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27 octobre 2009

Couleur : blanc




Dans quasiment toutes les civilisations de la planète, le blanc symbolise la pureté et l'innocence. Cette impression a sans doute été renforcée dans les pays où la neige tombe, quiconque a marché sur un tapis de neige n'a pu que ressentir cette impression.

Vertu, joie, pureté, justice, humilité, sacré, virginité, sérénité, paix... la couleur blanche évoque le plus souvent des valeurs positives. Le drapeau blanc qui réclame la trêve est brandi dès la guerre de Cent Ans, au XIV et XVe siècles.

Le linge de corps blanc, symbole d'hygiène et de pureté

▲à g. : Napoléone-Elisa Baciocchi princesse de Piombino (fille d'Elisa Bonaparte et du prince Félix Baciocchi),
future comtesse Camerata (1806-1869), par Marie Guillermine Benoît, 1810,
Château de Fontainebleau sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Pantalon de lingerie pour fillette, en lin bordé d'une fine dentelle, 1835,
Wisconsin Historical Society, Madison

Pendant des siècles, les étoffes en contact avec le corps (chemises, vêtements de dessous, linge de lit et de toilette) sont exclusivement blanches ou écrues, pour des raisons d'hygiène, mais aussi pratiques : on les fait bouillir pour les laver. Par ailleurs – je l'ai déjà évoqué dans d'autres articles, on se méfie des teinturiers, sorciers aux mains et ongles teints, qui cultivent le secret de leur savoir-faire, manipulent des matières impures, et passent pour être des alchimistes. Certains considèrent les étoffes teintes comme une falsification, un luxe inutile et trompeur. Ainsi le protestantisme, né au début du XVIe siècle, ne tolère-t-il que des combinaisons de couleur autour du noir, du gris et du blanc, parfois un peu de bleu. Cette éthique va évoluer vers celle des " valeurs bourgeoises " du XIXe siècle, particulièrement sensible dans la sobriété de l'habit masculin.

▲La famille de Laurens Jacobsz, éditeur à Amsterdam, par Pieter Pieters, 1598,
Staatliche Museen, Berlin

La robe de baptême, symbole de pureté et d'innocence du bébé

▲à g. : Brassière du roi de Rome (fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise),
batiste brodé de dentelle, 1811, Château de Fontainebleau,
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Le roi de Rome essayant une pantoufle, par Aimée Thibault, vers 1812,
Musée de l'Armée sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

Pour les mêmes raisons, les langes et la layette du bébé sont blancs eux aussi. Lors de son ondoiement, puis de son baptême officiel à l'église, il porte un petit béguin blanc qui est gardé précieusement dans les familles, car il a touché les saintes huiles. Jusqu'au XVIIe siècle, le bébé présenté par sa nourrice ou sa marraine est complètement immergé, puis enroulé dans un grand linge brodé. Lorsqu'on renonce à l'immersion totale, on remplace le linge par une longue robe blanche, inspirée de la robe de cour des petits princes qui apprennent à marcher. La robe de baptême est parfois confectionnée dans la robe de mariée de sa mère. Le bonnet, qui recouvre le béguin, et la robe de baptême peuvent être extrêmement luxueux, orné de dentelles et de rubans, en rapport avec la position sociale de la famille.

▲à g. : Vierge à l'enfant, par Charles West Cope, 1852, Victoria & Albert Museum , Londres
à dr : Robe de baptême en lin blanc, ornée de broderie, de dentelle et de ruban, vers 1900-1920,
Angleterre, Victoria & Albert Museum, Londres

L'habit de communion

▲à g. : La communiante, par Jules-Bastien Lepage, 1875,
Musée des Beaux-Arts de Tournai Wikipedia
à dr. : Toilette de Première Communion, La Mode illustrée, 13 février 1896,
modèle des Magasins du Louvre, Boutique Au Fil du temps sur e-bay

C'est la même idée de pureté qui est évoquée par le costume de communion des garçons et des filles, qui apparaît dans les années 1830. Le vêtement de communion s'inspire vraisemblablement de ceux que les enfants de la haute société ont alors coutume de porter dans les grandes occasions, comme les communions solennelles et les fiançailles. Les filles ressemblent à de petites mariées avec leur robe blanche et leur couronne qui retient un voile. Les garçons rivalisent d'élégance en portant leur plus beau costume. Il est agrémenté d'un brassard blanc extrêmement élaboré, qu'on noue ou fixe par un élastique autour du bras gauche ; il s'inspire du brassard de deuil et de conscription militaire.

▲à g. : Ruban et brassard de communiant, 1902, Musée Mac Cord, Montréal
à dr. : Marcel Carné en costume de communiant, vers 1920, Marcel Carné site hommage

Le blanc non-couleur

Dans les sociétés anciennes, l'incolore est défini par le manque de pigment, le blanc est donc une couleur. Ce n'est qu'avec l'apparition de l'imprimerie que va s'introduire l'équivalence entre l'incolore et le blanc, qui devient une absence de couleur.

▲Première page de la bible de Gutenberg, 1455-1456,
Département des manuscrits, Staatsbibliothek, Berlin
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

La quête de l'ultra-blanc

▲Recueil de dévotion de la reine Isabelle d'Espagne, par Pedro Marcuello
Devocionario de la Reyna Da Juana a Quien Llamaron la Loca
Le Saint-Esprit, XVe siècle, Espagne,
Musée Condé, Chantilly sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN

La quête du blanc " plus blanc que blanc " comme celui du " nouvel Omo " raillé par Coluche n'est pas nouvelle. Au Moyen Âge, elle est représentée par le doré, on dit que la lumière intense a des reflets d'or : c'est la couleur de la lumière divine représentée en peinture. Le blanc intense d'aujourd'hui a plutôt les reflets de bleu de la glace et des icebergs.

▲Publicité pour la lessive Omo, vers 1950-1960,
Memory.pub affiches anciennes


26 avril 2009

Le costume marin (5)


L'uniforme de l'enfance

Le succès du costume marin continue après la Première Guerre mondiale, avec quelques variantes selon les pays. Dans les pays anglo-saxons, il semble un intermédiaire tout indiqué pour revêtir les petits garçons, entre la robe qu'on va progressivement abandonner, et la culotte courte. Le garçon quitte son costume marin pour revêtir l'uniforme de son école. Dans les pays comme la France où on ne porte pas l'uniforme mais le tablier, du moins dans les établissements publics, ce passage symbolique est moins marqué, les garçons portent le costume marin plus longtemps. Le costume marin est parfois un prétexte pour revêtir un pantalon, alors que l'âge du garçon et les convenances ne le lui permettent pas [lire La culotte des garçons], on parle d'ailleurs dans ce cas de "culotte longue".

▲ à g. : Affiche Journée de Paris, 14 Juillet 1916, Au profit des oeuvres de guerre de l'Hôtel de Ville,
Francisque Poulbot, 1916, Musée de l'Armée, Paris
sur Agence photo de la Réunion des musées nationaux RMN
à dr. : Légionnaire français décoré, Paris, cour des Invalides, octobre 1915, sur Paris en images

Par ailleurs, la guerre a donné aux femmes françaises de toutes conditions sociales l'habitude de tricoter pour leurs maris et frères partis au front, et pour leurs enfants - cette habitude restera longtemps ancrée dans leurs manières. Ainsi cette pratique du tricot, conjuguée à la recherche du confort qui caractérise les modes nouvelles, s'adapte particulièrement bien au style marin et à ses déclinaisons, composés de robes et chandails rayés et de culottes de maille.

▲ à g. : Garçonnets en costumes marins en maille, début XXe siècle sur Flickr
à dr. : Robe pour fillette de 8 à 10 ans, Le Petit Echo de la Mode, 1928

Le costume marin est porté par tous, des enfants de l'aristocratie à ceux de la bourgeoisie de province, il devient en quelque sorte l'uniforme de l'enfance. En 1922, le magazine Lisette le recommande à ses jeunes lectrices : "Le costume marin, convenant toujours aussi bien aux fillettes qu'aux garçonnets, se transforme selon la mode, mais reste toujours le costume pratique et élégant que petits et grands aiment à porter."

▲ à g. : Costume marin rayé, vers 1920-1929, Wisconsin Historical Society, Madison
au centre : Costumes marins pour fillette et petit garçon, La Mode illustrée, 1922,
boutique Au Fil du temps sur eBay
à dr. : Vickie en costume marin, vers 1922, sur Flickr

C'est dans les années 1920-1930 que le costume marin pour garçonnet se fige dans cette forme stéréotypée qu'on lui connaît aujourd'hui :
-soit la chemise, portée très près du corps, est rentrée dans le pantalon, auquel elle est boutonnée. Cette ligne va perdurer jusque dans les années 1960, et même 1980 ;
-soit une tunique vareuse flottante, col carré sur plastron rayé, est portée avec une culotte courte de type knickers ; pour les plus grands, la culotte courte devient bermuda ou pantalon.

▲ à g. : Chemise de costume marin boutonné, en coton, 1916-1930, Wisconsin Historical Society, Madison
à dr. : Costume marin, La Mode illustrée,1924,
boutique Au Fil du temps sur eBay

▲ à g. et à dr. : La maman de Keith aimait bien le costume marin ! sur Flickr
au centre : Costume marin, vers 1940-1949, Wisconsin Historical Society, Madison

▲ à g. : Les enfants du Dr Elwell, frères en costumes marins, vers 1920
Chidley Photo of Chester, Liverpool, Colwyn Bay and Walsall sur Flickr
au centre : Costume marin avec sifflet, vers 1933, Musée Mac Cord, Montréal
à dr. : Les enfants du prince Franz Joseph de Hohenzollern-Sigmaringen en costumes marins,
vers 1931, sur Flickr

Après la Première Guerre mondiale, et surtout la Seconde Guerre mondiale, on voit apparaître des variantes américaines US Navy mélangeant parfois le style marines et navy, on sent aussi diverses influences comme l'uniforme scout initié par Robert Baden Powell.

▲ à g. : Costume marin beige en laine, soie et coton, vers 1902-1914,
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Le prince Alexandre de Belgique, fils de Léopold III, 1945-1946 sur Flickr
à dr. : Costume marin vert kaki, vers 1915-1922, Wisconsin Historical Society, Madison

▲ à g. : Garçonnet américain en costume marin, 1943 sur Flickr
au centre : Costume marin américain pour enfant, en laine, galons blancs en tissu synthétique, 1931
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Enfants américains en costumes marins, 1942, sur Flickr

▲ à g. : Garçon et fille en costumes marins, France, vers 1940 sur Flickr
à dr. : Robe de style marin en soie, 1939, Wisconsin Historical Society, Madison

Le garçon porte le costume marin pour toutes les occasions où il doit être "habillé", c'est-à-dire le dimanche, pour les cérémonies et fêtes familiales, comme les tenues de garçons d'honneur des mariages, et le jour de sa communion privée, vers l'âge de 7 ans – il est d'ailleurs intéressant de noter que lors de sa communion solennelle, qui a lieu vers 12-13 ans, et qui est une sorte de rite de passage de l'enfance à l'âge adulte, le garçon abandonne le plus souvent le costume marin pour un veston assorti d'une culotte courte, culottes de golf ou pantalon. Certains de ces costumes marins peuvent être alors très raffinés par la qualité du tissu et des broderies, ils peuvent être doublés.

▲ à g. : Communiants en costume marin sur Flickr
à dr. : Costume de communiant en velours de soie, vers 1930,
Musée du Textile choletais, Cholet

▲ à g. : Garçonnet en costume marin habillé sur Flickr
au centre : Garçonnet en costume marin lors d'une remise des prix, vers 1930
à dr. : Trois frères, les cadets portent le costume marin, l'aîné son costume d'adolescent Flickr


(à suivre : Les raisons d'un succès)