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25 février 2014

La vêture des Enfants trouvés (5) – les enfants en robe



Cet article est le cinquième d'une série initiée par une rencontre avec MuB, auxiliaire puéricultrice dans une pouponnière, auteure du blog : Pouponniere's Blog [Pour en savoir plus : lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (1)].

▲à g. : La famille heureuse, ou Le retour de baptême, par Louis Le Nain, 1642
à dr. : La charrette ou le retour de fenaison, par Louis Le Nain, 1641
Musée du Louvre, Paris sur Wikimedia Commons

▲Les musiciens enragés (détail), William Hogarth, 1741 sur Wikipédia

Après avoir été emmailloté plus ou moins serré [Lire sur Les Petites Mains, La vêture des Enfants trouvés (4) – la layette], le petit enfant revêt sa première robe, au plus tôt vers huit mois. Il porte parfois en transition, sans doute selon les saisons, les moments de la journée – voire l'humeur de sa mère ou de sa nourrice – à la fois la robe et le demi-maillot.

Les sources sur la vêture des enfants trouvés nous renseignent sur les étapes de l'enfance

Les textes sources, qui décrivent les layettes et vêtures à fournir aux enfants trouvés nous renseignent sur les étapes de l'enfance. Mais quelle que soit l'époque, l'étape de la marche et celle de l'accession à la propreté – plus tardive qu'aujourd'hui – modifient le vêtement.

D'après le texte de 1756, l'enfant reçoit sa première « robe de drap bleu » à la fin de sa première année, avec une paire de bas et un bonnet de laine, une paire de souliers et « une aune et demie de toile neuve » – l'aulne des drapiers vaut plus ou moins un mètre dix. Ce métrage de toile qui sert à confectionner le trousseau de l'enfant augmente au fur et à mesure qu'il grandit, pour atteindre quatre aulnes l'année de ses cinq ans et demi ; il revient vers six ans à l'Hôtel-Dieu pour être placé, c'est la fin de l'enfance.

▲Tableau récapitulatif de la layette et des vêtures des enfants trouvés
Décret impérial du 19 janvier 1811 concernant les Enfants trouvés ou abandonnés et les Orphelins pauvres dans Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 par arrêté du Ministre de l'Intérieur sur Galllica, BnF, Paris

Dans le tableau de 1811, les vêtures, qui suivent les layettes, sont données aux enfants d'année en année, jusqu'à l'âge de six ans accomplis. La première vêture et le demi-maillot concernent les enfants sevrés, lorsqu'ils sont dans leurs premières années. La seconde vêture et un demi-maillot sont donnés pour les enfants au-dessus de dix-huit mois. Suivent la troisième et quatrième vêture, puis la cinquième et sixième vêture, assez semblables, à renouveler au fur et à mesure que l'enfant use ses vêtements et grandit.

Dans les textes de 1843, la robe – une robe de dessous en laine et fil et une robe de dessus en laine – apparaît avec la première vêture, à délivrer aux enfants de neuf mois à vingt-et-un mois, ainsi que des bas de laine – une paire de souliers figure dans le demi-maillot dont il est précisé qu'il n'est fourni qu'une seule fois entre neuf et trente-six mois, soit avec la première vêture, soit avec la seconde. Les couches et langes disparaissent dans la deuxième vêture à délivrer aux enfants de vingt-et-un mois. Une septième vêture apparaît, à délivrer aux enfants à neuf ans révolus – ce qui laisse à penser que la fin de l'enfance a reculé. La différence garçon-fille se fait à partir de la cinquième vêture, c'est à dire à cinq ans révolus. Jusqu'à cet âge, tous portent la robe.

▲à g. : La femme du peintre et ses enfants (détail), par Hans Holbein le Jeune, 1528-1529
Sa fille Catherine a deux ans ; sur Wikimedia Commons
au centre : Portrait de Helena Fourment et de son fils Frans (détail), par Pierre Paul Rubens, 1635
Frans a deux ans ; The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : La famille Van Moerkerken (détail), par Gérard Ter Borch, 1653-1654
Philippus a environ deux ans ; The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Les Quatre Âges de l'homme : L'Enfance, par Jan Christoffel Jegher, vers 1643-1666
Tous les âges de l'enfance sont représentés :
emmailloté, en robe (garçon ou fille) dans un trotteur, en jaquette, puis en culotte et pourpoint,
l'enfant à la poupée est une fille
Rijksmuseum, Amsterdam

▲Les enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, 1649
Musée des Beaux-Arts, Reims, Galerie magika42000 sur Flickr
Les enfants richement habillés ne sont certes pas représentatifs du vêtement populaire.
Mais la date et l'âge exact des enfants sont connus, gravés sur la colonne en haut à gauche du tableau,
ce qui permet de bien voir les étapes du costume :
À gauche, l'aîné Henri-Louis, dix ans, est vêtu comme un adulte,
son frère Jean-Balthazar, sept ans et six mois porte le même vêtement ;
à droite, les jumeaux Louis et Jean-Paul, quatre ans et neuf mois, portent la jaquette ;
les deux autres garçons, François, vingt-trois mois, à gauche et Jean-Louis, huit mois à droite,
portent la robe et le tablier, comme leur soeur Anne-Louise, trois ans six mois, au centre.

▲Planche XXIV, Tailleur d'habits et tailleur de corps, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
Jaquette ou fourreau pour les garçons ; Fausses robes pour les filles
sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie
« sur quoi l'on peut consulter l'Art du Tailleur, par M. de Garsault, d'où nous avons extrait
tous les détails dans lesquels nous sommes entrés ».

▲à g. : La fête de mariage (détail), par Philibert-Louis Debucourt, 1789 ; Rijksmuseum, Amsterdam
à dr. : Robe enfant, 1780
The Henry Ford Historic Costume Collection sur Pinterest Children's Historical Clothing

▲à g. : Robe de garçonnet, Écosse, vers 1790 sur The Vintage Textile
à dr. : Le marchand de poisson (détail), par Abraham van Strij et Cornelis Dusart, fin XVIIIe siècle,
Rijksmuseum, Amsterdam

À quel âge le petit enfant, garçon ou fille, revêt-il la robe ?

Le sevrage intervient généralement entre deux et trois ans, il marque la fin de ce qu'on appelle au XIXe siècle, la « première enfance ». Après avoir été emmailloté serré intégralement, puis avoir porté le demi-maillot plus souple, le bébé quitte ses langes et revêt sa première robe, au plus tôt vers huit mois, qu'il soit fille ou garçon.

Selon les époques, jusqu'à l'âge de trois ans à six ans, on fait peu de différence entre les deux sexes. Le style de la robe des petits enfants évolue au fil des siècles et du sentiment que l'on se fait de l'enfance. Les changements concernent principalement le garçonnet. De la fin du XVIIe siècle jusque vers 1830, la robe – une sorte de robe chemise – se perpétue pour les garçons qui commencent à marcher ; on la trouve toujours vers 1880 avec la robe « baby » évasée et plus ou moins froncée à l'encolure.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la robe dite « en fourreau », appelée aussi fausse robe pour les filles et jaquette pour les garçons, est une robe longue, au corsage assemblé à la jupe, formant une seule pièce, lacée dans le dos – contrairement à la robe à la française des femmes qui s'ouvre sur un jupon et une pièce d'estomac. Un tablier termine la toilette, à la bavette épinglée sur la poitrine.

▲à g. et au centre : Chemise et corps d'enfant d'environ 18 mois, Danemark, vers 1760
Musée national, Copenhague
à dr. : Jeune enfant jouant avec un chien, par Jean-Baptiste Greuze, 1769
collection particulière sur Larousse

▲Planche XXIII, Tailleur d'habits et tailleur de corps, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
Fig. 4 : corps de fille ; fig. 5 : corps de garçon ; fig. 6 : corps de garçon à sa première culotte.
Les petits garçons portent le corps baleiné jusqu'à l'âge de 6-7 ans, l'âge de leur première culotte,
les filles toute leur vie ; sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie
« sur quoi l'on peut consulter l'Art du Tailleur, par M. de Garsault,
d'où nous avons extrait tous les détails dans lesquels nous sommes entrés ».

▲à g. : Bandes ventrales pour bébés présentées lors de l'exposition La Mécanique des dessous
XVIIIe siècle, sur le blog L'Atelier de Léa
à dr. : Planche II, Lingère, Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, 1751-1772
sur Portail Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) Encyclopédie

Du « corps » au corset, la contrainte concerne aussi les enfants

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les enfants ne sont pas épargnés du port du corset, le fourreau est porté sur un corps à baleines, lui-même porté sur une chemise. Parfois le corps est intégré à la robe.

Depuis le XVIe siècle, la mode est au corps contraint, modelé, signe de haute distinction sociale. C'est la cour de Charles Quint, en pleine contre-réforme catholique, qui a lancé cette mode « à l'espagnole », rigide et figée, encore accentuée par le port de la fraise. Le corps qui modèle le corps (corporel) signifie la droiture et la fermeté d'âme et de moeurs de celui qui le porte. Cette mode ne concerne a priori que l'aristocratie, mais cet idéal de beauté, repris par toutes les cours européennes, influence l'ensemble de la société. Les bourgeois l'imitent, les milieux populaires des XVIIe et XVIIIe siècles portent une version plus simple, pas ou peu baleinée, du corps.

Entre la croyance que le corps (corporel) de l'enfant, comme celui du bébé, doit être façonné pour se maintenir droit, et ce modèle aristocrate d'une éducation et d'une maîtrise du corps par une contrainte imposée, le corps à baleines porté par le petit enfant prend le relais du maillot serré du bébé, pour soutenir, raffermir et éduquer un corps encore malléable.

Cela explique que les enfants trouvés portent aussi le corps baleiné jusqu'au XVIIIe siècle, puis le corset à partir de 1830, alors que c'est un article qui revient relativement cher à la fabrication. « Il est d'usage d'employer pour les robes, de même que pour les corsets des enfants, du cordillat étroit de Saint-Genis » dit le texte de 1756, le métrage accordé est déterminé par l'âge de l'enfant. Le cordillat est une grosse étoffe de laine à côtes. [Pour en savoir plus sur les tissus, lire sur Les Petites Mains : La vêture des Enfants rouvés (2) – Jusqu'au XVIIIe siècle, des tissus de laine, de chanvre et de lin]

▲Femme et ses cinq enfants, par Antoine Le Nain, 1642
The National Gallery, Londres

▲Robe en fourreau pour enfant
La légende du musée indique « fille ou garçon »  (vu les bandes du dos, je penche plutôt pour une robe de fille).
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : La jeune maîtresse d'école, par Jean Baptiste Siméon Chardin, 1736
National Gallery, Londres sur Wikimedia Commons

Robe de fille ou robe de garçon ?

Du XVIe au XVIIIe siècle, l'enfance compte deux classes d'âge entre la naissance et sept ans, établies selon les activités, le jeu, puis l'école. Pendant cette période, le garçon revêt successivement le maillot et la robe – la même que ses sœurs. Dès que possible, il porte le même vêtement que l'adulte, en miniature.

Au XVIIe siècle, en même temps qu'une évolution du sentiment d'enfance, apparaît la jaquette. On placera « les petits à jaquette avec leurs semblables » – c'est-à-dire les garçons – prévoit le règlement d'une école en 1654. Les limites entre les classes d'âge sont floues, la transition douce, il arrive que certains garçons portent la jaquette sur les chausses. Certains garçons peuvent aussi porter un uniforme s'ils sont scolarisés, par exemple chez les frères des écoles chrétiennes ou dans un « petit séminaire ». L'uniforme prendra un caractère militaire à partir du Premier Empire.

▲à g. : Portrait de James Badger, par Joseph Badger, 1760
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Robe de garçon en soie, France, vers 1750
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Les enfants Habert de Montmor (détail), par Philippe de Champaigne, 1649
à dr. : Le premier Dauphin Louis-Joseph-Xavier, né en 1781, habillé en matelot
détail du portrait de Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants,
  par Élisabeth Louise Vigée Lebrun, 1789
Château de Versailles et de Trianon, sur Agence photographique de la RMN
À la fin du XVIIIe siècle, la jaquette des petits garçons est remplacée par le costume à la matelot.

▲à g. : Jaquette de garçon, coton brodé soie, Angleterre, entre 1710 et 1750
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Jaquette de garçon en soie, Angleterre, 1740-1750
emuseum.history. org sur Pinterest

Très bien décrite et analysée par Philippe Ariès, la jaquette ou robe de garçon se présente au XVIIe siècle comme une robe de clerc. Elle est boutonnée devant, les manches sont identiques à celles des pourpoints masculins. Au fur et à mesure que le garçonnet grandit, sa jaquette s'accessoirise de détails masculins comme les cols ou rabats d'homme, les chapeaux à plumes...

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la première enfance – jusqu'à deux ou trois ans – et la deuxième enfance – jusqu'à quatre ou cinq ans – appartiennent toujours au temps des femmes. Ses vêtements et ses cheveux longs en témoignent, le petit garçon est rattaché au monde féminin. Il est habillé en robe par commodité hygiénique et ne peut prétendre à porter la culotte et les bas, comme les hommes, que lorsqu'il devient propre et autonome – avec l'intermédiaire entre trois et six ans du pantalon du costume « à la matelot » emprunté au vêtement populaire – ce qui fait de lui le premier « sans culotte ». L'iconographie montre parfois des costumes à la matelot au fessier froncé assez volumineux : est-ce la mode, ou peut-on imaginer qu'on puisse y insérer des linges si l'enfant n'est pas tout à fait propre ? L'acquisition à la propreté est plus tardive qu'aujourd'hui, vers quatre ans.

Mais le fourreau porté par les garçons – qu'on continue parfois de nommer jaquette – a des parements comme l'habit des hommes, alors que le fourreau des filles a des manches volantées semblables à celles de leurs mères. Cette différence est bien sûr plus marquée quand le vêtement est coloré et orné, elle est moins évidente sur le costume bourgeois ou populaire.

▲à g. : L'Atelier du peintre (détail), par Jan Josef Horemans IAncien, vers 1730
sur sur Wikimedia Commons
à dr. : Robe pour enfant en coton imprimé, XVIIIe siècle
Philadelphia Museum of Art, Philadelphia

L'oeil exercé des contemporains – et celui aujourd'hui des historiens spécialisés – sait reconnaître le sexe des enfants à une infinité de détails, de couleurs, d'ornementation des chapeaux, d'accessoires... J'ai déjà raconté sur Les Petites Mains, comment le port d'une cocarde au chapeau révèle que l'enfant en robe représenté est un garçon [Lire sur Les Petites Mains l'article Cocarde].

▲à g. : Robe de garçon, coton imprimé, 1803
Powerhouse Museum Collection, Sydney
à dr. : Portrait de William Scott Elliott of Arkelton, quatre ou cinq ans, par Henry Raeburn, vers 1815-1816
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Portrait de John Ruskin, trois ans et demi, par John Northcote, 1822
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Robe d'enfant en coton, bordé de dentelle en lin, France, entre 1825 et 1850
Museum of Fine Arts, Boston

▲à g. : Robe de garçon en lin imprimé, Amérique, 1836
Museum of Fine Arts, Boston
à dr. : Portrait de Giulio Vigoni enfant, par Francesco Hayez, 1830
collection privée sur Wikimedia Commons

▲à g. : Robe de Frédéric Mistral enfant, satin de soie rayé de velours, vers 1830
La robe a été réalisée à partir de vingt-deux morceaux d'étoffe cousus à la main ;
la présence d'anciennes boutonnières à divers endroits indique
qu'elle a été faite dans un ancien corsage de femme ;
il pourrait s'agir de la « robe de fête » de Frédéric. Museon Arlaten, Arles
à dr. : Portrait de Louis Robert (né en 1841), par Jean-Baptiste Corot, 1843-1844
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de garçon en laine et coton, 1838-1839
The Connecticut Historical Society eMuseum
à dr. : Portrait de A. Bes fils, enfant dit L'Enfant à la chèvre, par Octave Tassaert, 1841
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de garçonnet, Le Petit Courrier des Dames, 1841 sur Wikimedia Commons
à dr. : Ensemble de garçonnet en laine et soie, Amérique, 1850-1855
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe de garçon en laine et coton, vers 1850
The Connecticut Historical Society eMuseum
à dr. : Portrait de garçon, daguérréotype, milieu XIXe siècle
sur The Vintage Kids Pool Beverly - Flickr

▲à g. : Portrait de garçon, daguérréotype, milieu XIXe siécle
sur The Vintage Kids Pool Caroline - Flickr
à dr. : Robe de garçon en laine et coton, entre 1850 et 1855
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Jeune garçon lisant à l'extérieur, photographie Jean-Baptiste Frénet, vers 1855
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de garçon à carreaux, laine et coton, 1865
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Robe de petit garçon en coton, Angleterre, vers 1860
Los Angeles County Museum - LACMA, Los Angeles
à dr. : Toilette de petit garçon, Journal des Demoiselles (détail), mars 1863
sur le site de Guy Rivière qui met à disposition de nombreuses planches du
Journal des Demoiselles et Petit Courrier des Dames réunis

▲à g. : Robe de garçon en flanelle de laine, Angleterre, vers 1860
Powerhouse Museum Collection, Sydney
à dr. : Toilette pour un petit garçon de cinq ans, planche du Journal des Demoiselles (détail)
juin 1864, sur le site de Guy Rivière

▲à g. : Robe de garçon en laine ornée d'une soutache, 1860-1868
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Planche du Journal des Demoiselles, 1860
Les deux silhouettes de gauche sont des petits garçons de quatre et six ans.
sur le site de Guy Rivière

▲à g. : Portrait de garçon, vers 1860
sur The Vintage Kids Pool Gormer - Flickr
à dr. : Costume de garçon, laine, coton et soie, Amérique, 1860
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Toilette de « baby » de deux à trois ans, planche du Journal des Demoiselles (détail), décembre 1870
à dr. : Robe de garçon en coton brodé laine, vers 1870
The Connecticut Historical Society eMuseum

▲à g. : Victor Hugo et ses petits-enfants, photographie Arsène Garnier, 1872
Georges, né en août 1868, et Jeanne, née en septembre 1869, ont respectivement quatre et trois ans.
Ils portent une robe très semblable.
Musée Victor Hugo, Villequier sur Wikimedia Commons
à dr. : Robe de garçon en laine, fin XIXe, début XXe siècle
Powerhouse Museum Collection, Sydney

▲à g. : Costume de petit garçon, planche du Journal des demoiselles (détail), 1878
au centre : à dr. : Portrait de garçon en robe, fin XIXe siècle
sur The Vintage Kids Pool Beverly – Flickr
Costume de petit garçon, planche du Journal des demoiselles (détail), 1880
sur le site de Guy Rivière
Il est intéressant de voir comment les modèles présentés dans les magazines de modes
sont transposés et portés de manière généralement plus simple dans la vie réelle.

▲à g. : « Blouses d'été » en coton rayé pour garçonnets, vers 1910
Palais Galliéra, musée de la Mode de la ville de Paris
à dr. : Garçonnet en robe marin et chapeau de paille, vers 1900
sur The Vintage Kids Pool Flickr

▲à g. : Robe pour enfant de un à deux ans, La Mode illustrée, janvier 1899
boutique eBay Au Fil du temps
à dr. : Robe de garçon en coton, brodée à la machine, 1908-1909
La « robe baby » est portée par les petits garçons de un à trois ans jusqu'à la Première Guerre mondiale.
The Connecticut Historical Society eMuseum

Au XIXe siècle, la robe des garçons, à plis, plus ou moins longue, est plutôt faite d'une pièce. Le décor est généralement plus sobre que la robe des filles. Vers le milieu du siècle, elle est plus fermée à l'encolure ; on cherche dans les tenues dites « exotiques » des détails pour l'agrémenter, comme le col et le boutonnage « à la grecque », « à la russe », « à la bretonne »... On apprécie particulièrement les ensembles écossais, mis à la mode par les enfants de la reine Victoria, qui permettent le port du kilt, considéré comme une variante de la robe. Vers 1880, la ceinture des robes de garçon est basse. On nomme « robe baby » la robe qui habille garçon et fille jusqu'à deux ans. Mais la différence entre la robe de fille et la robe de garçon n'est pas toujours évidente pour les historiens, s'ils ne disposent d'aucun témoignage sur l'enfant qui l'a portée.

▲Portrait de la famille De Fries, atelier Ede Schmidt, Budapest, 5 novembre 1905
Toute la famille, qui vient de perdre un bébé de un an, porte le deuil ;
Difficile de reconnaître les garçons des filles !
sur The Vintage Kids Pool elinor04 - Flickr

L'âge de la fin de l'enfance recule pendant tout le XIXe siècle

Contrairement à la petite fille qui garde toute sa vie sa robe, le garçonnet l'abandonne pour l'habit masculin, culotte ou pantalon vers cinq, six ou sept ans ; il entre alors dans le monde des adultes, ce qui est considéré comme un véritable rite de passage. [Lire sur Les Petites Mains, La culotte des garçons]. L'enfant des milieux populaires, mis en apprentissage très jeune, travaille dès que possible et intègre au plus vite le monde des adultes.

Au XIXe siècle apparaît la notion de « seconde enfance », entre deux et sept ans. Déjà, vers 1780, une première étape de transformation du vestiaire de l'enfant – l'apparition du costume à la matelot qui remplace la jaquette – témoigne d'une nouvelle approche de l'enfant. Le garçonnet porte toujours la robe, mais moins longtemps.

▲Frères et sœurs en costumes marins, 1908, Norsk Folkemuseum, Oslo

Puis le costume marin, premier vêtement créé spécifiquement pour l'enfant, se développe dans les années 1845-1850, solution intermédiaire entre la robe du petit enfant et l'habit masculin. Une véritable « mode enfantine » ne peut apparaître qu'à partir du moment où l'enfant est reconnu comme un individu.

On note que les évolutions vers la jaquette et le costume « à la matelot » ne concernent que le vestiaire des garçons. La séparation enfant-adulte n'a pas lieu dans le vestiaire de la petite fille qui grandit maintenue dans sa robe, symbole de sa dépendance. Une véritable mode pour les fillettes n'apparaît qu'à la toute fin du XIXe siècle.

Dans l'entre-deux-guerres, la culotte courte prendra le relais de la robe des petits garçons pour marquer la seconde enfance. Les robes de garçons disparaissent quand les maisons de confection adoptent la normalisation des tailles, d'abord pour les adultes, puis par extension pour les enfants. Dans les grands magasins du XIXe siècle, on établit la taille maximum pour les garçons à dix-huit ans, seize ans pour les filles. Cette habitude commerciale dure jusqu'en 1950. Aujourd'hui les modèles enfants vont en général jusqu'à la taille seize ans.

Ainsi au fur et à mesure qu'évolue le sentiment d'enfance, le vêtement rend visibles les étapes de l'enfance – surtout chez les garçons. Les documents concernant le trousseau et l'habillement des enfants trouvés sont des sources précieuses pour comprendre le vêtement populaire des enfants et les différentes étapes de l'enfance.

Lire aussi sur Les Petites Mains : Mode enfantine et luxe (5) - Le petit enfant en robe. À l'opposé de celui-ci qui s'attache au vêtement populaire, l'article aborde le même sujet, vu du point de vue des luxueuses tenues des enfants de l'élite sociale, aristocratie et haute bourgeoisie, prescriptrice des modes.

(à suivre : La vêture des Enfants trouvés (6) - Récapitulatif et sources)


31 août 2012

Mode enfantine et luxe (5) – Le petit enfant en robe


Dans la société de l'Ancien Régime, le modèle du vêtement est celui des adultes. On ne considère pas avant le XVIIIe siècle que l'enfant ait besoin d'une garde-robe spécifique. Le vêtement des enfants est perçu comme une miniaturisation de celui de l'adulte, surtout lorsque l'enfant a un rôle de représentation – c'est le cas dans toutes les cours européennes, où le jeu des alliances implique des mariages précoces. Entre cinq et sept ans, le petit garçon reçoit l'habit et la culotte. Pour les petites filles, qui conservent plus longtemps leurs habits d'enfant, la transition est moins visible.

▲à g. : Portrait de Guillaume II d'Orange-Nassau et de sa fiancée Marie Henriette Stuart
fille de Charles Ier d'Angleterre), par Anton Van Dyck, 1641
Guillaume, né en 1626 a quinze ans, Marie Henriette, née en 1631, dix ; le mariage sera célébré en 1650.
à dr. : Portrait de Louis XV et de sa promise l'infante Marie Anne Victoire (fille de Philippe V d'Espagne)
par François de Troy, 1723
Louis, né en 1710, a treize ans, Marie Anne Victoire, née en 1718, cinq ;
le mariage, convenu en 1722, ne se fera pas
en raison du jeune âge de la princesse et de l'urgence de marier le jeune roi pour assurer sa descendance.
Rijksmuseum, Amsterdam et Palais Pitti sur wikipedia

▲à g. : Portrait de Marie-Thérèse de Savoie (future épouse du futur roi de France Charles X)
par Giuseppe Dupra, 1760, sur wikipedia
au centre : Robe pour fillette en soie bleue, vers 1760-1770, Manchester Galleries
à dr. : Corset d'enfant en lin baleiné, Angleterre, vers 1740-1760
Colonial Williamsburg e-museum
Les fillettes portent aussi le corset et le panier.
La coutume des mariages précoces les mène à entrer très tôt dans le monde,
elles possèdent parfois plusieurs toilettes de bal.

La spécificité du vêtement d'enfant s'applique de fait à deux classes d'âge : la layette du bébé [Lire sur Les Petites Mains, Mode enfantine et luxe (4), la layette] et la robe du petit enfant, fille ou garçon.

Le sevrage intervient généralement vers deux ans, il marque la fin de ce qu'on appellera au XIXe siècle la « première enfance ». Avec la marche finit l'emmaillotement et commence le port de la robe, pour tous les enfants, les garçons comme les filles. Ce moment est souvent l'occasion d'une petite fête familiale. Jusque vers 1830, la robe des enfants est une sorte de robe-chemise, on dit qu'ils sont « à la bavette ». Son style va évoluer au cours du XIXe siècle en une robe à plis plus ou moins longue, puis, vers 1880, revenir à une sorte de robe-chemise large et froncée au niveau du cou, appelée robe baby. Le petit garçon en robe étonne aujourd'hui, il est courant de trouver – même dans des notices de musées ! – des erreurs dans les légendes de certains portraits de garçons.

Pourquoi la robe est-elle la tenue des petits enfants ?

Comme le rappelle Philippe Ariès, qui fut l'un des premiers historiens à s'intéresser, dans les années 1960, au statut de l'enfant sous l'Ancien Régime, « la robe des enfants n'est autre chose que l'habit long du Moyen Âge ». Jusqu'en 1340-1350 – début de la mode en tant que phénomène occidental – hommes et femmes portent indistinctement la robe ou cotte. Celle des hommes est plus courte que celle des femmes, sauf pour les personnages « vénérables » par l'âge ou la condition, qui la portent jusqu'aux pieds, comme les hommes d'Église, les magistrats, les universitaires, les hommes d'État – cette convention persiste aujourd'hui dans la tenue des magistrats et certains vêtements ecclésiastiques ou honorifiques.

Les sept âges de la vie dans Le Livre des propriétés des choses de Barthélémy l’Anglais,
traduction française par Jean Corbechon, illustré par le Maître de Boucicaut, Paris vers 1410, BNF, Paris.
Tous ces garçons et hommes portent la robe, sauf le bébé emmaillotté et le jeune homme fashion victim !

▲La lingère, par Hubert Robert, 1761
Sterling et Francine Clark Institute, Williamstown sur le blog Grillon du foyer
Pratique, la robe, à une époque où on n'a inventé ni l'autoagrippant ni le bouton pression !

▲Les enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, 1649
Musée des Beaux-Arts, Reims, Galerie magika42000 sur Flickr
La date et l'âge exact des enfants sont connus, gravés sur la colonne en haut à gauche du tableau :
À gauche, l'aîné Henri-Louis, dix ans, est vêtu comme un adulte,
son frère Jean-Balthazar, sept ans et six mois porte le même vêtement ;
à droite, les jumeaux Louis et Jean-Paul, quatre ans et neuf mois, portent la jaquette ;
les deux autres garçons, François, vingt-trois mois, à gauche et Jean-Louis, huit mois à droite,
portent la robe et le tablier, comme leur soeur Anne-Louise, trois ans six mois, au centre.

▲à g. : Les enfants Habert de Montmor (détail), par Philippe de Champaigne, 1649
à dr. : Le premier Dauphin Louis-Joseph-Xavier, né en 1781, habillé en matelot
détail du portrait de Marie-Antoinette, reine de France et ses enfants,
par Élisabeth Louise Vigée Lebrun, 1789
Château de Versailles et de Trianon, sur Agence photographique de la RMN
À la fin du XVIIIe siècle, la jaquette des petits garçons est remplacée par le costume en matelot.

Au-delà de la survivance de l'habit médiéval, la robe est incontestablement la solution la plus pratique pour habiller l'enfant tant qu'il ne maîtrise pas la propreté. Avant l'âge de quatre ans, âge d'acquisition à la propreté, plus tardive qu'aujourd'hui, on ne différencie guère les garçons et les filles qui portent tous la robe. Il est difficile pour le conservateur d'un musée de marquer la différence garçon/fille s'il ne dispose d'aucun témoignage sur la provenance du vêtement.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les garçons sont successivement vêtus de leur maillot de bébé, puis d'une robe semblable à celle de leur mère et de leurs soeurs, puis d'une jaquette, lorsqu'ils entrent à l'école ou au collège. La jaquette est une sorte de blouse ou soutane, moins longue et moins ajustée que la robe des filles. Elle est remplacée vers 1780 par le costume en matelot. On peut affirmer que, du XVIIe siècle à 1914, à un moment de leur petite enfance, tous les garçons passent par l'intermédiaire de la robe à un moment de leur petite enfance.

▲à g. : Le dauphin Louis, futur Louis XIV, né en septembre 1638,
dans les bras de sa nourrice, Marie de Longuet de la Giraudière,
par les frères Charles et Henri Beaubrun, vers 1638-1639
Louis est âgé de quelques mois, il porte le maillot des nourrissons.
au centre : Portrait de Louis dauphin, par Claude Deruet, vers 1641-1642, Louis a trois ou quatre ans,
il porte la robe et le tablier richement ornés de broderies et de dentelles, une plume au bonnet.
Châteaux de Versailles et de Trianon et Musée des Beaux-Arts, Orléans sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Portrait de Louis dauphin et son frère Philippe, par les frères Charles et Henri Beaubrun, vers 1642,
Louis a quatre ans, il porte la robe et le tablier, comme son frère Philippe, deux ans, né en septembre 1640.
Fondation Yannick et Ben Jakober, Majorque

▲à g. : Portrait d'Anne d'Autriche, régente, et de ses deux fils,
Louis XIV et Philippe de France, duc d'Anjou (détail), École française, vers 1643
et au centre : Louis XIV, roi de France et de Navarre, par Michel Lasne, 1643
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
Louis a cinq ans, il porte la jaquette ouverte devant, ornée d'un col à rabat de dentelle à glands.
à dr. : Louis XIV et son frère Philippe, École française, vers 1646, sur wikipedia
Louis a environ huit ans ; il porte le haut de chausses et un bas de chausses à canons.
Son manteau cape, son col à rabat de dentelle à glands
et ses élégantes bottes à revers sont encore à la mode Louis XIII.
Mais le bas de chausses à canons, qui ressemble déjà à la rhingrave,
et les touffes de rubans ou galants à la taille préfigurent la mode des années 1660. Philippe porte encore la robe.
Portée à partir de 1640 en Hollande,
la rhingrave ne sera adoptée en France que dans les années 1655.

▲à g. : L'impératrice Eugénie portant le prince impérial Louis-Napoléon, par Joseph Félon, 1856
Le prince (fils de Napoléon III), né en mars 1856, porte la très longue robe cache-maillot des nourrissons.
au centre : Le prince impérial enfant, photographie Gustave Le Gray, 1857
à dr. : L'impératrice Eugénie et le prince impérial, photographie André Adolphe Eugène Disdéri, 1858-1859
Le prince impérial a entre un et deux ans, il porte une robe courte, sans culotte.
Château de Compiègne et Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN et le site Le prince impérial

▲à g. : Le prince impérial Louis-Napoléon à Fontainebleau, photographie Pierre-Louis Pierson, août 1860
Le prince a quatre ans, il porte un ensemble jupe et boléro.
au centre : L'impératrice Eugénie et le prince impérial, photographie anonyme, 1862
Le prince a six ans, il porte une jupe à carreaux qui rappelle le kilt, la veste est plus masculine.
à dr. : Portrait du prince impérial, photographie anonyme, 1863
Le prince a sept ans, il porte un costume veste et knickerbockers,
qu'il alterne avec le pantalon long à partir de l'âge de dix ans.
Château de Compiègne et Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN et le site Le prince impérial

Combien de temps l'enfance dure-t-elle ?

La durée de l'enfance et l'étape au cours de laquelle l'enfant accède à l'état adulte varient selon les époques. Elle atteint sa limite maximum dans les années 1950, dix-huit ans pour les garçons, seize pour les filles. La perception que la société a de l'enfance influe sur le vêtement d'enfant. Ainsi les idées philosophiques des Lumières ont-elles contribué à modifier le vêtement des enfants du XVIIIe siècle, qui voit l'apparition du costume à la matelot [Lire sur Les Petites Mains, L'influence de l'Émile de Jean-Jacques Rousseau sur l'habillement des enfants]. Vers 1860, la notion de «seconde enfance» – selon le terme inventé par l'historien Jean-Luc Noël – qui qualifie le moment entre la période de sevrage et l'âge de raison, coïncide avec la vogue du costume marin. [Lire sur Les Petites Mains, Le costume marin].

Encore est-il opportun de préciser que ces changements vestimentaires ne marquent que l'habillement des garçons. Cela reflète la position sociale dominante du descendant mâle, appelé au final à « sortir des jupes de sa mère » pour « porter la culotte » et passer au monde des hommes, aux dépens de la fillette, qui reste dans sa robe, maintenue symboliquement dans son état premier.

Sous l'Ancien Régime, la ségrégation qui régit la société des adultes s'applique à l'enfant, généralement au moment des sept ans, l'âge de raison. Dans les familles princières, aristocratiques et de la haute bourgeoisie, la gouvernante cède alors la place au gouverneur ou au précepteur. Certaines mères ne cachent pas leur émotion lors de ce rite de passage, approuvé et souvent hâté par les pères. J'ai déjà écrit ici sur ce passage particulièrement complexe de l'histoire du costume des garçonnets [Lire sur Les Petites Mains, la culotte des garçons].

▲à g. : Portrait de Magdalena, fille de l'artiste, par Cornelis de Vos, 1623-1624
The Duke of Devonshire and the Chatsworth House Trust, Bakewell sur wikimedia commons
à dr. : Portrait d'un garçonnet de trois ans, École flamande, vers 1620-1630
The Weiss Gallery, Londres

▲à g. : Portrait d'un garçonnet et de son chien
par Hendrick Berckman, wikimedia commons
à dr. : Portrait de fillette avec un perroquet, École flamande, vers 1640, National Gallery, Londres

▲à g. : Portrait de Elisabeth Van Oosten enfant,
à dr. : Portrait de Johannes van Rees, demi-frère de Elisabeth,
par Willem Jansz Ploy, 1663, Rijksmuseum, Amsterdam
Elisabeth, née en 1660, aurait trois ans, Johannes, né en 1662, un an.
Les deux enfants semblent bien plus âgés, est-ce une erreur ?

▲Portrait de deux garçonnets en habits de chevalier, par Jeanne Vergouwen, 1688, sur wikimedia commons
Cuirassés et coiffés d'un large bonnet à panache de plumes,
ces petits chevaliers ne portent cependant pas encore la culotte !

▲Détails du portrait présumé de Louise de La Vallière et de ses enfants,
copie de Jean-Gilbert Murat d'après Pierre Mignard, en 1670
en ht. : Louis, né en 1667, a trois ans ;
en bas : Marie-Anne, dite Mademoiselle de Blois, née en 1666, a quatre ans ;
les deux portent la robe des petits enfants.
en ht à dr. : Robe de velours orné de fils métalliques, France, vers 1650-1699
en bas à g. : Robe d'enfant en soie, Europe, vers 1700-1725
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Portrait de Catherine Coustard, marquise de Castelnau, et de son fils Léonor (détail)
par Nicolas de Largillière, vers 1699, Minneapolis Institute of Arts
Né en 1695, Léonor (prénommé comme son père, Charles-Léonor Aubry)
est bien un petit garçon de trois-quatre ans,
même si en raison de sa coiffure à la Fontanges (pourtant panachée de plumes)
il est souvent incorrectement présenté comme une fille sur certaines sources iconographiques
à dr. : Corsage baleiné pour un garçon de cinq à sept ans, en laine,
Angleterre, vers 1730-1732, porté par Francis Harmer, né en 1725, Manchester City Galleries

▲à g. : Portrait de Louis XV enfant, à l'âge de quatre ans et quatre mois
par Pierre Gobert, 1714, Musée du Prado sur wikimedia commons
à dr. : Robe en soie brodée de fils de soie, d'or et d'argent pour enfant, Allemagne ou Italie
fin XVIIe-début XVIIIe siècle, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

▲en ht et en bas, à g. et à dr. : Robe de garçon en velours brodé de fils métal, France, vers 1725-1750
The Metropolitan Museum of Art, New York
en ht au centre : Portrait de Catherine Éléonore Eugénie de Béthisy et de son frère Eugène Éléonore,
par Alexis Simon Belle, vers 1713-1715
Catherine, née en 1707, a entre six et huit ans ; elle porte une robe féminine ;
Eugène, né en 1709 a entre quatre et six ans ;
sa robe de velours est ornée de revers aux manches et de parements galonnés
qui rappellent l'ornementation de l'habit des hommes.
en bas au centre : Portrait du prince Frédéric de Prusse, par Antoine Pesne, 1716
Le prince, né en janvier 1712, a quatre ans :
les revers des manches, les parements galonnés de sa robe, ainsi que la présence du tambour,
attestent qu'il s'agit d'un garçonnet.

▲à g. : Portrait de Bernard Restout, fils de l'artiste, à l'âge de quatre ans,
par Jean Restout, Musée National, Stockholm
au centre : Corsage d'enfant en soie, Manchester City Galleries
à dr. : Portrait de Louise Marie de France, dite Madame Louise ou Madame Troisième
(fille de Louis XV), née en 1728, elle a quatre ans
attribué à Pierre Gobert, 1732, Châteaux de Versailles et de Trianon sur wikimedia commons

▲Corsages de bébés en taffetas : celui de droite, rose, avec manches à volants, est pour une fillette ;
celui de gauche, bleu, à parements galonnés est celui d'un petit garçon.
Münchner Stadtmuseum, Münich sur Catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000, 2001
Musée Galliéra, Musée de la Mode de la Ville de Paris, [Lire sur Les Petites Mains, Mes sources]

Robes de fille ou robes de garçon sont-elles vraiment semblables ?

S'il est clair que l'enfant en robe, fille ou garçon, est rattaché au monde des femmes, l'«efféminement» du petit garçon tel que nous le percevons aujourd'hui est à relativiser. Le garçon appartient plutôt à une catégorie au sexe plus ou moins différencié, une sorte d'état premier, non encore « domestiqué » avant le milieu du XVIIIe siècle, puis marqué par l' « innocence » aux XVIIIe et XIXe siècles. Il est rattaché par la naissance au monde féminin, dans lequel la fillette est maintenue.

Par les chapeaux et les couleurs (plus vives que celles du vêtement de l'adulte), par certains détails du costume, de cols et de manches – et par certains objets, attributs et symboles sexués, faucon, canne ou cheval de bois contre mouchoir, perles et guirlandes de fleurs, qui ponctuent les portraits – un œil exercé devine à peu près l'âge et le sexe de l'enfant représenté. Au début du XVIIIe siècle, les petits princes portent des robes à corps baleinés, à la française, comme les corsages féminins, puis, à partir de 1740, la robe fourreau [d'une pièce] ajustée, sans corps [corset], qu'on continue d'appeler jaquette pour les garçons ; mais les détails des cols, les rabats des manches et les parements galonnés rappellent l' habit des hommes. Les fillettes portent aussi la robe fourreau dite fausse robe. Le corsage des filles a des manches à volants, il est agrémenté de cols et de tabliers plus précieux, comme celui des femmes. Le garçonnet porte des plumes à son chapeau, les filles sont coiffées d'un béguin.

▲à g. : Portrait de Gaston d'Orléans, comte d'Eu (petit-fils de Louis-Philippe), par Franz Xaver Winterhalter, 1845
Né en 1842, il a trois ans et porte une robe rouge ornée de dentelles, d'un grand raffinement.
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de garçon en laine rouge, 1850
The Henry Ford Costume Collection sur Pinterest

▲à g. : Robe de garçon en broderie anglaise, Angleterre, 1855, Los Angeles County Museum of Art
à dr. : Portrait du prince impérial Louis-Napoléon sur un cheval de bois
photographe anonyme, 1858, le prince a environ deux ans
Château de Compiègne sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Le prince impérial à Fontainebleau, 1860, il a quatre ans
photographe anonyme, Château de Compiègne sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Costume de garçon en lainage à carreaux, 1860
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Victor Hugo et ses petits-enfants, photographie Arsène Garnier, 1872
Georges, né en août 1868, et Jeanne, née en septembre 1869, ont respectivement quatre et trois ans.
Ils portent une robe très semblable. Celle de Georges rappelle le kilt.
Depuis le second Empire, le goût pour l'Écosse de Walter Scott et le costume écossais
porté par les princes de la famille royale anglaise à Balmoral
ont influencé la mode enfantine européenne via le goût pour les panoplies.
Musée Victor Hugo, Villequier sur wikimedia commons
à dr. : Robe de garçon en laine, fin XIXe, début XXe siècle, Powerhouse Museum, Sydney

▲à g. et à dr. : Ensemble en lainage orné de galons et de franges en soie, Amérique, 1856
porté par William Henry Eaves à trois ans, The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Portrait d'enfant, photographie William Notman, 1861, Musée Mac Cord, Montréal
Je vous conseille la visite du studio photographique de William Notman présenté sur le site du Musée Mac Cord.
Via des animations et des jeux, on y découvre l'univers et l'oeuvre
de cet incroyable photographe canadien du XIXe siècle.

▲à g. et à dr. : Ensemble en lainage pour petit garçon, Amérique, 1869
Orné de galons et de franges en soie, il est proche de la mode féminine du temps.
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Portrait de garçon, archives William Notman, 1862
Musée Mac Cord, Montréal

▲à g. et à dr. : Ensemble de garçon en lin et coton, Amérique, vers 1865
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Portrait de garçon, archives William Notman, 1863
Musée Mac Cord, Montréal

▲à g. : Robe d'enfant en coton, orné de broderies, Angleterre, vers 1885
The Bowes Museum, Barnard Castle
à dr. : Portrait de Robert Salles (petit-fils de Gustave Eiffel)
photographie Hermann & Cie, vers 1875
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Portrait de Franklin Rossevelt, vers 1885-1886
Né en 1882, le petit Franklin a trois ou quatre ans ;
il porte la robe et les cheveux blonds bouclés des petits enfants.
source : le web pédagogique
au centre : Ensemble de garçon en soie et coton, Amérique, vers 1893
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Portrait de André Germain enfant, par Carolus-Duran, 1888
Fils de banquier, futur écrivain, André est né en 1881 ;
il a sept ans et porte toujours les longues boucles des petits garçons et un costume marin.
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN

Au XIXe siècle, goût de l'historicisme et du travestissement, fantaisies artistiques, survivance de particularismes nationaux ou régionaux, commodité de la robe baby, vouent jusqu'à la Première Guerre mondiale le petit garçon au port de robes à plis plus ou moins longues, parfois portées sur des knickerbockers. La robe des garçons est plutôt cousue d'une pièce, ras du cou, généralement plus sobrement ornée que celle des filles. La fillette porte un corsage simple sans pinces, son âge est révélé par la longueur de sa jupe et le jeu des ourlets, c'est le triomphe du pli religieuse. Elle ne porte des robes semblables à celles des femmes que lors de circonstances particulières : bals, cérémonies, fiançailles de très jeunes princesses ou héritières.

Le décor très ornementé du style Second Empire puis du style « tapissier » de la mode féminine qui influence la mode enfantine, les cheveux que les garçons comme les filles portent longs et bouclés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ne correspondent guère à l'image que nous nous faisons aujourd'hui du garçonnet. De fait, son habillement tranche avec l'austérité sombre qui caractérise les lignes du vêtement masculin à partir des années 1830.

Des vêtements d'exception pour des enfants d'exception

Le portrait d'enfant est un genre florissant dans les Provinces-Unies de Hollande où il est né à la fin du XVe siècle. La classe marchande l'apprécie, il témoigne de sa réussite sociale. Devenu une véritable tradition néerlandaise, l'art du portrait s'étend à toute l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles.

▲Les jumelles, filles de l'artiste, à l'âge de trente-trois semaines, par Jacob Gerritsz Cuyp, vers 1630-1640 Bayerische Staatsgemälde Sammlung, Alte Pinakothek, Münich

Son usage est officiel lorsqu'il représente la continuité dynastique d'une filiation royale, il représente le futur souverain. L'enfant portraituré n'est jamais n'importe qui : le portrait de l'héritier, royal ou non, rejoint les représentations du pouvoir, l'affirmation d'une l'autorité de la naissance ou de l'argent, de la puissance et de la richesse de la famille, noble ou bourgeoise. Si les enfants y sont toujours « en représentation », même sur le portrait privé, ces oeuvres traduisent incontestablement l'amour et la tendresse que les parents leur portent, d'autant que l'espérance de vie de leurs premières années est très faible.

Les animaux et les objets représentés ont des significations diverses et complexes. Pour schématiser, chiens, oiseaux, chevaux, fruits symbolisent la nature domestiquée. Les fleurs, éléments hautement périssables, figurent la fraîcheur et la fragilité de l'enfance ; comme allégorie de la finitude de l'existence humaine, elles appartiennent à la panoplie des « vanités ».

Il convient d'utiliser et d'interpréter avec précaution ces représentations, qui ne sont pas si lisibles qu'elles le paraissent dans notre contexte actuel, déconnecté de celui de leur production. Par leur précision, elles apportent néanmoins des éléments appréciables pour la connaissance du monde des enfants (costume, jouets, etc.)

▲Portrait d'un garçon de dix-huit mois,
probablement Louis de Nassau, né en 1602 (fils du stathouder Maurice d'Orange-Nassau)
attribué à Daniël van den Queborn, 1604-1605, Rijksmuseum, Amsterdam

▲Le haut de sa robe en soie brochée est taillé comme un pourpoint d'homme.

▲Une quadruple chaîne en or soutient une médaille à l'effigie de son notable de père.

▲Son devantier [tablier] de lin ou de soie est orné d'une large et somptueuse dentelle à l'aiguille reticella bordée de punto in aria [point en l'air], assortie à celle de son collet [col] et de ses rebras [poignets].

▲Portrait de Jacoba Bontemantel, anonyme, 1644, Rijksmuseum, Amsterdam
Jacoba Bontemantel, née en 1643, est la fille de riches commerçants d'Amsterdam.
Elle n'a que un an, mais ses vêtements et leurs accessoires sont d'un extrême raffinement.

▲Son béguin de dentelle est magnifiquement orné d'un assortiment de fleurs, rubans, bijoux et grelots,
à dominante rouge, symbole de la vitalité des enfants .
S'habiller de rouge, la plus « belle » des couleurs,
fut en France un privilège longtemps réservé à l'aristocratie par les lois somptuaires.

▲Une double bordure de dentelle agrémente le grand collet et les rebras de sa robe
et de son devantier en soie blanche.

▲Jacoba porte une chaîne d'or en guise de ceinture,
elle tient à la main un précieux hochet à grelots en or et argent.
Son grand collier et ses bracelets de perles fines
sont attachés par des rubans rouges assortis à ceux de son béguin.
Une tradition veut que les nourrices offrent un ruban au premier anniversaire d'un enfant.

▲Portrait de Guillaume III, prince d'Orange, par Adriaen Hanneman, 1654, Rijksmuseum, Amsterdam
Né en novembre 1650, le prince a quatre ans.
Titré prince d'Orange de la maison d'Orange-Nassau dès sa naissance,
il porte déjà le noblissime Ordre de la Jarretière, le plus élevé des ordres de chevalerie britannique
il deviendra roi d'Angleterre en 1689.

▲Sa toque de velours ou de satin noir, doublée de satin rouge,
est agrémentée de rubans et nœuds en cocardes,
d'un panache de plumes et d'une chaîne d'or.

▲Sa robe est en taffetas de soie couleur or, aux effets brillants et changeants à la lumière.
Les vêtements d'été sont souvent réalisés en taffetas.
À la cour de Versailles, le port des étoffes est codifié selon les saisons :
velours, ratines, satins et draps de laines l'hiver, taffetas, mousselines et dentelles l'été ;
draps légers en automne et au printemps. Même les dentelles varient en fonction des saisons.
On ne porte des fourrures qu'à partir de la Toussaint ;
même si le froid persiste, on abandonne ses manchons à Pâques.

▲Son devantier en soie est ajusté et allongé en pointe devant.
Finement plissé, assorti à son collet à glands, il est bordé d'une fine dentelle, peut-être en point d'Angleterre.
Le point d'Angleterre n'est ni plus ni moins le point de Bruxelles, ainsi renommé et revendu en Angleterre pour contourner l'interdiction d'importation des dentelles flamandes.
En France, il conservera cette appellation.
Merci au Rijksmuseum de mettre à disposition des internautes des scans d'une telle qualité.

Les vêtements représentés sur ces portraits d'enfants ne sont pas ceux du quotidien. Par la richesse des étoffes, des dentelles et des broderies, des accessoires (éventail, chapeau, bijou) ou des jouets (poupée, hochet d'or, d'argent, de corail ou de cristal muni d'une clochette d'argent), ils veulent témoigner de la position sociale et de la fortune de la famille. Le peintre détaille alors avec précision, voire avec complaisance, les riches ornements du costume : plumes des éventails et des chapeaux, fines dentelles des cols, des poignets et des mouchoirs, bijoux et perles... La robe des enfants subit les mêmes conventions vestimentaires, dictées par la mode, que la tenue de leurs parents illustres ou privilégiés.

Du XVIe au début du XVIIIe siècle, les lois somptuaires ont pour but de rendre visible l'ordre social établi dominé par l'aristocratie, à limiter ou interdire la consommation ostentatoire de produits précieux (étoffes, dentelles, bijoux, accessoires), généralement importés, qui fragilisent les industries nationales et grèvent la balance commerciale. Elles édictent les interdictions qui s'appliquent aux sujets « communs » pour les empêcher d'imiter les modes initiées par les nobles. La multiplicité de ces lois (cinq sous le règne de Louis XIII, douze sous le règne de Louis XIV) montre combien il est difficile, voire impossible, de les faire observer.

▲à g. : Portrait de Mademoiselle Bertin, par Jean-François Janinet, d'après Jean-Honoré Fragonard, vers 1780
The Metropolitan Museum of Art, New York
Rose Bertin, de son vrai nom Marie-Jeanne Bertin, d'origine picarde modeste, est une marchande de modes parisienne.
Elle ouvre en 1770 son magasin de modes à l'enseigne Au Grand Mogol dans la rue du faubourg-Saint-Honoré.
Elle y emploie jusqu'à trente salariées et fait travailler cent vingt fournisseurs.
Elle jouit de la confiance de la reine Marie-Antoinette au point qu'on la surnomme « la ministre des modes ».
Sa clientèle est principalement aristocratique.
Sa notoriété dépasse les frontières, elle est réclamée dans toutes les cours d'Europe.
Elle est la première à apposer sa « griffe » sur ses créations,
on peut la considérer comme la première des stylistes modernes.
à dr. : Métier : La Marchande de Modes (détail), planche de l'Encyclopédie de d'Alembert, 1751 sur http://alembert.fr/ Si vous voulez mieux connaître Rose Bertin, je vous recommande le podcast de la conférence de Michelle Sapori,
sur le site de l'Institut français de la Mode - IFM

Au XVIIe, puis au XVIIIe siècle, le faste et le nouvel art du paraître imposés par la cour font de Versailles l'arbitre des élégances européennes. « La mode est pour la France ce que les mines du Pérou sont pour l'Espagne » écrit Colbert, qui comprend les enjeux des apparences comme représentation du pouvoir. Cet « art de vivre à la française » connaît son apogée sous le règne de Louis XV, il préfigure le système du luxe moderne. Le luxe, utile ou futile, fait l'objet de débats passionnés au siècle des Lumières [Lire sur Les Petites Mains, Mode enfantine et luxe (3) – Le luxe est-t-il moral ?].

Au XIXe siècle, l'art de vivre bourgeois s'inspire de la tradition aristocratique. Dans les années 1850, sous l'impulsion de Charles-Frédéric Worth, la Haute Couture française favorise la naissance d'une mode parisienne prestigieuse qui étend sa suprématie en Europe et en Amérique. Paris reste l'arbitre des élégances, les divers mouvements anglo-saxons de réforme du vêtement n'ébranlent pas la couture française [Lire sur Les Petites Mains, la robe de réforme]. Mais l'habillement est de moins en moins codifié au fur et à mesure qu'on avance dans le siècle, avec l'apparition de la confection industrielle. Ce ne sont plus seulement les élites qui exercent leur influence sur les modes. Des produits nouveaux apparaissent, adaptés à l'évolution des modes de vie, où l'enfant a de plus en plus sa place singulière, au cœur de la famille.

(à suivre : Mode enfantine et luxe (6) – Le contexte : courte histoire du luxe et de la haute couture)