Affichage des articles dont le libellé est enfants trouvés. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est enfants trouvés. Afficher tous les articles

19 mars 2014

La vêture des Enfants trouvés (6) – récapitulatif et sources



▲Saint Vincent de Paul présidant une réunion des Dames de la Charité,
qui lui remettent leurs bijoux pour l'oeuvre des Enfants-Trouvés,
attribuée à Pierre André, dit Frère André, vers 1732
Au premier plan du tableau, une fille de la Charité prend soin d'enfants trouvés, emmaillotés.
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris

Vous avez été nombreux à suivre l'histoire de la vêture des Enfants trouvés – ce qui ne me semblait pourtant pas gagné au départ. Cette série d'articles a permis aux Petites Mains de rencontrer un public nouveau, notamment celui des généalogistes, qui retrouvent dans les documents d'archives ces termes spécifiques de l'habillement, des étoffes anciennes, etc., pas évidents à comprendre pour le néophyte. Il paraît que nous avons presque tous un enfant trouvé dans notre lignée d'ancêtres !

Pour en faciliter l'accès et la lecture, il me semble utile de regrouper en une liste la série d'articles consacrés à la vêture des Enfants trouvés :

La vêture des Enfants trouvés (1) – le trousseau
La vêture des Enfants trouvés (2) – jusqu'au XVIIIe siècle, des tissus de laine, de chanvre et de lin
La vêture des Enfants trouvés (3) – au XVIIIe siècle, le coton et l'arrivée des indiennes
La vêture des Enfants trouvés (4) – la layette
La vêture des Enfants trouvés (5) – les enfants en robe
La vêture des Enfants trouvés (6) – récapitulatif et textes sources

▲Les enfants de l’orphelinat de Haarlem : la distribution de vêtements, par Jan de Bray, 1663
Musée Frans Hals, Haarlem

Pour les lecteurs que cela intéresse, les sources de MuB – dont la demande est à l'origine de cette série – sont les Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 par arrêté du Ministre de l'Intérieur en vue d'instituer une législation nouvelle sur les enfants trouvés. On peut feuilleter l'intégralité des deux volumes sur Gallica : Tome 1 et Tome 2.

Le tome 2 récapitule tous les documents historiques, les législations et jurisprudences antérieures. La Troisième partie, Administration, qui reprend les règlements des hôpitaux de Paris et de Lyon touchant le service des Enfants trouvés, décrit en plusieurs points, assez précisément, la vêture des enfants en 1716 (page 225) ; les trousseaux des filles et des garçons en 1733 et 1752 (pages 189-190) ; la layette en 1774 (pages 211-212) ; la layette et vêture de 1811 (page 274) ; la layette et la vêture préconisées en 1843 (pages 402 à 406).

▲La vêture des enfants trouvés du Foundling Hospital, William Hogarth, 1747
Le Founding Hospital de Londres est l'équivalent de l'Hôpital des Enfants-trouvés de Paris.
The Foundling Museum, Londres
Le peintre William Hogarth en est pendant vingt-cinq ans l'un des bienfaiteurs.

▲Le 10 février 1790, le Roi [Louis XVI] et la Reine visitent l'Hôpital des Enfants trouvés
après avoir entendu la messe à N.D. accompagnés de Monseigneur le Dauphin
sur Gallica, BnF, Paris
 

Par ailleurs, Martine Blankaert a publié en octobre-décembre 2002 dans la Revue généalogique normande, l'histoire de son lointain ancêtre Marc Nollis, né en 1826 à Rouen, de père et de mère inconnus. Elle décrit son trousseau et la vêture délivrée à chaque enfant en 1823 par l'hospice général de Rouen [Lire l'article accompagné d'une abondante bibliographie, sur le site de Daniel Lemoine].

Si vous vous intéressez au sort et à l'histoire des Enfants trouvés, je vous renvoie au site de MuB, Pouponniere's Blog, qui leur est intégralement consacré. En parallèle aux articles des Petites Mains, MuB donne la parole à des personnes placées en pouponnière pendant leur enfance. Leurs témoignages sont souvent très émouvants.


25 février 2014

La vêture des Enfants trouvés (5) – les enfants en robe



Cet article est le cinquième d'une série initiée par une rencontre avec MuB, auxiliaire puéricultrice dans une pouponnière, auteure du blog : Pouponniere's Blog [Pour en savoir plus : lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (1)].

▲à g. : La famille heureuse, ou Le retour de baptême, par Louis Le Nain, 1642
à dr. : La charrette ou le retour de fenaison, par Louis Le Nain, 1641
Musée du Louvre, Paris sur Wikimedia Commons

▲Les musiciens enragés (détail), William Hogarth, 1741 sur Wikipédia

Après avoir été emmailloté plus ou moins serré [Lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (4) – la layette], le petit enfant revêt sa première robe, au plus tôt vers huit mois. Il porte parfois en transition, sans doute selon les saisons, les moments de la journée – voire l'humeur de sa mère ou de sa nourrice – à la fois la robe et le demi-maillot.

►Les sources sur la vêture des enfants trouvés nous renseignent sur les étapes de l'enfance

Les textes sources, qui décrivent les layettes et vêtures à fournir aux enfants trouvés nous renseignent sur les étapes de l'enfance. Mais quelle que soit l'époque, l'étape de la marche et celle de l'accession à la propreté – plus tardive qu'aujourd'hui – modifient le vêtement.

D'après le texte de 1756, l'enfant reçoit sa première « robe de drap bleu » à la fin de sa première année, avec une paire de bas et un bonnet de laine, une paire de souliers et « une aune et demie de toile neuve » – l'aulne des drapiers vaut plus ou moins un mètre dix. Ce métrage de toile qui sert à confectionner le trousseau de l'enfant augmente au fur et à mesure qu'il grandit, pour atteindre quatre aulnes l'année de ses cinq ans et demi ; il revient vers six ans à l'Hôtel-Dieu pour être placé, c'est la fin de l'enfance.

▲Tableau récapitulatif de la layette et des vêtures des enfants trouvés
Décret impérial du 19 janvier 1811 concernant les Enfants trouvés ou abandonnés et les Orphelins pauvres dans Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 par arrêté du Ministre de l'Intérieur sur Galllica, BnF, Paris

Dans le tableau de 1811, les vêtures, qui suivent les layettes, sont données aux enfants d'année en année, jusqu'à l'âge de six ans accomplis. La première vêture et le demi-maillot concernent les enfants sevrés, lorsqu'ils sont dans leurs premières années. La seconde vêture et un demi-maillot sont donnés pour les enfants au-dessus de dix-huit mois. Suivent la troisième et quatrième vêture, puis la cinquième et sixième vêture, assez semblables, à renouveler au fur et à mesure que l'enfant use ses vêtements et grandit.

Dans les textes de 1843, la robe – une robe de dessous en laine et fil et une robe de dessus en laine – apparaît avec la première vêture, à délivrer aux enfants de neuf mois à vingt-et-un mois, ainsi que des bas de laine – une paire de souliers figure dans le demi-maillot dont il est précisé qu'il n'est fourni qu'une seule fois entre neuf et trente-six mois, soit avec la première vêture, soit avec la seconde. Les couches et langes disparaissent dans la deuxième vêture à délivrer aux enfants de vingt-et-un mois. Une septième vêture apparaît, à délivrer aux enfants à neuf ans révolus – ce qui laisse à penser que la fin de l'enfance a reculé. La différence garçon-fille se fait à partir de la cinquième vêture, c'est à dire à cinq ans révolus. Jusqu'à cet âge, tous portent la robe.

▲à g. : La femme du peintre et ses enfants (détail), par Hans Holbein le Jeune, 1528-1529
Sa fille Catherine a deux ans ; sur Wikimedia Commons
au centre : Portrait de Helena Fourment et de son fils Frans (détail), par Pierre Paul Rubens, 1635
Frans a deux ans ; The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : La famille Van Moerkerken (détail), par Gérard Ter Borch, 1653-1654
Philippus a environ deux ans ; The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Les Quatre Âges de l'homme : L'Enfance, par Jan Christoffel Jegher, vers 1643-1666
Tous les âges de l'enfance sont représentés :
emmailloté, en robe (garçon ou fille) dans un trotteur, en jaquette, puis en culotte et pourpoint,
l'enfant à la poupée est une fille
Rijksmuseum, Amsterdam

▲Les enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, 1649
Musée des Beaux-Arts, Reims, Galerie magika42000 sur Flickr
Les enfants richement habillés ne sont certes pas représentatifs du vêtement populaire.
Mais la date et l'âge exact des enfants sont connus, gravés sur la colonne en haut à gauche du tableau,
ce qui permet de bien voir les étapes du costume :
À gauche, l'aîné Henri-Louis, dix ans, est vêtu comme un adulte,
son frère Jean-Balthazar, sept ans et six mois porte le même vêtement ;
à droite, les jumeaux Louis et Jean-Paul, quatre ans et neuf mois, portent la jaquette ;
les deux autres garçons, François, vingt-trois mois, à gauche et Jean-Louis, huit mois à droite,
portent la robe et le tablier, comme leur soeur Anne-Louise, trois ans six mois, au centre.

▲Planche XXIV, Tailleur d'habits et tailleur de corps, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
Jaquette ou fourreau pour les garçons ; Fausses robes pour les filles
sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie
« sur quoi l'on peut consulter l'Art du Tailleur, par M. de Garsault, d'où nous avons extrait
tous les détails dans lesquels nous sommes entrés ».

▲à g. : La fête de mariage (détail), par Philibert-Louis Debucourt, 1789 ; Rijksmuseum, Amsterdam
à dr. : Robe enfant, 1780
The Henry Ford Historic Costume Collection sur Pinterest Children's Historical Clothing

▲à g. : Robe de garçonnet, Écosse, vers 1790 sur The Vintage Textile
à dr. : Le marchand de poisson (détail), par Abraham van Strij et Cornelis Dusart, fin XVIIIe siècle,
Rijksmuseum, Amsterdam

►À quel âge le petit enfant, garçon ou fille, revêt-il la robe ?

Le sevrage intervient généralement entre deux et trois ans, il marque la fin de ce qu'on appelle au XIXe siècle, la « première enfance ». Après avoir été emmailloté serré intégralement, puis avoir porté le demi-maillot plus souple, le bébé quitte ses langes et revêt sa première robe, au plus tôt vers huit mois, qu'il soit fille ou garçon.

Selon les époques, jusqu'à l'âge de trois ans à six ans, on fait peu de différence entre les deux sexes. Le style de la robe des petits enfants évolue au fil des siècles et du sentiment que l'on se fait de l'enfance. Les changements concernent principalement le garçonnet. De la fin du XVIIe siècle jusque vers 1830, la robe – une sorte de robe chemise – se perpétue pour les garçons qui commencent à marcher ; on la trouve toujours vers 1880 avec la robe « baby » évasée et plus ou moins froncée à l'encolure.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la robe dite « en fourreau », appelée aussi fausse robe pour les filles et jaquette pour les garçons, est une robe longue, au corsage assemblé à la jupe, formant une seule pièce, lacée dans le dos – contrairement à la robe à la française des femmes qui s'ouvre sur un jupon et une pièce d'estomac. Un tablier termine la toilette, à la bavette épinglée sur la poitrine.

▲à g. et au centre : Chemise et corps d'enfant d'environ 18 mois, Danemark, vers 1760
Musée national, Copenhague
à dr. : Jeune enfant jouant avec un chien, par Jean-Baptiste Greuze, 1769
collection particulière sur Larousse

▲Planche XXIII, Tailleur d'habits et tailleur de corps, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
Fig. 4 : corps de fille ; fig. 5 : corps de garçon ; fig. 6 : corps de garçon à sa première culotte.
Les petits garçons portent le corps baleiné jusqu'à l'âge de 6-7 ans, l'âge de leur première culotte,
les filles toute leur vie ; sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie
« sur quoi l'on peut consulter l'Art du Tailleur, par M. de Garsault,
d'où nous avons extrait tous les détails dans lesquels nous sommes entrés ».

▲à g. : Bandes ventrales pour bébés présentées lors de l'exposition La Mécanique des dessous
XVIIIe siècle, sur le blog L'Atelier de Léa
à dr. : Planche II, Lingère, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie

►Du « corps » au corset, la contrainte concerne aussi les enfants

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les enfants ne sont pas épargnés du port du corset, le fourreau est porté sur un corps à baleines, lui-même porté sur une chemise. Parfois le corps est intégré à la robe.

Depuis le XVIe siècle, la mode est au corps contraint, modelé, signe de haute distinction sociale. C'est la cour de Charles Quint, en pleine contre-réforme catholique, qui a lancé cette mode « à l'espagnole », rigide et figée, encore accentuée par le port de la fraise. Le corps qui modèle le corps (corporel) signifie la droiture et la fermeté d'âme et de moeurs de celui qui le porte. Cette mode ne concerne a priori que l'aristocratie, mais cet idéal de beauté, repris par toutes les cours européennes, influence l'ensemble de la société. Les bourgeois l'imitent, les milieux populaires des XVIIe et XVIIIe siècles portent une version plus simple, pas ou peu baleinée, du corps.

Entre la croyance que le corps (corporel) de l'enfant, comme celui du bébé, doit être façonné pour se maintenir droit, et ce modèle aristocrate d'une éducation et d'une maîtrise du corps par une contrainte imposée, le corps à baleines porté par le petit enfant prend le relais du maillot serré du bébé, pour soutenir, raffermir et éduquer un corps encore malléable.

Cela explique que les enfants trouvés portent aussi le corps baleiné jusqu'au XVIIIe siècle, puis le corset à partir de 1830, alors que c'est un article qui revient relativement cher à la fabrication. « Il est d'usage d'employer pour les robes, de même que pour les corsets des enfants, du cordillat étroit de Saint-Genis » dit le texte de 1756, le métrage accordé est déterminé par l'âge de l'enfant. Le cordillat est une grosse étoffe de laine à côtes. [Pour en savoir plus sur les tissus, lire sur Les Petites Mains : La vêture des Enfants rouvés (2) – Jusqu'au XVIIIe siècle, des tissus de laine, de chanvre et de lin]

▲Femme et ses cinq enfants, par Antoine Le Nain, 1642
The National Gallery, Londres

▲Robe en fourreau pour enfant
La légende du musée indique « fille ou garçon »  (vu les bandes du dos, je penche plutôt pour une robe de fille).
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : La jeune maîtresse d'école, par Jean Baptiste Siméon Chardin, 1736
National Gallery, Londres sur Wikimedia Commons▼

►Robe de fille ou robe de garçon ?

Du XVIe au XVIIIe siècle, l'enfance compte deux classes d'âge entre la naissance et sept ans, établies selon les activités, le jeu, puis l'école. Pendant cette période, le garçon revêt successivement le maillot et la robe – la même que ses sœurs. Dès que possible, il porte le même vêtement que l'adulte, en miniature.

Au XVIIe siècle, en même temps qu'une évolution du sentiment d'enfance, apparaît la jaquette. On placera « les petits à jaquette avec leurs semblables » – c'est-à-dire les garçons – prévoit le règlement d'une école en 1654. Les limites entre les classes d'âge sont floues, la transition douce, il arrive que certains garçons portent la jaquette sur les chausses. Certains garçons peuvent aussi porter un uniforme s'ils sont scolarisés, par exemple chez les frères des écoles chrétiennes ou dans un « petit séminaire ». L'uniforme prendra un caractère militaire à partir du Premier Empire.

▲à g. : Portrait de James Badger, par Joseph Badger, 1760
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Robe de garçon en soie, France, vers 1750
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Les enfants Habert de Montmor (détail), par Philippe de Champaigne, 1649
à dr. : Le premier Dauphin Louis-Joseph-Xavier, né en 1781, habillé en matelot
détail du portrait de Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants,
  par Élisabeth Louise Vigée Lebrun, 1789
Château de Versailles et de Trianon, sur Agence photographique de la RMN
À la fin du XVIIIe siècle, la jaquette des petits garçons est remplacée par le costume à la matelot.

▲à g. : Jaquette de garçon, coton brodé soie, Angleterre, entre 1710 et 1750
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Jaquette de garçon en soie, Angleterre, 1740-1750
emuseum.history. org sur Pinterest

Très bien décrite et analysée par Philippe Ariès, la jaquette ou robe de garçon se présente au XVIIe siècle comme une robe de clerc. Elle est boutonnée devant, les manches sont identiques à celles des pourpoints masculins. Au fur et à mesure que le garçonnet grandit, sa jaquette s'accessoirise de détails masculins comme les cols ou rabats d'homme, les chapeaux à plumes...

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la première enfance – jusqu'à deux ou trois ans – et la deuxième enfance – jusqu'à quatre ou cinq ans – appartiennent toujours au temps des femmes. Ses vêtements et ses cheveux longs en témoignent, le petit garçon est rattaché au monde féminin. Il est habillé en robe par commodité hygiénique et ne peut prétendre à porter la culotte et les bas, comme les hommes, que lorsqu'il devient propre et autonome – avec l'intermédiaire entre trois et six ans du pantalon du costume « à la matelot » emprunté au vêtement populaire – ce qui fait de lui le premier « sans culotte ». L'iconographie montre parfois des costumes à la matelot au fessier froncé assez volumineux : est-ce la mode, ou peut-on imaginer qu'on puisse y insérer des linges si l'enfant n'est pas tout à fait propre ? L'acquisition à la propreté est plus tardive qu'aujourd'hui, vers quatre ans.

Mais le fourreau porté par les garçons – qu'on continue parfois de nommer jaquette – a des parements comme l'habit des hommes, alors que le fourreau des filles a des manches volantées semblables à celles de leurs mères. Cette différence est bien sûr plus marquée quand le vêtement est coloré et orné, elle est moins évidente sur le costume bourgeois ou populaire.

▲à g. : L'Atelier du peintre (détail), par Jan Josef Horemans IAncien, vers 1730
sur sur Wikimedia Commons
à dr. : Robe pour enfant en coton imprimé, XVIIIe siècle
Philadelphia Museum of Art, Philadelphia

L'oeil exercé des contemporains – et celui aujourd'hui des historiens spécialisés – sait reconnaître le sexe des enfants à une infinité de détails, de couleurs, d'ornementation des chapeaux, d'accessoires... J'ai déjà raconté sur Les Petites Mains, comment le port d'une cocarde au chapeau révèle que l'enfant en robe représenté est un garçon [Lire sur Les Petites Mains l'article Cocarde].

▲à g. : Robe de garçon, coton imprimé, 1803
Powerhouse Museum Collection, Sydney
à dr. : Portrait de William Scott Elliott of Arkelton, quatre ou cinq ans, par Henry Raeburn, vers 1815-1816
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Portrait de John Ruskin, trois ans et demi, par John Northcote, 1822
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Robe d'enfant en coton, bordé de dentelle en lin, France, entre 1825 et 1850
Museum of Fine Arts, Boston

▲à g. : Robe de garçon en lin imprimé, Amérique, 1836
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Portrait de Giulio Vigoni enfant, par Francesco Hayez, 1830
collection privée sur Wikimedia Commons

▲à g. : Robe de Frédéric Mistral enfant, satin de soie rayé de velours, vers 1830
La robe a été réalisée à partir de vingt-deux morceaux d'étoffe cousus à la main ;
la présence d'anciennes boutonnières à divers endroits indique
qu'elle a été faite dans un ancien corsage de femme ;
il pourrait s'agir de la « robe de fête » de Frédéric. Museon Arlaten, Arles
à dr. : Portrait de Louis Robert (né en 1841), par Jean-Baptiste Corot, 1843-1844
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de garçon en laine et coton, 1838-1839
The Connecticut Historical Society eMuseum
à dr. : Portrait de A. Bes fils, enfant dit L'Enfant à la chèvre, par Octave Tassaert, 1841
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de garçonnet, Le Petit Courrier des Dames, 1841 sur Wikimedia Commons
à dr. : Ensemble de garçonnet en laine et soie, Amérique, 1850-1855
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe de garçon en laine et coton, vers 1850
The Connecticut Historical Society eMuseum
à dr. : Portrait de garçon, daguérréotype, milieu XIXe siècle
sur The Vintage Kids Pool Beverly - Flickr

▲à g. : Portrait de garçon, daguérréotype, milieu XIXe siécle
sur The Vintage Kids Pool Caroline - Flickr
à dr. : Robe de garçon en laine et coton, entre 1850 et 1855
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Jeune garçon lisant à l'extérieur, photographie Jean-Baptiste Frénet, vers 1855
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de garçon à carreaux, laine et coton, 1865
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Robe de petit garçon en coton, Angleterre, vers 1860
Los Angeles County Museum - LACMA, Los Angeles
à dr. : Toilette de petit garçon, Journal des Demoiselles (détail), mars 1863
sur le site de Guy Rivière qui met à disposition de nombreuses planches du
Journal des Demoiselles et Petit Courrier des Dames réunis

▲à g. : Robe de garçon en flanelle de laine, Angleterre, vers 1860
Powerhouse Museum Collection, Sydney
à dr. : Toilette pour un petit garçon de cinq ans, planche du Journal des Demoiselles (détail)
juin 1864, sur le site de Guy Rivière

▲à g. : Robe de garçon en laine ornée d'une soutache, 1860-1868
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Planche du Journal des Demoiselles, 1860
Les deux silhouettes de gauche sont des petits garçons de quatre et six ans.
sur le site de Guy Rivière

▲à g. : Portrait de garçon, vers 1860
sur The Vintage Kids Pool Gormer - Flickr
à dr. : Costume de garçon, laine, coton et soie, Amérique, 1860
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Toilette de « baby » de deux à trois ans, planche du Journal des Demoiselles (détail), décembre 1870
à dr. : Robe de garçon en coton brodé laine, vers 1870
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Victor Hugo et ses petits-enfants, photographie Arsène Garnier, 1872
Georges, né en août 1868, et Jeanne, née en septembre 1869, ont respectivement quatre et trois ans.
Ils portent une robe très semblable.
Musée Victor Hugo, Villequier sur Wikimedia Commons
à dr. : Robe de garçon en laine, fin XIXe, début XXe siècle
Powerhouse Museum Collection, Sydney

▲à g. : Costume de petit garçon, planche du Journal des demoiselles (détail), 1878
au centre : à dr. : Portrait de garçon en robe, fin XIXe siècle
sur The Vintage Kids Pool Beverly – Flickr
Costume de petit garçon, planche du Journal des demoiselles (détail), 1880
sur le site de Guy Rivière
Il est intéressant de voir comment les modèles présentés dans les magazines de modes
sont transposés et portés de manière généralement plus simple dans la vie réelle.

▲à g. : « Blouses d'été » en coton rayé pour garçonnets, vers 1910
Palais Galliéra, musée de la Mode de la ville de Paris
à dr. : Garçonnet en robe marin et chapeau de paille, vers 1900
sur The Vintage Kids Pool Flickr

▲à g. : Robe pour enfant de un à deux ans, La Mode illustrée, janvier 1899
boutique eBay Au Fil du temps
à dr. : Robe de garçon en coton, brodée à la machine, 1908-1909
La « robe baby » est portée par les petits garçons de un à trois ans jusqu'à la Première Guerre mondiale.
The Connecticut Historical Society eMuseum

Au XIXe siècle, la robe des garçons, à plis, plus ou moins longue, est plutôt faite d'une pièce. Le décor est généralement plus sobre que la robe des filles. Vers le milieu du siècle, elle est plus fermée à l'encolure ; on cherche dans les tenues dites « exotiques » des détails pour l'agrémenter, comme le col et le boutonnage « à la grecque », « à la russe », « à la bretonne »... On apprécie particulièrement les ensembles écossais, mis à la mode par les enfants de la reine Victoria, qui permettent le port du kilt, considéré comme une variante de la robe. Vers 1880, la ceinture des robes de garçon est basse. On nomme « robe baby » la robe qui habille garçon et fille jusqu'à deux ans. Mais la différence entre la robe de fille et la robe de garçon n'est pas toujours évidente pour les historiens, s'ils ne disposent d'aucun témoignage sur l'enfant qui l'a portée.

▲Portrait de la famille De Fries, atelier Ede Schmidt, Budapest, 5 novembre 1905
Toute la famille, qui vient de perdre un bébé de un an, porte le deuil ;
Difficile de reconnaître les garçons des filles !
sur The Vintage Kids Pool elinor04 - Flickr

►L'âge de la fin de l'enfance recule pendant tout le XIXe siècle

Contrairement à la petite fille qui garde toute sa vie sa robe, le garçonnet l'abandonne pour l'habit masculin, culotte ou pantalon vers cinq, six ou sept ans ; il entre alors dans le monde des adultes, ce qui est considéré comme un véritable rite de passage. [Lire sur Les Petites Mains, La culotte des garçons]. L'enfant des milieux populaires, mis en apprentissage très jeune, travaille dès que possible et intègre au plus vite le monde des adultes.

Au XIXe siècle apparaît la notion de « seconde enfance », entre deux et sept ans. Déjà, vers 1780, une première étape de transformation du vestiaire de l'enfant – l'apparition du costume à la matelot qui remplace la jaquette – témoigne d'une nouvelle approche de l'enfant. Le garçonnet porte toujours la robe, mais moins longtemps.

▲Frères et sœurs en costumes marins, 1908, Norsk Folkemuseum, Oslo

Puis le costume marin, premier vêtement créé spécifiquement pour l'enfant, se développe dans les années 1845-1850, solution intermédiaire entre la robe du petit enfant et l'habit masculin. Une véritable « mode enfantine » ne peut apparaître qu'à partir du moment où l'enfant est reconnu comme un individu.

On note que les évolutions vers la jaquette et le costume « à la matelot » ne concernent que le vestiaire des garçons. La séparation enfant-adulte n'a pas lieu dans le vestiaire de la petite fille qui grandit maintenue dans sa robe, symbole de sa dépendance. Une véritable mode pour les fillettes n'apparaît qu'à la toute fin du XIXe siècle.

Dans l'entre-deux-guerres, la culotte courte prendra le relais de la robe des petits garçons pour marquer la seconde enfance. Les robes de garçons disparaissent quand les maisons de confection adoptent la normalisation des tailles, d'abord pour les adultes, puis par extension pour les enfants. Dans les grands magasins du XIXe siècle, on établit la taille maximum pour les garçons à dix-huit ans, seize ans pour les filles. Cette habitude commerciale dure jusqu'en 1950. Aujourd'hui les modèles enfants vont en général jusqu'à la taille seize ans.

■

Ainsi au fur et à mesure qu'évolue le sentiment d'enfance, le vêtement rend visibles les étapes de l'enfance – surtout chez les garçons. Les documents concernant le trousseau et l'habillement des enfants trouvés sont des sources précieuses pour comprendre le vêtement populaire des enfants et les différentes étapes de l'enfance.

Lire aussi sur Les Petites Mains : Mode enfantine et luxe (5) - Le petit enfant en robe. À l'opposé de celui-ci qui s'attache au vêtement populaire, l'article aborde le même sujet, vu du point de vue des luxueuses tenues des enfants de l'élite sociale, aristocratie et haute bourgeoisie, prescriptrice des modes.

(à suivre : La vêture des Enfants trouvés (6) - Récapitulatif et sources)


7 février 2014

La vêture des Enfants trouvés (4) – la layette



Cet article est le quatrième d'une série initiée par une rencontre avec MuB, auxiliaire puéricultrice dans une pouponnière, auteure du blog Pouponniere's Blog [Pour en savoir plus : lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (1)].

▲Vue de la crèche de l'Hospice des Enfants trouvés, vers 1840
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris

▲à g. : La Nourrice, par Pierre Duval Le Camus, vers 1831
Musée du Louvre sur sur Base Joconde
à dr. : Extrait d'un livret de placement du Conseil général des Hospices civils et secours de Paris
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris
Il est précisé entre autres que « la layette a été remise » à la nourrice.

Les textes officiels concernant les enfants trouvés confirment, en 1811, que « doit être remise à chaque nourrice une layette, au moment où on lui confie un enfant nouveau-né ». De plus « les vêtures qui suivent les layettes sont données aux enfants trouvés d'année en année, jusqu'à l'âge de six ans accomplis ». On tient compte des particularités régionales : « Il appartient aux préfets de régler, suivant les usages des localités et les produits des fabriques du pays, la composition des layettes et vêtures » ; mais, l'arrêté de 1811 précise : « on croit utile de faire connaître, pour terme de comparaison, comment sont composées ces layettes à Paris » et s'ensuit un tableau à titre de modèle a minima.

Ces textes me servent de bases, d'une part pour décrire la layette et l'emmaillotement des bébés – c'est l'objet de cet article – d'autre part la mise en « robe » à partir de huit à neuf mois, autrement dit en vue de l'apprentissage de la marche – c'est l'objet du prochain article à venir.

Pour ce qui est des tissus, je vous renvoie aux précédents articles des Petites Mains sur la « vêture des Enfants trouvés » : le trousseau des enfants trouvés (1) ; jusqu'au XVIIIe siècle, des tissus de laine, de chanvre et de lin (2) ; au XVIIIe siècle, le coton et l'arrivée des indiennes (3).

▲L'Enfant trouvé, par George Bernard O'Neill, 1852, Tate Gallery, London

►De 1756 à 1843, que nous disent les sources sur la vêture des enfants trouvés ?

En 1756, selon les Statuts et règlements généraux de l'Hôpital général du Grand Hôtel-Dieu de la ville de Lyon, la nourrice reçoit pour « chaque enfant à la mamelle » : « un berceau, trois langes de cordillat, six drapeaux qui doivent être faits avec des draps qui aient déjà servi, pour qu'ils soient moins rudes, deux bandes, deux béguins et un bonnet de laine ».

En 1774, le Règlement concernant les Enfants trouvés de Paris, arrêté au bureau de l'Administration le 28 mars 1774 liste et décrit plus précisément la layette des enfants trouvés : « une couverture de laine blanche, deux langes d'étoffe, deux langes piqués, six couches, quatre bandes, quatre béguins, quatre tours de cou, quatre chemises en brassières, une brassière d'étoffe blanche, quatre cornettes et un bonnet de laine. »

Selon le Décret impérial du 19 janvier 1811 concernant les Enfants trouvés ou abandonnés et les Orphelins pauvres, la layette du nouveau-né est constituée de : cinq béguins, deux bonnets d'indienne, un bonnet de laine, six couches, une couverture, cinq fichus de toile, deux langes de laine, deux langes piqués, cinq chemises en brassière.

Suit « la vêture » avec des variantes en fonction de l'âge de l'enfant, qui correspond à la période de l'enfant en robe. L'attribution des layettes et vêtures dépend donc de l'âge à lequel l'enfant est recueilli et placé. Selon son âge et qu'il soit propre ou non, il reçoit soit la layette, soit l'une des vêtures prévue pour sa tranche d'âge – elles s'affinent entre le XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe : 9 à 21 mois ; 21 mois à 3 ans ; 3 à 4 ans ; 4 à 5 ans ; 5 à 6 ans, pour les listes de 1843. En plus de cette layette ou de cette vêture, entre neuf mois et trois ans, âge de transition quant à l'acquisition définitive de la propreté, l'enfant reçoit aussi le demi-maillot. Celui-ci est composé en 1811 d'un béguin, un bonnet de laine, une brassière de laine, une chemise en brassière, quatre couches, une couverture, un fichu de toile, deux langes de laine, deux langes piqués.

En 1843, une circulaire du Ministre de l'Intérieur aux préfets relativement à la composition des layettes et vêtures à fournir aux hospices... rappelle par des tableaux détaillés selon les âges « le minimum des objets indispensables à comprendre dans la composition des layettes, demi-maillots et vêtures », qui sont sensiblement les mêmes qu'en 1811. Le rapporteur insiste sur la nécessité de la qualité des vêtements : « destinés à un usage prolongé et de chaque jour, ils ne peuvent y résister lorsque la qualité est médiocre, et les enfants arrivent rapidement à un état de dénuement qui compromet leur santé. Vous aurez soin aussi, après chaque article et selon sa nature, d'en fixer le poids ou les dimensions, ainsi que le prix ». Les couches passent du nombre de six en 1811 à douze en 1843, les chemises à brassière et brassières de cinq à huit. Ces listes, données à titre d'exemple aux autorités des diverses régions, précisent clairement qu'« il s'agit du minimum des objets indispensables ». À titre de comparaison, au début du XIXe siècle, une layette bien fournie confectionnée par une lingère professionnelle comprend six dizaines de couches.

▲Coffre à layette du dauphin, 1781, Château de Versailles et Trianon
Cette « layette » a été offerte par la Ville de Paris à Louis XVI et Marie-Antoinette
pour la naissance du premier dauphin, Louis Joseph Xavier François de France,né le 22 octobre 1781 ; les vêtements du bébé sont rangés dans un petit coffre ou layette de bois ou d'osier ;
par glissement, le contenu a pris le nom du contenant.
Celui-ci, offert à un prince, est particulièrement somptueux.
sur Agence photographique de la RMN

▲Boutique de lingère, planche (détail) de Encyclopédie méthodique, dite Encyclopédie Pancloucke, 1782
sur le blog zipzipinkspot

▲à g. : Planche III : Lingère (détail), 1751, sur Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
à dr. : Brassière en batiste brodé et dentelle du roi de Rome, fils de Napoléon, 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Planche I : Lingère (détail), 1751, sur Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
à dr. : Layette de nourrisson, XVIIIe siècle, Musée du Costume et de la Dentelle, Bruxelles

▲à g. : Chemise de garçonnet en lin (détail brodé), Amérique, XVIIIe siècle
Museum of Fine Arts, Boston
au centre et à dr. : Planche IV : Lingère (détail), 1751
sur Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

►D'où vient le mot layette ?

Dans les familles, les vêtements du bébé sont rangés dans un petit coffre ou layette de bois ou d'osier – par glissement, le contenu a pris le nom du contenant. Ce petit meuble peut faire l'objet d'un cadeau prestigieux lors de la naissance d'un enfant, comme celui offert par la Ville de Paris à Louis XVI et Marie-Antoinette pour la naissance du premier dauphin Louis-Joseph, le 22 octobre 1781.

La confection des trousseaux et des layettes relève du travail de la corporation des lingères, parfois des couturières. Jusqu'au XVIIe siècle, la couturière est une exécutante à la solde des tailleurs et des lingères ; la différence entre lingères et couturières s'estompe lorsque la couture n'est plus l'apanage des hommes, suite aux arrêtés royaux de 1675, puis de 1782.

Certaines sources précisent que les trousseaux des enfants trouvés sont réparés par les « demoiselles de l'assistance », jeunes pensionnaires qui résident dans les hospices pour y effectuer divers travaux. Sans doute les plus habiles d'entre elles confectionnent aussi layettes, vêtures et trousseaux. En 1756, les statuts et règlements des hôpitaux de Lyon précisent que les sœurs sont employées « à faire les habits des personnes de la maison, aux lessives et à la couture ». En 1834, il est clairement dit que « layettes et vêtures sont faites à l'Hospice général [de Rouen] par les jeunes filles de l'établissement ».

▲en ht : Ex-voto représentant un bébé emmailloté, IIe siècle
Temple de La Croix Saint-Charles (Côte d'Or)
Musée d'Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye
sur Agence photographique de la RMN
en bas : Scènes de la vie du Christ, la Nativité (détail), Giotto di Bondone, 1304-1306
chapelle de l'Arena (église de Scrovegni), Padoue sur wikimedia commons

▲en ht. : Vierge à l'enfant emmailloté, par Albrecht Dürer, 1520, sur Gallica, BnF, Paris
en bas : Fragment de monument funéraire représentant un bébé emmailloté,
(peut-être celui des petits-enfants de la duchesse de Bouillon, église de Nogent-le-Roi,
Matthieu Jacquet, 1577), Musée du Louvre, Paris

▲La nourrice, par Henri Bonnart, graveur dessinateur, XVIIe siècle,
Musée Carnavalet sur Agence photographique de la RMN
Le bébé reçoit, selon son âge, soit une layette, soit une vêture ;
entre 9 mois et 3 ans, période de transition, il reçoit en plus le demi-maillot.

▲Tableau constitutif de la layette et des vêtures des enfants trouvés et orphelins
Décret impérial du 19 janvier 1811 concernant les Enfants trouvés ou abandonnés et les Orphelins pauvres
dans Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 par arrêté du Ministre de l'Intérieur

sur Galllica, BnF, Paris

►L'emmaillotement serré, une pratique connue depuis l'Antiquité

L'emmaillotement se fait en plusieurs séquences : jusqu'à l'âge d'un mois à six semaines, le maillot enserre le nourrisson des pieds à la tête ; puis le demi-maillot libère les bras, d'abord seulement le jour, puis aussi la nuit ; enfin, vers huit mois, l'enfant revêt sa première robe, composée d'un jupon cousu à un corps baleiné, et d'un tablier, tout en ayant les jambes emmaillotées ; c'est une sorte de transition entre le maillot et la chemise ou la robe dont on le vêt vers l'âge de un an. Les fesses nues sous cette chemise ou cette robe qui lui tombe aux pieds, il devient propre à son propre rythme.

François Mauriceau, célèbre accoucheur du XVIIe siècle décrit ainsi l'emmaillotement aux mères, aux sages-femmes et aux nourrices : «... elle l’emmaillotera dans des langes et couvertures […] ; elle lui mettra encore d’autres linges sur la poitrine et aux plis des aisselles et des aines ; après quoi elle le bandera, l’ayant enveloppé dans des couches et des langes bien chauds. […] Ses bras et ses jambes seront enveloppés de sa couche et étendus en droite ligne, puis bandés pour les tenir en cet état. Savoir les bras le long de son corps et les jambes l’une proche de l’autre également situées, avec un peu de la couche entre deux de peur qu’elles ne s’échauffent en se touchant et frottant à nu. »

▲à g. : Lettre majuscule « P » avec enfant Jésus dans ses langes,
enluminure d'un livre d'heures, XVe siècle
Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN
à dr. : La madone protégeant les orphelins de Florence (détail), par Domenico di Michelino, 1440
Hôpital des Innocents, Florence sur wikimedia commons

▲à g. : La présentation au temple, par Giovanni Bellini, 1470-1480
à dr. : La Vierge à l'enfant emmailloté, par Filippo Lippi, vers 1450
sur wikimedia commons
au centre : bande d'emmaillotement en lin bordé de dentelle, probablement italienne,
vers 1575-1600, Victoria and Albert Museum of Childhood, Londres

▲à g. : Gabrielle d'Estrées au bain (détail), École de Fontainebleau, XVIIe siècle
Musée Condé, Domaine de Chantilly, Chantilly
à dr. : Portrait de jeune enfant emmailloté, par Claude Deruet, 1588 sur Drouot

▲à g. et à dr. : bande d'emmaillotement en lin bordé de dentelle, probablement italienne,
vers 1575-1600, Victoria and Albert Museum of Childhood, Londres
au centre : Médaillon de la façade de l'Hôpital des Innocents, Florence
par Andrea della Robbia, 1487 sur wikimedia commons

Pour emmailloter le nourrisson, on plaque ses bras serrés les mains ouvertes le long du corps, on croise sur sa poitrine et son ventre, les uns après les autres, en particulier dans les plis du corps, les linges, « drapeaux » (chiffons, lambeaux de drap, carrés de tissu) ou couches dont la fonction est d'absorber la transpiration et les déjections du bébé. Puis on tient serré les jambes bien droites parallèles l'une contre l'autre, parfois au XVIIe siècle à l'aide d'une attelle de bois, et on les enferme dans des langes de tissu, chevilles plus ou moins liées. On maintient ces linges avec une large bande de toile (parfois deux) qui enserre étroitement le corps du nourrisson des pieds aux épaules.

Pourquoi une telle entrave ? « L'enfant doit être emmailloté afin de donner à son petit corps la figure droite qui est la plus décente et la plus convenable à l'homme et pour s'accoutumer à se tenir sur ses deux pieds ; car sans cela, il marcherait peut-être à quatre pattes, comme la plupart des autres animaux » écrit Mauriceau. Dans Le Vêtement incarné, l'historienne de l'art France Borel décrit comment l'imaginaire collectif de nombreuses civilisations humaines refuse le corps « naturel » ; de manière quasi-universelle, l'homme prétend affirmer sa liberté et sa supériorité, se démarquer de l'animalité, en façonnant son corps. Ainsi les sages-femmes européennes remodèlent le crâne des nourrissons, parfois le nez, juste après l'accouchement et on pratique, via l'emmaillotement, la rigidification d'un corps humain « dressé ».

▲à g. : Bande d'emmaillotement en lin brodé, probablement italienne, vers 1600-1625
Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : La Nativité, par Philippe de Champaigne, vers 1643-1644
Musée des Beaux-Arts, Lille sur wikimedia commons

▲à g. : Portrait de jeune fille et enfants (détail), par Wallerant Vaillant, vers 1650-1677
Rijksmuseum, Amsterdam, sur wikimedia commons
au centre : Le nouveau-né (détail), par Matthijs Naiveu, 1675
The Metropolitan Museum of Art, New York sur wikimedia commons
à dr. : La famille heureuse ou le retour de baptême (détail), par Louis Le Nain, 1642
Musée du Louvre, Paris sur wikimedia commons

▲Femme cousant avec deux enfants, par le Maître de la toile de jean, fin XVIIe siècle,
sur Galerie Canesso, Paris

▲à g. : L'Hiver (détail), par Giuseppe Gambarini, 1721
Pinacothèque nationale, Bologne sur wikimedia commons
à dr. : Bande d'emmaillotement en lin brodé, probablement française, vers 1700-1750
Victoria and Albert Museum of Childhood, Londres

▲Saint Vincent de Paul présidant une réunion des Dames de la Charité (détail)
École française, vers 1732
Au premier plan du tableau, une fille de la Charité prend soin d'enfants trouvés, emmaillotés.
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris

Les bandes ventrales en toile dites « anglaises », les bandes de flanelle de laine et le corset sont considérés comme indispensables au développement du bébé jusqu'à la fin du XIXe siècle, et même au-delà. Les bandes de toile ne sont pas un bandage ombilical à caractère médical. On les enroule sur le ventre du bébé pour le soutenir. Les bandes de laine ont pour but de le tenir bien au chaud. Lorsque le bébé grandit, on taille les bandes en biais pour qu'elles s'adaptent à ses formes rondes, ou on les tricote. Parfois les bandes de toile remplacent le corset, mais on conseille de porter les deux. Souple, sans busc ni baleine, le corset du bébé a pour fonction de maintenir ses reins et plus tard, au XIXe siècle, d'y attacher la couche-culotte par des boutons.

▲à g. : L'Enfant Jésus emmailloté, par François de Poilly,
d'après Simon François de Tours, vers 1670, Université du Québec, Montréal
à dr. : Manches de bébé en lin, Amérique, vers 1750, Museum of Fine Arts, Boston

▲L'Enfant Jésus emmailloté, par Jean Langlois,
d'après Jean Canis, imprimeur Claude Malbouré, vers 1676, Université du Québec, Montréal
à dr. : Chemise de bébé en lin, XVIIIe siècle, Museum of Fine Arts, Boston

▲Chemise de bébé en lin, Amérique, vers 1750, Museum of Fine Arts, Boston

▲L'enfant de l'artiste endormi, par Jean-Michel Moreau le Jeune, vers 1770
Museum of Fine Arts, Boston

▲Chemise de bébé en lin, Amérique, vers 1800, Museum of Fine Arts, Boston

▲Chemise de bébé en lin, Amérique, vers 1800-1810, Museum of Fine Arts, Boston

▲à g. : Une savoyarde (détail), par Noël Hallé, 1757, sur wikimedia commons
à dr. : Brassière de bébé en coton, fin XVIIIe – début XIXe siècle, Nederlands Openluchtmuseum, Arnhem

▲à g. : Brassière et bonnet en indienne, XVIIIe siècle, Musée de la Compagnie des Indes, Lorient
à dr. : Brassière en indienne, Hollande, vers 1750-1800, Rijksmuseum, Amsterdam
en médaillon : Bonnet de bébé en indienne matelassé, vers 1750-1800, Nederlands Openluchtmuseum, Arnhem

▲Brassière de bébé en toile de coton, droguet de laine et cretonne, XVIIIe siècle
Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée – MuCEM, Marseille

▲Brassière de bébé en coton, travaillé selon la technique du boutis, entre 1785 et 1825
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Portrait d'un jeune enfant, par Jean-Baptiste Mauzaisse, 1835
Musée Magnin, Dijon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Brassière de bébé d'été, en coton, XIXe siècle
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Brassière de bébé en coton imprimé, entre 1800 et 1875, Nederlands Openluchtmuseum, Arnhem
au centre : Jeune femme berçant un bébé, par Jacob Henricus Maris, 1868, National Gallery, Londres
à dr. : Lange en coton piqué et gratté blanc cousu machine (détail), 1875-1915
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Les suites de la séduction (détail), par Antoine Béranger, 1840
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris
à dr. : Lange en toile de coton et de lin blanche, entre 1875 et 1915
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

Le tout premier vêtement du bébé est sa chemise, portée en brassière, c'est à dire fermée en se croisant dans le dos. Qu'elles soient de chanvre, de lin, ou de coton à partir du XVIIIe siècle, il est recommandé de confectionner les chemises-brassières dans de vieilles étoffes, au contact plus doux pour la peau du bébé. Avec le demi-maillot, viennent en principe par-dessus la chemise, deux brassières, l'une en laine tricotée ou en flanelle, la seconde en boutis, en piqué de coton uni ou d'indienne. À partir de huit mois ou plus, le bébé porte déjà la robe sur son demi-maillot.

En hiver, on enveloppe encore le bébé ainsi ficelé et vêtu dans un lange ou une couverture de laine. Les bébés plus favorisés que les enfants trouvés peuvent être enveloppés dans un châle, des langes de parade en étoffe raffinée, en indienne, en mousseline brodée ou en dentelle [Lire sur Les Petites Mains, Mode enfantine et luxe (4) - la layette]. L'étymologie du mot lange explique clairement son utilisation : il se forme à partir de lanus, qui vient de lana, laine. Le lange, tissu de laine, se distingue du linge, tissu de lin des couches. Au fil des siècles, il perdra ce rapport étymologique avec la laine, mais restera ce morceau d'étoffe plus épaisse que le simple linge, qui enveloppe le bébé. On finira par confondre aussi la notion de lange et de maillot, comme désignant l'ensemble des linges et bandes qui recouvrent le nourrisson. Quant à l'origine du mot maillot, les grammairiens ne sont pas d'accord : certains le relient à mallus, fil de laine, d'autres à maille.

▲à g. : Le nouveau-né (détail), par Georges de La Tour, vers 1645-1648
Musée des Beaux-Arts, Rennes sur Agence photographique de la RMN
à dr. : L'Adoration des bergers (détail), Georges de La Tour, vers 1645
Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Enfant sur son lit de mort, par Anthonie Palamedesz, XVIIe siècle
à dr. : Bonnet de bébé en coton, 1780, Wisconsin Historical Museum, Madison

▲à g. : Saint Vincent de Paul présidant une réunion des Dames de la Charité (détail)
École française, vers 1732
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris
à dr. : Bonnet de bébé en lin, vers 1750, Museum of Fine Arts, Boston

▲à g. : Les Jumeaux Clara et Aelbert de Bray (détail), par Salomon de Bray, 1646, sur le site Neuroland-Art
Cornette de bébé, vers 1900, Nederlands Openluchtmuseum, Arnhem
Dans les provinces nord du Brabant, ces cornettes ont été portées dans le costume local jusqu'au XXe siècle.

►La tête et la fontanelle du bébé font l'objet d'un soin particulier

La tête du bébé, en raison de sa fragile fontanelle, fait l'objet d'un soin particulier. Mauriceau recommande de « premièrement à lui couvrir la tête d’un petit béguin de toile et d’un bonnet de laine par-dessus, ayant auparavant mis sur sa fontaine une compresse de linge bien doux, pliée en trois ou quatre doubles et larges de quatre doigts ; laquelle pour ne vaciller pas, doit être attachée au béguin, avec une petite épingle mise par dehors, afin qu’elle ne puisse pas piquer l’enfant ; cette compresse sert à défendre tant du froid que des autres injures, le cerveau de l’enfant, qui n’est pas pour lors recouvert d’os en cet endroit. Elle lui entourera les oreilles avec de petits linges, afin d’absorber la crasse qui s’y engendre ordinairement ». Le nourrisson garde cette têtière, appelée aussi fichu de tête, ou bandeau les premiers jours, qui s'attache donc au maillot à chaque épaule, jusqu'à ce qu'on le juge assez fort pour la tenir seul.

Il n'est pas rare, jusqu'au XVIIIe siècle, que trois voire quatre pièces nommées têtiers, coiffes, béguins, bonnets, cornettes se superposent sur la tête de l'enfant. Le premier « bonnet » du bébé est le béguin, qui protège la fontanelle. Il est généralement réalisé dans la même toile fine de lin ou de coton que la chemise ; il est ajusté à la tête grâce à une coulisse nouée sur la nuque. À l'extérieur, par-dessus le béguin, le bébé porte une cornette (au XVIIe siècle) ou un second bonnet (aux XVIIIe et XIXe siècles) de coton ou de laine, selon la saison. Le béguin évite de salir la cornette et le bonnet. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'on se préoccupe soudain que la tête de l'enfant pourrait s'échauffer ; on abandonne le couple béguin-bonnet pour un bonnet plus simple, assorti au manteau ou à la douillette.

Enfin, on enveloppe le buste du bébé d'un fichu de cou ou pointe de cou, en toile pour les enfants pauvres et les enfants trouvés, en linon ou en batiste fine pour les layettes plus riches. On enroule ce fichu autour du cou du bébé pour maintenir droite sa tête ; on le croise sur la poitrine par-dessus la brassière et on le noue dans le dos ou on le prend dans le lange. Il fait écho à la mode féminine de la fin XVIIIe des fichus qui se croisent sur la poitrine dans le décolleté des robes, des guimpes et canezous des années 1830. Le fichu ou pointe de cou sert aussi de bavoir pour protéger la brassière.

▲Femme changeant un enfant, par Willem van de Passe, 1624, Rijksmuseum, Amsterdam

▲Le Devoir paternel, par Adriaen Brouwer, 1631
Gemälde Galerie, Dresde sur wikimedia commons

▲La visite à la nourrice (détail), par Abraham Bosse, 1633
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲La veille à la ferme pendant l'hiver (détail), par Jacques Stella d'après Claudine Bouzonnet-Stella, 1667
BnF, Paris

▲Jeune mère faisant la toilette à son enfant, XVIIIe siècle
La grande sœur fait sécher la couche, qui est réutilisée sans être lavée.
BnF, Paris

►Des bébés entravés, rarement lavés et changés

La nourrice ne renouvelle bien sûr pas l'opération de démaillotement - emmaillotement plusieurs fois par jour. Il se dit dans des ouvrages d'histoire du costume que certains bébés étaient changés à peine une fois par semaine, aujourd'hui on a du mal à le croire ! Seuls les bébés royaux et princiers ont droit aux services d'une « remueuse » dont c'est la tâche exclusive.

Rarement lavé, le bébé de l'Ancien Régime est peu changé. Lorsque qu'on le démaillote pour le nettoyer, on lui essuie les fesses sans eau ni savon ; on lui poudre parfois le derrière à la fine poussière de bois vermoulu pour absorber l'humidité. Le lange imbibé est étendu devant la cheminée pour sécher, tandis qu'on remmaillote le bébé dans le lange de la veille qui a eu le temps de sécher, sans avoir été lavé. L'urine aurait des vertus désinfectantes...

De même, on attribue longtemps à la crasse des vertus protectrices. La croûte qu’elle forme sur la tête des bébés est censée protéger ses fontanelles fragiles, on considère qu’elle fait partie de son corps. Les poux sont longtemps considérés comme bénéfiques pour les petits enfants, on pense qu’ils les soulagent de leurs « humeurs viciées ». Le dauphin, futur Louis XIII né en 1601 – dont on connaît les moindres faits et gestes de la naissance jusqu’à l’âge de vingt-six ans, grâce au registre précis rédigé par son son précepteur, le médecin anatomiste Jean Héroard – ne prend son premier bain qu’à l'âge de sept ans. A six semaines, on lui frotte la tête, à deux mois on lui lave le visage et le front avec du beurre frais et de l’huile d’amande douce. Un peu avant son premier anniversaire, on le peigne pour la première fois parce que sa tête lui démange trop.

▲Le bureau des nourrices, par José Frappa (1854-1904), fin XIXe siècle
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris

▲Mannequins d'enfants emmaillotés, 1889
Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée – MuCEM, Marseille
Ces mannequins font partie d'un ensemble de 38 poupons réalisés pour l'Exposition universelle de 1889
à l'initiative de Madame Landrin, inspectrice générale du service de l'enfance au Ministère de l'Intérieur.
Ils illustrent les divers types d'emmaillotement observés dans les hôpitaux de l'Assistance publique.
Pour en savoir plus, lire sur L'Histoire par l'image, L'emmaillotement ▼

▲à g. : Le réveil de l'abandonné (détail), par Eugène Robert, 1894
Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Paris
à dr. : Emmaillotement du nourrisson, 1913
Guide pratique de l'enseignement ménager et agricole (page 133), J.-B. Baillière
sur Archives départementales de Meurthe & Moselle

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle, sous l'influence des philosophes et du formidable succès de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau qui révolutionnent l’éducation enfantine, que les classes aisées des villes découvrent les valeurs prophylactiques de l'hygiène et commencent à laver régulièrement leurs enfants. Pour les couches populaires, il faudra attendre le XXe siècle. Par ailleurs, le bonnet de baptême, qui a reçu les saintes huiles est considéré comme sacré ; il n'est jamais lavé.

Le bébé revêt sa première robe entre huit mois et un an, composée d'un corps baleiné, d'un jupon et d'un tablier. C'est le thème du prochain article.

■

À lire aussi sur Les Petites Mains, en complément de cet article :
Émile ou l'émergence d'un nouveau sentiment d'enfance au XVIIIe siècle ;
L'influence de l'Émile de Jean-Jacques Rousseau sur l'habillement des enfants ;
Mode enfantine et luxe, la layette ;
Bébé rose, bébé bleu.

(à suivre : La vêture des Enfants trouvés (5) – les enfants en robe)