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9 juin 2009

Le costume marin (9) - pour en savoir plus


►Le costume marin - pour en savoir plus

▲La plage, par Thimothée Michel Paul Dupuy (1869-1949)
Musée d'Orsay sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

Né de la lente évolution du sentiment d'enfance depuis la fin du XVIIIe siècle et des nouveaux besoins de la définition de l'enfance divisée en tranches d'âges, le « costume marin » est le premier vêtement créé spécifiquement pour l'enfant, dans les années 1850. D'une longévité exceptionnelle de près de deux siècles, j'ai pensé qu'il valait bien une étude approfondie, sous plusieurs angles de vue.

▲à g. et à dr : Les jumeaux Henri et Robert aux Petites Dalles à Saint-Martin-aux-Buneaux
par Paul Lancrenon, en 1913, puis en 1921
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
au centre : Costume marin pour garçonnet, vers 1910, Musée du Textile Choletais, Cholet


Je vous en rappelle les différents épisodes :

►Le costume « en matelot » (costume marin 1)
►La naissance du costume marin (costume marin 1)
►Les débuts d'un style (costume marin 2)
►Les attributs stylistiques types du costume marin et leurs variantes (costume marin 3)
►Les filles aussi (costume marin 4)
►L'uniforme de l'enfance (costume marin 5)
►Les raisons d'un succès (costume marin 6)
►Pas de matelot sans son chapeau ! (costume marin 7)
►Le chapeau des enfants (costume marin 7)
►Le symbole stéréotype de l'enfance (costume marin 8)
►Pour en savoir plus (costume marin 9)

J'espère ne pas vous avoir lassés et ne pas avoir suscité trop de « encore le costume marin ! » Cette étude est pourtant loin d'être exhaustive, et j'aurais encore beaucoup à dire, et surtout à montrer – plein d'images en réserve.

▲Garçonnet en costume marin, 1909, sur Wikipedia


►A voir :

Pour les accros qui en veulent encore plus, je rappelle que l'exposition Les Marins font la Mode continue au Musée national de la Marine, jusqu'au 26 juillet. De plus, en raison des rotations imposées par l'exposition prolongée de certains modèles, on peut en voir de nouveaux, notamment pour le costume enfant. Sur le blog de l'exposition, on peut aussi lire des articles sur le canotier, la rayure, le costume de communiant, le béret marin pour les enfants, le costume marin du prince impérial...

►A lire :

Le Musée national de la Marine et les éditions Gallimard ont publié à l'occasion de l'exposition Les Marins font la Mode le livre éponyme, bien illustré.

Album 1900 a pour but de faire connaître la vie quotidienne autour de 1900 (1870-1930). Une page illustrée est consacrée aux détails stylistiques du costume marin (en anglais et en allemand)

Le site Historical Boy's Clothing propose plusieurs articles bien documentés sur le costume marin (en anglais : Boys sailors suits, Sailor hats and caps, The sailor suit before World War I and the Kaiser's Navy, Sailor suits : national styles, etc). C'est malheureusement mal écrit et plein de fautes, on ne peut pas voir les images réservées à un public abonné, mais on y glane plein de détails intéressants.

►Le vocabulaire franco-anglais du costume marin / sailor suit


30 mars 2009

Le costume marin (1)



Cette image, "piratée" sur le blog de l'exposition Les Marins font la mode, montre bien toute la diversité stylistique déployée par le costume marin, vêtement emblématique de la mode enfantine, présent dans la garde-robe des enfants des années 1850 à 1940, et même au-delà par la récurrence de certains détails typiques : le grand col carré, les galons appliqués, le code couleur marine/blanc/rouge.

▲ Le costume marin des enfants, vitrine de l'exposition Les Marins font la mode

Le costume marin mérite donc qu'on s'y attarde, et je ne vous parlerai aujourd'hui que de sa naissance.

►Le costume "en matelot"

Au XVIIIe siècle, comme leurs pères, les garçons portent la culotte et des chausses [bas]. Vers 1780, sous l'influence conjuguée de l'anglomanie et des théories nouvelles sur l'éducation plus "naturelle" des enfants, diffusées par Emile ou De l'Education de Jean Jacques Rousseau, le vêtement des enfants se fait plus simple, pratique et confortable. On habille les garçons entre 3 et 7 ans du costume dit en matelot, tenue intermédiaire entre la robe du bébé et l'habit masculin adulte [Lire : La culotte des garçons].

Le costume en matelot est constitué d'un frac ou d'une veste droite d'où sort une collerette plissée en lingerie et surtout, ce qui constitue une grande nouveauté, d'un pantalon long à pont, alors seulement porté par les gens du peuple et de la mer – d'où son nom : en matelot ou encore à la marinière. Blanc, ou de teinte pastel, ce costume peut être en taffetas de soie ou en toile de coton. Une large ceinture, souvent en satin, drape la taille assez haute. En France, la reine Marie-Antoinette est la première à l'adopter pour vêtir le premier Dauphin.

▲ à g. : Portrait d'enfant jouant au yoyo ou émigrette
(longtemps dit du Dauphin Louis-Charles et attribué à Elisabeth Louise Vigée Lebrun), vers 1790,
Musée Leblanc-Duvernoy, Auxerre Musées de Bourgogne
à dr. : Frac à col rabattu et pantalon à pont à la matelot portés par le Dauphin au Temple, vers 1792
Musée Galliéra (Ces deux pièces, conservées comme des reliques,
proviennent de deux sources différentes, ce qui explique leur différence de ton.)

Vers 1800, ce costume en matelot se raccourcit en spencer et pantalon boutonnés ensemble (que les Anglais appellent le skeleton suit, que les Français continuent à appeler matelot). Ce pantalon descend plus ou moins bas sur la jambe. Il a de nombreuses fronces à l'arrière, ce qui fait des fessiers importants qui auront tendance à se réduire. Le pont ne monte pas toujours jusqu'en haut du pantalon.

▲ à g. : Les enfants Hülsenbeck (détail), par Philipp Otto Runge, vers 1805-1806
Hamburger Kunsthalle
à dr. : Costume matelot, vers 1820, The Metropolitan Museum of Art, New York

►La naissance du costume marin

La reine Victoria, qui veut exalter la fierté nationale de l'Angleterre et sa marine la plus puissante du monde, habille ses enfants de costumes militaires en réduction [pretend uniforms]. Son fils aîné Albert Edouard, prince de Galles, futur Edouard VII, porte lors des croisières familiales sur le yacht royal Victoria & Albert, une tenue de matelot inspirée des uniformes de la Royal Navy : blouse et pantalon à pont blancs, vareuse à grand col bleu et chapeau en toile cirée à ruban noué. Il est ainsi représenté en 1846 vers quatre-cinq ans par le peintre François Xavier Winterhalter.

▲ à g. : Costume marin du prince Albert Edouard, 1846, National Maritime Museum, Greenwich
à dr. : Portrait d'Albert Edouard, prince de Galles, par François Xavier Winterhalter, 1846,
The Royal collection sur Artrenewal

Toutes les familles royales européennes en villégiature craquent sur le portrait de "Bertie" et imitent Victoria. On trouve cela d'autant plus charmant qu'il s'agit d'un simple costume de matelot, et non d'officier. Les petits-enfants de la reine l'adoptent eux aussi, pas seulement les fils d'Albert Edouard, Albert-Victor (né en 1864) et Georges (1867), mais aussi Guillaume (1859), prince allemand de Hohenzollern, futur Guillaume II qui en reçoit en cadeau de sa grand-mère. Les familles régnantes adaptent en mode enfantine les uniformes des marines de leurs pays. Ainsi en France, le prince impérial Louis Napoléon, fils de Napoléon III, porte un costume marin aux couleurs du yacht impérial Reine Hortense (Ce yacht impérial a été remplacé par L'Aigle en 1859).

▲ Costume de matelot du prince impérial, vers 1859,
Musée et château de Compiègne sur Agence photo de la réunion des musées nationaux RMN

En portant un costume inspiré de l'uniforme de la Marine de son pays, l'enfant participe au patriotisme et au nationalisme grandissants de la seconde moitié du XIXe siècle. C'est dans cet esprit que Zoé-Laure de Chatillon peint en 1876 le tableau La Revanche : un garçonnet endormi, revêtu d'un costume marin et d'un chapeau au ruban marqué La Revanche, représente le futur d'une nation forcément victorieuse. On sort de la guerre franco-prussienne qui a provoqué en France la chute du second Empire, cet esprit de revanche va aboutir au désastre de la Première Guerre mondiale.

▲ La Revanche, par Zoé-Laure de Chatillon, 1876,
Musée-Abbaye Saint-Germain, Auxerre sur Musées de Bourgogne

Quoi qu'il en soit, la parution du portrait de Winterhalter et de ces usages royaux dans la presse pendant une quinzaine d'années va étendre cette mode aux milieux aristocratiques et bourgeois, puis aux enfants de tous les milieux, à partir des années 1870-1875. La mode passe de l'Angleterre à l'Allemagne, puis en France et autres pays européens, jusqu'en Russie, et arrive même aux Etats-Unis d'Amérique. Les photos de famille, qu'elles soient royales ou bourgeoises, en attestent. Le costume marin vient d'entrer dans la garde-robe enfantine, et pour longtemps.

(à suivre : Les débuts d'un style)

25 mars 2009

Histoire et origines de la marinière



Une information est tombée il y a quelques temps, qui réjouit comme moi ceux qui s'intéressent à la mode enfantine : Jean Paul Gaultier lance une collection enfant pour l'hiver 2009, Junior Gaultier. Le groupe Zannier - qui détient déjà entre autres les marques Absorba, Catimini, Chipie, Ikks, Kenzo, Lili Gaufrette, réalisera les modèles sous licence. Trois inspirations sont attendues, dont je vous laisse la surprise ; mais nul doute que les rayures marin, signature de Jean-Paul Gaultier, seront de la partie.

Une autre information grignote les pages culturelles d'Internet et de la presse ces dernières semaines : Les Marins font la mode, la nouvelle exposition du Musée national de la Marine.

Il y a de la marinière dans l'air ! Mais d'où vient-elle ?

►Origines de la marinière

La marinière est, à l'origine, le costume des matelots. A partir du XVIIe siècle des tableaux hollandais ou anglais représentant des batailles navales montrent des marins habillés de rayures, soit bleues et blanches, soit rouges et blanches, mais jusqu'au second Empire, la règlementation ne concerne que les costumes des officiers. Les hommes d'équipage, souvent des pêcheurs, apportent à bord leurs propres vêtements.

▲ à g. : Marine Royale, 1688, planche de
Costumes Militaires Français depuis l'organisation des premières troupes régulières en 1439 jusqu'en 1789,
d'Alfred de Marbot et de Dunoyer de Noirmont, 1850-1860, musée de l'Armée, Paris,
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Le Secret de la Licorne, album Tintin, Hergé, 1946, Casterman

En 1858, une ordonnance fixe dans les moindres détails les composantes de l'uniforme des hommes d'équipage : pantalon à pont, chemise blanche à col bleu, manteau court en drap de laine (qui deviendra le caban), et bien sûr le tricot rayé qui sert de tricot de corps. Un bonnet à pompon pour le travail et un chapeau rond pour les sorties complètent la tenue. La marinière doit être « à mailles unies, le tricot se compose de fils teints à l'indigo pur, formant des raies alternativement blanches et bleues. Pour le corps de la chemise, les raies blanches d'une largeur de 20 millimètres sont au nombre de 21 » – selon la légende, le nombre des victoires de Napoléon – « les raies bleues larges de 10 millimètres sont au nombre de 20 à 21. » Pour les manches, c'est « 15 raies blanches pour 14 à 15 raies bleues ». On ne plaisante plus avec le costume dans la marine !

▲Tricot rayé d'homme d'équipage "modèle 1945", vers 1953, Musée national de la Marine


Voilà, notre marinière est donc née.

►Mais pourquoi des rayures ?

Dans son livre L'étoffe du diable, Une histoire des rayures et des tissus rayés – dont je vous recommande la lecture, c'est un de mes coups de ♥ – Michel Pastoureau décrit comment la rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie, et comment depuis le Moyen Âge elle a vêtu tous ceux qui dérangent ou transgressent l'ordre établi : jongleurs, saltimbanques, musiciens, bâtards, prostituées, bourreaux, condamnés, hérétiques, traîtres... Depuis, les codes ont subi des glissements, mais cette symbolique négative a perduré dans le temps, la rayure habille au XXe siècle encore domestiques, prisonniers, bagnards, membres de la pègre, déportés des camps de la mort...

▲ à g. : Gilet de domestique, 1865, The Bowes Museum , Barnard Castle
à dr. : Le valet Nestor, Objectif Lune, album Tintin, par Hergé, 1953, Casterman

▲ à g. : Les frères Dalton dans Le Magot des Dalton, Lucky Luke, 1998, Dargaud
à dr. : Tenue de déporté d'un camp de concentration nazi, 1945

Pour en revenir au monde de la marine, Michel Pastoureau rappelle que la marinière n'est portée que par les simples matelots, que c'est « une pièce de vêtement qui situe celui qui la porte au bas de la hiérarchie ». Il ajoute : « Aujourd'hui encore, par exemple, les officiers de marine français qualifient de 'zèbres' ceux des officiers qui ne sont pas sortis des écoles navales mais du rang, et qui ont donc autrefois porté un tricot rayé bleu et blanc. »

Il n'exclut cependant pas que la marinière puisse être aussi un vêtement signalétique, permettant aux matelots d'être bien visibles lors des manoeuvres toujours dangereuses, ou mieux repérés s'ils tombent à la mer. Une troisième explication, ni symbolique ni utilitaire viendrait tout simplement des contraintes du mode de tissage par métier mécanique utilisé pour sa confection : la marinière est un tricot de dessous destiné à tenir chaud, et pendant longtemps, la bonneterie européenne a surtout produit sur des métiers circulaires des pièces de vêtements rayées (bas, chausses, bonnets, gants). A noter : le tricot rayé descend très bas, jusqu'à mi-cuisses. On dit aussi que la teinture indigo coûtant fort cher, on aurait alterné le blanc et le bleu par souci d'économie.

▲ Bas rayés, vers 1850, The Metropolitan Museum of Art, New York

►Hygiène de la rayure

Pendant des siècles, en Occident, il paraît inconcevable de porter un linge de corps qui ne soit autre qu'écru ou blanc, pour des raisons à la fois de modestie et de pureté (surtout quand la couleur est obtenue par des matières animales). Les teinturiers font figure d'alchimistes, on s'en méfie. Les premiers changements apparaissent vers 1860 dans les pays anglo-saxons, et ce changement du blanc à la couleur (pour le linge de corps, de toilette et plus tard les draps) se fait partout de la même manière : par le biais de la rayure et des couleurs pastel. Cette rayure hygiénique, qui purifie la couleur tout en égayant le blanc, n'a bien sûr rien à voir avec la rayure vulgaire et négative héritée du Moyen Âge.

▲ à g : Linge pour homme, La Mode illustrée, 1911, Victoria & Albert Museum, Londres

►Une mode balnéaire en bleu marine et blanc

Tous ces usages anciens de la rayure vont curieusement fusionner au XIXe et au XXe siècles, lorsque la société européenne découvre les plaisirs des bains de mer et de la plage. Dès la fin du second Empire, on trouve cette mode des tissus et vêtements rayés sur les plages normandes, telles que les peint par exemple Eugène Boudin.

▲ La Plage de Trouville par Louis Eugène Boudin, 1864,
Musée d'Orsay sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

Cette mode va s'étendre et toucher toutes les côtes d'Europe à la Belle Epoque. Pour la société bourgeoise à la fois puritaine et mondaine, la plage réalise la fusion entre la rayure exotique ou transgressive des marins et la rayure saine et morale du bon air de la mer. Tout devient rayé : les costumes de bain, les serviettes et les peignoirs, les tentes de plage.

▲ Publicité pour des costumes de bain, vers 1880-1889, BnF Cabinet des Estampes, Paris

Le costume de bain fait son apparition, les hommes exhibent sur les plages de la Belle Epoque leur maillot une pièce caleçon gilet de corps en tricot rayé. Ils sont bientôt suivis par les femmes qui, en osant peu à peu montrer leurs jambes, vont apprendre à s'émanciper. La mode du tricot rayé va s'amplifier au cours du XXe siècle au point de devenir un grand classique de l'élégance. En 1917, Gabrielle Chanel lance à Deauville le style marin en pantalon à pont, marinières courtes, maillots et ensembles fluides de jersey rayé. Portée par l'aristocratie et la bourgeoisie aisée, la rayure est chic et raffinée.

▲ à g. : Costume de bain rayé pour homme, vers 1900, Musée Galliéra
à dr. : Dupont et Dupond dans Tintin au pays de l'or noir, Dargaud, 1950

▲ à g. : Gabrielle Chanel en pantalon à pont et tricot rayé, vers 1930
à dr. : Costume marin en tricot, par Gabrielle Chanel, 1917
Archives Chanel sur Les Marins font la mode, Musée national de la Marine

▲ Pablo Picasso, par Robert Doisneau (Silver Photo Agency)
Brigitte Bardot dans Le Mépris, film de Jean Luc Godard, 1963

Dans les années 1950 et 1960, les intellectuels et les artistes adoptent la marinière, comme Pablo Picasso et Brigitte Bardot sur la Côte d'Azur. En 1962, Yves Saint Laurent est le premier à créer des tenues extrêmement élégantes inspirées du marin, dont une marinière. Cela deviendra un exercice de style pour les couturiers et les créateurs. Jean Paul Gaultier en fait son vêtement fétiche, la rayure devient un des codes de la marque. Le tricot rayé ne s'est pas seulement contenté de passer dans l'habillement civil, il est devenu une icône de mode.

▲ La marinière par Jean Paul Gaultier en 1988, 1999, 2002, 2009

Gardiennes du temple, des entreprises comme Saint-James (depuis 1889) ou Armor-Lux (depuis 1938) perpétuent la tradition de la marinière, et s'inscrivent dans le renouveau et la modernité d'une mode atlantique qui mêle uniformes de marins, tenues de pêcheurs et vêtements de loisirs nautiques et balnéaires.

▲ La marinière par Armor-Lux, modèle Saint Guénolé
Charlotte Gainsbourg dans L'Effrontée, film de Claude Miller, 1985

▲ Mode marine par (1985) Jacadi et (2008) Cyrillus

▲ Mode marine atlantique parPetit Bateau

▲ Mode balnéaire par Le Bisou de la Sorcière (1993)

►La rayure ludique

Pour les enfants apparaît sous le second Empire le costume marin, sous l'impulsion de la reine Victoria qui en habille son fils Edouard, le prince de Galles, et qui sera largement imité par toutes les familles aristocrates et bourgeoises d'Europe – j'y reviendrai plus longuement dans un prochain article, pour ne me consacrer ici qu'au seul tricot rayé.

Les relations entre l'enfance et la rayure sont particulières. Elles rejoignent bien sûr la rayure hygiéniste, Michel Pastoureau fait remarquer que l'apparition de la rayure pour les enfants coïncide avec celle du bleu ciel et du rose. Un vêtement rayé paraît moins salissant.

Mais la rayure a aussi une dimension dynamique (qui s'épanouira dans le sportswear du XXe siècle), libre et joyeuse, particulièrement bien adaptée à l'univers de l'enfance. Les clowns portent souvent une pièce de costume rayée. La boucle est bouclée : nous retournons à la case départ des jongleurs, des musiciens, des fous du roi et autres trublions du Moyen Âge...

▲à g. : Obélix dans Obélix & Compagnie, Une aventure d'Astérix le Gaulois, 1976, Dargaud
à dr. : Coluche en salopette rayée, Photo Prisma Presse

A lire :

-L'étoffe du diable, Une histoire des rayures et des tissus rayés par Michel Pastoureau, Ed. du Seuil 1991, coll. Points Histoire, 6€. Pour en savoir plus sur la rayure, sur son aspect négatif hérité du Moyen Âge, puis sur sa modernité, par exemple sous la période révolutionnaire, celle de l'époque romantique qui voit apparaître une rayure positive liée à la liberté et la jeunesse...

-JPG rayé en diable, extrait du catalogue d'exposition Les Marins font la mode, Musée national de la Marine / Gallimard, page 73, par Anne Zazzo, conservatrice au Musée Galliéra. Cet excellent article analyse le processus de création de Jean Paul Gaultier, et nous fait sentir comment à partir de la transposition des codes vestimentaires marins, JPG condense toute une chaîne de références, d'images, de métaphores, pour explorer toutes les possibilités de la rayure.

-L'article intitulé La Rayure, illustré de photos de marinières présentées dans l'exposition Les Marins font la mode, par la rédactrice du blog du Musée de la Marine.

(à suivre : Le costume marin)