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28 avril 2013

La vêture des Enfants trouvés (2) - Jusqu'au XVIIIe siècle, des tissus de laine, de chanvre et de lin



Le premier article sur la vêture des Enfants trouvés [Lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (1) – le trousseau] raconte comment le trousseau donné à un enfant trouvé symbolise son accueil dans la société et lui donne une une place dans le groupe social dont les conditions de sa naissance l'ont exclu.

Le vêtement rend visible l'ordre social

Sous l'Ancien Régime, le vêtement rend visible l'ordre social, qui se décline à tous les niveaux, il touche toutes les couches de la population. Ainsi les lois somptuaires – malgré l'impossibilité à les faire appliquer dans la réalité – édictent les interdictions qui s'appliquent aux sujets « communs » que restent malgré leur fortune les personnes de la haute bourgeoisie, pour les empêcher d'imiter les modes initiées par les membres de la noblesse.

La Visite à la grand-mère, Louis Le Nain, vers 1640
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, sur wikipédia

▲Portrait de famille dans un intérieur, Antoine et Louis Le Nain, vers 1647
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲La vêture des enfants trouvés du Foundling Hospital, William Hogarth, 1747
Le Founding Hospital de Londres est l'équivalent de l'Hôpital des Enfants-trouvés de Paris.
The Foundling Museum, Londres
Le peintre William Hogarth en est pendant vingt-cinq ans l'un des bienfaiteurs.

À l'autre extrémité du corps social, les chroniqueurs, comme au XVIIIe siècle Louis-Sébastien Mercier ou Nicolas Restif de la Bretonne, s'attachent à distinguer le peuple « sain » que forment les domestiques, les ouvriers et journaliers, les petits artisans et les paysans, de la populace misérable, dangereuse et incontrôlable. Le but des organisations charitables comme les Dames et Filles de la Charité est de permettre aux enfants trouvés de se faire une place dans le premier groupe.

Chacun porte le costume qui signifie son appartenance à un groupe, et l'ordre social est maintenu. On sort d'autant moins de sa condition sociale que l'on en porte le vêtement, qui fonctionne comme un ensemble de signes – que le XIXe siècle va pérenniser, par exemple via la distinction entre les « cols blancs » des bourgeois et les « cols bleus » des ouvriers et des travailleurs.

La fonction du costume des individus en bas de l'échelle est de les protéger du froid, du soleil et des intempéries ; il doit résister aux travaux les plus rudes et durer le plus longtemps possible. Peu d'entre eux peuvent se permettre de posséder plusieurs habits. En conséquence, le vêtement des enfants trouvés est principalement à usage utilitaire. Il se doit avant tout d'être résistant, simple et sans ornement.

Le Chariot du boulanger, Jean Michelin, 1656,
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Femme cousant avec deux enfants, Maître de la Toile de jean, fin XVIIe siècle
[Lire sur Les Petites Mains, dans La grande saga du blue jean, l'histoire de la futaine de Gênes
représentée par le Maitre de la Toile de jean,
à propos de l'exposition 2010 à la galerie Canesso
On peut feuilleter le catalogue de l'exposition.]

▲Portrait de femme se réchauffant les mains à un brasier (et détail)
Maître de la Toile de jean, fin XVIIe siècle sur le blog Sifting the past
Sifting the past se veut une « machine à remonter le temps », pour regarder
les périodes historiques à travers les yeux des artistes du temps.

▲à g. : Enfants paysans (détail), Antoine Le Nain, vers 1625-1650,
Glasgow Museums sur Recorderhomepage
à dr. : Enfants paysans (détail), Antoine Le Nain, 1642
Institute Of Art, Detroit sur Wikimedia Commons

▲à g. : Enfants paysans (détail), Antoine Le Nain, vers 1625-1650,
Glasgow Museums sur Recorderhomepage
à dr. : Intérieur paysan (détail), Frères Le Nain, 1642, sur le blog Sifting the past


Le vêtement populaire, entre friperie et confection domestique

Sous la société d'Ancien Régime, étoffes et vêtements ont de la valeur, quelle que soit la classe sociale – cela durera jusqu'au début du XXe siècle. L'historien Daniel Roche s'est penché sur les inventaires après décès des différentes catégories sociales des XVIIe et XVIIIe siècles, en nombre, en variétés de pièces, en valeur, etc. ; ses travaux, ainsi que ceux de Philippe Perrot sur le XIXe siècle, mettent en évidence que les vêtements sont au cœur des débats sur la richesse et la pauvreté. Ils représentent un capital et font l'objet de multiples transactions : ils sont donnés, échangés, légués d'une personne ou d'une génération à l'autre, gagés, vendus à des fripiers, récupérés par des chiffonniers – et même volés. Les musées conservent très peu de ces pièces modestes, portées jusqu'à l'extrême usure.

À la fin du XVIIIe siècle, on dit que la revente d'une chemise permet de régler plusieurs jours de loyer, celle d'une redingote quelques mois. On retrouve la trace des vêtements dans les contrats de mariage et les inventaires après décès. Ils connaissent plusieurs propriétaires et plusieurs vies, de plus en plus démodés et défraîchis, dégradés, portés jusqu'à l'usure complète. Ils sont reprisés, raccommodés, ravaudés. Ils finissent en chiffons de cuisine, en charpie dont on fait les pansements, ou dans les fabriques de papier.

Les documents concernant les Enfants-trouvés en témoignent, qui mentionnent la récupération des « autres hardes et linges » des enfants lorsqu'ils changent de résidence, quittent la nourrice ; l'administration les récupère même lorsque l'enfant est décédé. De même, dans les règlements de 1733 à 1752 édités après délibérations par le bureau des Enfants-trouvés, il est précisé que les enfants, filles et garçons, reçoivent « deux paires de souliers, dont une neuve et une remontée ». La moindre matière première est réemployée.

▲Jupe jupon piquée en peço sus peço, XVIIIe siècle
Voir d'autres images sur la Bourse aux textiles
À partir de 1793, le blocus anglais provoque une période de stagnation économique à Marseille ;
plus que jamais, les Provençales récupèrent et conservent précieusement les chutes de tissus
qu'elles assemblent selon les motifs et les couleurs ;
la taille de la chute de tissu influence parfois la forme du vêtement.
Caraco composé de plusieurs morceaux de tissus (et détail en médaillon), après 1790
Musée du Vieux Marseille dans le catalogue d'exposition Les Belles de Mai, sur Google Books

Les vêtements circulent du haut en bas de l'échelle sociale selon un cycle très long. Les maîtres en font cadeau à leurs serviteurs qui les transforment et les portent, puis les vendent aux fripiers. Ces costumes de seconde main sont au centre de toute une économie, parfois retaillés, reteints... Dans son fameux Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier raconte comment « au grand jour, vous croyez avoir acheté un habit noir, il est vert ou violet et votre habillement est marqueté comme une peau de léopard ». On accuse les fripiers de tromper le client, de vendre des marchandises volées, des fripes de suppliciés monnayées au bourreau... On reproche aux fripes d'être infestées de vermine et de véhiculer des maladies, ce qui n'est pas faux.

▲à g. : Habit de fripier, Nicolas de Larmessin, graveur, fin XVIIe siècle , BnF, Paris
à dr. : Un tailleur, Martin Engelbrecht, vers 1730
Kunstbibliothek Berlin sur Agence photographique de la RMN

Jusqu'au début du XIXe siècle, les fripiers habillent la majorité des citadins, car les tarifs des tailleurs, des lingères et des couturières restent trop élevés pour bien des budgets. Pour les enfants trouvés, il est précisé dans certaines sources que les trousseaux sont réparés par les « demoiselles de l'assistance », c'est à dire les jeunes pensionnaires qui résident dans les hospices pour y effectuer divers travaux. Sans doute les plus habiles d'entre elles confectionnent aussi les trousseaux. En 1756, les statuts et règlements des hôpitaux de Lyon précisent que les sœurs sont employées « à faire les habits des personnes de la maison, aux lessives et à la couture ». En 1834, il est clairement dit que « layettes et vêtures sont faites à l'Hospice général [de Rouen] par les jeunes filles de l'établissement ».

Les fripiers se déplacent dans les campagnes, où parallèlement se développent une production d'étoffes et une confection domestiques. Je m'attacherai ici plus particulièrement aux tissus et reviendrai sur le vêtement des enfants populaires et des enfants trouvés dans de prochains articles. Je tiens à préciser que les listes proposées par MuB s'étalent de 1733 à 1843 et que je m'en tiens à certaines généralités. Car il n'est pas évident d'aborder globalement une si longue période. De plus, l'appellation des étoffes varie, des glissements sémantiques se produisent au fil du temps et des époques.

▲à g. : Série des mois de l'année ; juin : la tonte, Joachim von Sandrart, XVIIe siècle
Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Schleissheim sur Agence photographique de la RMN
à dr. : La Fileuse, Giacomo Francesco Cipper dit Il Todeschini, XVIIe siècle sur Anticoantico

▲à g. et à dr. : Devant et dos d'un gilet tricoté en laine pour enfant, XVIe siècle
Museum of London, Londres
au centre : Jeux d'enfants, par Pieter Bruegel l'Ancien, vers 1560
Kunsthistorisches Museum, Vienne
Tricoter à la main des vêtements utilitaires est une pratique courante à la campagne,
où on a facilement accès à la laine. Dès le XVIe siècle, dans certaines régions,
le tricot est une activité non négligeable de revenu complémentaire pour les familles pauvres.

▲Le travail du chanvre, Wolf Helmhardt von Hohberg, 1695
Deutsche Fotothek sur Wikimedia Commons


Jusqu'au XVIIIe siècle, un monde de laine, de chanvre et de lin

On peine à imaginer aujourd'hui toute une population habillée de laine, de chanvre et de lin. Pourtant la soie est réservée à l'élite. Le coton ne se diffuse qu'à partir du XVIIe siècle ; il n'atteindra les classes populaires qu'après 1760 – c'est le sujet du prochain article de cette série.

À la campagne, tous les paysans élèvent des moutons et cultivent quelques hectares de chanvre pour leur propre consommation. Les familles utilisent le produit de la tonte pour tricoter des bas de laine, des pulls ou des tuniques [Lire sur Les Petites Mains, Histoire du tricot (2), paragraphe 2 : Le tricot, une technique à la fois artisanale et domestique]. Elles filent et tissent elles-mêmes laine, chanvre et lin pour des vêtements et des couvertures.

Dans tous les villages s'activent des fileuses et des tisserands. En Bretagne, par exemple, la fabrication de la toile est domestique et rurale. Fermiers et petits propriétaires y emploient leurs domestiques. Les journaliers fabriquent de la toile pour parer au chômage de la saison morte. Les salaires sont très bas. Les profits vont aux fabricants et aux drapiers. Le drapier n’est pas un artisan mais un marchand ; il avance la matière première ; il emploie et paye à la pièce paysans des campagnes et ouvriers citadins, maîtrise la production dans son entier et réalise chaque fois au passage une plus-value.

Le chanvre, pas cher, qui sert aux vêtements de tous les jours et au linge de maison, est très difficile à travailler. Contrairement au lin, il reste rugueux et garde une couleur brune. Saint-Simon décrit le linge que porte Madame de Montespan après sa disgrâce pour se mortifier : « ses chemises et ses draps étaient de toile jaune la plus dure et la plus grossière [...] cachés sous des draps et une chemise ordinaire. » Avec le fil le plus fin, dit fil plain, on tisse les toiles des chemises épaisses et raides. On y taille les chemises de nuit, les draps et certaines parties des chemises de jour, dont les extrémités sont en lin plus fin. Comme pour les vêtements, toutes les fibres sont récupérées et utilisées. Le rebut de la filasse ou étoupe, aux fils trop courts pour être tissés, sert à confectionner de gros tabliers et des paillasses.

J'ai déjà eu l'occasion de raconter sur Les Petites Mains l'histoire, la culture et l'artisanat du lin en France, qui atteignent leur apogée au XVIIe siècle, et évoluent peu jusqu'au XVIIIe siècle [Lire sur Les Petites Mains, Le lin, une fibre d'avenir].

▲Les techniques textiles présentées par l'Encyclopédie de d'Alembert, 1751
Planches I sur la draperie, IV et V sur le coton sur Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

▲Les armures de base expliquées dans un manuel d'initiation à la vie domestique,
pour les jeunes filles en fin d'études dans les écoles rurales (1955)


Drap, droguet, tiretaine, ratine, revêche et cordillat : des tissus rustiques pour le peuple

De la qualité de la fibre et du fil dépend celle de l'étoffe, qu'elle soit de laine, de lin, de chanvre – et même de coton et de soie. La toison est de qualité inégale selon la partie du corps du mouton, la meilleure, dite traditionnellement mère-laine est celle du dessus du dos, du cou et de l’épaule. La longueur et la qualité des filaments décident de la nature du traitement : cardage ou peignage. Les fibres courtes, grossières et irrégulières, sont cardées, c'est à dire rendues parallèles avant le filage. Elles donnent la laine cardée, rustique mais plus douce, qu’on peut gratter ou feutrer. Les belles étoffes sont tissées à partir des fibres les plus longues, peignées pour éliminer les fibres courtes : leur finesse, leur tombé et leur résistance sont meilleurs, leur toucher souple et sec.

Les fibres textiles sont généralement trop fines pour pouvoir être utilisées telles quelles. On les réunit en fils de grosseur et de longueur convenable, cela est encore plus nécessaire pour les fibres courtes comme la laine, le lin, le chanvre et le coton. Le procédé de filature varie selon les fibres, qui sont souvent tordues ensemble ; la torsion augmente la solidité du fil. Le fil est ensuite tissé, c'est-à-dire entrecroisé pour former le tissu. Certains fils sont tendus, qui forment la chaîne. Entre les fils ou les groupes de fils de chaîne passe le fil de trame, en faisant des allers et retours, les groupes de fils de chaîne étant chaque fois intervertis. À chaque retour sur lui-même, le fil de trame forme la lisière au bord du tissu. Sur le métier à tisser, les lices, actionnées par les pédales, écartent les fils de chaîne tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, pour permettre le passage de la navette qui déroule le fil de trame. La façon dont les fils de chaîne sont groupés produit des armures différentes, elles-mêmes à la base de tissus différents selon le motif et/ou la couleur utilisés.

La toile est le tissu du vêtement populaire, en raison de l'ancienneté et la simplicité de son armure ; elle est le plus souvent en lin ou en chanvre. Le fil de laine, travaillé en armure toile donne un drap de laine grossier, rêche et irrégulier, utilisé par les pauvres et en couverture pour les chevaux. Il sera ensuite plusieurs fois lavé, feutré, gratté – dans un tambour rotatif garni de chardons métalliques, à l'origine naturels, pour l'adoucir – assoupli, nettoyé de ses nœuds, rasé, foulé – brassé mouillé et savonné à la chaleur pour le faire légèrement rétrécir – teint, pour enfin arriver au beau drap qui est depuis le Moyen Âge la matière de base de l'habillement [Lire sur Les Petites Mains, le manteau de ma grand-mère].

▲The Foundling Museum, qui conserve les archives du Foundling Hospital de Londres,
équivalent de l'Hôpital des Enfants-trouvés de Paris,
a présenté d'octobre 2010 à mars 2011, en collaboration avec The Thomas Coram Foundation for Children,
l'exposition Threads of feeling ; Fate, Hope and Charity – qu'on pourrait ainsi traduire :
« Quand le sentiment ne tient qu'à un fil ; destin, espoir et charité ».

Il s'agit de 200 volumes reliés, inventaire de tous les enfants admis au Foundling Hospital entre 1741 et 1760.
Ils répertorient tous les renseignements disponibles, signes de reconnaissance, lettres, objets, échantillons textiles
qui pourraient permettre d'identifier l'enfant si ses parents se manifestaient.
Au-delà du témoignage extrêmement émouvant qu'ils nous livrent à travers les siècles,
ces petits morceaux de tissus et de rubans sont une mine d'informations
pour les historiens qui travaillent sur les textiles du XVIIIe siècle.

L'exposition est annoncée pour mai 2013 au DeWitt Wallace Decorative Arts Museum,
Colonial Williamsburg Foundation
Voir le site et la page Facebook de l'exposition

▲Fragment de serge bleue en laine et laine peignée [worsted]
trouvé sur une fillette, Sarah Maybank, admise le 19 novembre 1759, décédée le 20 février 1760

▲Fragment de couverture rouge trame laine chaîne lin [linsey woolsey] brodée de laine pourpre,
trouvé sur une fillette admise le 7 août 1759

▲à g. : La Couturière, Philippe Mercier, vers 1750
à dr. : Fragment de tissu rayé bleu et blanc, trame laine chaîne lin,
trouvé sur une fillette, Hannah Strickland, admise le 18 mai 1759, décédée le 2 juin 1759

▲Écossais écru et blanc, en lin ou coton,
trouvé sur un garçon, William Oungle, admis le 18 juin 1759, décédé le 10 juillet 1759

▲à g. : Fragment d'une sorte de drap de laine peignée bleue
[le terme camblett atteste qu'à l'origine il s'agissait de laine à base de poils de chèvre ou de chameau],
trouvé sur un garçon, William Linnet, admis le 26 janvier 1760, décédé en 1764
à dr. : Deux porteurs jouant aux cartes, Giacomo Ceruti dit Il Pitochetto, première moitié du XVIIe siècle,
collection particulière, Brescia sur galerie Canesso

▲Bas de manche volanté d'une robe en toile lin (enfant trouvé n° 10392)

▲à g. : Fragment de lin brun,
trouvé sur un garçon de deux mois, Hector Audley, admis le 2 juillet 1759, décédé le 4 février 1760
à dr. : Le marché au bétail (détail), Jan Josef Horemans I'Ancien, fin XVIIe – début XVIIIe siècle,
sur le blog Sifting the past

▲à g. : Fragment de tissu de laine peignée, rayé et broché
trouvé sur une fillette, Millicent Butler, admise le 30 mai 1759, décédée le 8 juin 1759
à dr. : Fragment de tissus écossais en laine peignée,
trouvé sur un garçon, Mentor Lesage, admis le 28 décembre 1759,
placé comme apprenti chez Hercules Durham, fermier à Fulmer (Buckinghamshire) le 7 novembre 1770

▲à g. : Fragment de tissu rayé pourpre et vert, en laine peignée,
trouvé sur un garçon, John Burgoyne, admis le 29 novembre 1759, décédé le 10 décembre 1759
à dr. : La Blanchisseuse (détail), Jean Baptiste Siméon Chardin, vers 1735
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg sur Wikimedia Commons

L'offre de tissus se décline donc sous plusieurs qualités. Il y a un monde entre les superbes draps flamands réputés dans toute l'Europe, ou même ceux produits en Normandie et en Picardie, et les productions domestiques ou le médiocre et grossier droguet, étoffe de laine ou mêlée de laine et autres fibres, mince et étroite – au XVIe siècle, le mot « drogue » désigne au figuré, une chose de peu de valeur. Le droguet peut être en armure serge. La tiretaine est elle-même une sorte de droguet, destinée le plus souvent aux pauvres, aux hôpitaux ou à l'ameublement. Le cordillat est une grosse étoffe de laine à côtes.

La ratine est une étoffe de laine pour l'hiver, épaisse et chaude, à l'armure toile ; foulée et grattée, elle est ainsi nommée car elle subit le ratinage. Cette opération consiste à retirer de façon plus ou moins régulière à la surface les poils de l'étoffe et à les vriller pour leur donner l'aspect d'une toute petite boule ou bouton. La revêche est une sorte de ratine de laine grossière à poil long ; elle sert aux doublures des habits des soldats du Roi. Même si la ratine peut être de bonne qualité, elle est associée à la la pauvreté, car elle se râpe facilement au col, aux coudes et aux bas de manches.

De même que pour les tissus de laine, du gros lin rêche ou toile de coutil aux lourds sergés et fins cainsils et batistes, les qualités des étoffes de lin sont extrêmement diverses. Le coutil est une grosse toile croisée ou sergée de chanvre ou de lin, plus tard mélangée de coton, lissée et serrée, résistante à l'usure et à la traction, qui sert aux matelas et sommiers, et plus tard aux vêtements de travail en raison de sa solidité.

▲Les Brodeuses, Giacomo Ceruti, vers 1720
collection privée, Brescia via The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La Blanchisseuse, Jean Baptiste Siméon Chardin, vers 1735
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg sur Wikimedia Commons


Avant le XVIIIe siècle, des couleurs ternes, fades, bruns et gris délavés

Depuis le Moyen Âge, le vêtement populaire est donc fait principalement de lainages et de draps de chanvre et de lin, parfois assez grossiers, choisis pour leur résistance à l'usure. Seuls les artisans aisés peuvent s'offrir le drap de fine laine et le beau lin. Et si le vêtement sert à classer socialement, il le fait aussi par sa couleur.

Pendant des siècles, la couleur, issue de colorants végétaux, ne pénètre pas en profondeur dans les fibres des tissus. Les teintes ne résistent pas à l'exposition à l'air et au soleil, aux intempéries, aux lessives. Elles virent vers le gris ou le brun neutres, prennent un aspect délavé, fade, terne – « pisseux », n'hésite pas à dire Michel Pastoureau : « le fin du fin était la couleur dense, saturée, stable, solide, résistant aussi bien à l'eau et à l'air qu'à la lumière. »

Les paysans teignent les tissus rustiques qu'ils fabriquent eux-mêmes avec toutes sortes de colorants locaux disponibles : le pastel (bleus) remplacé dans les manufactures par l'indigo, le gaude, le genêt, la sarrette, le safran et le fustet en Provence (jaunes), la bogue de châtaigne (beige), les noix de galle, la feuille de noyer et l'extrait de noix (noirs), l'ortie et le bouleau (verts), l'aulne (gris), etc. Seule la racine de la garance (rouge) donne de bons résultats. Avec les mêmes techniques, les mêmes mordants, y compris les plus basiques (tartre, urine, vinaigre), la garance imprègne les tissus et résiste mieux au temps. C'est la raison pour laquelle la plus belle robe des femmes d'origine modeste, en particulier celle qu'elles portent à leur mariage, est souvent une robe rouge.

Le Petit Chaperon rouge, par François Richard Fleury, vers 1820
Musée du Louvre, Paris, sur Agence photographique de la RMN
Au-delà de toutes les symboliques évoquées,
Chaperon Rouge n'aurait-elle pas juste mis sa plus belle tenue pour rendre visite à sa grand-mère ?
[Lire sur Les Petites Mains, La salopette rouge de Bambita, paragraphe : Le Petit Chaperon rouge]


L'arrivée progressive du coton au milieu du XVIIe siècle va changer les choses. Le coton est connu en Europe occidentale depuis la fin du XVe siècle. Avec l'arrivée des indiennes apparaissent des couleurs plus vives et des imprimés joyeux. C'est le sujet du prochain article.

( à suivre : La vêture des Enfants trouvés (3) – Au XVIIIe siècle, le coton et l'arrivée des indiennes)

8 juin 2011

Histoire du tricot (6) - la layette et le tricot pour enfants



Depuis toujours, le tricot habille l’enfant

▲à g. : Fragment de tricot de coton au point jersey, décor jacquard,
Égypte période copte, XIe-XIIe siècles,
Le Coton et la mode, 1000 ans d’aventures, catalogue d’exposition (2000-2001), page 29
Musée Galliéra, Éditions Skira, Paris (épuisé)
à dr. : Chaussette enfant, Fustat (Égypte), XIe-XVe siècle
Textile Museum, Washington sur Dar Anahita's

▲à g. : Tunique d’enfant en laine tricotée, Antinoë (Égypte), entre 331 et 641 (époque copte)
Musée du Louvre, Paris
au centre et à dr. : Chemise veste et moufle en laine tricotée pour enfant, XVIe siècle
Museum of London, Londres
(Pour en savoir plus, lire les fiches détaillées de chaque objet sur le site du musée)

Dès qu’on a pu filer et tisser la laine, on l’a aussi tricotée [Lire sur Les Petites Mains, Histoire du tricot : Les origines]. Dans les campagnes où on y a facilement accès, la laine tricotée est une réponse pratique et économique aux besoins vestimentaires des familles. Dans certaines régions, le tricot devient à partir du XVIe siècle une activité de revenu complémentaire pour les familles pauvres. Cette habitude est encouragée par les œuvres de bienfaisance. Même pratiqué de façon non professionnelle, le tricot devient un gage de bonne éducation et de vertu morale pour les femmes et jeunes filles [Lire sur Les Petites Mains : Histoire du tricot : Les ouvrages de dames des XVIIIe et XIXe siècles, la représentation de la tricoteuse].

▲à g. : Portrait de bébé, par Mary Beale, vers 1690-1730
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Chemise veste d’enfant en coton tricoté, XVIIe siècle
Album : Knitting Items from the Collection, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Bas pour enfant en tricot de soie rebrodé, XVIIIe siècle
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Brassière pour bébé en tricot de coton, XVIIIe siècle
passée en vente chez Christie, Londres

▲à g. : Ensemble bonnet, brassière et manches amovibles en laine tricotée main pour bébé,
Angleterre, entre 1800 et 1850
Album : Knitting Items from the Collection, Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Robe pour bébé tricotée en coton, 1851
Victoria and Albert Museum, Londres
Ce modèle, réalisé par Sarah Ann Cunliffe, fut primé à la première Exposition Universelle
de Londres, en 1851 (médaille visible en haut à gauche de la photo).

▲à g. : Petite fille portant des mitaines tricotées, début XIXe siècle
galerie photo_history sur Flickr
à dr. : Mitaines en soie tricotée, vers 1860, sur corsetsandcrinolines

Au XIXe siècle, les travaux d’aiguilles sont enseignés aux filles à l’école. Certains prix décernés aux articles tricotés présentés aux grandes expositions universelles sont réservés aux productions des orphelinats et autres maisons de type hospice. Ils distinguent des pièces d’une grande dextérité, considérées comme des chefs-d’œuvre. Il s’agit souvent de pièces de layette en tricot de laine ou de coton. On combine parfois sur la même pièce les techniques tricot et crochet.

Les productions domestiques utilitaires, dont les modèles de base n’ont sans doute guère changé au fil des siècles, concernent tout particulièrement les petites pièces du vestiaire des bébés et des enfants, faciles et rapides à exécuter. Chaussettes et bas sont fabriqués industriellement sur des métiers, mais on en tricote aussi pour usage personnel dans les familles. Les musées conservent quelques brassières de coton datant du XVIIe et du XVIIIe siècle, mais peu de pièces domestiques modestes, recyclées et portées jusqu’à l’usure.

▲à g. : Chaussettes en grosse laine tricotée, XVIIe siècle
Rijksmuseum , Amsterdam
à dr. : Moufles en laine pour enfant, à motifs jacquard, rapiécées, XIXe siècle
Museum of Fine Arts, Boston

Le tricot de laine tient les enfants au chaud

Quand le moindre refroidissement peut mettre en danger les enfants – la pénicilline n’arrive en Europe qu’en 1945 – les vêtements de laine maintiennent les enfants au chaud. Pourtant, dans son ouvrage de référence sur la mode enfantine, Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Noreen Marshall remarque que l’étude de photographies de groupes d’enfants, par exemple d’écoliers, montre qu’avant 1890, les enfants de condition modeste ne portent guère de vêtements de dessus tricotés, mais le plus souvent des vestes trop grandes ou trop petites, trop usées aussi pour être bien chaudes.

Ainsi, les brassières et chemises de laine plus ou moins finement tricotées des bébés sont intercalées entre des vêtements de coton blanc, faciles à entretenir : celui du dessous protège le vêtement des sécrétions de l’organisme, celui du dessus protège le corps des vêtements de dessus faits dans des textiles moins confortables. Le vêtement tricoté est un vêtement utilitaire qui ne se montre pas. On ne le trouve pas élégant, il n’est pas soumis aux phénomènes de mode. Avant le milieu du XIXe siècle, les travaux de tricot sont plutôt considérés comme une basse besogne, ils sont réservés aux institutions de bienfaisance et d’assistance, aux hôpitaux et aux prisons.

▲à g. : Publicité pour « sous vêtements hygiéniques » en lainage à la ouate de tourbe
du Docteur Rasurel, 1897, sur live auctionneers
au centre et à dr. : Combinaison pour enfant en tricot mécanique de coton
dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Victoria & Albert Museum, Londres
On nomme « combinaison » ce vêtement pour enfant : il est en effet littéralement
la combinaison entre une chemise et une culotte. Celle-ci, datée entre 1900 et 1940, est en tricot ;
les combinaisons de laine de la fin du XIXe - début XXe ont la même coupe.

▲à g. en ht et en bas : Chemise body pour bébé en fine laine blanche tricotée, vers 1896-1898
Wisconsin Historical Museum, Madison
au centre : Publicité pour les « sous vêtements hygiéniques » du Docteur Rasurel,
par Lenonetto Cappiello, 1906 sur Camard et Associés
à dr. : Chemise et caleçon en laine tricotée pour enfant
dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present Victoria & Albert Museum, Londres

▲à g. : Pull fille, finement tricoté en laine rouge, vers 1900
Wisconsin Historical Museum, Madison
Dans les années 1850-1860, pour une meilleure santé, les hygiénistes
recommandent de porter un jupon de flanelle de laine rouge.
au centre : Portrait de Lady Ottoline Morrell Julian Ottoline Vinogradoff enfant, 1910-1911
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Pull pour petit garçon, tricoté en laine écrue, vers 1881-1883
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Jupon tricoté pour petite fille, 1866, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Jupon tricoté en laine jaune et rayures zig-zag multicolores, vers 1885-1890
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Jupon tricoté pour petite fille, 1860, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Jupon tricoté et crocheté en laine écrue et rayures zig-zag roses, vers 1880-1910
Wisconsin Historical Museum , Madison

▲à g. : Jupon pour enfant, La Mode illustrée, 1862
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Combinaison pour enfant en laine tricotée, à rayures verticales bicolores, vers 1890-1899
Wisconsin Historical Museum , Madison

▲à g. : Pull gilet pour fille en laine tricotée chinée marron rebrodée, vers 1860-1869
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Veste à manches courtes pour petite fille, 1864, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay

À partir du milieu du XIXe siècle, et plus encore la fin XIXe-début XXe, les habitudes changent. La scolarisation obligatoire des enfants préconise « un esprit sain dans un corps sain », on favorise la pratique sportive, y compris pour les filles. Les « bains de mer » ne sont plus réservés à l’élite. Parallèlement, « hommes de science » et hygiénistes redécouvrent les vertus de la laine et recommandent de porter des «lainages sanitaires» à même la peau [Lire sur Les Petites Mains, Histoire du tricot, Les ouvrages de dames des XVIIIe et XIXe siècles : les progrès de la teinture et la vogue des lainages sanitaires]. Tout cela va contribuer à mettre la laine « à la mode », elle gagnera peu à peu le vêtement de dessus.

Tricot de laine et mode enfant

▲Costumes marins en jersey, 1881 catalogue Hilder & Godbold, Angleterre
dans Dictionary of Children’s Clothes – 1700s to Present, Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Garçonnets en costumes marins en jersey, vers 1900
pool Vintage Kids sur Flickr

▲à g. : Costume marin en jersey pure laine, hiver 1911-1912
catalogue général des Galeries Lafayette sur Commons Wikimedia
à dr. : Petit garçon aux dominos, photographe anomyme, vers 1886
Bibliothèque nationale de France, Paris

▲Portrait de famille, fin XIXe siècle, galerie lovedaylemon sur Flickr

▲à g. : Pull garçon rayé à col châle, en laine tricotée, marque Lorenz, vers 1900-1915
Wisconsin Historical Museum , Madison
à dr. : Garçonnet en pull rayé, vers 1900
album Edwardian children sur Flickr

▲à g. : Enfants en habits tricotés, vers 1925 pool Vintage Kids sur Flickr
au centre : Catalogue de tricot Madame n°183, décembre 1924
sur journ@ux-collection.com
à dr. : Petite fille en costume de laine tricotée, Portugal, vers 1925
sur Photos d’Enfances

▲à g. : Modèles de tricot, couverture de Mon Ouvrage n°218, 15 mars 1932
sur journ@ux-collection.com
au centre : Portrait de Philippa Selina Mather (née Bewicke-Copley) et David Godfrey Bewicke-Copley
par Alexandre Bassano, 1933, National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Modèles de tricot, couverture de Mon Ouvrage n°366, 15 mai 1938
sur journ@ux-collection.com

▲à g. : Pull en en laine, tricotage jacquard des îles Shetland, vers 1931
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Les princes d’Angleterre Andrew et Edward, 1966, sur royalteurope

▲à g. : Petite fille en gilet tricoté, inspiré du style des îles d’Aran, 1942
sur Photos d’Enfances
au centre : Pull tricoté en laine, dans le style des îles d’Aran, 1945
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Modèles de tricot dans le style des îles d’Aran, 1960
sur The Retro Knitting Company

Dans les années 1885, les manufactures de jersey se spécialisent, le célèbre costume marin des enfants est réalisé en épaisse maille jersey de laine ou de coton. On s’habille de manière plus décontractée en bord de mer, on porte des pulls. À partir des années 1910 apparaissent de plus en plus sur les photographies, des enfants vêtus, même à la ville, de pulls tricotés – ce sont surtout des garçons. L’activité tricot se développe par nécessité pendant la guerre, puis s’ancre durablement dans les habitudes féminines.

Il faudra attendre les années 1920 pour que la laine tricotée évolue en vêtement concerné par la « mode ». La pratique du sport va se répandre et se démocratiser pour devenir un style de vie, tendance amplifiée en 1936 par les congés payés [Lire sur Les Petites Mains, Histoire du tricot au XXe siècle : Le sportswear des Années folles et La maille est associée à la modernité].

Cette mode favorisera le développement d’un style confortable, typiquement enfantin, avec chandails et culottes de maille boutonnées ensemble et courtes robes. Le chandail ou pullover de sport, qui intéresse désormais les couturiers, se fait créatif. Il s’inspire parfois des techniques traditionnelles locales du tricot, comme le jacquard nordique coloré et le tricot irlandais à torsades et reliefs.

Le pull est un vêtement confortable, souple et extensible qui « grandit » avec l’enfant : on détricote le modèle devenu trop petit, on le retricote en plus grand avec des rayures, des pièces contrastées (poignets, côtes), en réutilisant si nécessaire plusieurs vieux vêtements. Les techniques textiles du XXe siècle n’auront de cesse de développer cette notion de confort, d’élasticité, de douceur…

▲à g. : Publicité pour les laines du Pingouin, vers 1950, sur Femmes en 1900
à dr. : Robe layette tricotée main, marque Jaboté, vers 1960
sur Kentucky Rain Vintage

▲à g. : Publicité Petit Bateau, tricots Crylor, sur Delcampe
à dr. : Pull Petit Bateau en fibre polyamide Ban-Lon, vers 1970
sur Kentucky Rain Vintage

▲à g. : Publicité Absorba, 1968, sur memory-pub
à dr. : Robe tricotée bicolore en acrylique, Absorba, vers 1970
sur Kentucky Rain Vintage

▲Pull tricoté à rayures en modal et polyamide, Absorba, vers 1980
sur Kentucky Rain Vintage
à dr. : Publicité Absorba, « Les enfants sont comme ça », vers 1980, sur Delcampe

Dans les années 1960-1970, la facilité de lavage, la rapidité de séchage, l’absence de repassage, le choix multiple des coloris font des fibres synthétiques un matériau particulièrement adapté au vêtement d’enfant qui a besoin d’être lavé souvent. L’offre des marques de prêt-à-porter en tricot est riche et variée, même si on considère les tricots faits maison comme plus élégants et raffinés. Le vêtement tricoté reste un basique incontournable de la mode layette et enfant.

La layette

Ce sont les Anglais, toujours pragmatiques, qui lancent les premiers la mode de la layette tricotée à la main. Elle ne commence à se répandre qu’à partir des années 1870-1880. Les magazines féminins conseillent d’habiller chaudement les bébés d’une robe de laine dès leurs premiers pas, en raison de son confort et sa souplesse. On ne se cache plus pour tricoter à la maison petites vestes, robes, bonnets, cache-langes et culottes à chaussettes intégrées. On considère jusqu’à la moitié du XXe siècle que coudre et tricoter le trousseau de son bébé est la plus saine des occupations pour une future mère.

▲à g. : Brassière en laine tricotée, vers 1890-1899
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Brassière tricotée mains proposée par un magasin de nouveautés, Le Caprice (journal), 1887
dans La Mode et l’Enfant 1780… 2000, Musée Galliéra, Paris

▲à g. en haut : Bavette au crochet, La Mode illustrée, 1866
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à g. en bas : Bavette au crochet, vers 1870-1899
Wisconsin Historical Museum , Madison
à dr. : Chemise brassière de bébé en laine tricotée
Wisconsin Historical Museum , Madison

▲à g. : Bonnet en laine crochetée pour garçon, vers 1861-1862
Wisconsin Historical Museum, Madison
au centre : Bonnet pour bébé, La Mode illustrée du 2 novembre 1873
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Bonnet en laine tricotée pour fille, vers 1850-1869
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Bonnets pour bébés en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, orné de dentelle et ruban,
XIXe siècle, Museum of Fine Arts, Boston
au centre : Bonnet d’enfant, rebrodé de perles de verre, début XIXe siècle
The Elizabeth Day McCormick Collection, Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Bonnet de bébé en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, orné de dentelle, XIXe siècle
Museum of Fine Arts, Boston
En cliquant sur le lien, on peut voir, en haute résolution sur le site du musée,
le magnifique travail de tricot rebrodé de perles de verre [en anglais : beadwork] de ces bonnets .
Le travail - que certains différencient du tricot pur, est très proche des modèles
de réticules pour femme de la même époque
[Lire ici : Les ouvrages de dames, réticules et autres bourses du XIXe siècle sur Les Petites Mains]

▲à g. : Bonnet pour bébé en coton écru tricoté rebrodé de perles de verre, 1856
Wisconsin Historical Museum, Madison
au centre : Bonnet de bébé en coton tricoté, rebrodé de perles de verre, XIXe siècle
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Modèle de bonnet tricoté pour enfant, 1865, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay

▲à g. : Bonnet en coton tricoté, 1860
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Bonnet au crochet pour layette de bienfaisance, 1874
Le Journal des Demoiselles, boutique Au Fil du Temps sur e-bay

▲à g. : Bonnet en coton tricoté, XIXe siècle, Museum of Fine Art, Boston
au centre : Bonnet au crochet pour enfant, 1865
La Mode illustrée, boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Chaussette pour enfant en coton tricoté, début XIXe siècle
Museum of Fine Arts, Boston

▲à g. : Chaussons en crochet pour bébé, 1865, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Chaussons pour bébé en laine tricotée noire rehaussée de jaune, 1880-1889
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Modèle de chausson pour bébé, 1861, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Chausson pour bébé en laine tricotée moutarde rehaussée de blanc, 1877
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Modèle de chausson pour bébé, 1866, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Chausson pour bébé en laine tricotée écrue, orné d’un double ruban, 1905-1915
Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Modèle de chausson bottine pour bébé, 1862, La Mode illustrée
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
à dr. : Chausson pour bébé en grosse laine tricotée de couleur magenta, 1877
Wisconsin Historical Museum, Madison
La couleur mauve et ses dérivés sont à la mode depuis qu’en 1856,
William Henry Perkin a réalisé la synthèse chimique de la mauvéine ;
cela a permis la préparation et l’invention de nouvelles molécules colorantes.

▲à g. : Brassière tricotée en laine blanche, ornée de ruban rose à l’encolure,
vers 1920, Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, collection Bleuet n°9,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

▲à g. : Portrait d’une mère et de son enfant, 1924, galerie bitsorf sur Flickr
à dr. : Ensemble layette en laine écrue tricotée de la marque Glenroyal
Victoria & Albert Museum, Londres

▲ g. : Ensemble layette, gilet, bonnet et chaussons tricotés en coton blanc et rose, rebrodé,
vers 1944-1946, Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, collection Recko n°3,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

▲g. : Catalogue de tricot, modèles layette, Tricot de Paris n°60,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
au centre : Trois ans en tricot, modèles à tricoter soi-même
Modes et Travaux, 1951, sur aiguilles et autres choses
à dr. : Petite fille en robe tricotée, Allemagne ou Autriche
vers 1945, sur Photos d’Enfances

▲à g. : Robe tricotée mains, vers 1970-1980, sur Kentucky Rain Vintage
à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, L’Officiel du Tricot n°25,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

▲à g. : Catalogue de tricot modèles layette, Bernat n°27,
année non renseignée, galerie cemeterian sur Flickr
à dr. : Réédition d’une brassière ancienne en laine tricotée pour bébé
sur muitomaisanorte

▲à g. : Catalogue de tricot, modèles layette, La Layette de Mon Tricot,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
au centre : Catalogue de tricot, modèles layette, Patons n°717,
année non renseignée, galerie megsmaw06 sur Flickr
à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, L'Art du Tricot n°6,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

▲à g. : Catalogue de tricot, modèles layette, La Mode pratique,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com
au centre : Portrait d’enfant en robe de laine tricotée, vers 1949
galerie lovedaylemon sur Flickr
à dr. : Catalogue de tricot, modèles layette, Collection Azur n°90,
année non renseignée, sur journ@ux-collection.com

▲ g. : Bonnet et chaussons en laine tricotée jaune, vers 1954-1956
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Modèle d’ensemble layette Sirdar Sunshine, Harrap Bros (Sirdar Wools) Ltd,
vers 1955-1965, Victoria & Albert Museum, Londres

Dans les années 1920, comme pour l’enfant, la layette tricotée promeut des règles de confort nouvelles, qui vont durer. On aime les panoplies. On assortit les bonnets et les chaussons. Les modèles basiques sont agrémentés de brassières et de bavoirs brodés. On préfère le blanc, mais la répartition des coloris rose-bleu entre garçons et filles s’enracine [Lire sur Les Petites Mains, Bébé rose - bébé bleu]. Le jaune fait son apparition dans les années 1930.

Quand le plaisir de tricoter l’emporte sur l’utilité

▲à g. et au centre : Catalogues de modèles de tricots des années 1930, années non renseignées
à dr. : Catalogue de modèles de tricot, La Mode pratique n°13 du 30 mars 1935
sur journ@ux-collection.com

▲g. : Couverture du magazine Elle n°15 du 27 février 1946
au centre : Couverture du magazine Elle n°95 du 9 septembre 1947
Archives magazine Elle
à dr. : Garçonnets en pull de laine tricotée, pool Vintage Kids sur Flickr

▲g. : Patron modèle de cardigan et de short Patons and Baldwins Ltd, Créations Weldon,
vers 1950-1955, Victoria & Albert Museum, Londres
au centre : Patron modèle de mini-robes roses, marque Hayfield, vers 1960, sur etsy
à dr. : Patron modèle d’ensembles gilets/jupe/pantalon pattes d’eph’, Cortinac, vers 1970
sur buggsbooks

▲Pages de modèles de tricots pour bébés
100 Idées n°1 de décembre 1972 et n°111 de janvier 1983
sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

▲Pages de modèles de tricots pour enfants
100 Idées n°4 de septembre 1973 (à g.), n°60 d’octobre 1978 et n°119 d’octobre 1983
sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

▲Pages de modèles d’accessoires en tricot pour enfant,
100 Idées n° 112, février 1983 sur le blog des centidéalistes : rubrique Tricot à la mode 100 Idées

La généralisation d’un prêt-à-porter abordable, le travail des femmes et autres mutations sociales vont peu à peu confiner l’activité tricot au loisir. Dans le domaine de la layette plus que tout autre, le temps du tricot prolonge le plaisir de la ferveur maternelle ou grand-maternelle à l’enfant chéri. De la débutante à l’experte, de la tradition à l’ultra-mode, dans un esprit pratique ou ludique, chacune peut trouver dans les nombreuses publications de catalogues et magazines spécialisés « le » modèle à tricoter soi-même.

▲Bonnet pointu en alpaga, tricoté par Marie-Pierre pour Appoline, sur Bigmammy

À lire aussi sur Les Petites Mains :

Histoire du tricot (1)Les origines
→Des chaussettes coptes de l'Antiquité égyptienne des origines, en passant par les gants liturgiques de l'Église chrétienne, le tricot se diffuse peu à peu dans toute l'Europe.

Histoire du tricot (2)Du XIVe au début du XVIIe siècle
→Le tricot du Moyen Âge ne concerne que les gants, les bas, les bonnets et chapeaux ; guildes et corporations se structurent autour du travail de la « bonneterie » qui se mécanise.

Histoire du tricot (3)Les « ouvrages de dames » des XVIIIe et XIXe siècles
→Sous l'Ancien Régime, le tricot est une occupation féminine convenable, la tricoteuse une figure exemplaire de vertu féminine ; premiers recueils de modèles, progrès techniques et modes hygiénistes diffusent la mode du tricot.

Histoire du tricot (4)Le tricot au XXe siècle, 1900-1930
→Des fins dessous tricotés 1900 au sportswear des années 1920, le tricot devient la « maille », signe de modernité, il passe des dessous aux dessus ; au tricot utile des années de guerre succède le tricot de loisir.

Histoire du tricot (5)Le tricot au XXe siècle, 1930-1980
→Dans la seconde moitié du XXe siècle, le tricot suit les tendances de modes : débrouille des années 40, sophistication des années 50, dynamisme rayé et coloré des années 70, la presse féminine diffuse les modèles.