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27 septembre 2012

L'Impressionnisme et la mode enfantine


J'ai lu un jour quelque part des propos qu'aurait tenu un conservateur de musée : « Si vous êtes en mal d'inspiration et que vous voulez que votre expo cartonne, prenez n'importe quel thème et reliez-le aux impressionnistes... » L'impressionnisme revisité du point de vue de la mode : c'est le carton assuré pour la nouvelle exposition L'Impressionnisme et la mode du Musée d'Orsay à Paris. Des articles de presse critiquent la mise en scène de l'exposition qui selon eux sacrifie les oeuvres au divertissement. Dans Le Monde, Philippe Dagen parle de « l'impressionnisme, cette machine à cash flow »... Quant à moi, j'ai décidé de ne pas bouder mon plaisir.

▲Affiche de l'exposition L'Impressionnisme et la mode
Musée d'Orsay, Paris, jusqu'au 20 janvier 2013
Jeune dame, ou La femme au perroquet, par Édouard Manet, 1886
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La petite Parisienne, Alfred von Keller, 1883, sur wikimedia
La bourgeoisie parisienne triomphante affiche sa réussite sociale et impose sa mode.
Du déshabillé du matin à la robe du soir, les femmes élégantes changent de toilette six à huit fois par jour.
Nouvelles techniques, publications de mode et grands magasins démocratisent la mode.
C'est l'apparition de « la Parisienne », grande bourgeoise, demi-mondaine, vendeuse ou cousette...
Le mythe fait rêver le monde entier.

Avec l'invention de la peinture en tubes, les peintres parisiens sortent de leurs ateliers. Influencés par le réalisme de Gustave Courbet, par la photographie – la première exposition « impressionniste » a lieu en avril 1874 dans l'atelier de leur ami Nadar – ils choisissent de témoigner des scènes de la vie quotidienne de leur temps, profondément bouleversée par la révolution industrielle du Second Empire et des débuts de la Troisième République.

Pour les peintres impressionnistes, la mode française alors très foisonnante, qui voit la naissance de la haute couture et du mythe de la Parisienne, est ressentie comme un attribut de la modernité. Ils ne cherchent pas à représenter scrupuleusement le vêtement, plutôt saisir l'instantané des modes et des attitudes de leurs contemporains.

En partenariat avec le Musée d'Orsay, Arte diffuse dimanche prochain 30 septembre, à 14 heures 40, L'Impressionnisme, éloge de la mode, un film documentaire de Anne Andreu et Émerance Dubas. À ne pas manquer. En voici ci-dessous un extrait, d'autres sont visibles sur le site de l'exposition (Le défilé des peintres, La Parisienne, Du croquis de mode au défilé, Les dessous...).


▲À voir et revoir en intégralité (jusqu'au 7 octobre) sur Vidéos Arte TV
Voir aussi sur Dailymotion la vidéo Les Impressionnistes s'emparent de la mode, de Élise Menand pour AFP-TV

▲La musique aux Tuileries, Édouard Manet, 1862
National Gallery, Londres, sur Wikipedia

▲Portrait de la marquise et du marquis de Miramon et leurs enfants, James Tissot, 1865
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Jean Monet dans son berceau, Claude Monet, 1867
National Gallery of Art, Washington sur galerie de photopoésie sur Flickr
Le Berceau, Berthe Morisot, 1872
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲La pâtisserie Gloppe avenue des Champs-Élysées, Jean Béraud, 1889
Musée Carnavalet, Paris sur Agence photographique de la RMN

Les impressionnistes se font aussi les témoins de la vie de famille et de la place nouvelle de l'enfant dans la vie sociale du XIXe siècle. L'enfant est le coeur de la famille instituée par le Code civil, constituée des parents et des enfants. Il est l'objet d'attentions nouvelles, entouré d'affection et de tendresse, le tutoiement progresse, les sanctions corporelles régressent.

On lui réserve un espace individuel dans la maison, les chambres d'enfants, encore très rares, font leur apparition. Les marchands de jouets, les éditeurs s'intéressent désormais à lui. C'est l'aboutissement de l'enfance telle que Victor Hugo précurseur la décrit dans L'Art d'être grand-père.

Cela concerne bien sûr l'enfant des milieux privilégiés et des classes moyennes. La révolution industrielle ne fait pas le bonheur des enfants des milieux ouvriers, même si l'État défend les intérêts de l'enfant en instaurant peu à peu les lois en faveur de l'enfance, instaure l'école laïque gratuite obligatoire, lutte contre la mortalité infantile, etc.

Je prends prétexte de cette exposition pour présenter ici quelques images d'enfants par des peintres impressionnistes, qu'on ne se lasse pas d'admirer. C'est aussi pour moi l'occasion de rappeler les thèmes phares de la mode enfantine du XIXe siècle, plusieurs fois traités, sous divers points de vue, sur Les Petites Mains.

▲Scène de plage, Edgar Degas, vers 1869-1870
The National Gallery, Londres

▲Sur la plage à Trouville, Claude Monet, 1870
Musée Marmottan, Paris, sur galerie de photopoésie sur Flickr

Des couleurs vives et des rayures

Sous le Second Empire, le chemin de fer met la côte normande à seulement quelques heures de Paris. On découvre les bains de mer. Parallèlement, grâce aux progrès techniques de la teinture chimique des étoffes, les « grands magasins » mettent à disposition de leur clientèle un assortiment de vêtements dans des coloris nouveaux, très vifs, qui vont changer l'échelle de la perception des couleurs. On découvre le fuschia, le violet, le bleu vif, le rouge sang, le vert cru, mais aussi les tons pastel mauve, bleu, rose qui réinterprètent le blanc. La plage fusionne la rayure exotique transgressive des marins, la rayure hygiénique du bon air de la mer et la rayure ludique des enfants.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, La marinière et l'histoire des tissus rayés]

▲La famille Manet dans leur jardin à Argenteuil, Édouard Manet, 1874
The Metropolitan Museum of Art, New York▼

▲à g. : Portrait de Fernand Halphen enfant, Auguste Renoir, 1880
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Portrait de Henri Bernstein enfant, Édouard Manet, 1881
collection particulière sur wikimedia

▲Jeune garçon sur la plage de Yport, Auguste Renoir, 1883
Barnes Foundation sur wikimedia

▲L'après-midi des enfants à Wargemont, Auguste Renoir, 1884
L'enfant de droite, sans doute une fille, est identifiable à la poupée ; il pourrait être un petit garçon en robe
Nationalgalerie, Berlin sur Agence photographique de la RMN

Le costume marin

Dans la foulée de cette mode balnéaire, le costume marin entre dans la garde-robe enfantine. C'est le tout premier vêtement créé spécifiquement pour les enfants. Issu à la fois du costume en matelot [en anglais : skeleton suit] de la fin du XVIIIe siècle et du goût pour les uniformes de fantaisie [en anglais : pretend uniforms], il apparaît en Angleterre dans les années 1850. Les enfants et petits-enfants de Victoria sont les premiers à les porter, suivis par toute l'aristocratie européenne. La mode s'étend à toutes les classes sociales, au point de devenir jusqu'au début du XXe siècle l'uniforme symbole de l'enfance. En lainage marine en hiver, en coton uni ou rayé blanc et bleu en été, il est adapté pour les fillettes dans les années 1880.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Le costume marin, une série de 9 articles]

▲Jean Monet (à 5 ans) sur son cheval de bois, Claude Monet, 1872
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La famille Chapple Gill de Lower Lea Woolton, James Tissot, 1877
À gauche, dans les bras de sa mère, le garçon, à droite la fille
National Museums and Galleries on Merseyside▼

▲Madame Georges Charpentier et ses enfants Georgette Berthe et Paul Émile Charles
Lequel est le garçon ? Laquelle est la fille ?
Auguste Renoir, 1878, The Metropolitan Museum of Art, New York▼

La robe des garçons

Au XIXe siècle, et jusqu'à la Première Guerre mondiale, avant de revêtir le costume marin, tous les garçonnets portent la robe jusqu'à deux à quatre ans. Dans les années 1880, il est parfois difficile de distinguer les fillettes des garçonnets, qui ont les cheveux longs bouclés et des tenues assorties à celles de leurs sœurs.

La robe des garçons et le costume marin, puis l'étape du port de la culotte posent la question de la durée de l'enfance, qui varie selon les époques.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Le petit enfant en robe et La culotte des garçons]

▲Portrait de Mademoiselle Bonnet, Claude Monet, 1873
Barnes Foundation, Merion, galerie de photopoésie sur Flickr

▲En plein soleil, James Tissot, vers 1881
The Metropolitan Museum of Art, New York▼

▲Le Banc de jardin, James Tissot, vers 1882, collection privée▼

▲à g. : Portrait de Marthe Bérard, Auguste Renoir, 1879
à dr. : Rose, bleu ou Portrait de Mesdemoiselles Cahen d'Anvers, Auguste Renoir, 1881
Musée d'Art de Sao Paulo sur wikimedia

▲Portrait de Julie Manet, dit aussi L'Enfant au chat, Auguste Renoir, 1887
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲Sur un banc au Bois de Boulogne, Berthe Morisot, 1894
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

La robe des filles, crinolines, tournures et smocks

Sous le Second Empire, comme leurs mères, les fillettes portent la crinoline, puis à partir de 1869 un pouf ou semblant de tournure qui n'a rien à voir avec le fameux « cul de Paris » de la mode féminine. Peu à peu leurs robes raccourcissent, la tournure est remplacée par une large ceinture taille basse agrémentée d'un énorme nœud.

À partir des années 1890, sous l'influence anglaise, la robe à empiècement smocké est adoptée en France, d'abord pour les très jeunes enfants, puis pour les fillettes et les jeunes filles. Elle peine à concurrencer les robes sous influence féminine. Cette robe à empiècement smocké, qui est un avatar de la « robe de réforme » anglosaxonne, est l'ancêtre de la très classique robe à smocks portée encore aujourd'hui.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Histoire de la crinoline en 6 épisodes et La robe à smocks]

▲La famille Bellelli, Edgar Degas, 1867
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Les deux sœurs, dit aussi portraits dans un parc, James Tissot, 1863
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Femme et enfant au balcon, Berthe Morisot, 1872
collection particulière sur wikipedia

▲Le Chemin de fer, Édouard Manet, 1872
National Gallery, Washington sur wikipedia
Reconnaissez-vous dans la mère le modèle Victorine Meurent, qui pose pour
La femme au perroquet de l'affiche, et les célèbres Olympia et Déjeuner sur l'herbe ?

La robe-tablier

Pour ne pas salir son vêtement lorsqu'elle est chez elle, la petite fille porte un tablier de protection à bavette, le plus souvent blanc ou peu salissant. En 1870, une rédactrice du Journal des jeunes filles le recommande : « Très gracieux, il devient un ornement et un complément à la mise d'intérieur », mais elle le déconseille au-delà de l'âge de douze ou quatorze ans. Cette mode va aboutir à la fin du siècle à un nouvel élément de la garde-robe des fillettes, la robe-tablier.


31 janvier 2011

Histoire du tricot (4) - Le tricot au XXe siècle, 1900-1930



Des dessous « hygiéniques » fin XIXe au sportswear des Années folles

▲à g. : Le Chalet du cycle au bois de Boulogne, par Jean Béraud, fin XIXe-début XXe siècle
Musée de l’Île-de-France, Sceaux sur Agence photographique de la RMN
Les élégantes viennent au Chalet du cycle exhiber leur garde-robe sportive, la grande nouveauté,
c’est la culotte bouffante qui permet de montrer ses jambes, ce qui n’est possible que par la pratique de la bicyclette.
à dr. : Sweater en laine, France, vers 1895, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Sweater cardigan en laine, Amérique, vers 1900-1903 The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Carte postale des montagnes du Doubs intitulée « Sports d’hiver, départ du bolide, 60 à l’heure », vers 1900

Dans la lignée de la fin du XIXe siècle et la vogue des lainages « hygiéniques » utilisés pour les vêtements de dessous puis les tenues de sport, la mode des vêtements en tricot se développe au début du XXe siècle. L’hiver à Saint-Moritz, on s’équipe d’un bonnet, d’une écharpe, d’un pull et de chaussettes de laine pour pratiquer les sports de plein air comme le patinage, la luge, le ski, le hockey ; les autres saisons, on porte d’élégants et confortables sweaters [de l’anglais to sweat : transpirer] et ensembles de maille pour la chasse et les parties de campagne, la plage à Deauville et le vélocipède au bois de Boulogne.

▲à g. : Gabrielle Chanel photographiée à Deauville vêtue d’un ensemble de tricot, 1913
à dr. : Costumes en jersey de Chanel, illustration, première parution dans Les Elégances parisiennes, juillet 1916
Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris sur Life.com

Gabrielle Chanel est à juste titre considérée comme une pionnière du vêtement en tricot. En 1913, elle ouvre sa boutique à Deauville ; en 1916, elle rachète à Jacques Rodier (tisserands depuis 1852) un stock de jersey habituellement utilisé pour la bonneterie ; elle y réalise des modèles de tailleurs à veste trois-quarts et jupes raccourcies et des marinières. Mais elle n’est pas la seule à apprécier sa souplesse, sa douceur et son confort : d’autres couturiers s’enthousiasment pour le djersabure de la maison Rodier, comme Jean Patou, ou André Gillier, le futur inventeur de la fameuse maille piquée Lacoste deux décennies plus tard.

▲à g. : Ensemble en tricot, publié dans le magazine Madame, 1921
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
à dr. : Tailleur sport Lanvin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, hiver 1922
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

▲à g. : Suzanne Lenglen dans un ensemble en maille de Jean Patou, 1926, sur examiner.com
à dr. : Pullover en soie et laine, par Lucien Lelong, 1927 The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. et à dr. : Sweater en laine et soie, Angleterre, vers 1929
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Robe Chanel, photographiée à Deauville, le jour du Grand Prix,
par les frères Séeberger, 29 août 1928,
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris

Le style de vie des années 1920, qui se veut libre et pratique et exige qu’on ait l’air «sport», voit le triomphe de la maille et des pullovers – le terme apparaît à cette époque. Certes le soir, on brille dans des tenues luxueuses et pailletées, mais en journée, la base de la garde-robe, c’est l’ensemble sport (sportswear), le plus souvent en maille, souple, pratique, confortable.

On porte le sweater sans col, à manches longues ; on l’appelle cardigan quand il s’ouvre sur le jumper qui s’enfile par la tête ; le chandail – qui viendrait de « marchand d’ail », est à manches courtes, long et décolleté en V ; le pull-over est à manches longues ; quant au gilet, il se boutonne devant. On porte ces articles tricotés à la taille basse sur des jupes courtes, c’est l’allure « garçonne ». Paul Poiret, le couturier vedette de la Belle Époque, n’apprécie guère cette mode : « Autrefois une robe était autre chose qu’une jupe plissée avec un sweater. Ah ! on pouvait alors faire de belles choses avec de beaux tissus que la femme préférait aux jerseys et aux tissus de sport ! » déclare-t-il dans L’Art et la Mode en 1927. Ces toilettes sont immédiatement adoptées par les Américaines, plus rationnelles et moins conformistes que les Françaises.

Du tricot utile de la guerre au tricot de loisir

▲à g. : Cartes postales françaises « patriotiques », 1914-1918
sur sur le blog France/Allemagne : Mémoires de guerres

▲à g. : Femme tricotant (photographie choisie pour la couverture de
No idle hands : The Social History of American Knitting, Ann Macdonald, Ballantine Books, 1990)
sur Flickr Vintage Knitting
à dr. : Une partie du stock des 125 636 chaussettes tricotées pour les soldats à Sydney,
photographie G. A. Hills, mai 1917
sur Knitting for our boys, Galerie de photos de State Library of New South Wales collections sur Flickr

Un tel engouement pour les tenues en maille, relayé par des couturiers renommés, ne peut que profiter au tricot domestique, qui depuis la Première Guerre mondiale s’est répandu dans toutes les couches de la société. Pendant la guerre, femmes, enfants, et même les soldats blessés immobilisés, tout le monde tricote « patriotiquement », en très grand nombre, des chaussettes, des mitaines, des genouillères, des bonnets et des écharpes pour les soldats du front. Les dames de la haute société, qu’on aperçoit dans les rubriques mondaines des journaux, se font infirmières ; elles passent leur temps à tricoter, partout, dans les trains, au théâtre, au restaurant, à la maison, dans les écoles… On les représente même parfois le tricot à la main lors des présentations de mode des maisons de couture, le journal Les Modes raconte très sérieusement ce genre d’anecdotes dans ses articles. On dit que les soldats reçoivent tant d’articles tricotés qu’ils s’en servent pour astiquer leurs armes !

▲à g. : Tricotin soldat, 1915 sur Musée national de l'Education, Rouen
au centre : Catalogue de tricot, modèles spéciaux pour soldats, 1914-1918, sur The Vintage Knitting Lady
à dr. : Recueil de modèles de tricots pour les poilus, La Femme et la Guerre sur Musée virtuel militaire

▲à g. : Tunique tricotée en soie blanche, anonyme, vers 1921
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Tunique nouvelle au crochet en lacet de soie, magazine Madame, 1922
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

▲à g. : Ensemble tricoté de Joseph Paquin, photographié au Bois de Boulogne par les Frères Séeberger, 1925
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
à dr. : Pullover moderne au tricot, magazine Mon Ouvrage, 1929
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay

▲à g. : Casaque nouvelle au tricot rayé, magazine Madame, 1921
boutique Au Fil du Temps sur e-Bay
au centre : Jumper à col en V, tricoté en soie de couleur rouille, et petit sac à gland, vers 1920
Getty Images sur aufeminin.com

▲à g. : Annonce publicitaire pour les fils à tricoter La Redoute, revue L'Illustration, 1926
sur le blog Les Mailles de Francinelle
à dr. : Publicité pour les Laines du Pingouin de la Lainière de France, Roubaix, 1929
sur hprints.com

Les femmes de toutes conditions sociales prennent ainsi l’habitude de tricoter, et pour longtemps. Après la guerre, le tricot devient un loisir, même s’il reste aussi dans les familles une manière économique de s’habiller utile, confortable et de manière originale. Les magazines de mode continuent, comme au XIXe siècle, à proposer des modèles de tricots à réaliser soi-même, mais aussi désormais des modèles en maille en coupé-cousu à faire fabriquer par sa couturière. Certains de ces articles de guerre vont faire leur entrée dans le vestiaire de la mode : c’est le cas de la cagoule. A partir des années 1920, les filatures françaises proposent la vente de laine au détail, par correspondance, via la presse féminine et familiale ; au début, il s’agit juste pour elles d’écouler leurs fins de séries.

La maille est associée à la modernité

▲à g. : Pullover, Madeleine Vionnet, photographie dépôt de modèle, 23 août 1924
au centre : Ensemble en maille, Jean Patou, photographie dépôt de modèle, 10 août 1926
à dr. : Pullover, modèle Champion, Lucien Lelong, photographié par Edigio Scaioni, 1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929,
du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

▲à g. : Coco Chanel posant dans un de ses ensembles cardigan et pull, 1929
Hulton Getty Picture Collection sur Life.com
à dr. : Publicité pour les tissus en lainage et jersey Chanel, 1934 sur hprints. com

▲à g. : Ensembles Jean Patou, photographiés à Deauville par les Frères Séeberger le 14 août 1927
Les Séeberger, photographes de l'élégance, 1909-1939, BnF, Paris
au centre : Sweater en laine, Amérique, vers 1920 The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Ensembles cardigans Wilson's of Great Portland Street, Londres, mai 1928
Brooke/ Hulton, Getty Images dans Decades of Fashion

▲à g. et à dr. : Devants de jumpers ou sweaters en trompe-l’œil, tricotés main
par Madame Azarian pour Elsa Schiaparelli, 1927-1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929 , du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
au centre : Jumper au motif noeud en trompe-l’œil tricoté main, Elsa Schiaparelli, 1927
Victoria & Albert Museum, Londres

Cette simplicité des lignes de la mode 1920 pousse les couturiers et les artistes à rivaliser d’audace dans le choix des motifs. En 1924, Madeleine Vionnet fait figure de précurseur en proposant des chandails aux motifs géométriques bicolores. Jean Patou, Lucien Lelong, Jane Régny présentent des modèles colorés à rayures ou à diagonales, à motifs géométriques, héraldiques ou en trompe-l’œil – comme la cravate, gros succès de cette mode « à la garçonne ». En 1927, Elsa Schiaparelli lance sa célèbre première collection tricotée main avec cols, cravates et nœuds en trompe-l’œil, ou foulard incrusté ; le modèle à nœud a été très souvent copié, le Jardin des Modes en a publié une version simplifiée dans son numéro de février 1929.

▲à g. : Maillot de bain tricoté main, Sonia Delaunay, 1928
Exposition Les Années Folles, 1919-1929 du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Projets de maillots de bain, Sonia Delaunay, 1928
Fashion and Fabrics, Jacques Damase Thames and Hudson (1991) sur Flickr

▲à g. et à dr. : Les danseurs Lydia Sokolova, Anton Dolin, Bronislava Nijinska et Leon Woizikowsky
des Ballets Russes de Serge Diaghilev en costumes de maille pour Le Train bleu, 1924
Hulton Getty Picture Collection sur Victoria & Albert Museum, Londres
au centre : Costumes en maille créés par Coco Chanel pour le ballet Le Train bleu, 1924
Victoria & Albert Museum, Londres

A travers l’image d’une femme mince, indépendante, qui bouge, la maille est associée à la modernité. Elle inspire les artistes cubistes et Art déco, dont certains refusent la distinction trop nette entre les « beaux-arts » et l'art décoratif ou appliqué. En 1924, Coco Chanel crée les costumes en tricot du Train bleu des Ballets russes, dont l’histoire se déroule dans une station balnéaire, un monde qu’elle connaît bien. Sonia Delaunay dessine des vêtements à motifs géométriques et coloris vifs, notamment des maillots de bain en tricot.

▲à g. : Tenue de ski tricotée photographiée à Saint-Moritz, Jean Patou, 1924
Getty Images dans Decades of Fashion
à dr. : Chandail de ski AA Tunmer & Cie porté sur une culotte de ski, auteur anonyme, vers 1927
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra

▲à g. : Jupe pour le sport, publicité Amy Linker, 1925 sur hprints
à dr. : Patinage à Saint-Moritz, 1926 Nationaal Archief sur Flickr

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▲à g. : Pull Louise Boulanger en cashmere et angora, 1928
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Publicité Jane Regny, dessinée par Ernst Dryden, 1927 sur hprints

▲à g. : Marie-Rose, Bibi, Dani et Simone sur la plage d’Hendaye, par Jacques-Henri Lartigue, août 1927
Exposition Les Années Folles, 1919-1929, du 20 octobre 2007 au 29 février 2008, Musée Galliéra
à dr. : Ensemble de bain Jean Patou, photographié par George Hoyningen Huené pour Vogue,
1er juillet 1928 sur condenaststore.com

▲à g. : Publicité pour les maillots de bain Jantzen, la marque au logo baigneuse rouge, 1929
sur le blog interviewmagazine
au centre : Maillot de bain Jantzen, vers 1920 sur collectibles-articles.com
à dr. : Modèle de maillot de bain à tricoter, vers 1920 sur The Retro Knitting Company

▲à g. : Femmes en pyjamas de plage à Bandol, Carte postale Yvon, vers 1920
à dr. : Tenue de plage, griffe Jean Patou Sport et Voyages, vers 1929
Kyoto Costume Institute, Kyoto

On a aujourd’hui bien du mal à s’imaginer porter un maillot de bain de laine tricotée. Pendant ces années 20, le succès des activités sportives favorise la mode des vêtements en maille – le maillot de bain n’est qu’un exemple parmi d’autres, et il vient de loin ! Le maillot féminin du XIXe siècle couvrant, opaque et long ressemble plus à une robe qu’à un maillot. L’engouement pour les sports d’eau et la nouvelle mode du teint hâlé des années d’après-guerre vont progressivement imposer un maillot de bain inspiré de celui des hommes, moulant, ne gênant pas les mouvements pendant la nage, souvent rayé bleu et blanc. Seul le jersey de laine ou de coton répond alors à cette exigence, même si l’eau salée finit par rétrécir les lainages et le soleil pâlir les couleurs. Certaines femmes portent sous leur maillot de bain une « gaine de plage ».

Article emblématique de ce nouveau style de vie sportif, le maillot de bain fait fureur. Grâce à ses recherches techniques, la société américaine Jantzen a l’idée d’intégrer des fibres élastiques dans ses maillots de bain tricotés à côtes, le maillot s’ajuste au corps et ne se déforme plus à l’usage. En France, pas une femme du monde ne manque de porter les maillots de bain siglés « JP. » – c’est une première, du couturier Jean Patou, réputé exceller dans la création de modèles balnéaires. Les maisons de couture ouvrent des rayons spécialisés. Une décennie plus tard, pour se démarquer des « congés payés » en maillots tricotés « faits maison » qui arrivent sur les plages, on portera l’élégant pyjama de plage en jersey.

(à suivre : Histoire du tricot (5) - Le Tricot au XXe siècle, 1930-1980)

À lire aussi sur Les Petites Mains :

Histoire du tricot (1)Les origines
→Des chaussettes coptes de l'Antiquité égyptienne des origines, en passant par les gants liturgiques de l'Église chrétienne, le tricot se diffuse peu à peu dans toute l'Europe.

Histoire du tricot (2)Du XIVe au début du XVIIe siècle
→Le tricot du Moyen Âge ne concerne que les gants, les bas, les bonnets et chapeaux ; guildes et corporations se structurent autour du travail de la « bonneterie » qui se mécanise.

Histoire du tricot (3)Les « ouvrages de dames » des XVIIIe et XIXe siècles
→Sous l'Ancien Régime, le tricot est une occupation féminine convenable, la tricoteuse une figure exemplaire de vertu féminine ; premiers recueils de modèles, progrès techniques et modes hygiénistes diffusent la mode du tricot.

Histoire du tricot (5)Le tricot au XXe siècle, 1930-1980
→Dans la seconde moitié du XXe siècle, le tricot suit les tendances de modes : débrouille des années 40, sophistication des années 50, dynamisme rayé et coloré des années 70, la presse féminine diffuse les modèles.

Histoire du tricot (6)La layette et le tricot pour enfants
→Depuis toujours, le tricot habille l'enfant, parce qu'il le tient au chaud ; en rose ou en bleu, tricoter la layette de son bébé est considéré comme la meilleure des occupations pour une jeune mère.