaient le doigts avec les dents. »
Scène de naufrage au pays de Kerlouan, François-Hippolyte Lalaisse, 1864
Musée départemental breton, Quimper▼

Les pilleurs de mer bretons dans l'attente d'un naufrage, Pierre Émile Berthélémy, 1851
Musée de Morlaix, Morlaix, sur Flickr

Une Bretagne « romantique et exotique » inspire la mode et les arts du XIXe siècle

Au XVIIIe siècle, la Bretagne ne se détache pas outre mesure des autres provinces françaises – les représentations provinciales naissent surtout à partir de la Révolution : pour casser l'ordre de l'Ancien Régime, chaque région est désormais identifiée à un paysage, à des monuments, à des coutumes, la France divisée en départements. L'image d'une Bretagne rurale traditionnelle, peuplée de paysans grossiers, incultes et superstitieux, sous influence du clergé et des petits seigneurs locaux, émerge des rapports obligatoires décadaires ou mensuels rédigés par les commissaires de la République, élite administrative représentant le pouvoir central, au regard souvent méfiant, prisonniers de leurs représentations, qui ressentent plus qu'ils ne comprennent les structures sociales solides et contraignantes de cette province.

Dans les années 1830-1840, la Bretagne est toujours perçue comme une région archaïque, catholique et conservatrice, elle n'est plus définie que par ses visiteurs. Une vague romantique submerge l'Europe, qui puise dans les racines celtiques et moyen-âgeuses que l'on croyait à jamais proscrites par l'humanisme de la Renaissance puis la mesure et le bon goût classiques, adeptes d'un retour aux sources gréco-latines. Les poèmes gaéliques d'Ossian, les romans écossais de Walter Scott ont un énorme retentissement dans tous les pays européens. La Bretagne devient un substitut d'Écosse, les artistes romantiques français fantasment sur ses origines celtiques supposées intactes et authentiques, la superstition et la rusticité « primitives » de ses habitants aux costumes pittoresques. Elle devient la destination à la mode dans les cercles aristocratiques et parisiens.

Par leurs récits de voyage, Victor Hugo, George Sand, Honoré de Balzac, Prosper Mérimée, Gustave Flaubert, Stendhal diffusent l'image durable d'un pays magnifique mais en retard sur son époque. C'est dans ce contexte que textes littéraires, gravures et tableaux répandent le cliché de Bretons « pilleurs de mer » aux mœurs cruelles et arriérées, aussi « sauvages » que les promontoires rocheux du paysage qu'ils habitent.

Des colonies d'artistes s'installent en Bretagne, comme à Douarnenez ou à Pont-Aven. À Paris, la Bretagne est à l'honneur sur les scènes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique avec des pièces à succès : Le Fanal (en 1849, dont l'action se déroule à Pornic), Le Pardon de Ploërmel (en 1859), La Korrigane (en 1880, avec Rosiata Mauri et son célèbre « pas de la sabotière » »), Kermaria (en 1897)... Parmi les modèles de costumes pour les bals, très prisés par la société du XIXe siècle, le costume breton figure en bonne place parmi les modèles dit « exotiques » [Lire sur Les Petites Mains : Déguisements et costumes de fantaisie, d'où viennent-ils ? (3) – le XIXe siècle. Engager une domestique bretonne est du dernier chic, la nourrice en « costume breton » est une figure habituelle des magazines de mode. L'ouverture de la ligne ferroviaire jusqu'à Quimper en 1863 favorise les échanges, la vogue des bains de mer, l'exode des Bretons émigrant vers Paris pour y chercher du travail ; tout cela alimente la curiosité envers la Bretagne et les Bretons. La Bretagne est à la mode, elle le restera jusqu'à la fin du siècle et au-delà – Bécassine apparaît en 1905.

▲Paletot breton, La Mode illustrée, 1866 sur Google Books

▲Paletot breton à g. : The Godey's Lady's Book, 1867
La même image a paru comme modèle des Grands Magasins du Louvre
dans un numéro de La Mode illustrée en 1867
à dr. : The Peterson Magazine, septembre 1867
– sur New York Public Library

▲Kabig en laine blanche du Pays pagan, 1885
Sur les kabigs les plus anciens, la date de fabrication est parfois brodée sur la poche.
Françoise Parra sur Pinterest

Le « paletot breton » des années 1866-1869

Le chemin de fer favorise aussi les échanges commerciaux. Les premiers grands magasins parisiens ouvrent dans les années 1850, ils instituent la vente par correspondance, les marchandises se diversifient, le rythme des modes s'accélère. Le poids économique de la mode va croissant, et avec lui son prestige. Les grandes expositions universelles mettent en avant le savoir-faire des artisans et des industriels venus d'Europe et de toutes les provinces de France.

C'est dans ce contexte qu'émerge peu à peu le « thème breton », qui fait son entrée dans la mode parisienne par le biais du « paletot breton ». Le paletot est une sorte de veste ou de manteau court, simple, plutôt flottant, fendu sur les côtés, non doublé, boutonné devant et à col le plus souvent rond. Le paletot est le premier vêtement « de confection » vendu tout fait – et donc non réalisé sur mesure – dans les « magasins de nouveautés » qui apparaissent au début du XIXe siècle. Il devient paletot breton quand il est orné de pattes brodées de laine, en particulier sur les épaules et les revers de poches. Certains d'entre eux ont des découpes crantées et une capuche, la ressemblance stylistique avec le kabig nous paraît aujourd'hui flagrante. Les journaux de mode et de la famille témoignent du succès rapide de la mode du paletot breton à partir de 1866, elle dure jusqu'en 1869.

▲Paletots bretons, vers 1866-1869
Musée de Bretagne, Rennes sur Wikimedia Commons

▲Vêtements bretons de la manufacture de A. Lévy, de Brest, images parues dans :
en ht : L'Illustration, Journal universel, 12 janvier 1867 sur HathiTrust's Digital Library
en bas : Le Monde illustré, 2 février 1867 sur Gallica, BnF, Paris▼

En 1867, M. Armand-Dumarest, rapporteur de la classe 92 des costumes populaires à l'Exposition universelle de Paris, distingue la présentation des costumes du Finistère, déléguée à un commerçant de Quimper, Samuel-Alexandre Jacob (le grand-père du poète Max Jacob). Celui-ci a la bonne idée de présenter aussi des vêtements pour citadins à broderies bretonnes : « il approprie les ornements et les broderies bretonnes à des gilets, à des casaques et à des vêtements complets pour les hommes ou pour les femmes, à l'usage des touristes et des gens du monde ; ce commerce a pris beaucoup d'extension et a même trouvé bien des imitateurs ; c'est la preuve de son succès » écrit M. Armand-Dumarest [Exposition universelle de 1867 à Paris - Rapports du Jury international - Tome IV - Classe 92 - Spécimens des costumes populaires des diverses contrées - page 871, consultable sur le site du CNUM (Conservatoire numérique des Arts et Métiers)].

On peut lire en 1866 dans Le Magasin des Demoiselles : « Quant aux vestes bretonnes, blanches, rouges, gros bleu avec broderies, elles ont été admises à Paris plus que je n'aurais pu le croire ; aussi en voit-on en grande quantité. J'avoue que je ne les aime guère qu'en voyage ; à la campagne, et surtout pour les eaux, elles seraient, il me semble, tout à fait à leur place ». Bretagne et mode de bord de mer sont associées, ce n'est que le début d'une tendance féconde, qui ressurgit régulièrement, au moins chaque décennie, depuis plus de deux siècles.

▲à g. : Vacanciers des années 1930 portant le kabig breton
à dr. : Yves Guégen, coordinateur de l'écomusée de Plouguerneau, présente un kabig d'enfant
(vraisemblablement des années 1930) ; on peut le voir au musée jusqu'en septembre 2015.
– sur Le Télégramme

Au XXe siècle, le kabig, vêtement identitaire de la culture bretonne

Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, un mouvement régionaliste se développe dans toute la France ; il est particulièrement actif dans les années 1920-1930. Ainsi en Bretagne, en 1923, des intellectuels et des artistes créent le mouvement des Seiz Breur (Les Sept Frères), initiateur de la rénovation artistique bretonne, mise au service d'une politique d'affirmation identitaire. Le mouvement est notamment remarqué lorsqu'il réunit des artistes bretons dans la salle du Pavillon de la Bretagne, à l'exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925 et à l'Exposition universelle de 1937 – on reprochera à certains d'entre eux leur dérive fascisante et leur compromission avec le régime de Vichy, qui récupère et détourne le militantisme régionaliste et l'idée d'une « France paysanne éternelle » à des fins idéologiques et racistes.

L'un des fondateurs des Seiz Breur est l'artiste ethnologue René-Yves Creston. Ses recherches sur le costume breton, dans le cadre du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), à partir de 1949, sont une référence toujours actuelle pour ce type d'études, même en dehors de Bretagne. Creston est le premier à penser les costumes bretons comme objets d'histoire, il contribue à leur connaissance, à leur conservation et à leur renouveau. Il participe à la réflexion sur l'organisation de la création textile bretonne moderne. On lui attribue parfois, avec le tailleur quimpérois Marc Le Berre, le « nouveau » kabig qui apparaît en 1937. On cite aussi Pierre Labous, tailleur de vêtement à Kerlouan à la fin du XIXe siècle. René-Yves Creston et Marc Le Berre veulent faire du kabig « un vêtement national breton » au service d'une nouvelle affirmation identitaire bretonne. Le mot kabig est un néologisme, du breton kab [en français : cape], et le diminutif ig ; il n'apparaît qu'après la guerre.

Les premiers à s'y intéresser sont les bourgeois bretons qui arrivent en villégiature dans les petites stations balnéaires du Pays pagan par train, de Landerneau, de Lesneven, de Brest. Cette bourgeoisie locale éprouve un vif engouement pour le kabig qu'elle porte avec fierté. Par imitation, les vacanciers venus d'ailleurs se l'approprient aussi ; cela n'est pas toujours bien perçu par les populations locales qui les affublent du sobriquet de lakizien [en français : laquais].

Dieu a besoin des hommes, film de Jean Delannoy, 1950
avec Pierre Fresnay dans le rôle de Thomas Gourvennec sur allociné

En 1950, sort le film de Jean Delannoy, Dieu a besoin des hommes, d'après le roman d'Henri Queffélec, Un Recteur de l'île de Sein : sur l'île de Sein, en 1850, pêcheurs et goémoniers, poussés par la misère et la faim, se font pilleurs d'épaves – le cliché a la vie rude ! Le curé de l'île, effrayé par cette coutume, retourne sur le continent. Thomas Gourvennec, pêcheur et sacristain, prend sa place... Sur suggestion de Herry Caouissin, « conseiller ethnologique » du film, sans doute acquis à la cause bretonne, les acteurs principaux, comme Pierre Fresnay dans le rôle du pêcheur Thomas Gourvennec, et les figurants goémoniers portent le kabig pendant le tournage à Plouguerneau – bien qu'aucun pêcheur ni goémonier de l'île de Sein n'ait jamais porté ce vêtement, pagan et non sénan. Mais il contribue à son succès. Le kabig débute une nouvelle carrière, alors même que celui dont il est inspiré n'est plus porté par les gens de mer.

La maison Le Minor de Pont-l'Abbé commence à fabriquer des kabigs en 1957, elle fournit les bagadoù (ensembles de musique traditionnelle bretonne). Le kabig alors commercialisé ne ressemble plus guère à son référent original. C'est un manteau trois-quarts de laine tissée serrée avec une capuche, une double poche crantée sur le devant et des ailerettes à la couture d'épaule pour éviter le ruissellement de l'eau. Ses boutons en losange, appelés cabillots, sont taillés dans du bois de buis ; parfois celui du haut est creusé et forme un sifflet. Le crantage des coutures est censé éviter l'usure.

▲Fillette masquée et garçonnet en kabig, Charles Barmay, Rennes, mars 1962
Tous les écoliers bretons des années 60 ont porté le kabig.
Musées de Bretagne sur Base Joconde

▲Le Bagad Ergué-Armel a porté jusqu'en 1995 le kabig traditionnel brodé, réalisé par la maison Le Minor.
Agence Bretagne Presse

▲à g. : Goulc'han Kervella porte le kabig traditionnel
photographie Xavier Dubois (détail), ArMen n° 205, mars-avril 2015
à dr. : Le kabig, par Armor-Lux, 2013, sur Comptoir de la Mer

Dans les années 1960-1970, période du renouveau celtique – les cercles celtiques sont nés juste après la guerre – le kabig devient un vêtement identitaire porté, pour des raisons sans doute très divergentes, par les vacanciers, les militants de la langue et de la culture bretonne, les musiciens des bagadoù. Dans l'une de ses études sur le costume breton, publiées par le CNRS entre 1953 et 1961, Creston affirme que le kabig est devenu le « costume national » de la jeunesse bretonne, invitée à entrer en résistance contre la mode citadine dominante. Aujourd'hui encore, l'écrivain dramaturge breton Goulc'han Kervella – né dans une famille de goémonniers de Plouguerneau, président du Musée des goémoniers de la ville – qui porte le kabig, affirme qu'il est « un drapeau porté sur le dos ». Du « manteau de grève », en passant par le « paletot breton », le kabig est l'un des rares vêtements populaires régionaux qui a su trouver sa place dans la mode contemporaine, même s'il est aujourd'hui un peu oublié – y compris par un créateur passionné d'histoire du costume comme Jean-Paul Gaultier – au profit de ses grands frères, le caban et le duffle-coat.

▲La petite fille, à droite sur l'image au centre, c'est moi dans mon kabig !
images de détails de kabig trouvées sur Bretagne Boutique

▲Après lecture de l'article sur Les Petites Mains, Béatrice, du blog lilicroche
m'a envoyé des photographies d'elle à quatre ans,
en 1972, dans son petit kabig rouge. Très mignonne !



28 juin 2015

En marinière ou en bikini sexy, vive les vacances !


▲Saga : Indémodable tricot rayé, JT 20 Heures, France 2, 27 juin 2015, environ 4 mn

Dans son Journal télévisé de 20 heures de samedi, France 2 nous a raconté l'histoire de la marinière, un incontournable de la mode. « Bleu comme la mer, blanc comme l'écume, le vrai pays de la marinière, c'est la Bretagne » dit le commentaire, cela sent les vacances d'été et la plage !

L'histoire de la marinière, c'est aussi l'histoire de la rayure et de sa symbolique, si changeante au fil des siècles – diabolique, hygiénique, ludique –, que Les Petites Mains vous ont déjà racontée, à relire pour retrouver quelques éléments complémentaires à cette intéressante vidéo. [Lire sur Les Petites Mains : Histoire et origines de la marinière]

J'ai quelque peu négligé le blog ces derniers mois, professionnellement occupée ailleurs, toujours dans le domaine de la mode. J'espère que les lecteurs fidèles des Petites Mains ne m'en voudront pas. Je prépare la deuxième partie de la Petite histoire du bouton, qui devrait paraître à la rentrée. [Lire sur Les Petites Mains : Petite histoire du bouton (1) - des origines au début du XVIIIe siècle]

La Plage des sixties, Saint-Tropez, la révolution BB,
un documentaire de Emmanuelle Nobécourt sur Arte

Pour ceux qui préfèrent Saint-Tropez à Saint-Malo, le bikini sexy des sixties à la marinière, Arte + 7 rediffuse jusqu'au 1er juillet, dans Les Plages des sixties (une série documentaire sur l'âge d'or des plages), Saint-Tropez, la révolution BB.

Le documentaire, nourri d'analyses de spécialistes et d'archives pertinentes, décrit la mode et le style de vie tropéziens des années 1960-1970, qui figure avec un temps d'avance le renversement du système créatif. La notion de classe d'âge remplace la notion de classe sociale ; la mode est désormais influencée par les jeunes ; après le temps des couturiers vient le temps des stylistes et le phénomène des boutiques – on y visite la fameuse Liquettes, falzars et galurins, et le style hippie chic de Jean Bouquin.

Coutures, une Collection sur une idée d’Anna-Célia Kendall
  Documentaires de Muriel Edelstein et Anna-Célia Kendall
  Commentaires co-écrits et dits par Farid Chenoune
Coproduction : Idéale Audience, Arte France (France, 2014, 2x26mn)

Mais c'est Jacques Estérel qui crée en 1959 la robe de mariage de BB, dont le patron est tout de suite diffusé dans le magazine Elle ; toutes les jeunes filles à la mode réalisent ou font réaliser leur modèle en tissu Vichy de chez Boussac. C'est cette histoire de la robe Vichy de Jacques Estérel [voir un extrait], et aussi celle de la chemise-polo de René Lacoste, deux pièces du vestiaire contemporain devenues des basiques de nos garde-robes, que raconte en 26 minutes l'émission Coutures diffusée les dimanches 5 et 12 juillet à 12 heures sur Arte, et sur Arte + 7. À ne pas manquer, surtout si on veut une suite, l'avenir de la collection dépend de l'audience !

Je vous souhaite de bonnes vacances à tous, à la mer ou ailleurs !


27 août 2014

Zara Fashion Faux pas


Chez Zara, pendant les grandes vacances d'été, tout le monde part à la plage ou regarde les retransmissions du Festival Interceltique de Lorient à la télé – mais oui, la maison Zara est installée à La Corogne, en Galice, sur la côte atlantique nord-ouest de l'Espagne !

Comme il n'y a plus personne dans les bureaux, c'est un petit robot-ordinateur qui se retrouve obligé de faire tout le boulot tout seul. Parce qu'on ne voit pas qui d'autre aurait pu faire ça...

Il a une méthode super rapide et efficace : avec sa super mémoire capable d'analyser dans un super temps le top des super meilleures ventes des deux ou trois dernières saisons, il a fait remonter en tête deux articles : une marinière rayée bleu et blanc et un T-shirt étoilé jaune soleil. Puis, le processeur à vitesse maxi, il a calculé : « facile ! » et il a produit ça :

Le robot-ordinateur a nommé son T-shirt « Shérif », à cause de l'étoile, et parce que les westerns, il a aussi enregistré que les enfants aiment bien. Comme à Zara ils avaient vraiment la tête ailleurs – à la plage ou au Festival Interceltique de Lorient – personne n'a rien remarqué de bizarre.

Et voilà qu'aujourd'hui, qui aurait dû être le beau jour de la mise en vente de son T-shirt, le monde entier s'affole et lui tombe dessus à bras raccourcis en disant des gros mots, que sa création serait d'un goût douteux, etc. Je vous laisse lire tout ça sur LeMonde.fr

Le pauvre, il n'a pas fait exprès, et bien sûr on le croit.

Il est juste inculte et trop pressé.

Puisque depuis vingt-quatre heures tout le monde se mêle de faire une piqûre de rappel sur l'étoile jaune, Les Petites Mains n'en rajouteront pas, sauf à préciser que les rayures aussi ont un passé sulfureux ; et se permettent de suggérer la lecture de l'article sur la marinière – car il n'est jamais trop tard pour apprendre. Connaître l'histoire de la mode, et l'histoire tout court, ça peut des fois être utile dans la vie !


18 octobre 2012

Le ministre en marinière



Juste après les articles sur le tricot qui arrivent en tête, celui sur les origines et l'histoire de la marinière est parmi les préférés des lecteurs des Petites Mains.

En plus de l'histoire de la marinière, il raconte en détail l'histoire et la symbolique de la rayure – diabolique, hygiénique, ludique – et des tissus rayés à travers les siècles.

Et voilà que notre ministre du Redressement productif me donne l'occasion de vous remettre en mémoire cet emblématique objet patrimonial...

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, fait la une du Parisien Magazine,
à paraître vendredi 19 octobre 2012


23 mars 2011

Le nouveau maillot rayé des Bleus

▲Le capitaine des Bleus, Alou Diarra, photographié par Karl Lagerfeld,
porte le nouveau maillot rayé Nike.

Les Bleus ont changé de maillot. Ils sont passés de la marque Adidas à la marque Nike, qui a imaginé pour eux une marinière rayée près du corps. Les joueurs vont la porter sur le terrain lors des matchs de football à l’extérieur.

Si j’en juge par les données Analytics de mon blog, cet événement national me vaut, via certains mots clefs choisis, quelques visites – les chemins de la connaissance font parfois de ces détours curieux, moi qui m'intéresse si peu au sport ! Il se trouve que j’ai en effet publié en mars 2009 un article détaillé sur la «marinière», son origine, son évolution, la symbolique complexe des rayures…

Je me suis notamment inspirée du livre passionnant de l’historien Michel Pastoureau, L'étoffe du diable, Une histoire des rayures et des tissus rayés, qui explique comment la rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident, du Moyen Âge jusqu’au XXe siècle, des marques d'exclusion ou d'infamie. Mais chuuutt, cela doit rester entre nous, il ne faut surtout pas le leur dire, aux Bleus !

À lire ici, si vous voulez épater votre footeux préféré.

25 mars 2009

Histoire et origines de la marinière



Une information est tombée il y a quelques temps, qui réjouit comme moi ceux qui s'intéressent à la mode enfantine : Jean Paul Gaultier lance une collection enfant pour l'hiver 2009, Junior Gaultier. Le groupe Zannier - qui détient déjà entre autres les marques Absorba, Catimini, Chipie, Ikks, Kenzo, Lili Gaufrette, réalisera les modèles sous licence. Trois inspirations sont attendues, dont je vous laisse la surprise ; mais nul doute que les rayures marin, signature de Jean-Paul Gaultier, seront de la partie.

Une autre information grignote les pages culturelles d'Internet et de la presse ces dernières semaines : Les Marins font la mode, la nouvelle exposition du Musée national de la Marine.

Il y a de la marinière dans l'air ! Mais d'où vient-elle ?

Origines de la marinière

La marinière est, à l'origine, le costume des matelots. A partir du XVIIe siècle des tableaux hollandais ou anglais représentant des batailles navales montrent des marins habillés de rayures, soit bleues et blanches, soit rouges et blanches, mais jusqu'au second Empire, la règlementation ne concerne que les costumes des officiers. Les hommes d'équipage, souvent des pêcheurs, apportent à bord leurs propres vêtements.

▲ à g. : Marine Royale, 1688, planche de
Costumes Militaires Français depuis l'organisation des premières troupes régulières en 1439 jusqu'en 1789,
d'Alfred de Marbot et de Dunoyer de Noirmont, 1850-1860, musée de l'Armée, Paris,
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Le Secret de la Licorne, album Tintin, Hergé, 1946, Casterman

En 1858, une ordonnance fixe dans les moindres détails les composantes de l'uniforme des hommes d'équipage : pantalon à pont, chemise blanche à col bleu, manteau court en drap de laine (qui deviendra le caban), et bien sûr le tricot rayé qui sert de tricot de corps. Un bonnet à pompon pour le travail et un chapeau rond pour les sorties complètent la tenue. La marinière doit être « à mailles unies, le tricot se compose de fils teints à l'indigo pur, formant des raies alternativement blanches et bleues. Pour le corps de la chemise, les raies blanches d'une largeur de 20 millimètres sont au nombre de 21 » – selon la légende, le nombre des victoires de Napoléon – « les raies bleues larges de 10 millimètres sont au nombre de 20 à 21. » Pour les manches, c'est « 15 raies blanches pour 14 à 15 raies bleues ». On ne plaisante plus avec le costume dans la marine !

▲Tricot rayé d'homme d'équipage "modèle 1945", vers 1953, Musée national de la Marine


Voilà, notre marinière est donc née.

Mais pourquoi des rayures ?

Dans son livre L'étoffe du diable, Une histoire des rayures et des tissus rayés – dont je vous recommande la lecture, c'est un de mes coups de ♥ – Michel Pastoureau décrit comment la rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie, et comment depuis le Moyen Âge elle a vêtu tous ceux qui dérangent ou transgressent l'ordre établi : jongleurs, saltimbanques, musiciens, bâtards, prostituées, bourreaux, condamnés, hérétiques, traîtres... Depuis, les codes ont subi des glissements, mais cette symbolique négative a perduré dans le temps, la rayure habille au XXe siècle encore domestiques, prisonniers, bagnards, membres de la pègre, déportés des camps de la mort...

▲ à g. : Gilet de domestique, 1865, The Bowes Museum , Barnard Castle
à dr. : Le valet Nestor, Objectif Lune, album Tintin, par Hergé, 1953, Casterman

▲ à g. : Les frères Dalton dans Le Magot des Dalton, Lucky Luke, 1998, Dargaud
à dr. : Tenue de déporté d'un camp de concentration nazi, 1945

Pour en revenir au monde de la marine, Michel Pastoureau rappelle que la marinière n'est portée que par les simples matelots, que c'est « une pièce de vêtement qui situe celui qui la porte au bas de la hiérarchie ». Il ajoute : « Aujourd'hui encore, par exemple, les officiers de marine français qualifient de 'zèbres' ceux des officiers qui ne sont pas sortis des écoles navales mais du rang, et qui ont donc autrefois porté un tricot rayé bleu et blanc. »

Il n'exclut cependant pas que la marinière puisse être aussi un vêtement signalétique, permettant aux matelots d'être bien visibles lors des manoeuvres toujours dangereuses, ou mieux repérés s'ils tombent à la mer. Une troisième explication, ni symbolique ni utilitaire viendrait tout simplement des contraintes du mode de tissage par métier mécanique utilisé pour sa confection : la marinière est un tricot de dessous destiné à tenir chaud, et pendant longtemps, la bonneterie européenne a surtout produit sur des métiers circulaires des pièces de vêtements rayées (bas, chausses, bonnets, gants). A noter : le tricot rayé descend très bas, jusqu'à mi-cuisses. On dit aussi que la teinture indigo coûtant fort cher, on aurait alterné le blanc et le bleu par souci d'économie.

▲ Bas rayés, vers 1850, The Metropolitan Museum of Art, New York

Hygiène de la rayure

Pendant des siècles, en Occident, il paraît inconcevable de porter un linge de corps qui ne soit autre qu'écru ou blanc, pour des raisons à la fois de modestie et de pureté (surtout quand la couleur est obtenue par des matières animales). Les teinturiers font figure d'alchimistes, on s'en méfie. Les premiers changements apparaissent vers 1860 dans les pays anglo-saxons, et ce changement du blanc à la couleur (pour le linge de corps, de toilette et plus tard les draps) se fait partout de la même manière : par le biais de la rayure et des couleurs pastel. Cette rayure hygiénique, qui purifie la couleur tout en égayant le blanc, n'a bien sûr rien à voir avec la rayure vulgaire et négative héritée du Moyen Âge.

▲ à g : Linge pour homme, La Mode illustrée, 1911, Victoria & Albert Museum, Londres

Une mode balnéaire en bleu marine et blanc

Tous ces usages anciens de la rayure vont curieusement fusionner au XIXe et au XXe siècles, lorsque la société européenne découvre les plaisirs des bains de mer et de la plage. Dès la fin du second Empire, on trouve cette mode des tissus et vêtements rayés sur les plages normandes, telles que les peint par exemple Eugène Boudin.

La Plage de Trouville par Louis Eugène Boudin, 1864,
Musée d'Orsay sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

Cette mode va s'étendre et toucher toutes les côtes d'Europe à la Belle Epoque. Pour la société bourgeoise à la fois puritaine et mondaine, la plage réalise la fusion entre la rayure exotique ou transgressive des marins et la rayure saine et morale du bon air de la mer. Tout devient rayé : les costumes de bain, les serviettes et les peignoirs, les tentes de plage.

▲ Publicité pour des costumes de bain, vers 1880-1889, BnF Cabinet des Estampes, Paris

Le costume de bain fait son apparition, les hommes exhibent sur les plages de la Belle Epoque leur maillot une pièce caleçon gilet de corps en tricot rayé. Ils sont bientôt suivis par les femmes qui, en osant peu à peu montrer leurs jambes, vont apprendre à s'émanciper. La mode du tricot rayé va s'amplifier au cours du XXe siècle au point de devenir un grand classique de l'élégance. En 1917, Gabrielle Chanel lance à Deauville le style marin en pantalon à pont, marinières courtes, maillots et ensembles fluides de jersey rayé. Portée par l'aristocratie et la bourgeoisie aisée, la rayure est chic et raffinée.

▲ à g. : Costume de bain rayé pour homme, vers 1900, Musée Galliéra
à dr. : Dupont et Dupond dans Tintin au pays de l'or noir, Dargaud, 1950

▲ à g. : Gabrielle Chanel en pantalon à pont et tricot rayé, vers 1930
à dr. : Costume marin en tricot, par Gabrielle Chanel, 1917
Archives Chanel sur Les Marins font la mode, Musée national de la Marine

▲ Pablo Picasso, par Robert Doisneau (Silver Photo Agency)
Brigitte Bardot dans Le Mépris, film de Jean Luc Godard, 1963

Dans les années 1950 et 1960, les intellectuels et les artistes adoptent la marinière, comme Pablo Picasso et Brigitte Bardot sur la Côte d'Azur. En 1962, Yves Saint Laurent est le premier à créer des tenues extrêmement élégantes inspirées du marin, dont une marinière. Cela deviendra un exercice de style pour les couturiers et les créateurs. Jean Paul Gaultier en fait son vêtement fétiche, la rayure devient un des codes de la marque. Le tricot rayé ne s'est pas seulement contenté de passer dans l'habillement civil, il est devenu une icône de mode.

▲ La marinière par Jean Paul Gaultier en 1988, 1999, 2002, 2009

Gardiennes du temple, des entreprises comme Saint-James (depuis 1889) ou Armor-Lux (depuis 1938) perpétuent la tradition de la marinière, et s'inscrivent dans le renouveau et la modernité d'une mode atlantique qui mêle uniformes de marins, tenues de pêcheurs et vêtements de loisirs nautiques et balnéaires.

▲ La marinière par Armor-Lux, modèle Saint Guénolé
Charlotte Gainsbourg dans L'Effrontée, film de Claude Miller, 1985

▲ Mode marine par (1985) Jacadi et (2008) Cyrillus

▲ Mode marine atlantique parPetit Bateau

▲ Mode balnéaire par Le Bisou de la Sorcière (1993)

La rayure ludique

Pour les enfants apparaît sous le second Empire le costume marin, sous l'impulsion de la reine Victoria qui en habille son fils Edouard, le prince de Galles, et qui sera largement imité par toutes les familles aristocrates et bourgeoises d'Europe – j'y reviendrai plus longuement dans un prochain article, pour ne me consacrer ici qu'au seul tricot rayé.

Les relations entre l'enfance et la rayure sont particulières. Elles rejoignent bien sûr la rayure hygiéniste, Michel Pastoureau fait remarquer que l'apparition de la rayure pour les enfants coïncide avec celle du bleu ciel et du rose. Un vêtement rayé paraît moins salissant.

Mais la rayure a aussi une dimension dynamique (qui s'épanouira dans le sportswear du XXe siècle), libre et joyeuse, particulièrement bien adaptée à l'univers de l'enfance. Les clowns portent souvent une pièce de costume rayée. La boucle est bouclée : nous retournons à la case départ des jongleurs, des musiciens, des fous du roi et autres trublions du Moyen Âge...

▲à g. : Obélix dans Obélix & Compagnie, Une aventure d'Astérix le Gaulois, 1976, Dargaud
à dr. : Coluche en salopette rayée, Photo Prisma Presse

A lire :

-L'étoffe du diable, Une histoire des rayures et des tissus rayés par Michel Pastoureau, Ed. du Seuil 1991, coll. Points Histoire, 6€. Pour en savoir plus sur la rayure, sur son aspect négatif hérité du Moyen Âge, puis sur sa modernité, par exemple sous la période révolutionnaire, celle de l'époque romantique qui voit apparaître une rayure positive liée à la liberté et la jeunesse...

-JPG rayé en diable, extrait du catalogue d'exposition Les Marins font la mode, Musée national de la Marine / Gallimard, page 73, par Anne Zazzo, conservatrice au Musée Galliéra. Cet excellent article analyse le processus de création de Jean Paul Gaultier, et nous fait sentir comment à partir de la transposition des codes vestimentaires marins, JPG condense toute une chaîne de références, d'images, de métaphores, pour explorer toutes les possibilités de la rayure.

-L'article intitulé La Rayure, illustré de photos de marinières présentées dans l'exposition Les Marins font la mode, par la rédactrice du blog du Musée de la Marine.

(à suivre : Le costume marin)