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18 mars 2009

Crinoline (6) - pour en savoir plus



Voici le récapitulatif des articles sur la crinoline des fillettes du Second Empire sur Les Petites Mains :
Crinoline (1) – Les petites filles modèles
Crinoline (2) – de 1852 à 1860
Crinoline (3) – de 1860 à 1866
Crinoline (4) – de 1866 à 1869
Crinoline (5) – Les caractéristiques de la mode du Second Empire

Pour en savoir plus, lire :

Sous l'Empire des crinolines, Paris Musées, Musée Galliéra 29 novembre 2008 - 26 avril 2009, catalogue d'exposition, collectif. C'est le catalogue de l'exposition au Musée Galliéra, indispensable pour (presque) tout connaître de la mode du Second Empire (même si on n'y parle pas de mode enfantine).

Modes enfantines, 1750-1950, Paris, Musée de la mode et du costume, Palais Galliéra, juin-novembre 1979 catalogue d'exposition, par Madeleine Delpierre, Fabienne Falluel (épuisé mais encore disponible en bibliothèque). C'est une excellente base pour aborder par les textes les différentes époques de la mode enfantine, de 1750 à 1950. Le mannequinage des vêtements et les photographies en noir et blanc sont par contre bien dépassés.

Voir :

►la page myspace et la vidéo dailymotion de l'exposition Sous l'Empire des crinolines.

▲La jeune Mademoiselle Jessie Notman, par William Notman, 1865, Musée Mac Cord, Montréal

►Pour voir des photos d'époque victorienne, vous pouvez explorer le fonds photographique impressionnant de William Notman (1826-1891) sur le Musée Mac Cord, Montréal (Québec) – la visite est passionnante – et/ou celui de la National Portrait Gallery, Londres [marche à suivre : advanced search choisir «portrait», case «subjects & themes» : choisir genre, puis dans la 2e case choisir children ; on peut aussi mettre des dates butoir, le Second Empire français c'est 1852-1870, mais on a porté la crinoline de 1845 à 1869. On peut ainsi voir, d'une photographie à l'autre, les enfants de certaines familles grandir sous nos yeux ! ].
- «La crinoline dans tous ses états» est un article du site de la RMN (Réunion des musées nationaux) : 1789-1939 L'Histoire par l'image. A partir d'une lithographie satire de la crinoline, des spécialistes traitent du sujet suivant le plan type : contexte historique / analyse de l'image / interprétation. Ce site explore l’Histoire de France à travers les collections des musées et les documents d'archives. 1640 œuvres, 908 études et 108 animations à notre disposition pour des thèmes à aborder de façon chronologique ou thématique : une manière bien agréable d'apprendre l'histoire ! D'autres études sont disponibles sur ce site, à partir du mot clé crinoline

À lire aussi sur Les Petites Mains, le portrait (fiction) de Pauline, sept ans, «petite fille modèle».

▲La crinoline interprétée par Le Bisou de la Sorcière, robe de cérémonie, été 1998

16 mars 2009

Crinoline (5) - Mode fillette sous le Second Empire


Pour conclure, voici quelques caractéristiques types pour mieux décrypter la mode du Second Empire :

■ Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, la longueur des jupes des fillettes fait le yoyo. Elle dépend à la fois de la mode et de l'âge de la demoiselle. Afin d'épargner aux mères un écart aux convenances et permettre à leurs filles de rester «décentes», les journaux rappellent les règles en cours, comme ◄ ci-contre le Harper's Bazar en 1868 sur Wikimedia

■ Pour ne pas salir son vêtement, lorsqu'elle est chez elle, la petite fille porte un tablier de protection à bavette, le plus souvent blanc, ou peu salissant. En 1870, la rédactrice du Journal des jeunes filles le recommande : «très gracieux, il devient un ornement et un complément à la mise d'intérieur», mais le déconseille au-delà de l'âge de douze ou quatorze ans. Cette mode va aboutir à la fin du siècle à un nouvel élément du costume, la robe-tablier.

▲à g. : Portrait de la famille Bellelli, par Edgar Degas, 1860-1862,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Tablier de fillette en coton, 1868,
The Wisconsin Historical Society, Madison

■ Autre nouvel élément du costume : le paletot. D'abord porté à l'intérieur ou le matin par les hommes, puis adopté par les femmes et les enfants, c'est une veste vague et conique, appréciée pour son confort. Il a l'avantage, parce qu'il n'a pas besoin d'être porté ajusté, de pouvoir être acheté tout fait au rayon confection d'un grand magasin.

▲à g. : Ensemble fille, paletot et pouf, vers 1866, Musée Galliéra
à dr. : Jeune fille inconnue (détail), photographie de William Notman, 1861,
Musée Mac Cord, Montréal

■ Le goût pour le XVIIIe siècle est considéré par certains historiens du costume comme à l'origine même de la crinoline, sorte de résurgence du panier. L'impératrice Eugénie, fascinée par Marie-Antoinette, encourage cette mode, qu'on retrouve aussi dans les tissus et ornements floraux, les éventails, et certains détails du vêtement, comme le pouf, inspirés de la polonaise.

▲ à g. : Robe pour une fillette de 6-7 ans, Musée National du Danemark, Tidenstoej
au centre : bouton français, vers 1850,
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Planche du Journal des Dames et des Demoiselles,
costume pour garçonnet de 5 ans et robe pour fillette de 11-14 ans, vers 1852,
marquise.de

On adore les bals costumés, désormais on peut trouver des déguisements tout faits à prix raisonnable dans les rayons des grands magasins. Les romans de Walter Scott et les nombreuses représentations des enfants royaux de Victoria, en costume écossais à Balmoral, lancent le goût du tartan écossais et du kilt. Toutes ces influences historicisantes se retrouvent particulièrement dans le vestiaire du garçonnet, mais aussi celui de la petite fille.

▲à g. : Le prince Alfred et la princesse Helena (enfants de la reine Victoria),
par Franz Xaver Winterhalter, 1849, The Royal collection sur Artrenewal
à dr. : Robe à carreaux en laine, bordure soie, vers 1860,
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲ à g. : Robe à carreaux en laine de coupe princesse, vers 1860-1869
au centre : chapeau, 1865-1870, The Metropolitan Museum of Art New York
à dr. : Portrait de Francisca Keban, par Joseph Nitschner, 1861, sur Wikimedia Commons

■ L'enfant n'échappe pas non plus à la vogue orientaliste exotique. Ainsi lors de la conquête de l'Algérie apparaît le burnous – appelé à une longévité exceptionnelle dans le vêtement layette.

▲ à g : Burnous, vers 1860-1870, Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : La princesse Béatrice, par Franz Xaver Winterhalter, 1859,
The Royal collection sur Artrenewal

■ Les accessoires, ombrelles, chapeaux, gants, manchons, etc., sont des compléments obligatoires du costume. Certes encombrants, ils apprennent aux fillettes les gestes fondamentaux qui incombent à leur sexe, gages d'une éducation soignée.

▲Bottines enfant, chapeau de paille, vers 1875, Musée Galliéra sur Base Joconde

▲Éventail brisé, pour fillette et ombrelle en soie, vers 1850,
The Metropolitan Museum of Art, New York

■ Les progrès techniques permettent la découverte de nouveaux colorants chimiques qui modifient la perception des couleurs : rouge Solférino, bleu impératrice, brun Bismarck, et tous les tons crus et durs de rose, jaune, violet, vert... Ils contribuent à l'image tapageuse du Second Empire.

▲ en ht : Cape de fillette en soie ornée d'un ruban de soie, vers 1850-1859
en bas : Cape de fillette en laine orné de soutache blanche, vers 1865-1875
The Wisconsin Historical Society, Madison

■ Sous le Second Empire, pour répondre à leurs différentes obligations mondaines qui chacune exige une tenue différente, les femmes portent des robes à transformation : à une même jupe, selon l'heure de la journée et la circonstance, correspond un corsage différent. On peut imaginer que cette pratique a aussi influencé la mode fillette.

▲Ensemble robe et corsage en coton et soie, vers 1864,
The Metropolitan Museum of Art, New York

(à suivre : La crinoline : pour en savoir plus)

11 mars 2009

Crinoline (4) - de 1866 à 1869


De 1866 à 1869 : Sous l'influence de la presse et des catalogues des grands magasins, qui diffusent des modèles de plus en plus nombreux, de nouvelles formes de robes apparaissent, plus simples. Ainsi La Mode illustrée, journal conservateur pour les familles, qui s'adresse à la nouvelle classe moyenne, milite pour l'abandon de la crinoline (pas seulement pour les fillettes).

▲à g. : Portrait de Elinor Rendel, née Strachey, photographie carte de visite de William Howard, 1863,
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Robe de fillette en twill de laine rouge et
ruban appliqué en velours de soie noire, 1868-1870,
Los Angeles County Museum of Arts, Los Angeles

▲à g. : Robe de fillette en gabardine de laine,
bordure de dentelle et application d'un ruban de velours,
Wisconsin Historical Society, Madison
à dr. : Portrait de Dorothy Bussy, née Stracher,
photographie carte de visite de Bourne & Shepherd, 1869,
National Portrait Gallery, Londres

Les jupes, moins larges, à nouvelle ligne en cône, raccourcissent, même pour les «grandes fillettes», sans montrer le pantalon de lingerie. On porte des bretelles par-dessus des guimpes. Le corsage ou la veste, au décolleté carré, à basque découpée, a des ornements géométriques et des bordures en dents de scie. Les chapeaux bas, à bords étroits, se portent sur le front.

▲à g. : Robe en lainage à carreaux et bordure de velours noir de ligne princesse, vers 1860-1869,
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Petite fille, photographie auteur anonyme,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

▲à g. : Fillette à la poupée, par Ferdinand Roybet, 1865,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
au centre et à dr. : Robe et pélerine, vers 1869, Los Angeles County Museum of Arts, Los Angeles

▲à g. : Portrait de Camilla Teresa Serjeant, née Bassano,
photographie de Alexander Bassano, vers 1860,
National Portrait Gallery, Londres
en ht à dr. : chapeau, 1868, en bas à dr. : bottines en cuir et bois, 1868,
The Metropolitan Museum of Art, New York

A partir de 1869, les fillettes comme leurs mères, portent le pouf, soit sous la forme d'une petite jupe de dessus drapée par des fronces ou retenue par des cordons, soit sous la forme d'une polonaise à trois pans froncés.

▲à g. : Fillette en pied et en buste, carte de visite photographie
de l'album «Beautés-Modes» de Adolphe-Eugène Disdéri, 1867,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Ensemble comprenant une jupe ronde, une robe de dessus et une jaquette à basques
en alpaga beige bordé de laine bleu vif, vers 1868, Musée Galliéra

▲à g. : La princesse Beatrice of Battenberg, photographie carte de visite de W&D Downey, 1868,
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Tunique en taffetas de soie rayée d'un ensemble pour fillette avec jupe, 1870,
The Metropolitan Museum of Art, New York

La crinoline disparaît en 1869 pour laisser place à la tournure, que les fillettes seront dispensées de porter. Mais elles n'échapperont pas au style «tapissier» surchargé en décor.

(à suivre : Les caractéristiques types de la mode du Second Empire)

6 mars 2009

Crinoline (3) - de 1860 à 1866


De 1860 à 1866 : Comme pour la femme, le costume des enfants se simplifie, s'allège en ornementation. Les petites filles portent des robes plus simples, souvent en une seule pièce, soit à plis, soit de ligne princesse – c'est-à-dire taillée d'une seule pièce devant avec le corsage. Cette jupe ajustée à la taille va s'élargissant, à panneaux, évasée, ou en forme.

▲à g. : Mademoiselle Ehrler, par Louis Antoine Léon Riesener, 1861,
Musée du Petit Palais, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Robe de laine rose ornée de rubans, vers 1860-1875,
The Metropolitan Museum of Art

▲à g. : Petite fille, par Héloïse Leloir, vers 1860, Musée Galliéra
à dr. : Planche de La Mode illustrée, jeune fille en robe d'été (détail), 1865, Musée Galliéra

▼ci-dessous : chemisette pour fillette, vers 1860-1869,
The Metropolitan Museum of Arts, New York

Les robes sont ornées seulement d'une soutache, d'un galon ou d'une dentelle posée à plat. La crinoline est très ample. Jusque vers 1863, le pantalon large dépasse un petit peu de la robe.

▲à g. : Petite fille en pied tenant une poupée par Achille Bonnuit, vers 1865,
Musée d'Orsay, Paris, sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Robe en piqué de coton imprimé, ornée d'une dentelle appliquée, vers 1861-1865,
The Roman Baths Museum, Bath

▲à g. : Robe de soie bleue ornée d'un ruban de velours noir, vers 1855,
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Arrivée du couple impérial chez M. le Sénateur Comte Mimerel à Roubaix le 29 août 1867 (détail)
par Claude Jacquand, 1867,
Château de Compiègne sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

▲à g. : La princesse Beatrice of Battenberg, photographie carte de visite de Hills & Saunders (détail), 1864,
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Modes de Londres (détail), 1863

Les ensembles jupes boléros sont portés aussi par les petits garçons. Mantelets vagues, capes et basquines servent de manteaux.

▲à g. : Ensemble en piqué de coton orné d'une soutache, vers 1860, Musée Galliéra
à dr. : Portrait de Elinore Rendel, photographie carte de visite de Howard Bourne & Sheperd, 1864,
National Portrait Gallery, Londres

Les chapeaux ne copient plus les capotes des femmes, ils sont souvent ovales, à large calotte peu élevée, garnis de plumes et de rubans. Les cheveux tirés en arrière sont rassemblés en catogan sur la nuque, et tenus dans un filet.

▲à g. : Costumes de ville (détail), gouache par Héloïse Leloir, 1864, Musée Galliéra
à dr. : La princesse Beatrice de Battenberg, photographie carte de visite de W&D Downey (détail), 1866,
National Portrait Gallery, Londres
au centre : chapeau de paille, vers 1867-1869,
The Metropolitan Museum of Art, New York


(à suivre : La crinoline de 1866 à 1869)

28 février 2009

Crinoline (2) - de 1852 à 1860


De 1852 à 1860 : Un petit pantalon de lingerie à broderie anglaise ou bordé de dentelle dépasse de la jupe, stabilisée au genou, souvent à volants étagés. Vers 1860, il n'est plus visible. Le corsage à basque et à manche pagode est porté sur une guimpe à col rond et des manchettes de mousseline brodée. Les cheveux en bandeaux sont réunis en un chignon bas. La capote à bavolet sur la nuque se noue sous le menton par un ruban.

▲à g. : Les enfants de Monsieur Pierre Paul Pecquet du Bellet, par Eugène Quesnet, vers 1859,
Musée national de la Coopération franco-américaine, Blérancourt,
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Robe deux-pièces pour fillette de 8 à 12 ans,
Journal des Dames et des Modes, marquise.de

▲à g. : Helena et Louise (filles de Victoria), Clotilde, Amalie, princesses de Saxe-Coburg-Gotha, ph. Leonida Caldesi
Musée Condé, Chantilly sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Robe de fillette, vers 1850, Musée Galliera, Paris

▲à g. : Robe fillette à carreaux, en coton, The Wisconsin Historical Society, Madison
à dr. : Caroline Le Flô en robe claire, photographie Auguste Vacquerie, 1853,
Musée d'Orsay sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

▲à g. : Fillette assise tenant une ombrelle, XIXe siècle,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Robe de fillette, vers 1859, Rijksmuseum, Amsterdam

►à g. : Corsage à basque, Le Magasin des Demoiselles, 1856
à dr. : Corsage de fillette, vers 1859, Rijksmuseum, Amsterdam

▲à g. : Costume de fillette, Le Magasin des Demoiselles, détail, 1854
au centre : Chapeau, vers 1860-69, The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Toilette de ville et capote pour fillette, Le Magasin des Demoiselles, détail, 1858


(à suivre : La crinoline de 1860 à 1866)

27 février 2009

Crinoline (1) - Les petites filles modèles


Jusqu'au 26 avril 2009, je vous invite à vivre la journée d'une femme sous le Second Empire, à travers la magnifique exposition du Musée Galliéra, conçue comme un opéra, en trois actes et huit tableaux : un bal, un dîner, un concert, en villégiature... Au-delà du fantasme de petite fille devant les somptueuses robes à crinolines, les dentelles, les bottines, les ombrelles, les éventails, les bijoux, au-delà aussi des clichés de cette mode riche et tapageuse, on entre dans la modernité avec l'essor de l'industrialisation, des grands magasins, la naissance de la haute couture, qui vont consacrer Paris comme capitale mondiale de la mode et du luxe.

Voir la vidéo de l'exposition, présentée par Catherine Join-Dieterle, directrice du Musée Galliéra, sur dailymotion

Pendant que leurs mères sont «sous l'Empire des crinolines», que portent les petites filles modèles ?

Le Second Empire voit le triomphe du modèle bourgeois, qui assigne la femme à sa stricte fonction d'épouse maîtresse de maison et de mère. L'idée de famille supplante celle de lignage, l'enfant en est le centre, la famille s'organise autour de lui. On prend conscience de la relation privilégiée qu'il entretient avec sa mère – les petits garçons, qui portent robes et cheveux longs jusqu'à trois ans au moins, souvent six, ne se différencient guère des petites filles.

En 1866, Victor Dury écrit à l'impératrice Eugénie, férue de puériculture, qui élève elle-même son fils : «… l'influence de la mère sur d'éducation du fils et sur la direction de ses idées est trop grande pour qu'on ne s'inquiète pas de voir les femmes rester étrangères à la vie intellectuelle du monde moderne.» On va donc instruire la petite fille, mais pas trop, juste ce qu'il faut pour être une future bonne mère de famille.

Parallèlement, dans un contexte économique florissant, de progrès industriel, l'enfance devient un marché. On assiste à l'apparition d'un personnage nouveau : la petite fille. Elle s'appelle Sophie, Cosette ou Alice. Elle devient à la fois le sujet et le destinataire d'une littérature et d'une presse spécialisée. Fabricants de poupées et de modes proposent aussi leurs productions spécifiques pour petites filles.

J'ai relu Les Petites Filles Modèles (parution en 1858), Les Malheurs de Sophie (1859) et Les Vacances (1859). La comtesse, qui préfère sa campagne normande aux mondanités parisiennes ne semble guère apprécier la toilette. C'est ainsi que la pauvre Sophie «aimait à être bien mise et elle était toujours mal habillée : une simple robe de percale, hiver comme été, des bas un peu gros et des souliers de peau noire. Jamais de chapeau ni de gants. Sa maman pensait qu'il était bon de l'habituer au soleil, à la pluie, au vent, au froid.» Cela devait ressembler à cela :

▲à g. : illustration de Bertall pour Les Petites Filles Modèles, 1858
(la comtesse choisissait avec soin les illustrateurs de ses romans)
à dr. : robe de fillette en coton, vers 1860, Museum of Fine Arts, Boston
au centre : souliers d'enfant, vers 1860, Los Angeles County Museum of Arts, Los Angeles

Aujourd'hui, le côté pratique du vêtement pour enfant est essentiel, cela n'est pas le cas sous le Second Empire, encore moins pour la petite fille. On l'éduque très tôt aux futures obligations qui incombent à son sexe, et si on peut dire que la femme est par sa tenue le faire-valoir de la richesse de son époux, cela est encore plus vrai pour l'enfant. La jupe courte est la seule concession accordée à son confort.

Le costume de la petite fille est la réplique en miniature et en court de celui de sa mère. Aussi n'échappe-t-elle, ni à la crinoline, qui apparaît vers 1850 ; ronde, à cerceaux, elle atteint son maximum vers 1858-1859 – ni au corset.

▲à g. : Publicité pour Le Jupon régulateur Le Parisien
jupon crinoline «qui se raccourcit et s'allonge à volonté»,
XIXe siècle, BNF (cabinet des Estampes)
à dr. : crinoline pour fillette, XIXe siècle,
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Corsets pour fillettes, gravures parues dans La Mode illustrée, septembre 1870
boutique Au Fil du temps sur eBay

Les historiens du costume ont l'habitude de distinguer trois phases sous le Second Empire : de 1852 à 1860, de 1860 à 1866 et de 1866 à 1869. Bien sûr, ces dates limites le sont à titre indicatif, une mode met un certain temps à s'imposer, à en chasser une autre, elles peuvent cohabiter. Il n'est pas toujours facile d'en interpréter les nuances.

(à suivre : La crinoline, de 1852 à 1860)