3 septembre 2018

Histoire de l' uniforme scolaire en France



Vendredi 3 septembre 2018, jour de rentrée des classes. Les Petites Mains abordent un thème devenu un marronnier de la rentrée scolaire : pour ou contre le « retour de l'uniforme à l'école » ? La question du port de l’ uniforme scolaire se pose depuis plusieurs années, mais le débat s'est intensifié lorsque François Fillon et Marine Le Pen l'ont inscrite à leurs campagnes présidentielles pour 2017.

▲Proposition d' uniforme scolaire pour les enfants des écoles primaires, juin 2018, Ville de Provins

En juin 2018, une majorité de parents d’élèves de la ville de Provins aurait approuvé l’initiative du maire d’instaurer un uniforme scolaire dans les six écoles élémentaires de la commune. Il devrait entrer en vigueur à la rentrée des vacances de Toussaint. Mais les polos marqués du blason de la ville et de la devise républicaine sont loin de faire l'unanimité. Aux dernières nouvelles, la critique gagne et la résistance s’organise.

Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s'est exprimé à cette occasion. Il s'est montré favorable à l' uniforme scolaire, qui selon lui « dans certains cas » pouvait « être utile », estimant que « les vertus de l'uniforme sont vues dans d'autres pays, ce n'est pas un sujet du XIXe siècle, mais un enjeu d'égalité. Les marques comptent beaucoup trop à notre époque chez les ados ». Il a précisé sa position il y a quelques jours dans un entretien publié par Paris Match : « Dès lors qu’il existe une adhésion locale, cela peut être une des réponses au consumérisme qui caractérise notre société et accentue les inégalités sociales jusque dans les cours de récréation. [...] L’école de la République forme des citoyens, pas des consommateurs. »

Je reviendrai dans un prochain article sur les arguments des partisans de l'uniforme à l'école, et de ceux qui s'y opposent. Mais dans un premier temps, l'histoire éclairant le présent, voyons de quoi on parle historiquement lorsqu'on évoque le « retour de l'uniforme à l'école ».


▲Élève du Christ's Hospital, attribué à Margaret Carpenter, début XIXe siècle, Musée du Christ's Hospital, Londres
Constant Lambert en blue coat boy, George Lambert, 1916, National Gallery of Australia, Canberra

▲En visite à Londres, James Tissot, 1873, Museum of Art, Toledo (Ohio)
Le peintre a représenté au premier plan un blue coat boy.

▲Le prince George porte l'uniforme de la Thomas' s School, Battersea, Londres,
le jour de sa première rentrée scolaire, en septembre 2017, ph. Reuters/Richard Pohle/Pool
Le coût de l'uniforme est de 430 euros pour 24 articles obligatoires
selon les activités et circonstances (sans compter les articles en double).
Ils sont disponibles chez Peter Jones du groupe John Lewis Partnership,
un équivalent des Galeries Lafayette, dans le quartier de Sloane Square.

Le premier uniforme scolaire serait anglais

Depuis le Moyen Âge, les élèves des maîtrises – écoles attachées à une cathédrale, où sont formés les enfants à la musique et au chant religieux – portent un vêtement qu'on peut assimiler à un uniforme. Mais c'est en Angleterre que l’ uniforme scolaire en tant que tel serait apparu pour la première fois au XVIe siècle, dans des écoles de type caritatif dites « blue coat schools », ainsi nommées car les élèves y portent une redingote bleue, couleur commune assimilée à une couleur sombre et digne, « honnête », qui convient à la charité.

La toute première école, Christ's Hospital School, est fondée par le roi d'Angleterre Édouard VI, en 1552, pour soigner et éduquer les enfants pauvres de Londres. Christ's Hospital School existe toujours aujourd'hui, elle a servi d'inspiration au château de Poudlard dans les romans Harry Potter [Lire cet article du Telegraph]. En 2011, ses quelques 800 élèves appelés à voter pour ou contre le maintien de l'uniforme original de l'école – long manteau et culotte bleu marine, bas jaunes – se sont prononcés « pour » à 95%.

On connaît le succès de l' uniforme scolaire anglais, qui s'est étendu à pratiquement tous les établissements publics et privés du royaume, au point de devenir une tradition bien ancrée dans la culture britannique. Elle s'est répandue dans de nombreux pays du monde via l'Empire colonial.


▲Uniformes militaires, vue des salles Ancien Régime au Musée de l'Armée, Paris

L'uniforme militaire se développe en Europe au XVIIe siècle

Globalement, l'uniforme militaire tel que nous le connaissons aujourd'hui  – défini par un règlement comme un ensemble vestimentaire identique pour une même catégorie de personnes – se développe au XVIIe siècle, lors de la Guerre de Trente Ans, qui dévaste l'Europe entre 1618 et 1648. On peine à distinguer les armées, majoritairement composées de mercenaires aux allures disparates, d'où la nécessité d'unifier l'apparence des troupes d'un même camp. L'uniforme est aussi pour les princes une manière de montrer et d'affirmer leur puissance sur les champs de bataille. L'uniforme s'impose en France vers 1660, l'habit bleu est instauré dans les écoles militaires par une ordonnance de Louvois en 1667.

▲Élève de l'École Polytechnique, vers 1810, Musée national de l'Éducation, Rouen
Passation du drapeau de l'École Polytechnique à la garde de la promotion 2011, ph. Jérémy Barande, Wikipédia

La notion d'uniforme va progressivement s'étendre à d'autres domaines que le militaire. Ainsi, en France, sous le Premier Empire, dans le contexte de restructuration de l'administration française, Napoléon attribue un uniforme aux officiers et fonctionnaires dans les domaines les plus divers. Les uniformes de l’Académie française et de l’École polytechnique en sont aujourd'hui les derniers exemples survivant.


▲Le maître d'école, Abraham Bosse, vers 1635-1638, Metropolitan Museum of Art, New York

▲Intérieur d'école, Michel-Ange Houasse, début XVIIIe siècle, Palacio Real, Madrid

▲La Sortie du collège, Augustin de Saint-Aubin, XVIIIe siècle, Musée du Louvre, Paris
La Gouvernante (détail), Jean Baptiste Siméon Chardin, 1739, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

▲Le jeune élève, François Hubert Drouais, copie d'après un original exposé au Salon de 1761,
Musée du Louvre, Paris
Le jeune écolier, Nicolas-Bernard Lépicié, vers 1775-1780, Museum of Fine Arts, Boston

Les uniformes scolaires français apparaissent dans les collèges privés du XVIIIe siècle

Sous l'Ancien Régime, les enfants sont instruits dans les « petites écoles » prises en charge par l'Église dans le cadre des paroisses, ou par un précepteur à domicile ; ils ne portent pas l'uniforme. Dans les collèges du XVIIe siècle, ils revêtent la jaquette, une sorte de longue robe de clerc ou soutane, inspirée du costume ecclésiastique, qui n'est pas un uniforme scolaire.

Au XVIIIe siècle, les collèges sont tenus par des ordres religieux spécialisés, dont les plus renommés sont les jésuites et les oratoriens. L'enseignement est gratuit. La discipline est stricte. Les collégiens sont issus de milieux sociaux divers : nobles, bourgeois, fils d'officiers, paysans, marchands et artisans aisés. Ils portent le plus souvent un vêtement de couleur sombre inspiré de l'habit masculin de l'époque, justaucorps, veste [gilet] et culotte, avec un grand manteau de drap noir et un chapeau.

▲Pension de jeunes garçons, Jean Duplessi-Bertaux, fin XVIIIe siècle, Musée Carnavelet, Paris sur Paris Musées

C'est à la fin du XVIIIe siècle que l' uniforme scolaire apparaît dans certains collèges privés. Ils proposent un internat et ce nouveau modèle connaît une extraordinaire expansion. Situés dans les grandes villes, ces pensionnats privés accueillent une minorité d'enfants, âgés de sept ans et plus, appartenant pour la plupart aux classes aisées.

▲Portrait de Napoléon jeune, élève à l'École militaire en 1783, Nicolas-Toussaint Charlet,
début XIXe siècle, Musée Carnavalet, Paris sur Paris Musées
Cadet de l'École royale militaire de Paris sur le Champ-de-Mars, vers 1785, Musée de l'Armée, Paris

La référence est l'École royale militaire de Paris créée en 1751 par Louis XV, qui accueille des jeunes gens nobles de 8 à 13 ans, nés sans bien. Cette école est présentée dans l'Encyclopédie comme un modèle idéal, on y forme l'esprit, le corps, la santé et les moeurs. Les collèges privés s'inspirent de son enseignement et de son uniforme aux couleurs de la maison du roi.

Les Petites Mains ont déjà raconté comment dans les familles princières et régnantes du XVIIIe siècle on habille les garçonnets d'uniformes de fantaisie « à la hongroise » [Lire sur Les Petites Mains : Les uniformes de fantaisie pour les enfants]. L'uniforme symbolise « l'honneur et la fierté de servir » son roi, tradition guerrière dont l'aristocratie tire sa légitimité. Il ne s'agit pas là d'un uniforme scolaire, mais c'est le même esprit d'appartenance, de distinction qui souffle dans l'uniforme scolaire de ces collèges privés – se distinguer et être distingué, selon l'expression de Claude Lelièvre, historien de l'éducation. Inspiré de l'uniforme militaire, l' uniforme scolaire est le garant de la discipline et du respect de la hiérarchie qui règnent dans ces établissements élitistes.


▲Élève de lycée, Costumes Français, planche n°124,vers 1810,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Le retour du collège, Busset, J. Duthé, vers 1812, Musée national de l'Éducation, Rouen
La mère et ses filles accueillent les garçons couronnés de lauriers, portant leurs livres de prix sous le bras.
Seul l'aîné, probablement lycéen, porte un uniforme scolaire.
Le plus jeune est habillé à la matelot, le cadet porte l'habit.
Portrait du prince Napoléon-Louis Bonaparte (frère de Napoléon III, mort en 1831),
Félix Cottrau, d'après Jean Baptiste Joseph Wicar, vers 1816, Châteaux de Malmaison et Bois-Préau

L'uniforme des lycées du Premier Empire devient le modèle de l' uniforme scolaire du XIXe siècle

Dans son grand projet de réforme et de réorganisation du système éducatif en France, Napoléon institue les lycées par la loi du 1er mai 1802. Les élèves sont astreints à une discipline militaire et portent un uniforme. C'est un habit, veste [gilet] et culotte bleus, à collet [col] et parements [revers] bleu céleste. Il est accompagné d'un chapeau rond jusqu'à l'âge de quatorze ans, au-delà, d'un chapeau français [bicorne]. Les boutons sont en métal jaune, ils portent une inscription, « Lycée », suivie du nom du lieu. En 1803, on réglemente aussi les costumes des écoles communales secondaires. Leurs élèves pensionnaires portent l'habit et la redingote ou capote de drap vert à boutons blancs, avec l'inscription « École secondaire » suivie du nom du lieu.

▲Boutons à la hussarde, Journal des dames et des modes, 1813, collection particulière

▲Garçonnet en uniforme de fantaisie inspiré de celui des hussards (détail), vers 1814
Journal des Dames et des Modes, Bibliothèque municipale, Rouen
Ensemble trois pièces à la hussard en toile de coton et habit dégagé, vers 1810
ph. Karin Maucotel, catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000, Palais Galliera, Paris

▲Costume en laine et soie porté par le « roi de Rome », fils de Napoléon Ier, vers 1814-1815
(Les mensurations du vêtement indiquent une taille 3-4 ans)
Garçonnet en costume de toile et spencer à double boutonnage et capote (détail),
Journal des Dames et des Modes, vers 1814, Bibliothèque municipale, Rouen

D'une manière générale, sous l'Empire, l'uniforme militaire influence considérablement la mode, y compris les modes féminine et enfantine. Les planches de modes abondent de détails « à la hussarde », par exemple des doubles boutonnages, des rabats contrastés, des chapeaux et capotes en forme de casques avec panache, de redingotes et spencers à galons et boutons dorés...

▲Le premier uniforme, dessin satirique paru dans Le Charivari et La Caricature,
Charles Marie de Sarcus dit Quillenbois, vers 1850, Musée national de l'Éducation, Rouen
Le collégien (peut-être Abel Chambaud), Jean Baptiste Camille Corot, 1854, Musée du Louvre, Paris

▲Nos collégiens en promenade, vers 1860, Edmond Lavrate,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Un lycéen à sa table de travail, Alphonse Royer, 10 ans, Anonyme, 1859,
Musée national de l'Éducation, Rouen
Tristan Corbière en uniforme de lycéen, photographe inconnu, vers 1862, vente Sotheby's 2010

▲Photo de classe, École Saint-Charles, Saint-Brieuc, photographe anonyme, vers 1867-1871,
collection privée sur Wikimedia Commons

▲Uniformes de lycée, La Belle Jardinière, Catalogue Été 1880, page 10,
Bibliothèques municipales spécialisées de la ville de Paris

▲Portrait de Paul Bourget en uniforme de Sainte-Barbe, Auguste Muriel, vers 1870,
Musée national de l'Éducation, Rouen
Uniformes de lycée, La Belle Jardinière, Catalogue Hiver 1880-1881, page 12,
Bibliothèques municipales spécialisées de la ville de Paris

▲Photographie de classe de 4e, Collège Sainte-Barbe, 1884-1885, Archives Collège Sainte-Barbe, Paris
Complet, veste uniforme genre Sainte-Barbe, La Belle Jardinière, Catalogue spécial 1890, page 19,
Bibliothèques municipales spécialisées de la ville de Paris

▲Photographie de classe (et détail), collège jésuite Saint-Louis de Gonzague, Paris,
photographe anonyme, vers 1900, Archives du Lycée Saint-Louis de Gonzague sur Wikimedia Commons

▲Photographie de classe (la 3e division), Institution Saint-François-Xavier, Vannes (Morbihan),
ph. David et Vallois, Paris, vers 1925, Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Photographies de communiants revêtus de l' uniforme scolaire de leur institution,
fin XIXe-déb. XXe siècle, sur eBay

L'uniforme d'allure militaire perdure dans les collèges et les lycées privés tout au long du XIXe siècle, et pendant la première moitié du XXe siècle. Il peut être confectionné sur-mesure, mais peu à peu au XIXe siècle, les grands magasins comme ceux du Louvre, ou La Belle Jardinière, le proposent dans des rayons spéciaux ou par correspondance. L'établissement est parfois mentionné, comme Sainte-Barbe dans les catalogues des Grands Magasins du Louvre. Les boutons dorés sont en option. Pour leur première communion, les garçonnets sont souvent photographiés revêtus de l' uniforme scolaire de leur institution.

▲Collégien en costume (détail), ph. Touzery, vers 1870,
Jeune homme en uniforme de lycéen (détail), ph. Rinquart, vers 1870,
- Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Uniforme et élève de l'Institution Livet, Nantes, vers 1875-1885,
Archives Lycée Livet, Nantes

▲Photographie de classe, Institution Livet, Nantes, avant 1900,
Archives Lycée Livet, Nantes

▲Uniforme du Collège Stanislas, Paris, vers 1870
La tunique est en drap bleu national.
Collège Stanislas, Concours général 1894, collection particulière sur Wikimedia Commons
▼et détails : Neuf boutons dorés portent les armoiries du collège
avec l'inscription Collège Stanislas et la devise « Français sans peur »
Le collet est orné de l'insigne à double branche laurier tissée en cannetille or.

▲Uniforme de lycéen du lycée Saint-Louis, Marseille, vers 1880, Palais Galliera, Paris sur Paris Musées
Portrait de garçon en uniforme scolaire, ph. Guillerot Jamin E. Chappelard, vers 1880,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Photographie de classe, École Saint-Joseph, 1898, Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Photographie de classe (la 4e division), Institution Saint-François-Xavier, Vannes (Morbihan),
ph. David et Vallois, Paris, vers 1925, Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Capote, pèlerine, La Belle Jardinière, Catalogue spécial 1890, page 18,
Bibliothèques municipales spécialisées de la ville de Paris
Pensionnat de garçons, Buchy, carte postale, ph. Marcel Acloque, 1913, Musée national de l'Éducation, Rouen

La Belle Jardinière, Catalogue spécial jeunes gens et enfants, été 1899, page 3,
Bibliothèques municipales spécialisées de la ville de Paris

Les mêmes caractéristiques stylistiques se retrouvent d'une institution à l'autre. Inspirés du style militaire, ces uniformes scolaires sont confectionnés en drap de laine aux coloris sombres, le plus souvent bleu marine. Ils sont ornés d'un, deux ou trois rangs de boutons dorés. L'insigne de l'institution figure parfois en broderie sur le col. Une casquette ou un képi à galons dorés ou décor de couleur vive et un ceinturon terminent la tenue.

Les collégiens les plus jeunes portent parfois un col blanc agrémenté d'un noeud lavallière sous leur veste à boutons dorés, ou encore un uniforme inspiré du costume marin, premier vêtement créé spécifiquement pour l'enfant, dans les années 1850 [Lire sur Les Petites Mains : Le Costume marin]. Leur culotte est plus courte. Par-dessus l'uniforme, tous portent une cape ou un manteau de type caban ou redingote militaire.


▲Demoiselles de la Maison royale de Saint-Louis dite Saint-Cyr,
de la 2e classe, portant le ruban jaune, et de la 4e classe, portant le ruban rouge,
Nicolas Arnoult grav., vers 1690, Musée national de l'Éducation, Rouen
Les demoiselles de la 1e classe portent le ruban bleu, de la 2e classe, le ruban jaune,
de la 3e classe, le ruban vert, de la 4e classe, le ruban rouge.

▲Portrait d'une élève de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, Dubois, peintre non déterminé, vers 1820
Dames éducatrices et élèves de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, Saint-Denis, vers 1830-1840,
- Musée national de la Légion d'Honneur, Paris

▲Photographie de classe de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, Saint-Denis,
ph. Pierre Petit, 1907, collection privée sur Wikimedia Commons

▲Photographie de classe de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, Saint-Denis, vers 1910,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Uniforme de fillette des maisons d'éducation de la Légion d'Honneur, classe de 3e, vers 1977,
Palais Galliera, Paris sur Paris Musées
Élève de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur, Paul Almasy, photographe de presse,
année non précisée, sur eBay

▲Pension de demoiselles, Jean Duplessi-Bertaux, fin XVIIIe siècle, Musée Carnavalet, Paris sur Paris Musées

▲Pensionnat de demoiselles, Félix Fortuné Delarue, 1830, Musée Carnavalet, Paris sur Paris Musées

▲Photographie de classe, jeunes filles en uniforme, vers 1910, Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Photographie de classe, Institution Sainte-Agnès, Asnières, ph. Jules David, vers 1930,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Photographie de classe, Institution de Marie-Immaculée (5e classe), Montluçon, 1939,
ph. Tourte & Petitin, Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Publicité Jacadi parue dans Madame Figaro, septembre 1994, collection privée

Les uniformes scolaires des filles

Au début du XIXe siècle, la plus célèbre école pour filles, qui sert de modèle, est la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur. Elle est instituée par Napoléon Ier pour les jeunes filles pauvres ou orphelines de guerre dont les parents ont mérité la Légion d'honneur. Elle s'inspire de la Maison royale de Saint-Louis créée par Madame de Maintenon et Louis XIV à Saint-Cyr pour l'éducation de jeunes filles nobles désargentées. D'abord blanc sous l'Empire, à partir de la Restauration, l'uniforme est constitué d'une robe bleu marine à col blanc, complété par une ceinture en ruban portée en baudrier, dont la couleur varie selon la classe d'âge. Modernisé, il est toujours en vigueur aujourd'hui.

Mais la plupart des écoles et pensionnats privés de fillettes et jeunes filles n'imposent pas l' uniforme scolaire avant la fin du XIXe siècle, lorsque les premiers lycées publics de filles ouvrent vers 1880, dans le cadre de l'instruction obligatoire des filles. Les écoles de filles reproduisent alors les usages des écoles de garçons, uniformes bleu marine à col blanc ou col marin. Parfois l'uniforme se réduit à un tablier foncé agrémenté d'un col blanc impeccable. Au XXe siècle, inspirée de la robe de gymnastique, la robe chasuble, noire, grise ou bleu marine, est constituée d'une jupe à pli creux et d'un corsage de forme tunique, avec ou sans manches. L'objectif de ces uniformes scolaires est encore de se distinguer en tant qu'élève d'une école privée. Cette tradition élitiste a perduré jusqu'aujourd'hui dans certaines écoles privées.


▲La tache noire, Albert Bettanier, 1887, Deutsches Historisches Museum, Berlin
Lire l'analyse sur L'Histoire par l'image.

▲La tache noire, planche illustrant la perte de l'Alsace-Lorraine, Firmin Bouisset Michelet graveur, 1898,
Musée national de l'Éducation, Rouen
Des écoliers viennent en aide à deux fillettes, Jeanne et Marie,
respectivement originaires de Lorraine et d'Alsace, chassées de leur région par les Prussiens.
Ils jurent de reprendre les territoires perdus et s'y emploient en s'entrainant dans un bataillon scolaire.

▲Six enfants formant un bataillon scolaire, avec étendard, armes et instruments,
Pellerin et Compagnie, Épinal, vers 1880,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Bataillon scolaire, Saint-Denis, tirage moderne d'un cliché ancien, 1881,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲La revue des bataillons scolaires à la Fête du 14 Juillet, Un futur soldat, dess. M. Guth,
L'Illustration Journal Universel, 18 juillet 1885, collection privée
Le bataillon scolaire, Pellerin imprimeur-éditeur, Épinal, vers 1885
- Musée national de l'Éducation, Rouen

▲Exercices de tir, École communale de Saint-Pierre-d'Irube, mai 1899,
Musée national de l'Éducation, Rouen

▲École Pellerin, Beauvais, Exercices militaires, maniement de l'arme, tir, vers 1900
l'image montre un bataillon scolaire en exercice, les fusils sont fictifs.
Tu seras soldat, Histoire d'un soldat français, Récits let leçons patriotiques d'instruction et d'éducation militaires,
Lecture courante, Cours moyen et supérieur, Émile Lavisse, Livre scolaire, 1903
- Musée national de l'Éducation, Rouen

Les bataillons scolaires de la République

En 1882, en même temps qu'elle instaure l'école laïque obligatoire pour tous par l'intermédiaire de Jules Ferry, son ministre de l'instruction publique, la jeune Troisième République met aussi en place les bataillons scolaires. La défaite de 1870, ressentie comme une humiliation, nourrit un esprit de revanche contre l'Allemagne.

La victoire ennemie étant soi-disant due à une meilleure préparation des Prussiens, on entreprend d'éduquer la jeune génération par des leçons de morale et un patriotisme exacerbé. Les écoliers portent l'espoir de la réparation pour tout un peuple. On leur enseigne, dans le cadre scolaire, le maniement d’armes, le tir, ils pratiquent la gymnastique, des exercices militaires, qui deviennent matières d’enseignement. Ce mouvement est fortement relayé par la presse et l'imagerie d'Épinal.

Mais l'entretien d'un bataillon scolaire se révèle bien trop coûteux pour la plupart des communes. Cette innovation est un échec. Elle est abandonnée en 1890. Les exercices militaires à l’école sont remplacés par l’éducation physique. L'organisation des bataillons scolaires est laissée aux associations sportives et paramilitaires qui exercent dans un cadre de volontariat.

Cette période, si particulière dans notre histoire, nous vaut une série de photographies de groupes d'écoliers et collégiens portant parfois un uniforme, y compris dans les écoles laïques de la République. L'esprit revanchard aboutira à un traumatisme encore plus grand, la Première Guerre mondiale [Lire sur Les Petites Mains : Il y a cent ans, la rentrée scolaire 1914].

▲Leçon de morale, la lutte anti-alcoolique dans une école du Pas-de-Calais, ph. anonyme, vers 1900,
Musée national de l'Éducation, Rouen

En conclusion, on peut affirmer qu'en France ni les écoles paroissiales, ni les écoles communales laïques instituées par la République n'ont imposé d'uniforme aux écoliers, contrairement à certaines institutions privées élitistes dont on distingue les élèves à leur costume. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, l'école laïque, gratuite et obligatoire, s'adresse à tous. Jusqu'aux années 1960, le vêtement pèse dans le budget des familles, le coût d'un uniforme ne peut être envisagé. C'est dans ce contexte qu'apparaît la blouse ou tablier d'écolier, qui protège le vêtement. C'est le sujet du prochain article des Petites Mains.

Lire aussi sur Les Petites Mains : Histoire du tablier d'écolier (1) 1882-1930



2 commentaires:

  1. Bravo et merci pour vos articles si bien documentés

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    1. Merci, Elisa, pour ce commentaire encourageant.
      Bien cordialement, Popeline

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