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10 juillet 2011

Sport et mode enfantine


En préfiguration des Jeux Olympiques 2012 de Londres, la Cité internationale de la Dentelle et de la Mode de Calais propose l’exposition « Sport et mode enfantine – jeux de vestiaires » jusqu’au 2 octobre 2011. Cette exposition s’intéresse aux relations étroites, qui, depuis plus d’un siècle, unissent la mode enfantine et les activités sportives.

C’est à partir de 1881, quand l’école publique obligatoire de Jules Ferry préconise les activités sportives, y compris pour les filles, que le sport s’introduit dans la vie de l’enfant. Il devient une discipline à part entière et va peu à peu bouleverser son vestiaire.

Captures d'écran de la vidéo Metropolis sur Arte

Ce samedi 9 juillet 2011, via une vidéo de Simon Dronet, l'émission Metropolis sur Arte a résumé ces influences d'un siècle de sport sur la mode enfantine, qui ont abouti à la naissance du jogging.

Pour voir la vidéo (2 mn 23) : Metropolis - La petite histoire de... - ARTE
Dans la collection, sélectionner le jogging bleu dans l'étoile blanche sur fond rouge.

15 mars 2011

Histoire du tricot (5) - Le tricot au XXe siècle, 1930-1980



Les années 1930-1940, L’Éternel Retour

▲à g. : Cardigan en laine, Elsa Schiaparelli, 1938 The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Modèles de pulls, vers 1930, Decades of Fashion, Harriet Worsley, éditions Könemann, 2006
Galerie Gatochy sur Flickr

▲à g. : Couverture de Marie-Claire n° 143, 1939 sur hprints.com
à dr. : Modèles Entre nous et Rendez-vous, vers 1930 sur etsy.com

▲à g. : Pullover en laine rebrodée, Elsa Schiaparelli, 1940
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Couverture de Elle n°79 du 20 Mai 1947 sur hprints.com

▲à g. : Robe en laine tricotée à motifs traditionnels allemands, 1941-1942
à dr. : Le Jardin du Paysan, motifs de tricot traditionnels allemands extraits d'un magazine, 1941-1942
dans La Mode des années 1940, Jonathan Walford, éditions La Bibliothèque des Arts, Lausanne

▲à g. : Reconstitution du pullover de Patrice dans L'Éternel Retour
sur le blog Linbury
à dr. : Jean Marais, L'Éternel Retour, Jean Cocteau, 1943

▲Publicité pour la laine de la marque Sirdar et recueil de modèles de tricots à réaliser
pour les soldats britanniques dans le cadre du mouvement Knit for Victory (Tricotez pour la Victoire)
sur The Retro Knitting Company

▲à g. : Cartes de boutons en plastique représentant des avions et le V de la « Victoire »
dans La Mode des années 1940, Jonathan Walford, La Bibliothèque des Arts
à dr. : Couverture du Life Magazine, photographie Gjon Mili, 24 novembre 1941
En présentant un modèle de gilet simple à réaliser, l’article donne une leçon de tricot en images
et explique comment les femmes britanniques participent à l’effort de guerre en tricotant pour les soldats.
sur life.com

▲à g. : « Moi aussi avec ma classe, j'ai adopté un soldat »,
affiche de L'école marraine du combattant
Musée de l'Armée, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Femmes et fillettes tricotant pour les soldtats du front, Decades of Fashion

C’est la décennie 1920 qui a vu la naissance du « sportswear maille ». Ni la tendance «glamour» des années 1930, ni l’influence sophistiquée du New Look de la fin des années 1940 n’entameront l’envie de tricoter des femmes, réactivée par le système D comme « débrouille » des années d’occupation et les lois rétrogrades du gouvernement de Vichy qui renvoient les femmes dans leurs foyers. La laine se fait rare, on détricote les vieux vêtements, on découpe les chiffons en lanières et on les roule en pelote pour les tricoter, on y ajoute de la ficelle, du galon et du ruban, matériaux non contingentés qu’on peut acheter sans tickets. On tricote des vêtements pour les prisonniers, qu’on parraine jusque dans les écoles. A grand renfort d’articles de presse, d’affiches et de courts métrages de propagande, les Anglo-saxons associent directement le tricot domestique à l’effort de guerre.

Grâce à la presse féminine qui continue de proposer des modèles, le tricot fait main suit de plus en plus près les tendances de la mode. Les jumpers des années 1930 se sont faits plus moulants et accentués aux épaules, les cardigans portés sur une robe de ville fluide. En Allemagne on promeut les jacquards traditionnels paysans « typiquement » allemands, qui ne sont au fond pas si différents de leurs équivalents anglais ou français. En France, en 1943, paraît dans Tout le tricot les explications pour réaliser le pull de Patrice (Jean Marais – idole de sa génération) dans L’Éternel Retour, le film de Jean Cocteau.

La sophistication des années 1950

▲à g. : Couverture de Travaux d’Aiguilles n°43, 1952
à dr. : Couverture de Nous Deux n° 396, 1954 sur Retromag.com

▲ Cache-cœur tricoté, pull et étole, caraco
Vogue américain, 1952, sur Etsy.com

▲à g. : Modèle d’ensemble à tricoter, Vogue Knitting, 1955
galerie de Millie Motts sur Flickr
au centre : Publicité pour les laines P&B, 1952
sur Skiff Vintage Knitting Patterns
à dr. : Robe tricotée main portée par le modèle Anne Gunning, 1952
galerie de Gatochy sur Flickr

▲à g. : Modèles de chapeaux et d’étoles à tricoter, Behive, vers 1950 sur Etsy.com
au centre : Modèles d’accessoires, vers 1950, galerie Baby Dee Vintage Knitting & Crochet sur Flickr
à dr. : Modèles de chapeaux à tricoter, Copley, vers 1950, sur Etsy.com

▲à g. : Couverture du magazine anglais John Bull, 1958, sur The Bridgeman Art Library , Londres
au centre : Publicité pour les laines Copley, 1951, sur Skiff Vintage Knitting Patterns
à dr. : Couverture du magazine américain McCall, 1958, galerie Cluttershop sur Flickr

▲à g. : Page de tricot, Elle, 1962
à dr. : Wilhelmina Cooper porte une création en tricot style Chanel, Elle, septembre 1961
galerie Classic Style of Fashion (First) sur Flickr

En 1947, le New Look lancé par Christian Dior impose une femme-objet extrêmement sophistiquée ; elle porte la guêpière, ainsi nommée pour ne pas remémorer le pénible corset. Les modèles en tricot s’adaptent à ce changement radical d’idéal esthétique, les nouveaux chandails à col roulé, caracos ou twins sets – pulls ras du cou et cardigans assortis, moulent les seins en obus façon pin-up. Ils se portent sur des jupes à la taille étranglée, ajustées ou tout au contraire gonflantes et juponnantes ou sur des pantalons et corsaires qui collent au corps et allongent les jambes.

Dans cette société marquée par l’abondance et l’élévation du niveau de vie, la consommation croît de manière exponentielle, mettant en scène une femme au foyer, ménagère qui a du chic et qui s’intéresse de plus en plus près à la mode via les magazines féminins populaires comme Marie Claire ou Le Petit Echo de la Mode. Elle et le Jardin des Modes concernent plutôt une femme bourgeoise, plus « intellectuelle ». La présentation dans ces magazines, deux fois par an, des tendances de la Haute Couture reste un rendez-vous incontournable. La France est le pays où le prêt-à-porter s’installe le plus tardivement. Ce mouvement est activement soutenu par la presse : Elle passe des accords avec des magasins – comme par exemple Prisunic en 1956, pour mettre en cohérence le style des vitrines des boutiques et celui des pages mode à paraître dans le magazine.

Les catalogues et pages de modèles couture et tricot, qui bénéficient de la généralisation de la couleur, reprennent les postures contraintes et maniérées des magazines de mode. Ils s’inspirent des tendances vues aux défilés. La profusion des accessoires (foulards, étoles, sacs, chapeaux, gants, cols et autres colifichets) se retrouve aussi dans le tricot ou crochet fait main. Avec le retour de Chanel en 1954, l’esprit maille, plus pratique, est néanmoins toujours présent dans cette élégance affectée de la fin des années 1950.

▲à g. : Carte d’échantillons de coloris et fils 100% laine, vers 1950
Victoria & Albert Museum, Londres
au centre : Pullover, vers 1950, galerie Vintage mode sur Flickr
à dr. : Publicité pour la laine Pernelle de Villemot, 1950, sur h.prints

▲à g. : Publicité Du Pont pour la fibre synthétique Nylon®, 1948 sur le blog JonWilliamson.com
au centre : Publicité pour un fil mélangé Nylon® et laine, Du Pont, vers 1940
galerie Millie Motts sur Flickr
à dr. : Modèles de twin sets à tricoter en laine ou en Nylon®, vers 1950
galerie Knitting Kitchen sur Flickr

▲à g. : Publicité pour la fibre Crylor® des laines Bel, 1960, sur hprints
à dr. : Article sur la fibre Dralon® dans 1959 L'Officiel de la Mode n°449, 1959
Archives L'Officiel de la Mode, années 1950 sur JalouGallery

L’autre nouveauté, et non des moindres, est l’apparition de fibres synthétiques, de composition entièrement chimique. On citera entres autres nombreuses marques, selon les pays, les polyamides Nylon® (1938) et Rilsan® (1942), la chlorofibre Rhovyl® (1949), les polyesters Dacron® (1950) et Tergal® (1954), l’acrylique Crylor® (1954). On les mélange à la laine pour la rendre plus souple, plus résistante, plus légère, et surtout bien plus facile d’entretien. Le succès est immédiat.

Le tricot rayé et coloré des années 1960-1970

▲à g. : Minirobe plissée en jersey de laine zippé, Mary Quant, 1967
Victoria & Albert Museum, Londres
au centre : Mary Quant, Archives Bettmann, Corbis, galerie Dovima is devine II sur Flickr
à dr. : Modèle dessiné par Mary Quant pour les laines Courtelle, vers 1960, galerie EadaoinFlynn sur Flickr

▲à g. : Ensemble Cosmos en jersey de laine, Pierre Cardin, 1968
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Ligne Cosmocorps, Pierre Cardin, Collection prêt-à-porter 1967
galerie HarmonySledge sur Flickr

▲à g. : Minirobes rayées en jersey, Prisunic, fin des années 1960
au centre : Modèle Tricots pour vous, vers 1970 galerie retro space sur Flickr
à dr. : Robe rayée à tricoter, 1967 galerie cemetarian / Knitting Patterns sur Flickr

▲à g. : Ensemble Missoni, vers 1970
en couverture de Decades of Fashion, Harriet Worsley, Editions Könemann, 2006
à dr. : Détail de maille tricotée en zig-zag, collection Missoni sur Interview Magazine

Dès le début des années 1960, grâce à des couturiers et stylistes « modernes » comme Mary Quant en Angleterre, André Courrèges, Jacques Esterel, Pierre Cardin en France, qui inventent un prêt-à-porter abordable aux couleurs vives et gaies en jersey uni ou rayé, gansé et zippé, les nouvelles textures synthétiques s’implantent solidement dans l’univers de la mode. Elles sont si variées, qu’il est impossible, comme auparavant, de les reconnaître au toucher : à partir de 1963, l’étiquetage des matières majoritaires composant le vêtement est rendu obligatoire pour chaque article. Le jersey est roi, les rayures muticolores s’affichent partout. En Italie, Ottavio et Rosita Missoni popularisent les pullovers, ensembles et robes fluides, à zigs-zags ultracolorés.

▲à g. : Ensemble en tricot de laine écrue André Courrèges
présenté dans Elle, 2 septembre 1968, collection particulière
à dr. : Robes en tricot, 1969, galerie Dovima is divine sur Flickr

▲à g. : Le styliste japonais Kenzo et son équipe de Jungle Jap, photographie Uli Rose, vers 1970
à dr. : Pulls Jap Paris-Tokyo, Kenzo Takada, 1971, Kyoto Costume Institute, Kyoto

▲à g. : Photographie parue dans Elle, décembre 1967 galerie lobstar28 sur Flickr
au centre g. : Bas à tricoter soi-même, De Fil en Aiguille n°44, 1972, collection particulière
au centre dr. : Robe de chalet en tricot, Jean Patou Boutique
L'Officiel de la Mode n°549, 1967 Archives L'Officiel de la Mode années 1960 sur JalouGallery
à dr. : Robes de chalet, Fiche-Tricot Elle, 1967 galerie lobstar28 sur Flickr

▲à g. : Modèle paru dans Elle, mai 1969 galerie Classic Style of Fashion (Third) sur Flickr
au centre g. : Ensemble pantalon tunique en laine tricotée, Dior Boutique
L'Officiel de la Mode n°561, 1968 Archives L'Officiel de la Mode, années 1960 sur JalouGallery
au centre dr. : Collant en laine noire réalisé au crochet, Yves Saint Laurent
L'Officiel de la Mode n°586, 1971 Archives L’Officiel de la Mode, années 1970 sur JalouGallery
à dr. : Modèle d’ensemble long gilet et pantalon à tricoter et crocheter soi-même
catalogue The Woman's Day Knitting Book, 1972 galerie acadian crochet sur Flickr

▲à g. :Robes, pulls et accessoires en maille colorée, Kenzo, Prêt-à-porter automne-hiver 1971-1972
Petite histoire de la mode sur aasavina
Ce site est celui de la classe de MANAA (Mise à Niveau Arts Appliqués)
du lycée Joseph Savina de Tréguier (Côtes d’Armor)
Dans sa Petite histoire de la mode, il résume en 13 pages illustrées
l’essentiel de l’histoire de la mode et du costume au XXe siècle. Bien documenté et bien écrit.
au centre : Modèles issus d’un catalogue de tricots, 1972 galerie Amy Honey / Vintage knitting pictures sur Flickr
à dr. : Tricots parus dans Elle, août 1974 galerie Classic Style of Fashion (Third) sur Flickr

▲à g. : Photographies du défilé Printemps-Été Sonia Rykiel, 1972
catalogue de l’exposition de Exhibition, Musée des Arts décoratifs, Paris
à dr. : Veste longue Sonia Rykiel, Fiche-Tricot n°1 parue dans Elle, 1975, sur le blog filleàlabrocante

▲à g. : Pull rayé Sonia Rykiel porté par Françoise Hardy
en couverture du Elle n°938 du 13 décembre 1963
au centre g. : Pull imprimé Sonia Rykiel en couverture de Elle, n° 1321 du 12 avril 1971
au centre dr. : Prêt-à-porter Automne-Hiver Sonia Rykiel 1972-73 présenté dans le Vogue de février 1972
catalogue de l’exposition Exhibition, Musée des Arts décoratifs, Paris
à dr. : Veste « coutures envers » de Sonia Rykiel, Fiche-Tricot Elle n°95, fin des années 1970
sur le blog filleàlabrocante

▲à g. : Ensembles en tricot Dorothée Bis, L'Officiel de la Mode n°611, 1974
Archives L’Officiel de la Mode, années 1970 sur JalouGallery
à dr. : Modèle du catalogue American Home Crafts, 1977, galerie squirrel cottage sur Flickr

▲à g. : Fiche-Tricot n°29 parue dans Elle, 1975, sur le blog lafabriquedisa
au centre et à dr. : Modèles d’accessoires à tricoter soi-même, magazine 100 Idées n°47, septembre 1977

▲à g. : Ensemble manteau, pull et short en crochet rayé à réaliser soi-même, vers 1970, galerie retro space sur Flickr
à dr. : Ensemble manteau, pull et short Courrèges, L'Officiel de la Mode n°620, 1975
Archives L’Officiel de la Mode, années 1970 sur JalouGallery
« On pense un peu au début de Love Story » dit le commentaire,
en référence au film de Arthur Hiller, énorme succès, sorti en 1971

▲à g. : L’actrice Julie Christie porte un châle à carrés crochetés, années 1970, Decades of Fashion
à dr. : Modèle de couverture à carrés crochetés,
De Fil en Aiguille n°51, 1972, collection particulière
en médaillon : Robe tablier en crochet sur Attic24
Lucy, l’auteure de ce blog, raffole de ce type de motifs !

En 1969, la collection écrue tout tricot de André Courrèges, présentée sur plusieurs pages dans Elle, fait immédiatement des émules chez les tricoteuses, comme les chandails à manches kimonos et les rayures colorées de Kenzo pour Jungle Jap en 1970. Les dernières tendances de la mode sont relayées par les magazines toujours plus nombreux, elles inspirent leurs « fiches-tricot » modernisées, « relookées », via parfois des créateurs connus spécialisés en maille, comme Sonia Rykiel ou Dorothée Bis.

L’activité tricot est dopée dans les années 1970 par le retour du style ethnico-paysan, ses châles, ponchos et interminables écharpes à franges et motifs crochetés. On assiste à une orgie de carrés crochetés multicolores, faciles à réaliser, même par les débutants, qui ne sont pas sans évoquer les trips psychédéliques à la mode à la même époque. Les catalogues de tricot spécialisés copient et transposent toutes ces tendances – pas toujours dans le meilleur goût !

Sonia Rykiel, la « reine du tricot », première à vendre ses créations ultraconfortables dans le catalogue Trois Suisses en 1977, va ouvrir la décennie 1980 aux rayures vives alternées de noir, puis pratiquera les coutures à l'envers, inscriptions et strass, le pas d'ourlet et le pas doublé…

L’éternel retour du tricot

▲à g. : Robe moulante en maille Lycra, Azzedine Alaïa, prêt-à-porter Automne-Hiver 1989
Exposition Histoire idéale de la mode contemporaine, Années 1970-1980, volume I
Musée des Arts décoratifs, Paris
au centre : Pull, Calvin Klein, L'Officiel de la Mode n°830, 1998
Archives L’Officiel de la Mode, années 1990 sur JalouGallery
à dr. : Ensemble « déconstruit » noir, Yohji Yamamoto,
prêt-à-porter Automne-Hiver 1996, Decades of Fashion

▲à g. : Ensemble en tricot, Issey Miyake, prêt-à-porter Automne-Hiver 1982-1983, Decades of Fashion
au centre : Robe tricotée à faux-cul, Vivienne Westwood, vers 1990
Knitwear in Fashion, Sandy Black, éditions Thames & Hudson, 2005
à dr. : Robe tricotée, Maison Martin Margiela, Automne-Hiver 2008-2009, photographie Giovanni Giannoni

▲ Le pull irlandais des îles d’Aran inspire les créateurs.
à g. : Pull tricoté, Jean Paul Gaultier, 1985-1986, The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Pull tricoté, Sofía Doglio, 2009-2010
à dr. : Pull évidé, remaillé, repiqué de fourrure, Maison Martin Margiela, collection artisanale automne-hiver 2007

▲à g. : Pull tricoté, Rei Kawakubo pour Comme des Garçons, prêt-à-porter Automne-Hiver 1983-1984
Kyoto Costume Institute, Kyoto
au centre : Long pull en maille tricotée, Thierry Mugler,
L'Officiel de la Mode n°724, page 161, 1986
Archives L’Officiel de la Mode, années 1980 sur JalouGallery
à dr. : Robe en tricot, Sandra Backlund, collection Carte blanche, 2007

▲à g. : Veste tricotée, John Galliano pour Christian Dior, automne-hiver 2010-2011 sur Tendances de modes
au centre : Robe tricotée, Alexander McQueen, printemps-été 2011 sur Fashionmag
à dr. : Robe à haut « corset » tricoté, Bora Aksu, automne-hiver 2011-2012
sur Runway Fashion Shows

▲à g. : Résumé de la leçon « Tissage – Tricot » d’un manuel de sciences pour écoles rurales,
classe de fin d’études, supplément pour les filles : initiation à l’économie domestique, 1955
au centre : « L’Art de réussir les coins », De Fil en Aiguille n°27, 1972 collection particulière
à dr. : « Savoir-faire sans panique », grille d’explication d’un modèle, 100 Idées n°51, janvier 1978

Aujourd’hui la maille s’est définitivement installée dans les collections, même de haut de gamme ; elle inspire les créateurs les plus avant-gardistes. Certains en ont fait leur spécialité : ainsi, Azzedine Alaïa profite des nouveautés technologiques comme le Lycra® en 1980 pour porter à son comble sa vision triomphale du corps féminin. À travers le «fait main», comme au début du siècle, le tricot parvient à incarner le luxe, il nourrit les créateurs de réminiscences historiques et de citations, ils s’emparent de son histoire, de sa grammaire, qu’ils transposent et adaptent à leur propre style ou vision du moment. Le tricot est par essence créatif car techniquement inépuisable.

Parallèlement, les activités ménagères et l’économie domestique ne sont plus enseignées à l’école, on n’y apprend plus à coudre ni à tricoter. Le tricot domestique est devenu une affaire privée, qui se transmet parfois dans les familles de génération en génération, ou entre copines. Les magazines de tricot suivent : ils s’adressent soit aux débutants, soit se font « encyclopédiques », ils répertorient et expliquent les points et les techniques.

Ni l’augmentation du coût de la pelote de laine, ni la baisse du prix des articles de confection industriels, ni l’extension du travail féminin n’entament la popularité de l’activité tricot main, qui revient régulièrement par vagues à la pointe de la mode. Dans ce monde globalisé de standardisation et de marchandisation à outrance, qui contribue à produire une uniformisation de l’offre et une perte de sens de la valeur travail, il n’est pas étonnant qu’on attribue une valeur toute particulière au temps qu’on consacre à faire soi-même, parfois pour le donner, un objet unique, personnalisé, dont on peut être fier.

▲à g. : « Non à l’uniformité », « Tricoter c’est créer »,
page de couverture et page publicité, 100 Idées n°120, octobre 1983
à dr. : Kit Kenzo « Do it yourself » sur Fashionited

▲Pages de couverture n°51 (janvier 1978), 102 (avril 1982), 119 (septembre 1983)
et 145 (novembre 1985) de 100 Idées

Dans les années 1980, le tricot s’est définitivement affranchi de sa symbolique de la féminité soumise [Lire sur Les Petites Mains : Les ouvrages de dames - La représentation artistique de la tricoteuse]. Il est redevenu « tendance ». Les «triconistas» se rassemblent dans les ateliers et cafés tricot (Brentanos, Art du Tricot) qui ouvrent dans les grandes villes. Certains militants s’emparent de la ville et se déclarent «tagueurs-tricot». Des marques de laine, comme Bergère de France – qui collabore avec Fifi Chachnil et Matali Crasset, font appel à des designers pour imaginer des modèles et des patrons. Les sites Internet, forums et blogs dédiés se multiplient, où les passionné(e)s – si si les hommes aussi, échangent leur savoir-faire et les grilles des magazines anciens. Une visite au blog collectif des centidéalistes, fans du cultissime magazine 100 Idées (1972-1989†) s’impose, on y glane des idées par centaines, à copier ou à adapter. A voir aussi, le site du Collectif France Tricot, élu meilleur blog créatif 2010 par Elle, qui a pour devise « Le CFT dépoussière le tricot de grand mère ». Même les « mamies » tricoteuses se remettent au travail avec enthousiasme : chez Golden Hook, il paraît qu’elles peinent parfois à honorer les nombreuses commandes.

A voir : « Le Tricot dans la Mode : Un Fil à Dénouer » au MoMu de Anvers

▲Affiche de l’exposition « Le Tricot dans la Mode : Un Fil à Dénouer »
L’actrice Tilda Swinton porte un modèle de Sandra Backlund
Photographie Craig McDean, Stylisme Panos Yiapanis

Du 16 mars au 14 août 2011, le MoMu (Musée de la Mode), en partenariat avec Woolmark, présente à Anvers l’exposition « Le Tricot dans la Mode : Un Fil à Dénouer ». Le visiteur est invité à découvrir une grande variété de vêtements et d'accessoires en tricot du passé et du présent, avec une attention plus particulière pour les pièces de Haute Couture et leurs interprétations dans la mode du quotidien.

On peut y voir des pièces couture mythiques (Schiaparelli, Patou, Chanel), des modèles phares des stylistes et des marques (Ann Salens, Vivienne Westwood, Sonia Rykiel, Missoni), des créations avant-gardistes de créateurs reconnus et de nouveaux venus sur la scène internationale de la mode (Sandra Backlund, Maison Martin Margiela, Mark Fast).

En analysant les rapports et le statut du tricot avec la mode, en insistant sur les notions de confort, de bien-être et d'élégance qu’il diffuse, l’exposition décrit le rôle et l’influence du tricot dans les (r)évolutions de société.

Pour voir « en vrai » certains modèles présentés dans cette Petite Histoire du Tricot, et bien d'autres. Pour ceux qui ne pourront pas visiter l’exposition, un catalogue est publié en coopération avec les Éditions Lannoo.

(à suivre : Histoire du tricot (6) - La layette et le tricot pour enfants)

À lire aussi sur Les Petites Mains :

Histoire du tricot (1)Les origines
→Des chaussettes coptes de l'Antiquité égyptienne des origines, en passant par les gants liturgiques de l'Église chrétienne, le tricot se diffuse peu à peu dans toute l'Europe.

Histoire du tricot (2)Du XIVe au début du XVIIe siècle
→Le tricot du Moyen Âge ne concerne que les gants, les bas, les bonnets et chapeaux ; guildes et corporations se structurent autour du travail de la « bonneterie » qui se mécanise.

Histoire du tricot (3)Les « ouvrages de dames » des XVIIIe et XIXe siècles
→Sous l'Ancien Régime, le tricot est une occupation féminine convenable, la tricoteuse une figure exemplaire de vertu féminine ; premiers recueils de modèles, progrès techniques et modes hygiénistes diffusent la mode du tricot.

Histoire du tricot (4)Le tricot au XXe siècle, 1900-1930
→Des fins dessous tricotés 1900 au sportswear des années 1920, le tricot devient la « maille », signe de modernité, il passe des dessous aux dessus ; au tricot utile des années de guerre succède le tricot de loisir.

Histoire du tricot (6)La layette et le tricot pour enfants
→Depuis toujours, le tricot habille l'enfant, parce qu'il le tient au chaud ; en rose ou en bleu, tricoter la layette de son bébé est considéré comme la meilleure des occupations pour une jeune mère.



31 janvier 2011

Histoire du tricot (4) - Le tricot au XXe siècle, 1900-1930



Des dessous « hygiéniques » fin XIXe au sportswear des Années folles

▲à g. : Le Chalet du cycle au bois de Boulogne, par Jean Béraud, fin XIXe-début XXe siècle
Musée de l’Île-de-France, Sceaux sur Agence photographique de la RMN
Les élégantes viennent au Chalet du cycle exhiber leur garde-robe sportive, la grande nouveauté,
c’est la culotte bouffante qui permet de montrer ses jambes, ce qui n’est possible que par la pratique de la bicyclette.
à dr. : Sweater en laine, France, vers 1895, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Sweater cardigan en laine, Amérique, vers 1900-1903 The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Carte postale des montagnes du Doubs intitulée « Sports d’hiver, départ du bolide, 60 à l’heure », vers 1900

Dans la lignée de la fin du XIXe siècle et la vogue des lainages « hygiéniques » utilisés pour les vêtements de dessous puis les tenues de sport, la mode des vêtements en tricot se développe au début du XXe siècle. L’hiver à Saint-Moritz, on s’équipe d’un bonnet, d’une écharpe, d’un pull et de chaussettes de laine pour pratiquer les sports de plein air comme le patinage, la luge, le ski, le hockey ; les autres saisons, on porte d’élégants et confortables sweaters [de l’anglais to sweat : transpirer] et ensembles de maille pour la chasse et les parties de campagne, la plage à Deauville et le vélocipède au bois de Boulogne.

▲à g. : Gabrielle Chanel photographiée à Deauville vêtue d’un ensemble de tricot, 1913
à dr. : Costumes en jersey de Chanel, illustration, première parution dans Les Elégances parisiennes, juillet 1916
Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris sur Life.com

Gabrielle Chanel est à juste titre considérée comme une pionnière du vêtement en tricot. En 1913, elle ouvre sa boutique à Deauville ; en 1916, elle rachète à Jacques Rodier (tisserands depuis 1852) un stock de jersey habituellement utilisé pour la bonneterie ; elle y réalise des modèles de tailleurs à veste trois-quarts et jupes raccourcies et des marinières. Mais elle n’est pas la seule à apprécier sa souplesse, sa douceur et son confort : d’autres couturiers s’enthousiasment pour le djersabure de la maison Rodier, comme Jean Patou, ou André Gillier, le futur inventeur de la fameuse maille piquée Lacoste deux décennies plus tard.

▲à g. : Ensemble en tricot, publié dans le magazine Madame, 1921
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
à dr. : Tailleur sport Lanvin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, hiver 1922
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

▲à g. : Suzanne Lenglen dans un ensemble en maille de Jean Patou, 1926, sur examiner.com
à dr. : Pullover en soie et laine, par Lucien Lelong, 1927 The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. et à dr. : Sweater en laine et soie, Angleterre, vers 1929
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Robe Chanel, photographiée à Deauville, le jour du Grand Prix,
par les frères Séeberger, 29 août 1928,
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

Le style de vie des années 1920, qui se veut libre et pratique et exige qu’on ait l’air «sport», voit le triomphe de la maille et des pullovers – le terme apparaît à cette époque. Certes le soir, on brille dans des tenues luxueuses et pailletées, mais en journée, la base de la garde-robe, c’est l’ensemble sport (sportswear), le plus souvent en maille, souple, pratique, confortable.

On porte le sweater sans col, à manches longues ; on l’appelle cardigan quand il s’ouvre sur le jumper qui s’enfile par la tête ; le chandail – qui viendrait de « marchand d’ail », est à manches courtes, long et décolleté en V ; le pull-over est à manches longues ; quant au gilet, il se boutonne devant. On porte ces articles tricotés à la taille basse sur des jupes courtes, c’est l’allure « garçonne ». Paul Poiret, le couturier vedette de la Belle Époque, n’apprécie guère cette mode : « Autrefois une robe était autre chose qu’une jupe plissée avec un sweater. Ah ! on pouvait alors faire de belles choses avec de beaux tissus que la femme préférait aux jerseys et aux tissus de sport ! » déclare-t-il dans L’Art et la Mode en 1927. Ces toilettes sont immédiatement adoptées par les Américaines, plus rationnelles et moins conformistes que les Françaises.

Du tricot utile de la guerre au tricot de loisir

▲à g. : Cartes postales françaises « patriotiques », 1914-1918
sur sur le blog France/Allemagne : Mémoires de guerres

▲à g. : Femme tricotant (photographie choisie pour la couverture de
No idle hands : The Social History of American Knitting, Ann Macdonald, Ballantine Books, 1990)
sur Flickr Vintage Knitting
à dr. : Une partie du stock des 125 636 chaussettes tricotées pour les soldats à Sydney,
photographie G. A. Hills, mai 1917
sur Knitting for our boys, Galerie de photos de State Library of New South Wales collections sur Flickr

Un tel engouement pour les tenues en maille, relayé par des couturiers renommés, ne peut que profiter au tricot domestique, qui depuis la Première Guerre mondiale s’est répandu dans toutes les couches de la société. Pendant la guerre, femmes, enfants, et même les soldats blessés immobilisés, tout le monde tricote « patriotiquement », en très grand nombre, des chaussettes, des mitaines, des genouillères, des bonnets et des écharpes pour les soldats du front. Les dames de la haute société, qu’on aperçoit dans les rubriques mondaines des journaux, se font infirmières ; elles passent leur temps à tricoter, partout, dans les trains, au théâtre, au restaurant, à la maison, dans les écoles… On les représente même parfois le tricot à la main lors des présentations de mode des maisons de couture, le journal Les Modes raconte très sérieusement ce genre d’anecdotes dans ses articles. On dit que les soldats reçoivent tant d’articles tricotés qu’ils s’en servent pour astiquer leurs armes !

▲à g. : Tricotin soldat, 1915 sur Musée national de l'Education, Rouen
au centre : Catalogue de tricot, modèles spéciaux pour soldats, 1914-1918, sur The Vintage Knitting Lady
à dr. : Recueil de modèles de tricots pour les poilus, La Femme et la Guerre sur Musée virtuel militaire

▲à g. : Tunique tricotée en soie blanche, anonyme, vers 1921
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Tunique nouvelle au crochet en lacet de soie, magazine Madame, 1922
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

▲à g. : Ensemble tricoté de Joseph Paquin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, 1925
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
à dr. : Pullover moderne au tricot, magazine Mon Ouvrage, 1929
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

▲à g. : Casaque nouvelle au tricot rayé, magazine Madame, 1921
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
au centre : Jumper à col en V, tricoté en soie de couleur rouille, et petit sac à gland, vers 1920
Getty Images sur aufeminin.com

▲à g. : Annonce publicitaire pour les fils à tricoter La Redoute, revue L'Illustration, 1926
sur le blog Les Mailles de Francinelle
à dr. : Publicité pour les Laines du Pingouin de la Lainière de France, Roubaix, 1929
sur hprints.com

Les femmes de toutes conditions sociales prennent ainsi l’habitude de tricoter, et pour longtemps. Après la guerre, le tricot devient un loisir, même s’il reste aussi dans les familles une manière économique de s’habiller utile, confortable et de manière originale. Les magazines de mode continuent, comme au XIXe siècle, à proposer des modèles de tricots à réaliser soi-même, mais aussi désormais des modèles en maille en coupé-cousu à faire fabriquer par sa couturière. Certains de ces articles de guerre vont faire leur entrée dans le vestiaire de la mode : c’est le cas de la cagoule. A partir des années 1920, les filatures françaises proposent la vente de laine au détail, par correspondance, via la presse féminine et familiale ; au début, il s’agit juste pour elles d’écouler leurs fins de séries.

La maille est associée à la modernité

▲à g. : Pullover, Madeleine Vionnet, photographie dépôt de modèle, 23 août 1924
au centre : Ensemble en maille, Jean Patou, photographie dépôt de modèle, 10 août 1926
à dr. : Pullover, modèle Champion, Lucien Lelong, photographié par Edigio Scaioni, 1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929,
du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

▲à g. : Coco Chanel posant dans un de ses ensembles cardigan et pull, 1929
Hulton Getty Picture Collection sur Life.com
à dr. : Publicité pour les tissus en lainage et jersey Chanel, 1934 sur hprints. com

▲à g. : Ensembles Jean Patou, photographiés à Deauville par les Frères Séeberger le 14 août 1927
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
au centre : Sweater en laine, Amérique, vers 1920 The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Ensembles cardigans Wilson's of Great Portland Street, Londres, mai 1928
Brooke/ Hulton, Getty Images dans Decades of Fashion

▲à g. et à dr. : Devants de jumpers ou sweaters en trompe-l’œil, tricotés main
par Madame Azarian pour Elsa Schiaparelli, 1927-1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929 , du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
au centre : Jumper au motif noeud en trompe-l’œil tricoté main, Elsa Schiaparelli, 1927
Victoria & Albert Museum, Londres

Cette simplicité des lignes de la mode 1920 pousse les couturiers et les artistes à rivaliser d’audace dans le choix des motifs. En 1924, Madeleine Vionnet fait figure de précurseur en proposant des chandails aux motifs géométriques bicolores. Jean Patou, Lucien Lelong, Jane Régny présentent des modèles colorés à rayures ou à diagonales, à motifs géométriques, héraldiques ou en trompe-l’œil – comme la cravate, gros succès de cette mode « à la garçonne ». En 1927, Elsa Schiaparelli lance sa célèbre première collection tricotée main avec cols, cravates et nœuds en trompe-l’œil, ou foulard incrusté ; le modèle à nœud a été très souvent copié, le Jardin des Modes en a publié une version simplifiée dans son numéro de février 1929.

▲à g. : Maillot de bain tricoté main, Sonia Delaunay, 1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929 du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Projets de maillots de bain, Sonia Delaunay, 1928
Fashion and Fabrics, Jacques Damase Thames and Hudson (1991) sur Flickr

▲à g. et à dr. : Les danseurs Lydia Sokolova, Anton Dolin, Bronislava Nijinska et Leon Woizikowsky
des Ballets Russes de Serge Diaghilev en costumes de maille pour Le Train bleu, 1924
Hulton Getty Picture Collection sur Victoria & Albert Museum, Londres
au centre : Costumes en maille créés par Coco Chanel pour le ballet Le Train bleu, 1924
Victoria & Albert Museum, Londres

A travers l’image d’une femme mince, indépendante, qui bouge, la maille est associée à la modernité. Elle inspire les artistes cubistes et Art déco, dont certains refusent la distinction trop nette entre les « beaux-arts » et l'art décoratif ou appliqué. En 1924, Coco Chanel crée les costumes en tricot du Train bleu des Ballets russes, dont l’histoire se déroule dans une station balnéaire, un monde qu’elle connaît bien. Sonia Delaunay dessine des vêtements à motifs géométriques et coloris vifs, notamment des maillots de bain en tricot.

▲à g. : Tenue de ski tricotée photographiée à Saint-Moritz, Jean Patou, 1924
Getty Images dans Decades of Fashion
à dr. : Chandail de ski AA Tunmer & Cie porté sur une culotte de ski, auteur anonyme, vers 1927
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

▲à g. : Jupe pour le sport, publicité Amy Linker, 1925 sur hprints
à dr. : Patinage à Saint-Moritz, 1926 Nationaal Archief sur Flickr

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▲à g. : Pull Louise Boulanger en cashmere et angora, 1928
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Publicité Jane Regny, dessinée par Ernst Dryden, 1927 sur hprints

▲à g. : Marie-Rose, Bibi, Dani et Simone sur la plage d’Hendaye, par Jacques-Henri Lartigue, août 1927
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Ensemble de bain Jean Patou, photographié par George Hoyningen Huené pour Vogue,
1er juillet 1928 sur condenaststore.com

▲à g. : Publicité pour les maillots de bain Jantzen, la marque au logo baigneuse rouge, 1929
sur le blog interviewmagazine
au centre : Maillot de bain Jantzen, vers 1920 sur collectibles-articles.com
à dr. : Modèle de maillot de bain à tricoter, vers 1920 sur The Retro Knitting Company

▲à g. : Femmes en pyjamas de plage à Bandol, Carte postale Yvon, vers 1920
à dr. : Tenue de plage, griffe Jean Patou Sport et Voyages, vers 1929
Kyoto Costume Institute, Kyoto

On a aujourd’hui bien du mal à s’imaginer porter un maillot de bain de laine tricotée. Pendant ces années 20, le succès des activités sportives favorise la mode des vêtements en maille – le maillot de bain n’est qu’un exemple parmi d’autres, et il vient de loin ! Le maillot féminin du XIXe siècle couvrant, opaque et long ressemble plus à une robe qu’à un maillot. L’engouement pour les sports d’eau et la nouvelle mode du teint hâlé des années d’après-guerre vont progressivement imposer un maillot de bain inspiré de celui des hommes, moulant, ne gênant pas les mouvements pendant la nage, souvent rayé bleu et blanc. Seul le jersey de laine ou de coton répond alors à cette exigence, même si l’eau salée finit par rétrécir les lainages et le soleil pâlir les couleurs. Certaines femmes portent sous leur maillot de bain une « gaine de plage ».

Article emblématique de ce nouveau style de vie sportif, le maillot de bain fait fureur. Grâce à ses recherches techniques, la société américaine Jantzen a l’idée d’intégrer des fibres élastiques dans ses maillots de bain tricotés à côtes, le maillot s’ajuste au corps et ne se déforme plus à l’usage. En France, pas une femme du monde ne manque de porter les maillots de bain siglés « JP. » – c’est une première, du couturier Jean Patou, réputé exceller dans la création de modèles balnéaires. Les maisons de couture ouvrent des rayons spécialisés. Une décennie plus tard, pour se démarquer des « congés payés » en maillots tricotés « faits maison » qui arrivent sur les plages, on portera l’élégant pyjama de plage en jersey.

(à suivre : Histoire du tricot (5) - Le Tricot au XXe siècle, 1930-1980)

À lire aussi sur Les Petites Mains :

Histoire du tricot (1)Les origines
→Des chaussettes coptes de l'Antiquité égyptienne des origines, en passant par les gants liturgiques de l'Église chrétienne, le tricot se diffuse peu à peu dans toute l'Europe.

Histoire du tricot (2)Du XIVe au début du XVIIe siècle
→Le tricot du Moyen Âge ne concerne que les gants, les bas, les bonnets et chapeaux ; guildes et corporations se structurent autour du travail de la « bonneterie » qui se mécanise.

Histoire du tricot (3)Les « ouvrages de dames » des XVIIIe et XIXe siècles
→Sous l'Ancien Régime, le tricot est une occupation féminine convenable, la tricoteuse une figure exemplaire de vertu féminine ; premiers recueils de modèles, progrès techniques et modes hygiénistes diffusent la mode du tricot.

Histoire du tricot (5)Le tricot au XXe siècle, 1930-1980
→Dans la seconde moitié du XXe siècle, le tricot suit les tendances de modes : débrouille des années 40, sophistication des années 50, dynamisme rayé et coloré des années 70, la presse féminine diffuse les modèles.

Histoire du tricot (6)La layette et le tricot pour enfants
→Depuis toujours, le tricot habille l'enfant, parce qu'il le tient au chaud ; en rose ou en bleu, tricoter la layette de son bébé est considéré comme la meilleure des occupations pour une jeune mère.