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27 septembre 2012

L'Impressionnisme et la mode enfantine


J'ai lu un jour quelque part des propos qu'aurait tenu un conservateur de musée : « Si vous êtes en mal d'inspiration et que vous voulez que votre expo cartonne, prenez n'importe quel thème et reliez-le aux impressionnistes... » L'impressionnisme revisité du point de vue de la mode : c'est le carton assuré pour la nouvelle exposition L'Impressionnisme et la mode du Musée d'Orsay à Paris. Des articles de presse critiquent la mise en scène de l'exposition qui selon eux sacrifie les oeuvres au divertissement. Dans Le Monde, Philippe Dagen parle de « l'impressionnisme, cette machine à cash flow »... Quant à moi, j'ai décidé de ne pas bouder mon plaisir.

▲Affiche de l'exposition L'Impressionnisme et la mode
Musée d'Orsay, Paris, jusqu'au 20 janvier 2013
Jeune dame, ou La femme au perroquet, par Édouard Manet, 1886
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La petite Parisienne, Alfred von Keller, 1883, sur wikimedia
La bourgeoisie parisienne triomphante affiche sa réussite sociale et impose sa mode.
Du déshabillé du matin à la robe du soir, les femmes élégantes changent de toilette six à huit fois par jour.
Nouvelles techniques, publications de mode et grands magasins démocratisent la mode.
C'est l'apparition de « la Parisienne », grande bourgeoise, demi-mondaine, vendeuse ou cousette...
Le mythe fait rêver le monde entier.

Avec l'invention de la peinture en tubes, les peintres parisiens sortent de leurs ateliers. Influencés par le réalisme de Gustave Courbet, par la photographie – la première exposition « impressionniste » a lieu en avril 1874 dans l'atelier de leur ami Nadar – ils choisissent de témoigner des scènes de la vie quotidienne de leur temps, profondément bouleversée par la révolution industrielle du Second Empire et des débuts de la Troisième République.

Pour les peintres impressionnistes, la mode française alors très foisonnante, qui voit la naissance de la haute couture et du mythe de la Parisienne, est ressentie comme un attribut de la modernité. Ils ne cherchent pas à représenter scrupuleusement le vêtement, plutôt saisir l'instantané des modes et des attitudes de leurs contemporains.

En partenariat avec le Musée d'Orsay, Arte diffuse dimanche prochain 30 septembre, à 14 heures 40, L'Impressionnisme, éloge de la mode, un film documentaire de Anne Andreu et Émerance Dubas. À ne pas manquer. En voici ci-dessous un extrait, d'autres sont visibles sur le site de l'exposition (Le défilé des peintres, La Parisienne, Du croquis de mode au défilé, Les dessous...).


▲À voir et revoir en intégralité (jusqu'au 7 octobre) sur Vidéos Arte TV
Voir aussi sur Dailymotion la vidéo Les Impressionnistes s'emparent de la mode, de Élise Menand pour AFP-TV

▲La musique aux Tuileries, Édouard Manet, 1862
National Gallery, Londres, sur Wikipedia

▲Portrait de la marquise et du marquis de Miramon et leurs enfants, James Tissot, 1865
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Jean Monet dans son berceau, Claude Monet, 1867
National Gallery of Art, Washington sur galerie de photopoésie sur Flickr
Le Berceau, Berthe Morisot, 1872
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲La pâtisserie Gloppe avenue des Champs-Élysées, Jean Béraud, 1889
Musée Carnavalet, Paris sur Agence photographique de la RMN

Les impressionnistes se font aussi les témoins de la vie de famille et de la place nouvelle de l'enfant dans la vie sociale du XIXe siècle. L'enfant est le coeur de la famille instituée par le Code civil, constituée des parents et des enfants. Il est l'objet d'attentions nouvelles, entouré d'affection et de tendresse, le tutoiement progresse, les sanctions corporelles régressent.

On lui réserve un espace individuel dans la maison, les chambres d'enfants, encore très rares, font leur apparition. Les marchands de jouets, les éditeurs s'intéressent désormais à lui. C'est l'aboutissement de l'enfance telle que Victor Hugo précurseur la décrit dans L'Art d'être grand-père.

Cela concerne bien sûr l'enfant des milieux privilégiés et des classes moyennes. La révolution industrielle ne fait pas le bonheur des enfants des milieux ouvriers, même si l'État défend les intérêts de l'enfant en instaurant peu à peu les lois en faveur de l'enfance, instaure l'école laïque gratuite obligatoire, lutte contre la mortalité infantile, etc.

Je prends prétexte de cette exposition pour présenter ici quelques images d'enfants par des peintres impressionnistes, qu'on ne se lasse pas d'admirer. C'est aussi pour moi l'occasion de rappeler les thèmes phares de la mode enfantine du XIXe siècle, plusieurs fois traités, sous divers points de vue, sur Les Petites Mains.

▲Scène de plage, Edgar Degas, vers 1869-1870
The National Gallery, Londres

▲Sur la plage à Trouville, Claude Monet, 1870
Musée Marmottan, Paris, sur galerie de photopoésie sur Flickr

Des couleurs vives et des rayures

Sous le Second Empire, le chemin de fer met la côte normande à seulement quelques heures de Paris. On découvre les bains de mer. Parallèlement, grâce aux progrès techniques de la teinture chimique des étoffes, les « grands magasins » mettent à disposition de leur clientèle un assortiment de vêtements dans des coloris nouveaux, très vifs, qui vont changer l'échelle de la perception des couleurs. On découvre le fuschia, le violet, le bleu vif, le rouge sang, le vert cru, mais aussi les tons pastel mauve, bleu, rose qui réinterprètent le blanc. La plage fusionne la rayure exotique transgressive des marins, la rayure hygiénique du bon air de la mer et la rayure ludique des enfants.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, La marinière et l'histoire des tissus rayés]

▲La famille Manet dans leur jardin à Argenteuil, Édouard Manet, 1874
The Metropolitan Museum of Art, New York▼

▲à g. : Portrait de Fernand Halphen enfant, Auguste Renoir, 1880
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Portrait de Henri Bernstein enfant, Édouard Manet, 1881
collection particulière sur wikimedia

▲Jeune garçon sur la plage de Yport, Auguste Renoir, 1883
Barnes Foundation sur wikimedia

▲L'après-midi des enfants à Wargemont, Auguste Renoir, 1884
L'enfant de droite, sans doute une fille, est identifiable à la poupée ; il pourrait être un petit garçon en robe
Nationalgalerie, Berlin sur Agence photographique de la RMN

Le costume marin

Dans la foulée de cette mode balnéaire, le costume marin entre dans la garde-robe enfantine. C'est le tout premier vêtement créé spécifiquement pour les enfants. Issu à la fois du costume en matelot [en anglais : skeleton suit] de la fin du XVIIIe siècle et du goût pour les uniformes de fantaisie [en anglais : pretend uniforms], il apparaît en Angleterre dans les années 1850. Les enfants et petits-enfants de Victoria sont les premiers à les porter, suivis par toute l'aristocratie européenne. La mode s'étend à toutes les classes sociales, au point de devenir jusqu'au début du XXe siècle l'uniforme symbole de l'enfance. En lainage marine en hiver, en coton uni ou rayé blanc et bleu en été, il est adapté pour les fillettes dans les années 1880.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Le costume marin, une série de 9 articles]

▲Jean Monet (à 5 ans) sur son cheval de bois, Claude Monet, 1872
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La famille Chapple Gill de Lower Lea Woolton, James Tissot, 1877
À gauche, dans les bras de sa mère, le garçon, à droite la fille
National Museums and Galleries on Merseyside▼

▲Madame Georges Charpentier et ses enfants Georgette Berthe et Paul Émile Charles
Lequel est le garçon ? Laquelle est la fille ?
Auguste Renoir, 1878, The Metropolitan Museum of Art, New York▼

La robe des garçons

Au XIXe siècle, et jusqu'à la Première Guerre mondiale, avant de revêtir le costume marin, tous les garçonnets portent la robe jusqu'à deux à quatre ans. Dans les années 1880, il est parfois difficile de distinguer les fillettes des garçonnets, qui ont les cheveux longs bouclés et des tenues assorties à celles de leurs sœurs.

La robe des garçons et le costume marin, puis l'étape du port de la culotte posent la question de la durée de l'enfance, qui varie selon les époques.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Le petit enfant en robe et La culotte des garçons]

▲Portrait de Mademoiselle Bonnet, Claude Monet, 1873
Barnes Foundation, Merion, galerie de photopoésie sur Flickr

▲En plein soleil, James Tissot, vers 1881
The Metropolitan Museum of Art, New York▼

▲Le Banc de jardin, James Tissot, vers 1882, collection privée▼

▲à g. : Portrait de Marthe Bérard, Auguste Renoir, 1879
à dr. : Rose, bleu ou Portrait de Mesdemoiselles Cahen d'Anvers, Auguste Renoir, 1881
Musée d'Art de Sao Paulo sur wikimedia

▲Portrait de Julie Manet, dit aussi L'Enfant au chat, Auguste Renoir, 1887
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲Sur un banc au Bois de Boulogne, Berthe Morisot, 1894
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

La robe des filles, crinolines, tournures et smocks

Sous le Second Empire, comme leurs mères, les fillettes portent la crinoline, puis à partir de 1869 un pouf ou semblant de tournure qui n'a rien à voir avec le fameux « cul de Paris » de la mode féminine. Peu à peu leurs robes raccourcissent, la tournure est remplacée par une large ceinture taille basse agrémentée d'un énorme nœud.

À partir des années 1890, sous l'influence anglaise, la robe à empiècement smocké est adoptée en France, d'abord pour les très jeunes enfants, puis pour les fillettes et les jeunes filles. Elle peine à concurrencer les robes sous influence féminine. Cette robe à empiècement smocké, qui est un avatar de la « robe de réforme » anglosaxonne, est l'ancêtre de la très classique robe à smocks portée encore aujourd'hui.

[Pour en savoir plus, lire sur Les Petites Mains, Histoire de la crinoline en 6 épisodes et La robe à smocks]

▲La famille Bellelli, Edgar Degas, 1867
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Les deux sœurs, dit aussi portraits dans un parc, James Tissot, 1863
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Femme et enfant au balcon, Berthe Morisot, 1872
collection particulière sur wikipedia

▲Le Chemin de fer, Édouard Manet, 1872
National Gallery, Washington sur wikipedia
Reconnaissez-vous dans la mère le modèle Victorine Meurent, qui pose pour
La femme au perroquet de l'affiche, et les célèbres Olympia et Déjeuner sur l'herbe ?

La robe-tablier

Pour ne pas salir son vêtement lorsqu'elle est chez elle, la petite fille porte un tablier de protection à bavette, le plus souvent blanc ou peu salissant. En 1870, une rédactrice du Journal des jeunes filles le recommande : « Très gracieux, il devient un ornement et un complément à la mise d'intérieur », mais elle le déconseille au-delà de l'âge de douze ou quatorze ans. Cette mode va aboutir à la fin du siècle à un nouvel élément de la garde-robe des fillettes, la robe-tablier.


2 septembre 2009

Mode adulte - Mode enfant (3) : la robe à smocks



La robe de réforme

Entre 1870 et 1910, principalement vers 1880-1890, on assiste dans certains pays d'Europe du nord à des attaques virulentes contre la mode française alors largement prédominante dans le monde. Hygiénistes, moralistes, féministes, artistes, nationalistes, aux motivations variées, se rejoignent dans ce mouvement d'opposition dit de réforme du vêtement. On reproche à la mode parisienne du corset serré et du style tapissier d'être frivole, chère, contraignante ; l'artiste belge Henry van de Velde, très actif en Allemagne, la juge "immorale, cupide et superficielle", elle est "la grande ennemie à l'origine du déclin de tous les arts décoratifs", ou encore la "dégénérescence du grand art". A la veille de la Première Guerre mondiale, la réforme du costume est devenue dans certains pays comme l'Allemagne une question politique et sociale.

▲ à g. : Les enfants des familles Burne-Jones et Morris, en Angleterre,
photographie Frederick Hollyer, 1874, National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Henry Van de Velde et sa famille devant leur maison Hohe Pappeln,
en Allemagne, 1912, site Henry van de Velde
Les enfants n'appréciant guère l'originalité, pas facile d'être un enfant d'artiste
adepte du mouvement de réforme du vêtement entre 1870 et 1910,
quand les autres enfants s'habillent en confection ou chez un tailleur !

The Height of aesthetic exclusiveness, par George du Maurier,
pour Punch, novembre 1879, Victoria & Albert Museum, Londres

Paris ignore superbement ces attaques, et va même imposer la fameuse "ligne en S" de l'Art nouveau, particulièrement inconfortable pour les femmes, puisque ce nouveau corset projette la poitrine en avant tout en l'aplatissant, comprime et rentre le ventre, et accentue la cambrure des reins et des fesses. Il faudra attendre Paul Poiret, à partir de 1908, pour "libérer" le corps de la femme, et encore sentira-t-il le besoin se référer à la mode Directoire du début du siècle.

Pourtant, la mode française n'est pas fermée à ce qui se fait ailleurs. Pour preuve, deux vêtements nouveaux apparaissent à cette époque, directement inspirés des idées réformatrices : la robe de grossesse, qu'on appelle alors pudiquement "robe de jeune maman" (c'est la première fois que cet état est évoqué explicitement par les journaux de mode), et la robe à smocks des fillettes. C'est bien sûr la genèse et l'histoire de ce grand succès de la mode enfantine que je vais vous raconter aujourd'hui.

De la robe de réforme à la robe à smocks des enfants

Dans ce contexte réformateur du costume figure en bonne place le mouvement Arts & Crafts, issu du courant préraphaélite londonien, à l'initiative de William Morris et John Ruskin, qui essaie de promouvoir une esthétique moderne à la portée de tous, inspirée à la fois du retour à la nature, des vêtements traditionnels de la campagne, et de l'art préraphaélite. Ses membres créent pour le théâtre des costumes d'inspiration médiévale ou renaissante, peu à peu adaptés et portés à la ville par les actrices et autres femmes artistes, pour devenir ce qu'on appelle le vêtement artistique, ou encore esthétique. Les femmes et jeunes filles des familles des peintres Burnes-Jones, Millais et Morris portent ces robes droites fluides, sans corset, et dénouent parfois leurs cheveux. Ces modèles sont vendus dans le magasin de Arthur Lisenby Liberty, Liberty & Co Ltd ouvert en 1875 sur Regent Street à Londres ; on y propose aussi des tissus aux motifs végétaux et floraux stylisés, qui évolueront après la Première Guerre mondiale en ces semis, formant le fameux "style Liberty" dont la renommée traversera le siècle.

▲ à g. : Les familles de Edward Coley Burne-Jones et William Morris,
photographie Frederick Hollyer, 1874, National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Publicité pour les tissus Liberty & Co et robe de réforme pour jeune fille, 1888, Wikipedia

▲ à g. : Robe à empiècement smocké et dentelle mécanique en pongé de soie bleu pour femme,
Liberty & Co Ltd, vers 1895, Victoria & Albert Museum , Londres
à dr. : Portrait de Margaret Burne-Jones, par Edward Burne-Jones, 1885-1886,
collection privée sur Artrenewal

Ces robes s'inspirent des smocks ou smock frocks, vêtements traditionnels de toile gris-beige portés par les paysans anglais, y compris les garçonnets. La coupe en carrés et rectangles de ces blouses-chemises, qui permet à la fois de ne pas gaspiller le tissu et de se passer d'un patron papier, est rectifiée par des plis serrés sur le devant et le dos, parfois aux épaules, brodés de motifs géométriques et folkloriques.

▲ à g. : Smock de paysan anglais, détail de broderie, 1830-1869, Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Plastron brodé d'un smock du Shropshire, 1850-1880, Manchester City Galleries, Manchester

▲ à g. : La bataille de boules de neige (détail), par John Morgan, 1865,
Victoria & Albert Museum, Londres (Les enfants portent le smock)
à dr. : Smock rural pour enfant, 1860-1869, Victoria & Albert Museum, Londres

On assiste d'ailleurs aussi en France, depuis le milieu du XIXe siècle, à un engouement pour les costumes régionaux, les blouses normandes ou bretonnes brodées aux épaules et aux poignets, comme en témoignent par exemple les dessins de François-Hippolyte Lalaisse publiés entre 1845 et 1864 ici. Des personnalités très en vue, telle la peintre animalière Rosa Bonheur, sont représentées portant des tuniques inspirées des blouses paysannes ici. Le jeune prince impérial lui-même a dans sa garde-robe une blouse froncée de taffetas rebrodé conservée au Musée Galliéra ici.

Cette nouvelle robe toute droite, de la même coupe que la robe américaine, mais à l'empiècement plissé ou smocké qui relie les manches, portée sans corset, parfois avec une ceinture légère, convient évidemment particulièrement bien à la mode enfantine. Mais on se doit aussi de citer l'influence de peintres dessinateurs pour enfants, comme Kate Greenaway, adepte du style Arts & Crafts, qui montre des petites filles en robes à taille haute style 1800, ou Walter Crane, ou encore les représentations, par les peintres à la mode, de fillettes en robes droites fluides. Mary Eliza Haweis, influente directrice de Liberty & Co, auteure d'articles et de livres dont The Art of Dress (1879), habille ses enfants dans ce style, ce qui ne leur plaît guère.

▲ à g. : Illustration extraite de The Birthday Book, par Kate Greeaway, 1880,
Editions George Routledge & Sons sur illuminated-books
à dr. : Illustration extraite de Little Red Riding Hood, par Walter Crane, 1875,
Editions George Routledge & Sons sur answers.com

▲ à g. : Carnation Lily, Lily, Rose, par John Singer Sargent, 1885-1886, Tate Britain, Londres
à dr. : Little Bo Peep, par John Esley, 1900, collection privée sur Artrenewal.org

▲à g. : Portrait d'une fillette inconnue, photographie Henry Joseph Spink, vers 1880,
National Portrait Gallery, Londres
au centre : Robe bleue à taille basse, à plastron froncé, dite robe américaine, vers 1898,
et robe de réforme à la manière du mouvement esthétique anglais, vers 1898,
photographie Karin Maucotel, Musée Galliéra
à dr. : Silvia Constance Myers et Eveleen Myers (détail), vers 1890,
photographie Eveleen Myers, National Portrait Gallery, Londres

▲ à g. : Silvia Constance Myers et Harold Hawthorn Myers, vers 1890,
photographie Eveleen Myers, National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Robe à smocks en soie ivoire pour fillette, Angleterre, 1890-1910,
Victoria & Albert Museum, Londres

▲Robe à smocks pour fillette, Liberty & Co, vers 1890, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Planche de La Mode illustrée du 22 mars 1896, robes brodées pour bébés,
boutique Au Fil du temps sur e-bay
à dr. : La famille de l'artiste, Pierre et Jean Renoir enfants (détail), par Auguste Renoir, 1896

Sous l'influence anglaise, la robe à empiècement smocké est adoptée en France dans les années 1891-1892, d'abord pour les très jeunes enfants à partir de un an, puis peu à peu pour les fillettes et jeunes filles. A vrai dire elle peine à concurrencer les robes ajustées sous influence de la mode féminine, parfois avec un semblant de tournure, à taille très basse, corsage allongé et jupe courte. D'ailleurs, la robe à empiècement smocké est souvent agrémentée d'une ceinture, soit aux hanches avec effet blousant, soit serrée à la taille. Ce n'est qu'à la Belle Epoque (1896-1914) que la silhouette des fillettes devient plus souple – et Monsieur Valton de Petit Bateau va devoir inventer la petite culotte.

La robe à smocks du XXe siècle, "so chic"

▲ en ht à dr. : Robe de jeune fille en pongé crème, attribué à Liberty & Co,
en forme de blouse romantique, vers 1898
à g. : Robe de fillette en soie rose, Marie et Marie-Laure, vers 1938
au centre : Robe en jean Gina Diwan, 1997
photographie Karin Maucotel pour le catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000
Musée Galliéra, 2001

Les caractéristiques de la robe à smocks telle que nous la connaissons aujourd'hui se fixent entre la Première Guerre mondiale et les années 1930 : un empiècement froncé brodé, des manches ballons, une ceinture prise dans les coutures des côtés nouée dans le dos ; le col Claudine arrondi apparaît en 1900 suite à la parution du livre Claudine à l'école, qui connaît un succès phénoménal, pour lequel Colette déguisée en écolière pose pour une série de photos. La robe à smocks reste liée à ses origines anglaises, elle est portée de génération en génération par les enfants de la famille royale.

▲à g. : Robe à smocks pour fillette, détail de broderies, Liberty & Co, vers 1890
à dr. : Elizabeth, future reine, mère de Elizabeth II, par Rita Martin, 1907, National Portrait Gallery, Londres

▲à g. : Robe à smocks imprimée de semis pour fillette, Liberty & Co, vers 1930
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Elizabeth, future reine d'Angleterre, photographie Marcus Adams, 1929,
National Portrait Gallery, Londres

▲à g. : Robe à smocks en coton blanc, de Jane Prendiville, styliste américaine,
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Article du magazine Elle daté du 1er juin 1953
à dr. : Le prince Charles et la princesse Anne d'Angleterre, photographie Marcus Adams, 1952,
National Portrait Gallery, Londres

En plus d'être un symbole du chic traditionnel de la bonne société, cette robe a bien des atouts qui expliquent son succès. Dans le contexte de pénurie de l'après Seconde Guerre mondiale, où les mères ont du mal à trouver des tissus et articles de mercerie, le smock brodé est une solution astucieuse et créative pour agrémenter corsages, robes et barboteuses unis. Son style indémodable est idéal pour habiller les enfants de familles nombreuses du baby-boom, on se passe les vêtements entre fratries et cousins pendant des années.

▲à g. : Robe à smocks en coton, France, vers 1957, The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Fillettes à un goûter d'anniversaire, 1951, photographie Pool vintage kids lovedaylemon sur Flickr
à dr. : Robe à smocks fleurie en coton, France, vers 1957, The Metropolitan Museum of Art, New York

De l'après guerre jusqu'au début des années 1970 - et même au-delà, quand de nouvelles marques comme Cacharel (fondée en 1962), Baby Dior (1967) Petit Faune (1970) ou Bonpoint (1975), puis Cyrillus (1977) et Jacadi (1978) dans la foulée, relancent cette mode - les magazines féminins et les magazines d'ouvrages de tricot et de couture proposent régulièrement de nouveaux modèles de smocks fleuris ou campagnards dans leurs articles et cahiers spéciaux. Dans le catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000, l'historienne Françoise Tétart-Vittu écrit : " Le modèle d'avant-guerre est toujours le même, on joue sur le choix du tissu ou sur la broderie. Si nous parcourons les pages de Elle, on voit que la robe du 4 décembre 1959 est identique à celle du 20 mai 1974 ".

▲à g. : Couverture de Mon Ouvrage, mai 1951, sur Journ@ux-collection
au centre : Robe à smocks en coton et soie des stylistes italiennes Emilia & Elvira Frezzini, vers 1955,
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Couverture du cahier supplément du Jardin des Modes n°47, 1953 sur Journ@ux-collection

▲à g. : Couverture de France Magazine n°258, octobre 1952
au centre : Couverture de Mon Ouvrage n° 118, mai 1958
à dr. : Couverture de Point de vue Images du monde n° 1267, novembre 1972,
sources : Journ@ux-collection et Noblesse et royautés

▲La robe à smocks intemporelle par Jacadi pour l'été 2010

Aujourd'hui, la robe à smocks, trop connotée sinon même démodée, n'a plus guère les faveurs des pages mode des publications pour enfants, mais il suffit de feuilleter les magazines people pour se rendre compte qu'elle habille encore les petites princesses et enfants de stars. Elle reste très appréciée pour les robes de cortège des mariages ou baptêmes.

▲à g. : Suri Cruise en robe à smocks rose, 2008
au centre : La princesse Louise de Belgique en robe à smocks blanche, 2009
à dr. : La princesse Isabella du Danemark, en robe à smocks fleurie, 2009
sur purepeople.com

Sur le marché actuel de la mode enfantine, le smock est la spécialité des brodeuses de l'île de Madagascar, où ce type de broderie a été introduit par les missionnaires anglais au XIXe siècle, et est toujours réalisé de façon artisanale. Les superbes échantillons présentés ci-dessous datent de 1996 et sont tous de l'atelier Bodovoahangy