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12 juillet 2012

Tricentenaire Jean-Jacques Rousseau (2) : L'influence de l'Émile sur l'habillement des enfants


Sous l'influence des philosophes, comme Jean-Jacques Rousseau et son Émile, ou De l'éducation qui connaît un succès fulgurant, un nouveau sentiment d'enfance apparaît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L'enfant est désormais le centre de toutes les attentions, placé au cœur de la famille dont les liens se resserrent autour de lui. Ces liens affectifs régénèrent la famille, et à travers elle la société future telle que l'idéalisent les Lumières. [Lire sur Les Petites Mains, L'Émile ou l'émergence d'un nouveau sentiment d'enfance au XVIIIe siècle].

▲Le thé au jardin, par George Morland, 1790
Tate Britain, Londres

Cette nouvelle perception de l'enfance est à l'origine de règles de soins et d'habillement inédites, plus adaptées aux nourrissons et aux enfants, dans un souci de liberté et de confort. Elle est renforcée par la mode de l'anglomanie, l'adoption des modes anglaises, plus simples et plus décontractées que l'habit à la française. L'aristocratie anglaise est plus active que l'aristocratie française soumise aux rigueurs de l'étiquette. L'Angleterre a une longueur d'avance dans la technique et le commerce du textile, au moment où la mode des cotonnades, des indiennes aux mousselines, fait fureur dans toute l'Europe. Les nouvelles modes enfantines des Lumières concernent tous les enfants : bébés, filles, garçons.

Supprimer l'« extravagante et barbare » pratique de l'emmaillotement

« Observez la nature, et suivez la route qu'elle vous trace », voilà résumé le message de l'Émile. Rousseau se prononce contre l'emmaillotement des nourrissons, reprenant à son compte les arguments du philosophe anglais John Locke. Ce n'est en effet qu'à partir du XVIIIe siècle que les détracteurs du maillot, dont Rousseau et Buffon, commencent à se faire entendre. « Au moment où l’enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu’on lui en donne d’autres qui le tiennent plus à l’étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot » écrit Rousseau.

« Leurs premières voix dites-vous sont des pleurs ? Je le crois bien : vous les contrariez dès leur naissance ; les premiers dons qu'ils reçoivent de vous sont des chaînes, les premiers traitements qu'ils éprouvent sont des tourments. Ils crient du mal que vous leur faites : ainsi garrottés vous crieriez plus fort qu'eux. » On ne saurait lui donner tort, quand on observe la pratique du maillot très serré qui n'a guère changé depuis le Moyen Âge.

▲à g. : Le Nouveau-né (détail), par Georges de La Tour, XVIIe siècle
Musée des Beaux-Arts, Rennes sur Wikipedia
à dr. : L'Adoration des Bergers (détail), par Georges de La Tour, XVIIe siècle
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : L'Hiver (détail), par Giuseppe Gambarini, 1721
Pinacothèque Nationale, Bologne sur Wikipedia
à dr. : Bande d'emmaillotement, France, première moitié du XVIIIe siècle
Victoria and Albert Museum, Londres

▲Jeune mère faisant la toilette à son enfant, XVIIIe siècle
La grande sœur fait sécher la couche, qui est réutilisée sans être lavée.
BnF, Paris

▲Sancho et la marchande de noisettes (détail), par Charles Joseph Natoire, 1735-1744
Château de Compiègne sur Agence photographique de la RMN

Jugez plutôt. Pour emmailloter le bébé, on commence par placer sous les aisselles des linges pour absorber la transpiration. On plaque les bras du bébé serrés le long du corps, on croise sur la poitrine et le ventre de l'enfant, les uns après les autres, les linges qui servent de couches absorbantes, et le lange. Puis on tient bien serré les jambes droites parallèles l'une contre l'autre, parfois à l'aide d'une planche de bois, et on les enferme dans des langes de tissu. On maintient le tout avec une longue bande de toile qui immobilise le petit corps tel un paquet ficelé, des pieds aux épaules. Le bébé des milieux aisés porte encore par-dessus des langes de parade en étoffe précieuse rebrodée, en mousseline ou en dentelle [Lire sur Les Petites Mains, Mode enfantine et luxe, La layette]. Inutile de préciser que la nourrice ne renouvelle pas l'opération de démaillotement - emmaillotement plusieurs fois par jour. J'ai lu dans des ouvrages d'histoire du costume que certains bébés étaient changés à peine une fois par semaine, mais j'ai du mal à y croire ! Seuls les bébés royaux et princiers ont droit à une « remueuse » dont c'est la tâche exclusive.

Sur la tête du nourrisson, un premier bonnet, appelé béguin, protège jour et nuit la fontanelle, l'écorce de crasse est considérée comme protectrice. Par-dessus le béguin, il porte un second bonnet de coton ou de laine, selon la saison, puis une cornette (au XVIIe siècle) ou plus tard un troisième bonnet de dentelle. Dans les premiers jours, une têtière s'attache au maillot à chaque épaule, qui maintient droite sa tête jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour la tenir seul. Ce n'est qu'après un mois à huit semaines que les bras sont progressivement libérés du maillot le jour, mais pas la nuit. Le bébé revêt sa première robe vers huit mois, composée d'un corset baleiné, d'un jupon et d'un tablier.

« Quand il commence à se fortifier, laissez-le ramper par la chambre ; laissez-lui développer, étendre ses petits membres ; vous les verrez se renforcer de jour en jour. Comparez-le avec un enfant bien emmailloté du même âge ; vous serez étonné de la différence de leurs progrès » ajoute justement Rousseau. Il remarque aussi qu'on couvre trop les nouveau-nés alors qu'ils se défendent mieux du froid que de la chaleur.

▲à g. : Béguin chrémeau (qui a reçu les huiles saintes du baptême) en coton, XVIIIe siècle
Musée de la Vie Bourguignonne Perrin de Puycousin, Dijon sur Base Joconde
au centre : Portrait de Sophie Béatrice de France, par Élisabeth Louise Vigée-Lebrun, 1786, sur Wikipédia
à dr. : Bonnet, vers 1780, Nationalmuseet, Copenhague

▲Le prince électeur Auguste III de Saxe enfant, par Anton Raphael Mengs, 1763-1764
Staatliche Gemälde, Dresde sur Agence photographique de la RMN

▲Madame Privat de Molières et ses filles (détail), par Antoine Raspal, 1775-1780
Museon Arlaton, Arles

Les bébés anglais cessent d'être emmaillotés au bout de quelques semaines dès 1820, du moins dans les classes aisées et urbaines. Mais la coutume est tenace en France, et on ne doit pas se fier aux nombreuses représentations idéalisées de bébés nus. Il faudra attendre le début du XXe siècle – et même le milieu du siècle dans les régions rurales – pour voir adopter les « langes anglais ». Les historiens et les sociologues l'expliquent par la prédominance de la culture paysanne en France, qui donne au maillot une fonction civilisatrice : il est censé permettre le développement bien droit du corps mou et inachevé du bébé afin qu'il marche plus tard sur ses deux jambes et non à quatre pattes comme l'animal. De plus, le maillot facilite le portage du bébé et le tient au chaud. Le lange est économique, il grandit avec l'enfant.

La tenue des bébés va néanmoins s'assouplir à partir du XVIIIe siècle. Le temps d'emmaillotement serré se raccourcit, la planche en bois qui maintient les jambes droites est abandonnée. Ils sont vêtus d'une chemise, d'un corset léger, d'une brassière de coton, d'une brassière de laine, d'une couche de toile et d'un lange de flanelle, de laine ou de coton molletonné souple, les bandelettes ne concernent plus que les jambes. En quelque sorte, le haut constitué d'une chemise et de brassières est à l'anglaise. Par-dessus, calés sous les aisselles, couches et langes enveloppent le bas du corps à la française. Les bébés privilégiés sont baignés tous les jours. On commence seulement à réaliser que la propreté est une des conditions d'une bonne santé. Rousseau préconise un bain froid et revigorant dès les premiers mois de la vie.

Le vêtement idéal d'Émile

Rousseau n'apprécie guère l'habit à la française à la mode dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il va sans dire qu'il est un ennemi déclaré du corset. « L'habillement français, gênant et malsain pour les hommes, est pernicieux surtout aux enfants. »

[…] « Ce qu'il y a de mieux à faire, est de les laisser en jaquette [robe] aussi longtemps qu'il est possible, puis de leur donner un vêtement fort large, et de ne se point piquer de marquer leur taille, ce qui ne sert qu'à la déformer. Leurs défauts du corps et de l'esprit viennent presque tous de la même cause ; on les veut faire homme avant le temps. » Il en est de même du corps et de l'esprit, il faut rester proche de la nature et respecter le rythme de l'enfant.

Corps [corset] à baleines pour enfant, 1750-1760
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲Servante habillant des enfants, par Pierre-Louis Dumesnil, vers 1730
Musée Carnavalet, Paris
(J'ai découvert cette image grâce à l'excellent blog Le Divan fumoir bohémien,
l'auteur en fait ici une lecture personnelle très sensible)

Je me mets à rire, tout le monde rit, et l'enfant rit comme les autres.
Illustrations de L'Émile, XVIIIe siècle, BnF, Paris

▲Robe ou jaquette pour bébé ou jeune enfant en coton imprimé, Angleterre, vers 1750
Simple et de couleur gaie, elle aurait plu à Émile (voir illustration ci-dessus).
Victoria and Albert Museum, Londres

▲La lingère, par Hubert Robert, 1761
C'est par commodité que l'enfant est enrobé aussi longtemps qu'il n'est pas propre.
Sterling et Francine Clark Institute, Williamstown sur le blog Grillon du foyer

Après une prime enfance où il n'a porté « ni langes ni bonnets », Émile continue de grandir libre de ses mouvements. Il reçoit des vêtements confortables qui lui permettent de faire de l'exercice. Il ne change pas de garde-robe selon les saisons, et porte « l'hiver ses habits d'été, comme les gens laborieux ». Mais il donne son avis pour les coloris : « il y a des couleurs gaies et des couleurs tristes : les premières sont plus du goût des enfants ; elles leur siéent mieux aussi ; et je ne vois pas pourquoi l'on ne les consulterait pas en ceci des convenances si naturelles […] ».

La robe blanche des petits enfants et des filles

C'est encore d'Angleterre qu'arrive la mode, à partir des années 1750-1760, d'une tenue plus conforme à la simplicité pastorale à la Jean-Jacques, inspirée aussi par les portraits de Van Dyck, dont on redécouvre l'oeuvre peinte et les robes de satin blanc. Les bébés et les petits enfants, filles et garçons, se mettent à porter une robe blanche confortable, montée d'une pièce – en fourreau – droite et froncée à la taille, avec une simple coulisse à l'encolure. Fermée dans le dos, elle est agrémentée d'une large ceinture de satin de soie colorée, le plus souvent rose ou bleue. Cette robe, longue pour les bébés, raccourcie pour les jeunes enfants, apparaît en France vers 1750. Le premier portrait connu d'enfant portant cette tenue est celui dit d'Alexandrine Lenormant d'Etiolles, fille de la marquise de Pompadour, par François-Hubert Drouais, en 1750-1751.

▲Petite fille en robe blanche dite Alexandrine Le Normant d'Etiolles,
fille de la marquise de Pompadour, par François-Hubert Drouais, 1750-1751
Musée Cognacq-Jay, photo Aglaé sur Flickr

▲à g. : Portrait de deux sœurs, par Carl Ludwig Christineck, 1772
Musée d'Art national de la République de Biélorussie, Minsk sur Wikipaintings
à dr. : Robe d'enfant en fourreau, 1775-1780
Nationalmuseet, Copenhague

▲à g. : Portrait de la princesse Louise Augusta du Danemark enfant, par Helfrich Peter Sturz, 1771
Château de Rosenborg sur Wikipedia
au centre : Robe de bébé en coton blanc, vers 1796, Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Portrait d'Amelia d'Angleterre, par John Hoppner, 1785
The Royal Collection sur Wikipedia

▲à g. : Les enfants Sackville, par John Hoppner, 1797
The Metropolitan Museum of Art, New York sur Wikimedia Commons
à dr. : Robe de fillette en mousseline brodée, Angleterre, vers 1813
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Master John Heathcote, par Thomas Gainsborough, 1770
National Gallery of Art, Washington
à dr. : Master Hare, par Joshua Reynolds, 1788-1789
Musée du Louvre sur Wikimedia Commons
Les deux enfants représentés sont des garçons.

▲à g. : Portrait de Frederick Cooper, par Nathaniel Dance-Holland, fin XVIIIe siècle
Ne vous fiez pas aux boucles blondes, à la robe blanche et au noeud rose de la taille,
aux XVIIIe et XIXe, les petits garçons de moins de quatre ans portent la robe.
au centre et à dr. : Robe d'enfant en mousseline des Indes brodée au point de Beauvais, 1770-1780
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Portrait de la famille Copley (détail), par John Singleton Copley, 1776
National Gallery of Arts, Washington sur Wikipedia
à dr. : Robes de fillette en mousseline de coton blanc et jupons colorés, 1798, Livrustkammaren, Stockholm
Album Livrustkammaren par Johanni sur Flickr

▲à g. : Robe fillette en mousseline de coton blanc, ceinture et jupon verts, 1798
Livrustkammaren, Stockholm, par Johanni sur Flickr
à dr. : Portrait de Marianne Holbech, par George Romney, 1781-1782, Philadelphia Museum of Art

▲à g. : Portrait de fillette, par John Hoppner, 1790, sur le blog Jane Austen World
à dr. : Portrait de Anna Dorothea Foster et Charlotte Anna Dick, par Gilbert Stuart, 1792, sur wahooart

Légère, taillée dans du linon ou du coton blanc facile d'entretien, ou dans une fine mousseline, elle laisse parfois voir en transparence un jupon de couleur. Portée d'abord par les bébés, les très jeunes garçons et les fillettes de moins de quatre ans, la mode va ensuite s'étendre aux fillettes plus grandes, qui abandonnent corps [corset] et paniers et continuent de porter leur robe de bébé.

Les fillettes ne copient plus la garde-robe de leurs mères. Pour la toute première fois dans l'histoire de la mode, le phénomène va même s'inverser : dans les années 1780, les femmes empruntent à leurs enfants cette légère robe en gaulle [Lire sur Les Petites Mains, Mode adulte - mode enfant : la robe blanche]. Les enfants vont garder cette tenue toute la seconde moitié du XVIIIe siècle – et au-delà.

Le costume en matelot des garçonnets

L'étape où le petit garçon quitte sa robe – entre trois et six ans au début du siècle – est un moment important de sa vie d'enfant. Dans la seconde moitié du XVIIIe, ce moment charnière se brouille au fur et à mesure que la société modifie sa perception de l'enfance. Cela se traduit par l'arrivée d'un nouveau vêtement destiné aux garçonnets, intermédiaire entre la tenue à la bavette [la robe] des petits et et la culotte et les chausses [bas] des hommes : c'est le costume en matelot.

▲à g. : Portrait d'enfant jouant au yoyo ou émigrette, vers 1790
Musée Leblanc-Duvernoy, Auxerre sur Musées de Bourgogne
à dr. : Frac à col rabattu et pantalon à pont à la matelot portés par le Dauphin au Temple, vers 1792
Catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000, 2001
Musée Galliéra, Musée de la Mode de la Ville de Paris
[Lire sur Les Petites Mains, Mes sources]
(Ces deux pièces, conservées comme des reliques,
proviennent de deux sources différentes, ce qui explique leur différence de ton)

▲Le premier Dauphin Louis-Joseph-Xavier, né en 1781, habillé en matelot,
détails de portraits de Marie-Antoinette, reine de France et ses deux premiers enfants
à g. : d'après Adolf Ulrik Wertmüller, 1785
à dr. : par Élisabeth Louise Vigée Lebrun, 1789
Château de Versailles et Trianon, sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Les enfants Godsal, par John Hoppner, 1789, The Huntington Library
à dr. : Costume en matelot [en anglais : skeleton suit], Irlande, 1789-1792
Royal Ontario Museum, Toronto sur Wikimedia Commons

▲à g. : Costume en matelot, vers 1770, Nationalmuseet, Copenhague
à dr. : Les enfants Cavendish, par Sir Thomas Lawrence, 1790
Städel Museum, Frankfurter-am-Main
L'aîné, William a sept-huit ans, il porte l'habit dégagé avec la culotte, très proche de celui des hommes ;
le benjamin, George, a cinq-six ans, il porte le costume en matelot avec pantalon ;
le bébé, Anne, est une fille, elle a trois ans et porte la robe blanche
qui habille aussi les petits garçons de son âge.

▲à g. : Habits en matelot, 1795-1805, Münchner Stadtsmuseum, Münich
Catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000, 2001
Musée Galliéra, Musée de la Mode de la Ville de Paris
[Lire sur Les Petites Mains, Mes sources]
à dr. : Les enfants Bowden, par John Hoppner, 1803 sur Wikimedia Commons

Le costume en matelot est constitué d'un frac ou d'une veste droite, d'où sort une collerette plissée en lingerie et, ce qui constitue une grande nouveauté, d'un pantalon long à pont, alors seulement porté par les gens du peuple et de la mer – d'où son nom : en matelot ou encore à la marinière. On peut donc affirmer que les premiers sans-culottes sont des garçonnets, et c'est bien là une « révolution » vestimentaire. Blanc, ou de teinte pastel, ce costume peut être en taffetas de soie ou en toile de coton. Une large ceinture, souvent en satin, drape la taille assez haute. Le costume à la matelot apparaît vers 1780, il devient la tenue classique d'une enfance aristocrate entre 1790 et 1830. En France, la reine Marie-Antoinette est la première à l'adopter pour vêtir le premier Dauphin Louis-Joseph-Xavier, né en 1781.

Les garçonnets portent le costume à la matelot entre trois et sept ans. Le pantalon descend de la mi-jambe à la cheville. Des fronces à l'arrière rendent le fessier plus ou moins volumineux. Vers les années 1800, le frac se raccourcit en spencer porté boutonné au pantalon. Les Anglais l'appellent skeleton suit. Le costume en matelot est l'ancêtre direct de l'autre grand succès de la mode enfantine, le costume marin, qui apparaît en France vers 1850. J'ai déjà parlé de ces sujets sur Les Petites Mains [Lire Costume marin (1) Le costume en matelot et La culotte des garçons]

▲Lord Willoughby de Broke, et sa famille au petit déjeuner à Compton Verney, par Johann Zoffany, 1766
Album Ed Bierman sur Flickr

▲Lady Smith (Charlotte Delaval) et ses enfants (George Henry, Louisa, et Charlotte), par Joshua Reynolds, 1787
The Metropolitan Museum of Art, New York


La mode est un phénomène extrêmement complexe, qui trouve sa source et son inspiration dans la pensée politique, les phénomènes sociaux, les avancées techniques et scientifiques, les stratégies économiques, les changements démographiques, la vie artistique et culturelle, les coutumes locales, etc. Les deux objectifs de ce blog sont la promotion de la mode et du costume comme patrimoine national, et une tentative d'éclairage des mécanismes de mode qui m'ont captivée dans mon métier de styliste, à l'affût des fameuses « tendances ». Parce qu'il est un élément de différenciation entre les classes sociales, les métiers, les pays, les personnes, le vêtement est une des clés de la petite histoire, miroir de la grande Histoire. Avec cet article sur l'influence des idées de Jean-Jacques Rousseau sur la mode enfantine, on est au cœur du sujet !


14 juin 2012

Mode enfantine et luxe (4) – La layette


Les travaux de Philippe Ariés et des historiens spécialisés qui lui ont succédé montrent que l'enfance fut longtemps une notion floue, même si l'enfant tenait un rôle social essentiel. Il a fallu plus de deux siècles, de Jean-Jacques Rousseau à Françoise Dolto, pour arriver à l'idée que « l'enfant est une personne ».

▲Les enfants de Charles Ier d'Angleterre, par Anton Van Dyck, 1637 sur le blog altesses.eu

▲à g. : Charles-Philippe de France, comte d'Artois (petit-fils de Louis XVI, futur Charles X)
et sa sœur Madame Clotilde, par François-Hubert Drouais, vers 1760
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Tablier d'enfant en dentelle de Milan, Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles


Avant la fin du XVIIe siècle, voire le XVIIIe siècle, on ne considère guère que l'enfant ait besoin d'une garde-robe spécifique. Dès que possible, au plus tard à sept ans, considéré comme « l'âge de raison », on l'habille comme un adulte en miniature, il subit les mêmes conventions vestimentaires dictées par la mode. Lorsqu'il a un rôle de représentation – c'est le cas dans toutes les cours européennes, où le jeu des alliances implique des mariages précoces – son vestiaire, signe social de sa haute naissance, est aussi somptueux que celui de ses parents.

La spécificité du vêtement d'enfant ne s'applique donc de fait qu'à deux classes d'âge : le nourrisson en maillot et layette et le petit enfant, fille ou garçon, qui porte la robe. Ce sont les thèmes de cet article et d'un prochain à venir. Je me limiterai essentiellement aux périodes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

Luxe et raffinement d'une layette qui se féminise

Les caractéristiques propres aux pièces de layette remontent au Moyen Âge, l'habillement des nourrissons ne varie guère jusqu'à la fin du XIXe siècle.

▲Portrait de Cornelia Burch à l'âge de deux mois, École flamande, 1581
Hull Museum Collections, Kingston upon Hull

▲Le prince Federigo d'Urbino dans son berceau, par Federico Barocci, 1605, Galerie Palatine, Florence

▲Châle de baptême en soie brodée d'argent, Italie, 1620-1650, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Châle de baptême, satin de soie brodé de fils d'or et d'argent,
Angleterre, vers 1650-1675, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Le prince Léopold de Médicis bébé, par Tiberio Titi, 1607
Galerie Palatine, Florence, sur le blog altesses.eu

▲à g. : Louis XIV bébé représenté en maillot dans les bras de sa nourrice, Marie de Longuet de la Giraudière,
Musée des Châteaux de Versailles et du Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Bande de maillot, 1600-1625, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Ensemble de baptême en dentelle, Belgique, deuxième moitié du XVIIe siècle
Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Nouveau-né de la famille Faucigny-Lucinge, atelier des Frères Beaubrun, XVIIe siècle
Fondation Yannick et Ben Jakober, Alciuda

▲à g. : Portrait de bébé, par Mary Beale,1690-1730, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Madame Privat de Molières et ses filles (détail), par Antoine Raspal, vers 1775-1780, Museon Arlaton, Arles

▲L'emmaillotement présenté par 38 mannequins de poupons à l'Exposition universelle de 1889,
à g. à la manière des Ardennes, à dr. à la manière du Vaucluse
MuCEM, Marseille sur L'Histoire par l'image


L'emmaillotement du nourrisson est pratiqué depuis l'Antiquité. Le but est de le tenir au chaud et d'éviter que ses jambes ne se déforment. Le temps d'emmaillotage serré se raccourcit peu à peu, la planche en bois qui maintient les jambes droites est abandonnée à la fin du XVIIIe siècle, les bandelettes qui entourent tout le corps du bébé ne concernent plus que les jambes. Contrairement aux Anglais qui cessent d'emmailloter les bébés au bout de quelques semaines dès les années 1820, et malgré le « retour à la nature » prôné par Jean-Jacques Rousseau en 1762, les bébés français sont tenus serrés dans leurs langes au moins jusqu'en 1914, et même les années 1950 dans les milieux ruraux [Lire sur Les Petites Mains, Tricentenaire Jean-Jacques Rousseau, L'influence de l'Émile sur l'habillement des enfants].

Comme l'adulte, le premier vêtement porté par l'enfant est la chemise, croisée dans le dos, qu'on taille de préférence dans une toile ou un linge usé, plus doux et plus souple. On le revêt ensuite d'un corset, constitué d'une bande en flanelle taillée en biais, puis à trois mois de toile renforcée. Sur la chemise et le corset, il porte des camisoles et des brassières superposées, à manches longues, en toile ou en flanelle. Puis on le serre dans deux séries de langes maintenus par une longue bande de toile de lin, elle-même recouverte d'un troisième lange et d'une couverture de chanvre ou de laine (Le substantif « lange » vient de l'ancien adjectif lange, « de laine » ; il désigne la pièce d'étoffe qui enveloppe le bas du corps du nourrisson). Là se limite l'habillement du bébé de milieu pauvre. Les riches superposent des bandelettes de dentelle et langes d'apparat réalisés dans des matières précieuses, brodées et ornées de dentelles.

▲Le dauphin François (détail), fils de François Ier et de Claude de France, né en 1518
par Jean Clouet, vers 1520-1525, Musée royal des Beaux-Arts, Anvers

▲à g. : Portrait de Marc Etienne Quatremère et sa famille (détail)
par Nicolas Bernard Lépicié, 1780, Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : chemises et linges de bébé, XVIIIe siècle, Livrustkammaren, Stockholm
sur Flickr par Johanni

▲à g. : Brassières de bébé, XVIIIe siècle, sur Flickr par Johanni
à dr. : Portrait de Louis-Antoine de Bourbon, duc d'Angoulême (fils de Charles X alors comte d'Artois),
École française, 1776, Musée Cognacq-Jay sur Agence photographique de la RMN

▲Brassière de bébé en toile de coton blanche travaillée au boutis, vers 1750-1760
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲Brassières en coton blanc boutissées, 1750-1760, Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Napoléon-François, roi de Rome, âgé de 4 ans, par François Pascal Simon, baron Gérard, vers 1812
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle, 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle, 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle de type Maline, 1811
à dr. : Pointe de cou du roi de Rome en batiste, brodée, vers 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de sortie en linon brodé, vers 1820-1830
catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000 [Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]
au centre : Henri Charles Ferdinand d'Artois, duc de Bordeaux, représenté au berceau
et sa sœur Louise Marie Thérèse d'Artois, « Mademoiselle d'Artois, aux Tuileries, par Louis Hersent, 1821
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de bébé, Angleterre, 1810-1820, Victoria and Albert Museum, Londres


Au XVe siècle, les toiles se font si fines et blanches qu'elles se plissent et se froncent avec raffinement, la chemise devient un signe de distinction sociale. La mode est au décolleté carré qui laisse apparaître le haut de la chemise, garnie au col d’une cordelette parfois resserrée – c’est l’ébauche de la fraise qui va apparaître dans la seconde moitié du siècle [Lire sur Les Petites Mains, L'histoire de la fraise en 6 épisodes].

Au XVIIIe siècle, l'utilisation du coton blanc, en toile et en piqué, transforme la layette en facilitant son entretien. La chemise des bébés se borde d'un petit volant ou d'une collerette qui se rabat sur une brassière en laine, protégeant ainsi leur menton. Le piqué de coton est largement utilisé pour les vêtements et langes de bébés. Les familles aristocratiques du sud de la France profitent des importations de coton par Marseille pour faire réaliser des pièces de layette en boutis, un travail d'aiguille virtuose typiquement provençal, dont le Museon Arlaten d'Arles conserve des modèles magnifiques. Quelques pièces comme les jupons et les camisoles sont en flanelle, certaines brassières en laine tricotée.

▲à g. : Hélène-Louise de Mecklembourg-Schwerin, duchesse d'Orléans
tenant son fils Louis-Philippe-Albert, comte de Paris (petit-fils de Louis-Philippe), 1838
par Franz Xaver Winterhalter, Château de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe longue en coton et soie, France, 1840-1860, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : La reine Victoria avec le prince Arthur, par Franz Xaver Winterhalter, 1850, sur Commons Wikimedia
à dr. : Robe cache-maillot en mousseline, Angleterre, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : L'impératrice Eugénie et le prince impérial, par Joseph Constant Brochart, 1856
à dr. : Robe de maillot du prince impérial, vers 1856
Château de Compiègne sur Agence photographique de la RMN

▲en ht à g. : trousseau de bébé, La Mode illustrée, 2 décembre 1868
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
en bas à g. : pièces de layette, La Mode illustrée, 30 avril 1899
à dr. : Portrait de bébé, vers 1900 sur Femmes en 1900

▲à g. : Nourrices et enfants, 1883 sur Femmes en 1900
à dr. : Deux bébés avec leurs nourrices, fin XIXe siècle, Fonds Eiffel,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. et au centre : Cape longue pour bébé en soie, ornée de dentelle et brodée, 1887
Angleterre, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Manteau pour bébé, La Mode illustrée, 5 mai 1895
boutique Au Fil du Temps sur e-bay


Le travail de layette relève de la corporation des lingères. Elles fournissent le linge de corps plus ou moins brodé et orné de passement [dentelle] de toute la famille, ainsi que les layettes et les linges des bébés, au nom générique de maillot. Il s'agit d'un grand nombre de langes et de couches, carrés ou rectangles d'étoffes qui enveloppent l'enfant serré dans un couvre-lange.

Les véritables vêtements sont les brassières, les fichus de cou croisés sur la poitrine qui maintiennent droite la tête du bébé et tiennent lieu de bavoir, les bavoirs – qui apparaissent dans les années 1830-1840, parfois tricotés en fil de coton, sous le second Empire ils ont une forme de corselet – les guimpes ornées de dentelles et de broderies, les béguins et les bonnets [Lire sur Les Petites Mains : les chapeaux d'enfants].

À partir du premier Empire et sous la Restauration, la mode délaisse le couvre-lange en soie – il s'agit parfois d'un luxeux châle en cachemire, pièce de choix du trousseau de mariage de sa mère – pour la robe blanche qui recouvre le maillot, c'est le début de la féminisation de la layette.

Toutes les pièces du trousseau d'un bébé prestigieux, comme le roi de Rome, fils de Napoléon et de Marie-Louise, sont réalisées dans des batistes, des mousselines et des satins, ornées de broderies et de dentelles raffinées. Les vêtements de dessus, comme le manteau et la cape, puis le le burnous, se développent à partir de 1830.

À la Belle Époque, le vestiaire du bébé est aussi varié et abondant que celui de la femme : chemises de jour, corsets, jupons que l'on superpose, brassières, guimpes, fichus, bavettes [bavoirs], robes, bas, camisoles, chemises de nuit... La féminisation de la layette ne se renversera que dans les années 1920.

▲Ensemble de baptême, vers 1898, cape du soir pour femme, Redfern, vers 1902
Cette photographie, extraite du catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000
[Lire sur Les Petites Mains : Mes sources],
montre la similitude des décors et matériaux des modes féminines et de la layette,
qui s'est féminisée pendant tout le XIXe siècle.


La layette, premières touches d'élégance et de prestige

Au XIXe siècle, dans les classes aisées, on possède plusieurs robes blanches cache-maillot, brodées et ornées de dentelles et d'entre-deux, puis de broderies anglaises, qui peuvent atteindre quatre-vingts centimètres dans la deuxième moitié du XIXe siècle. On confond aujourd'hui ces robes blanches « de circonstances » ou « de sortie » avec les robes de baptême. Tout au long du siècle, les robes de cérémonies font l'objet d'une surenchère de longueur, qui dépasse le mètre. Cette pratique, qui mêle protection et ostentation, prend fin dans les années 1880 avec l'invention du landau.

▲à g. : Robe de baptême, Angleterre, 1700
au centre : Robe de baptême, Angleterre, 1730-1770
à dr. : Robe de baptême, Angleterre, 1740
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Robe de sortie en damas appliqué de fleurs brodées, 1730, et bonnet, Musée Galliéra
au centre : L'empereur François Ier d'Autriche et l'impératrice Marie-Thérèse
représentés à Schönbrunn entourés de leurs douze enfants (détail), atelier de Martin Van Mytens, 1756,
Château de Versailles et Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de baptême en soie brodée, 1780, Münchner Staatsmuseum, Münich
Images de g. et de dr. extraites du catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000
[Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]

▲Robe d'apparat de Napoléon-François, roi de Rome, vers 1811
catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000 [Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]

▲Robe de baptême en lin, vers 1896
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. et au centre : Robe de baptême en lin, vers 1900, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Madame Knox et son bébé, photographie Harris & Ewing, 1908, sur Wikimedia Commons


Les robes de baptême sont apparues vers 1750, souvent blanches, en symbole de pureté [Lire sur Les Petites Mains, couleur : blanc]. Dans les familles aristocrates ou bourgeoises, le baptême est l'occasion d'un déploiement de luxe et d'élégance. Au début du XIXe, le nourrisson porte une somptueuse robe blanche, on l'enroule dans le voile de mariée de sa mère ou dans un châle cachemire. Vers la fin du siècle il est revêtu d'un manteau qui recouvre le maillot, coiffé d'un béguin (conservé dans les familles car « sacré » par les huiles saintes) et d'un bonnet [Lire sur Les Petites Mains : les chapeaux d'enfants].

Les robes de baptême s'inspireront longtemps du style vestimentaire du XVIIIe siècle, avec notamment des corsages travaillés en pointe. Sous le premier Empire, on les aime en mousseline avec des semis brodés ; sous la Restauration, des volants agrémentent et amplifient les manches ballonnées ; sous le second Empire on apprécie la superposition de volants sur le devant de la robe, les ornements en soutache appliquée et les entre-deux en ligne. Dans les familles fortunées, elles sont le plus souvent réalisées en dentelle de Valenciennes.

Le lit portatif, qui respecte le confort du bébé et le soutient, est très apprécié lors du baptême ou autres cérémonies. Il est en quelque sorte un héritage du XVIIe siècle : avant la découverte de « l'enfant chéri » du XVIIIe siècle, les relations entre parents et enfants, et encore plus les nourrissons, sont distantes. Les nourrices et les bonnes d'enfants ont l'habitude de présenter le bébé dans ce lit portatif, sorte de porte-bébé constitué d'un sac prolongé d'un oreiller, en soie ou en organdi. On y glisse l'enfant revêtu d'une brassière et d'un bonnet assortis, brodés et ornés de dentelles et de rubans.

▲à g. : La naissance de Louis de France, duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV),
le 6 août 1682, par Antoine Dieu, Châteaux de Versailles et Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Le baptême de Wilhelm V, prince d'Orange-Nassau, 1748, Rijksmuseum, Amsterdam
Les nouveaux-nés sont présentés sur un lit portatif.

▲Poupée Daisy et son lit portatif, 1890-1894, Victoria and Albert Museum, Londres

▲Lits portatifs, La Mode illustrée, 1897, 1900 et 1904
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▲Coffre à layette du dauphin, 1781, Château de Versailles et Trianon
On peut voir d'autres photos avec tous les détails des allégories et sujets mythologiques,
bergeries et scènes de réjouissance populaire sur le site de
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En fine batiste, de lin [linon] puis de coton, les pièces de layette, réalisées à la main, peuvent être d'un raffinement extrême. Elles sont gardées dans un petit coffre ou layette de bois ou d'osier – par glissement, le contenant a donné son nom au contenu. Ce petit meuble peut faire l'objet d'un cadeau prestigieux lors de la naissance d'un enfant, comme celui offert par la Ville de Paris en 1781 à Louis XVI et Marie-Antoinette pour la naissance du premier dauphin Louis-Joseph le 22 octobre.

En 1638, la Gazette de France, premier hebdomadaire français, décrit le somptueux présent offert par le pape Urbain VIII dans trois layettes de velours rouge brodé d'argent, pour célébrer la naissance du Dauphin de France, futur Louis XIV. L'une d'elle contient « un grand lange de toile d'argent en broderie d'or, relevée et parsemée de fleurs au naturel, doublée d'une autre toile d'argent à fleurs d'or. Une grande mante ou couverture de toile d'argent à fleurons et broderies d'or, avec les armes et les chiffres de Sa Sainteté et de Sa Majesté ».

De la lingère à la maison de couture

La confection des trousseaux, des layettes et des robes de baptêmes relève du travail des lingères, parfois des couturières. Jusqu'au XVIIe siècle, la couturière est une exécutante à la solde des tailleurs et des lingères ; la différence entre lingères et couturières s'estompe lorsque la couture n'est plus l'apanage des hommes, suite aux arrêtés royaux de 1675, puis de 1782.

▲Nicolas de Larmessin, graveur, Costumes grotesques, la lingère, fin XVIIe siècle, BnF, Paris
Ces planches sont tirées d'un célèbre recueil de costumes « grotesques »,
qui constitue un témoignage aussi décoratif que documentaire sur les accessoires de chaque métier. 
On peut aussi y voir le bonnetier, le couturier, le fourreur, le fripier, le mercier, le plumassier,
la rubanière, le tailleur, le tisserand… et le laÿettier qui présente ses petits coffres.

Les lingères des cours royales sont connues. Madame Payen livre Marie-Antoinette. Mademoiselle Minette, lingère des cours de France entre 1800 et 1850, fournit une partie de la layette du roi de Rome (fils de Napoléon et Marie-Louise), puis du duc de Bordeaux (fils de la duchesse de Berry, petit-fils de Charles X), elle ouvrira ensuite sa propre maison de couture pour femme « À la Perle », rue des Petits-Champs. Madame Félicié reçoit la commande de la layette du prince impérial (fils de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie).

Dans la seconde partie du XIXe siècle, les maisons de haute couture auront la même approche commerciale que les lingères-couturières. Elles captent la cliente en fournissant le trousseau et la tenue de la jeune mariée, lorsque celle-ci devient mère, elles habillent aussi les enfants. C'est le cas de la maison Doucet, par ailleurs spécialiste de la chemise masculine, qui propose des trousseaux depuis 1817, et remporte une médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1867 pour ses modèles bébés.

(à suivre : Mode enfantine et luxe (5) – Le petit enfant en robe)