13 mars 2015

Jeanne Lanvin, une couturière passionnée d'art et d'histoire



Le Palais Galliera présente, jusqu'au 23 août 2015, une magnifique exposition consacrée à Jeanne Lanvin, fondatrice de la plus ancienne maison de couture française encore en activité ; elle a célébré ses 125 ans en 2014 [L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création]. Les modèles et accessoires les plus emblématiques du style de Jeanne Lanvin, conservés à Galliera, et des pièces du Patrimoine Lanvin y sont exposés. Alber Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin, est associé à la scénographie.

▲Vues de l'exposition Jeanne Lanvin, du 8 mars au 23 août 2015, photographies Pierre Antoine
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
et L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création
On aperçoit dans les vitrines les robes Béatrice (1926), Salambo (1925) et Colombine (1925)

Au-delà du luxe des robes romantiques, délicates et précieuses, si féminines, qui sont l'image de Jeanne Lanvin, l'exposition met en avant l'excellence de ses techniques. Elle s'affranchit de la chronologie pour mettre l'accent sur l'esthétique et les détails décoratifs des modèles. Le visiteur découvre l'exigence d'un savoir-faire d'une stupéfiante virtuosité, de techniques décoratives variées, aux superbes détails de broderies, de surpiqûres, perles, paillettes, strass, franges, applications, incrustations, matelassés, de contrastes ou subtiles harmonies dans les effets de coupes et de couleurs, d'opposition de mat et brillant, de transparences et opacités, de découpes et d'entrecroisés, de noir et or, noir et blanc, sans oublier le fameux « bleu Lanvin »...

Cet exercice du détail, soigné et créatif, réalisé dans des matières exceptionnelles, le plus souvent de la soie, promet bien des émotions au visiteur, et quelques surprises à ceux qui auraient tendance à réduire le style Jeanne Lanvin au registre de l'Art déco 1925 ou au classicisme de la « robe de style ». « Je pense que nous sommes arrivés à faire une exposition autour du rêve et de la mode » écrit Alber Elbaz dans l'avant-propos du dossier de presse.

▲à g. : Jeanne Lanvin avec un modèle, photographie Laure Albin-Guillot, 1930
Roger Viollet - Getty Images sur Tumblr
à dr. : Les mains de Jeanne Lanvin, photographie François Kollar, 1937
sur Agence photographique de la RMN

D'où vient l'inspiration d'un créateur ? Comment nourrit-il sa curiosité ? Comment travaille-t-il ? Qu'est-ce que le style ? Autant de questions qu'on se pose à propos de Jeanne Lanvin, femme modeste et discrète au destin exceptionnel, grande dame de la couture, tant l'esprit de la marque tient de l'émotion comme art de vivre. En parallèle à l'exposition du Palais Galliera – et même si le sujet sort de mon champ d'étude, la mode enfantine – je veux ici aborder, à travers le cas de Jeanne Lanvin, les « mystères » du processus créatif de la mode.

▲à g. : Jeanne Lanvin et sa fille Marguerite, née le 6 août 1897
à dr. : Marguerite di Pietro, fille de Jeanne Lanvin, vers 1903
– Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲Marguerite di Pietro, fille de Jeanne Lanvin, photographie Paul Nadar, 1902-1903
Les Arts décoratifs, Paris

▲Poupées Lafitte Désirat aux effigies de Jeanne Lanvin et de sa fille, 1914
Lafitte Désirat (des noms accolés de femmes mariées des deux sœurs créatrices)
est le nom de marque de poupées de mode en têtes de cire peintes,
miroir de la mode entre 1905 et le début des années 1920.
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
Jeanne Lanvin collectionne les poupées, mi-objet de collection mi-mannequin.
Dans son bureau figurent deux poupées représentant Jeanne et Marguerite costumées,
image qui participe à la création du logo de la marque.

▲à g. : Pages d'un livre d'échantillons de broderies, 1918-1919
à dr. : Volet de fenêtre de la villa de Jeanne Lanvin, La Chêneraie, au Vésinet
– Patrimoine Lanvin sur Pinterest
Jeanne décline en toutes occasions et sur tous supports le prénom de sa fille chérie.

▲à g. : Robe Reine Marguerite, dessin 1923-1924
à dr. : Échantillon de perlage pour un motif marguerite, été 1926
– Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲Page d'un album d'échantillon de broderie à motifs de marguerites
– Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲à g. : Robe Marguerite, années 1930
à dr. : Échantillon de broderie pour un motif de marguerites, 1941
– Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Marguerite dans la robe de mariée créée par sa mère,
photographie Nadar, parue dans Vogue, septembre 1917
(Elle épouse en premières noces, en mai 1917 René Jacquemaire, petit-fils de Georges Clémenceau)
à dr. : Robe de mariée de Marguerite, Jeanne Lanvin, 1917
– Patrimoine Lanvin sur Pinterest

Jeanne Lanvin a deux passions : son entreprise et sa fille

Née sous le Second Empire en 1867, d'origine modeste, Jeanne Lanvin commence à travailler dès l'âge de treize ans comme modiste. Travailleuse volontaire et opiniâtre, avec un sens pointu des affaires – et du marketing avant même qu'il n'existe – elle économise sou par sou pour monter et financer peu à peu son affaire, en 1889. Elle crée des chapeaux. Jeanne Lanvin a deux passions, sa « maison de commerce » et sa fille, Marguerite Marie Blanche, née en 1897. L'amour éperdu de Jeanne pour Marguerite, sa première source d'inspiration, sa muse, sa princesse, la conduit à entrer en couture en 1909.

C'est pour sa fille que Jeanne Lanvin crée des vêtements, pour l'enfant, pour la jeune fille, puis pour la jeune femme. Discrète, réservée, Jeanne fera son chemin jusqu'à la consécration, loin des cercles mondains, pendant que Marguerite deviendra Marie-Blanche, comtesse de Polignac, personnalité du Tout-Paris. « C'est pour émerveiller sa fille que, de fil en aiguille, elle émerveilla le monde » écrit sa première biographe, Louise de Vilmorin.

▲La relation mère-fille résume l'esprit des créations de Jeanne Lanvin.
Le logo Lanvin, dessiné par Paul Iribe d'après une photographie de Jeanne et Marguerite
dansant lors d'un bal costumé en 1907, retravaillé par Armand-Albert Rateau,
est animé par Maxime Paccalet à l'occasion de la Fête des Mères 2014,
année anniversaire des 125 ans de la maison Lanvin.
Il figure sur les invitations, les emballages et sur le flacon boule noir du parfum Arpège,
créé en 1927 à l'occasion de l'anniversaire des 30 ans de Marguerite Marie-Blanche (ici en bleu de Sèvres)
« On dirait un arpège ! » aurait dit Marguerite, musicienne accomplie, en le découvrant.
– Patrimoine Lanvin sur L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

Cette touchante relation filiale est à l'origine du logo de la maison, qui représente une mère et sa fille, et qui résume à lui seul l'esprit de la maison Lanvin. En mars 2013, Les Petites Mains ont clos une série d'articles sur la mode enfantine et le luxe par un focus sur la collection Lanvin Petite, ligne haut de gamme pour les fillettes, dessinée par Alber Elbaz, comme un « retour aux sources » de la maison Lanvin. Je vous invite à lire et à découvrir ou redécouvrir le parcours de Jeanne Lanvin sur Les Petites Mains, De Jeanne Lanvin à Lanvin Petite, un retour aux sources.

▲Roger Schall réalise en 1936-1937 un reportage photographique dans la maison Lanvin,
qui emploie alors jusqu'à 1200 personnes ; chaque atelier comprend une quarantaine d'ouvrières.
Patrimoine Lanvin sur Pinterest

Jeanne Lanvin, une couturière historienne

Toujours sobrement habillée de noir, Jeanne Lanvin, discrète, sévère, au physique plutôt ingrat, ne joue pas à être une artiste ni une figure mondaine de la mode. Elle est « Patronne », comme la nomment ses employés. L'organisation du travail de création et de construction des collections Lanvin est rodée depuis les débuts, elle passe par l'intermédiaire indispensable de la modéliste maison, Mademoiselle Renée, extrêmement dévouée, qui loge dans un appartement attribué « à vie » dans la même rue.

Car Jeanne Lanvin ne dessine pas, elle n'est pas non plus une modéliste, ses connaissances des techniques de la couture – toile, patronage, coupe – sont limitées. Cela ne fait pas de son cas une exception. Mais elle sait ce qu'elle veut et entend bien être l'inspiratrice de ses modèles. Ses directives précises passent via Mademoiselle Renée aux premières d'atelier et autres collaboratrices chargées d'interpréter et de réaliser. Entre 1918 et 1939, Jeanne Lanvin crée près de seize mille modèles, un chiffre énorme pour une maison de couture.

▲Le bureau-bibliothèque de Jeanne Lanvin, aménagé vers 1930 par Eugène Printz,
Gardé intact dans la maison Lanvin, les carnets et archives qu'il conserve
témoignent de la manière de travailler très singulière de la couturière.
Portraits de Jeanne Lanvin, en ht : photographie James Edward Abbe, vers 1930,
en bas : photographies Roger Schall, 1936
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création
sur Pumpkin Paradise et Pinterest

▲Dans les étagères de la bibliothèque figurent, reliés, des journaux de modes anciens de toutes époques :
La Galerie des Modes et Costumes français voisine avec Les Modes parisiennes, Le Journal des Demoiselles,
Le Journal des Dames et des Modes, Le Magasin des Demoiselles, La Mode illustrée...
Une photographie par Henri Manuel, parue dans Les Modes en 1912,
montre les gravures de mode anciennes aux murs des salons de vente.
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲Jeanne Lanvin lors d'un voyage en Italie, 1900
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲Jeanne Lanvin lors d'un voyage en Égypte, vers 1920
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

Dès les premières années de son activité, Jeanne Lanvin revendique l'image d'une couturière inspirée à la fois par l'histoire et par les arts. Dans le numéro spécial de La Gazette du Bon Ton, consacré à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, il est écrit : « Lanvin fait son miel de toutes belles choses, de l'harmonie antique et des colifichets du Second Empire, de la pureté des Primitifs et des magnificences vénitiennes, des coquetteries de la Pompadour et du charme vieillot de 1830, pour fondre en son creuset ces mille éléments divers et renouveler le 'style' ». [Lire la totalité de l'article sur Gallica – faire glisser jusqu'à la vue 174-175]. Depuis ses débuts, elle expose habilement dans ses salons de vente des gravures de mode anciennes, comme pour se placer dans la lignée d'une tradition du métier. Surtout, elle a une manière très particulière de travailler, en rassemblant année après année une riche et abondante documentation, à la fois outil professionnel et musée imaginaire, qui l'inspire, qu'elle manipule comme une palette de formes et de couleurs au service de sa création.

Sa bibliothèque, gardée intacte dans la maison Lanvin, est un fonds unique en son genre. En plus des innombrables dessins et gouaches – parfois aussi délicats et fins que des enluminures médiévales, on peut les voir de près à l'exposition – et des échantillons de broderies et de perlages de ses propres collections, y figurent des livres d'art et monographies d'artistes, des séries de cartes postales, de photographies de peintures, de sculptures et d'architecture, de gravures de modes et de journaux anciens, des échantillons de matières, des boutons et toutes sortes d'objets glanés par Jeanne au hasard de ses lectures et de ses déplacements. S'y ajoutent des textiles et des costumes anciens, ethniques et exotiques (saris indiens, broderies coptes, soieries persanes...) qu'elle fait reproduire ou adapter, ou parfois réemployer tels quels.

Jeanne Lanvin laisse volontiers raconter dans la presse qu'elle est inspirée par ses voyages, notamment en Italie. On peut lire dans l'édition française de Vogue, en novembre 1920 : « On sent que la ligne et l'ornement ne sont pas seulement dus à l'imagination d'un dessinateur et à l'habileté de l'ouvrière, mais que chaque modèle a nécessité des recherches dans des gravures historiques, des visites aux musées du costume et des notes prises à la Bibliothèque nationale ».

▲à g. et à dr. : Manteau de soie violette brochée de soie bleue, Jeanne Lanvin 1913
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
au centre : Motif sassanide « au faisan », Iran, VIIe-VIIIe siècles, conservé à l'Abbaye de Jouarre

▲à g : Tunique de garçonnet à la russe, satin de soie ivoire, Jeanne Lanvin, 1914
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Philippe Alexandre Marie, duc de Wurtemberg, âgé de 3 ans, François Xavier Winterhalter, 1841
Châteaux de Versailles et Trinanon sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g : Chapeau Jeanne Lanvin, Les Modes, 1913, Gallica, BnF, Paris
à dr. : Autoportrait, Rembrandt van Rijn, 1633
Staatliche Museen, Preußischer Kulturbesitz, Gemäldegalerie, Berlin

▲à g. : Mademoiselle de Camargo dansant, Nicolas Lancret, vers 1730
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg sur wikipédia
au centre et à dr. : Robe de style en lamé de soie, Jeanne Lanvin, 1922
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Casaquin en damas gros de Tours, vers 1725-1750
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris sur Base Joconde
à dr. : Robe Jeanne Lanvin, vers 1923, sur Christie's, Londres

▲à g. et à dr. : Robe de style Jeanne Lanvin en soie, brodée de fils métalliques et perles de verre, 1924
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Détail d'une robe de cour en soie pour femme, Dynastie Qing, Chine, XVIIIe siècle

▲à g. : Portrait de Sophia Orlova Denisova, Pimen Nikitich Orlov, 1835
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Elle porte une coiffure traditionnelle russe, le kokoschnick.
au centre : Jeanne Lanvin et un mannequin, 1921, sur Tumblr
à dr. : Chapeau Jeanne Lanvin, 1925, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Veste brodée Jeanne Lanvin, vers 1925
au centre : Plaque de revêtement en céramique représentant une calligraphie, Iran, 1350-1400
Musée du Louvre, Paris, sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Chapeau Jeanne Lanvin, Le Persan, L'Officiel de la Mode, septembre 1938
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou

▲à g. : Robe du soir en taffetas de soie noir, Jeanne Lanvin, 1926
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Portrait de Catherine de Médicis, reine de France, Tito di Sandi, XVIe siècle
Galerie des Offices, Florence, sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Robe chasuble Jeanne Lanvin, vers 1935, sur Fashion Bank
au centre : Prise de Jérusalem par les Croisés (détail), Roman de Godefroy de Bouillon, 1337
sur Le Livre scolaire
à dr. : Robe Fausta en mousseline de soie et crêpe de soie, Jeanne Lanvin, 1928
sur le blog So Not a Princess

▲à g. : Le Chrysler Building, New York, inauguré en mai 1930 sur sur Wikimedia Commons
à dr. : Manteau court en mousseline de soie bleue, brodé au crochet de fils métalliques or et fils de soie bleus,
rangée d'écailles superposées, Jeanne Lanvin, 1928
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲Robe Concerto, Jeanne Lanvin, 1935
Elle est emblématique d'une inspiration de style « monacal » de la couturière pendant les années 30.
Modèle : Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
Dessin et photographie : Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Robe Jeanne Lanvin, L'Officiel de la Mode, avril 1936
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou
au centre : Portrait de Élisabeth de France, reine d'Espagne, XVIIe siècle
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Robe Jeanne Lanvin, photographie Boris Lipnitzki, 1934
sur la magnifique galerie dovima_is_devine sur Flickr

▲à g. : Cape en organdi bordée de dentelle, Jeanne Lanvin, photographie Horst P. Horst, 1935
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou
à dr. : Canezou, planche des Costumes Parisiens (détail), août 1835
sur le blog Costumière Hystérique
Je profite de l'occasion pour remercier l'auteure de ce blog intéressant et attachant
de mettre à disposition de ses lecteurs d'excellents comptes rendus et scans de ses recherches.

▲à g. : Chapeau Jeanne Lanvin, Mosquée, L'Officiel de la Mode, septembre 1935
au centre : Portrait de Barbara de Vlaenderberch, Hans Memling, 1472-1475
Musées royaux des Beaux Arts de Belgique, Bruxelles
à dr. : Chapeau Jeanne Lanvin, Panache, L'Officiel de la Mode, octobre 1937
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou

▲à g. : Chapeau Jeanne Lanvin, Bicorne, illustration Schompre, 1937
au centre : Le marquis de Flavigny, Louis Carrogis dit Carmontelle, XVIIIe siècle
Musée Condé, Chantilly sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Robe du soir Jeanne Lanvin, illustration René Bouché, 1939,
sur hprints

▲à g. : Portrait de femme, Paolo Calaiari dit Véronèse, 1528 sur wikipédia
à dr. : Robe My Fair Lady, rubans en biais d'organdi et tulle, grand nœud en taffetas, Jeanne Lanvin, 1939
Patrimoine Lanvin sur Pinterest

En fait de voyage ou de visites dans les musées ou les bibliothèques, sa pratique de styliste est surtout faite d'un travail tout intérieur dans son bureau-bibliothèque. Inlassable et obstinée, elle récupère, elle découpe, elle dispose et juxtapose les images glanées en de libres combinaisons, elle colle... Mais, à la différence d'un Mariano Fortuny qui veut rester au plus près de ses sources, Jeanne Lanvin écarte la reconstitution. Elle se revendique de son temps. Sa touche créative personnelle et originale est une étonnante symbiose entre réminiscences culturelles, historiques, exotiques, symboliques, et modernisme.

▲à g. et à dr. : Vue de l'hôtel particulier de la rue Barbet de Jouy de Jeanne Lanvin,
décoré par Albert-Armand Rateau, vers 1920-1922, Patrimoine Lanvin sur Pinterest
On remarque les motifs décoratifs « marguerite », en hommage à sa fille, et une partie de ses collections.
au centre : Jeanne Lanvin dans son hôtel particulier, photographie Boris Lipnitzki, 1932
galerie dovima_is_devine sur Flickr

▲Pour l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925,
qui voit le triomphe mondial de l'« Art déco », Jeanne Lanvin reçoit la responsabilité d'organiser
la mise en scène de la classe 20 du « vêtement », l'une des 37 divisions ou « classes » représentées.
Le haut luxe français est présenté dans un hall grandiose du Grand Palais,
qui comprend salons de réception, salle des fêtes, une galerie, un jardin et un salon de thé,
réalisés par l'architecte Robert Fournez et le décorateur Armand Rateau.
4 000 personnes assistent à l'inauguration, le 28 avril ; la fréquentation se compte
en milliers de visiteurs par jour pendant les six mois de manifestation.
À l'heure du bilan, Jeanne Lanvin est nommée pour la Légion d'honneur,
qu'elle reçoit des mains de son ami Sacha Guitry
sur hprints, librairie Diktats, Pinterest et Gallica, BnF, Paris▼

▲Les créations Lanvin figurent en plus dans le très sélectif et prestigieux Salon de l'Élégance,
dévolu au grand luxe parisien ; mais les mannequins Siegel, très novateurs, ne font pas l'unanimité.
Jeanne Lanvin y présente certaines des plus belles créations de toute son œuvre,
dont ses « robes-bijoux », qu'on peut voir dans toute leur splendeur à Galliera,
grâce à d'astucieux effets de miroir et de « vitrines piano » créées spécialement pour elles.▼

▲De ht en bas : – Robe Cavallini, portée avec la cape rouge Rita ;
le nœud, très présent dans l'oeuvre de Jeanne Lanvin, symbolise le lien indéfectible qui unit la mère et la fille ;
– Robe La Duse (non griffée), satin de soie et tulle vert absinthe, broderies de perles, de strass et tubes argentés ;
– Robe Mille et Une Nuits (non griffée), crêpe de soie vert absinthe, lamé brodé de perles,
cristaux Swarovski et tubes transparents ;
– Robe Maharamée (non griffée), crêpe et satin de soie rose, broderies de perles fines en verre
et demi-tubes blancs, fils métalliques or, applications de lamé or ;
– Robe Lesbos (non griffée), satin de soie vert absinthe, broderies de perles de verre et de tubes argentés,
elle se porte avec la cape Clair de Lune :
– Robe pour enfant, Les Petites Filles modèles, organdi crème,
broderies de rosettes en organdi bleu et dentelle noire, fond de robe crème ;
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
et Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲à g. : Tenue de scène pour Mistinguett, 1926-1927
à dr. : Tenue de scène pour Jane Renouardt, 1929
Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Dernier essayage avec Yvonne Printemps, 1939
Patrimoine Lanvin sur Pinterest
Arletty dans Les Enfants du Paradis, film d Marcel Carné, costumes Mayo, 1945
sur batcol.com

▲Le parfum Arpège est lancé en 1927
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

Éprise de culture, Jeanne Lanvin est une esthète et une mécène. Elle collectionne les tableaux impressionnistes de Degas et Renoir, ceux de Jean-Louis Forain, Alfred Stevens, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard... Son portrait, réalisé par ce dernier, figure en bonne place dans son bureau. Par ailleurs, elle collabore avec la scène théâtrale et le cinéma. Elle fréquente assidûment les théâtres parisiens. Elle habille les actrices, comme Jane Renouardt, et surtout Yvonne Printemps – à la scène comme à la ville – qui devient sa seconde « muse ». En 1944, dans le contexte de pénurie et de privations des années de guerre, Jeanne Lanvin ouvre généreusement ses réserves de fournitures à Mayo, costumier du film Les Enfants du Paradis ; la robe d'Arletty dans la scène du théâtre n'est pas sans rappeler la « robe de style » Lanvin.

Jeanne Lanvin baigne dans un environnement artistique très fort. Elle confie au décorateur architecte Albert-Armand Rateau la décoration de son hôtel particulier de la rue Barbet de Jouy [aujourd'hui visible aux Arts décoratifs], de sa villa du Vésinet – le décorateur y décline en boiseries et en tentures murales le motif de la marguerite, hommage de la mère à sa fille – et ouvre en 1920 la boutique « Lanvin Décoration » au 15 rue du faubourg-Saint-Honoré, qui sera son unique déconvenue commerciale.

Pour Jeanne Lanvin, la création s'inscrit dans un univers global – que les techniques de marketing nommeront plus tard le lifestyle – il n'y a pas de frontière entre la mode, le mobilier et le décor du quotidien. Le vêtement est un élément de l'art de vivre. On est de son temps, le sien est celui de l'Art décoratif. Au-delà de l'émouvant symbole mère-fille, la griffe dessinée par Paul Iribe, multipliée en lettres d'or sur la célèbre boule noire créée par Albert-Armand Rateau pour le mythique parfum Arpège, est le symbole accompli de cet univers émotionnel et artistique global de Jeanne Lanvin.

▲Jeanne Lanvin habillée de l'une de ses robes, vers 1900-1910
sur Little Luxury List

Les robes de Jeanne Lanvin : de la robe « Directoire » à taille haute à la « robe de style »

Les codes de Lanvin ne sont pas très prégnants, et c'est surtout pour ses robes que Jeanne Lanvin est connue. Elle conçoit, au départ pour les enfants et les jeunes filles, des chapeaux et des vêtements qui leur donnent une grande liberté de mouvement. Ces tenues d'allure juvénile, confortables et cependant élégantes, plaisent aux jeunes femmes, parmi lesquelles des actrices célèbres comme Geneviève Lantelme, Jane Renouardt, Mary Pickford. On adore ses robes assorties mère-fille.

▲à g. : Robe de dîner et chapeau, Jeanne Lanvin, 1909
photographie Henri Manuel Frères pour Les Modes, Gallica, BnF, Paris
au centre et à dr. : Robe de mousseline de soie noire, rebrodée, Jeanne Lanvin, 1909
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲à g. : Robe d'après-midi, Jeanne Lanvin, Les Modes, octobre 1909
au centre : Robes du soir Jeanne Lanvin, vers 1911
Kyoto Costume Institute, Kyoto
à dr. : Toilette et chapeau Jeanne Lanvin, Les Modes, juillet 1910
sur Gallica, BnF, Paris

▲à g. : Robe d'après-midi de style Directoire, Jeanne Lanvin, vers 1900-1910
sur Vogue Italie
au centre et à dr. : Robe de mousseline attribuée à Jeanne Lanvin, 1919
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. et à dr. : Robe d'après-midi en crêpe imprimé de rayures et applications en tulle, Jeanne Lanvin, 1909
au centre : Carton d'invitation Jeanne Lanvin, vers 1913
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲à g. : Corsage de robe en taffetas de soie, Jeanne Lanvin, vers 1908-1918
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Ève Lavallière habillée par Jeanne Lanvin, en couverture de Les Modes, septembre 1912
sur Gallica, BnF, Paris

▲à g. Toilette et chapeau, Jeanne Lanvin, Les Modes, octobre 1909
à dr. : Robe d'après-midi et chapeau, Jeanne Lanvin, Les Modes, novembre 1912
sur Gallica, BnF, Paris
au centre : Robe en soie rebrodée de perles de verre, Jeanne Lanvin, 1916
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Geneviève Lantelme en capuchon et robe Jeanne Lanvin, Les Modes, juin 1910
à dr. : Ève Lavallière en Jeanne Lanvin, Les Modes, septembre 1912
sur Gallica, BnF, Paris
au centre : Le mannequin Anaïs, Jeanne Lanvin, 1910
sur la somptueuse galerie dovima_is_divine sur Flickr

▲à g. : Marthe Debienne, danseuse, en Jeanne Lanvin, Les Modes, février 1914
au centre : Jane Renouardt, actrice, en Jeanne Lanvin, Les Modes, 1919
sur Gallica, BnF, Paris
à dr. : Mary Pickford, actrice, habillée par Jeanne Lanvin, vers 1920
galerie dovima_is_divine sur Flickr

Dès l'hiver 1910-1911, elle propose pour sa ligne femme des robes fluides à la taille haute, à la jupe étroite et droite, longues et peu cambrées, dans la ligne des robes Directoire et Empire lancées en 1907 par Paul Poiret. Elles sont accessoirisées de volumineux chapeaux qui ne sont pas sans rappeler les extravagances des merveilleuses. Les tissus transparents, blanc ou en couleur, se superposent en double robe ou en tunique, avec parfois des amorces de traîne. Les modèles sont perlés et brodés. On trouve déjà cette tendance raffinée et travaillée qui deviendra l'une des spécialités de la couturière.

▲à g. : Robe du soir Jeanne Lanvin, 1913, Musée des Beaux Arts, Boston
au centre : Ensemble d'après-midi, Jeanne Lanvin, 1916, Musée d'Art, Philadelphie
à dr. : Robe de style, Jeanne Lanvin, 1924-1925, The Metropolitan Museum of Art, New York
Ces trois images illustrent le passage de la robe Directoire 1900-1910, aux volumes retravaillés,
à la robe de style des années 1920, en passant par l'intermédiaire de la crinoline de guerre.

▲à g. : Jane Renouardt, robe Jeanne Lanvin, Hors série Les Modes, 1918
sur Gallica, BnF, Paris
au centre et à dr. :Robe Jeanne Lanvin, 1918, sur le blog parishotelboutique
On aperçoit en transparence le « panier » ou la « crinoline ».

▲à g. : Robe d'organdi et manteau d'enfant, Jeanne Lanvin, juillet 1920
Planche de La Gazette du Bon Ton, « On t'attend ! », Musée des Beaux-Arts, Boston
au centre : Robe de style en soie bleue, Jeanne Lanvin, 1919, Les Arts décoratifs, Paris
à dr. : Très fleurie, robe Jeanne Lanvin, couverture de L'Officiel de la Mode n°35, juillet 1924
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou

▲à g. : Robe de style Marjolaine, Jeanne Lanvin, taffetas de soie, reps jaune, dentelle mécanique argent, été 1920
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. Robe de style, illustration André Édouard Marty, Vogue (Amérique), 15 août 1926, sur Vogue

▲à g. : Robe de style, Jeanne Lanvin, 1926-1927
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Robe de style et robe de baptême Jeanne Lanvin, 1920
Planche de La Gazette du Bon Ton, « Il n'a pas pleuré » ou Notre défenseur de demain
Musée des Beaux-Arts, Boston
à dr. : Robe de style en organdi à décor perlé, Jeanne Lanvin, 1924
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲à g. : La Rose du Jardin, robes de Jeanne Lanvin, dessin Charles Martin, septembre 1922
Gazette du Bon Ton, Gallica, BnF, Paris
au centre : Mesdemoiselles Micheline et Viviane Émile-Dubonnet, robes Jeanne Lanvin,
L'Officiel de la Mode n°78, février 1926
Archives de L'Officiel de la Mode, Les Éditions Jalou
à dr. : Robe de style pour fillette, Les Elfes, 1926-1927 Patrimoine Lanvin sur Pinterest
Jeanne Lanvin crée des robes de style pour les enfants aussi.

▲à g. et au centre : Robe de style Jeanne Lanvin, dessin et détail, vers 1925
sur le blog So Not a Princess
à dr. : Robe Jeanne Lanvin, photographie Seeberger Frères, mai 1925
sur le blog parishotelboutique

▲à g. et au centre : Robe de style La Cavallini dessin et détail du noeud, Jeanne Lanvin, 1925
Jane Renouardt porte la robe de style La Cavallini, 1925
sur le blog So Not a Princess

▲Robe de style Jeanne Lanvin, 1926
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe de style en coton et soie, Jeanne Lanvin, 1926-1927
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Robe de style, Jeanne Lanvin, photographie Seeberger Frères, vers 1925 sur Flickr

▲à g. : Robe de jeune fille, Jeanne Lanvin, Les Modes, mars 1923
à dr. : Robe de style, Jeanne Lanvin, Les Modes, mars 1921
sur Gallica, BnF, Paris
au centre : Robe de style en coton et soie, Jeanne Lanvin, 1926-1927
The Metropolitan Museum of Art, New York

Dans les années 1920, les « robes de style » de Jeanne Lanvin ont un immense succès. Même si elle ne désigne jamais précisément la période à laquelle elle se réfère, la robe de style s'inspire de l'histoire ; elle est une sorte de condensé de diverses périodes. Dans son numéro de mai 1921, le journal Fémina souligne le paradoxe : « c'est cela, la modernité ! » et énumère les divers emprunts de la robe de style : « la ligne grecque, le XVIIe siècle avec le busc, la berthe, la ligne XVIIIe avec l'effet panier, le Directoire, la ligne 1830, le Second Empire et sa crinoline ».

La robe de style est une combinaison unique d'historicisme et d'exotisme, elle est l'aboutissement de la recherche de volumes à la hauteur des hanches qui caractérise tout le début du siècle, si difficile à présenter dans les expositions d'aujourd'hui – les critères du corps féminin idéal ont changé. La robe de style s'inspire de la nouvelle silhouette amorcée à la veille de la guerre, taille courte sur jupe ample s'arrêtant à mi-mollet, agrémentée de petits cerceaux – qu'on appelle crinoline de guerre, car c'est la tenue des élégantes pendant toute la durée de la guerre. Comprendre et expliquer la robe de style s'avère très complexe, tant les influences se mêlent.

Réalisées en velours, en organdi, en taffetas moiré, en mousseline, en tulle, dans des brocarts, des lamés d'or et d'argent, les robes de style de Jeanne Lanvin sont des robes pour le bal, des « robes-bijoux », ornées de trouvailles ornementales, fleurs en tissu, broderies, incrustations, perles, paillettes, strass, pastilles de velours, froufrous et volants... La virtuosité des combinaisons est impressionnante. Le buste plutôt ajusté se termine en décolleté bateau ou s'orne d'un grand col plat ou d'une berthe qui couvre les épaules. La taille est tantôt à sa place naturelle, tantôt basse. La jupe élargie de fronces descend jusqu'à la cheville.

Luxueuses et fluides, les robes de style représentent pour les femmes élégantes une alternative aux robes « de garçonnes » tubulaires et plates, courtes, à taille basse, alors très à la mode – à laquelle Jeanne se prête d'ailleurs aussi. Leur volume, certes aplati, convient aux femmes d'âge mûr, trop rondes pour porter les robes droites. Elles répondent aux envies de romantisme de jeunes filles et jeunes femmes féminines, qui sont la clientèle Lanvin. Jeanne Lanvin n'est pas la seule à créer des robes de style, mais elle domine le genre. « Le succès des robes de style composées par Lanvin a toujours été tel que, très simplement, le modèle à jupe bouffante est devenu la 'robe Lanvin' », constate Vogue en octobre 1924. À partir de 1918, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, elle en propose de façon systématique dans ses collections.

▲Album de broderie et perlage, Jeanne Lanvin, vers 1920
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲à g. : Échantillon de broderie mécanique et perles
à dr. : Robe de style, soie, perles et strass (détail), Jeanne Lanvin, automne-hiver 1926-1927
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Robe du soir Bel Oiseau, Jeanne Lanvin, 1928-1929
à dr. : Robe Mille et Une Nuits (détail), crêpe de soie vert absinthe, lamé brodé de perles,
cristaux Swarovski et tubes transparents, 1925
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲Album de broderie et perlage Jeanne Lanvin, 1924
Patrimoine Lanvin, photographié à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Robe Fausta (détail), mousseline de soie et crêpe de soie,
broderie de baguettes métalliques argentées et cristaux Swarovski, hiver 1928-1929
Un tel travail sur de la mousseline est particulièrement délicat.
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Échantillon de broderies et paillettes argentées superposées sur fond noir
Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Album de broderie et perlage, Jeanne Lanvin
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création
à dr. : Robe de style en soie (détail), brodée de fils métalliques, perles de verre et de métal,
Jeanne Lanvin, 1924, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe de style en coton et soie brodé, détail de cocarde, Jeanne Lanvin,1922
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Robe pour enfant Les Petites Filles modèles (détail de rosette), organdi crème,
broderies de rosettes en organdi bleu et dentelle noire, fond de robe crème, 1925
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲à g. : Robe de style en soie et coton, détail de rosettes en velours rose et noir,
Jeanne Lanvin, 1924-1925, The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Robe de théâtre, lamé or, fleurs en velours et soie rose sur trois volants à cerceaux,
Jeanne Lanvin, été 1925, Patrimoine Lanvin, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin

▲Album de broderie, Jeanne Lanvin
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲à g. : Robe du soir en soie, détail de rubans travaillés en ruchés, Jeanne Lanvin, 1935
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Veste en taffetas de soie, applications de ruchés, galon en passementerie de fils métalliques argent,
Jeanne Lanvin, début du XXe siècle, photographiée à l'exposition
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲à g. : Robe du soir , détail de ruchés, Jeanne Lanvin, 1937
galerie kwagner258 sur Flickr
au centre : Robe en soie Roseraie, détail de roses en rosettes, Jeanne Lanvin, 1923
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Détail d'une robe du soir en soie bordée de strass et d'une dentelle de lin, Jeanne Lanvin, 1920
Les dentelures au pliage savant, appelées « cocottes »,
ici avec effet de ruban incrusté, exigent un savoir-faire maîtrisé.
à dr. : Robe en soie Roseraie, détail de roses en rosettes et rubans entrecroisés, Jeanne Lanvin, 1923
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Détail d'une robe de style très ornementée de roses en tissu, Jeanne Lanvin, 1928
à dr. : Détail d'une robe de style pour fillette, broderie au point de chaînette et roses en tissu, Jeanne Lanvin, 1923
sur Tumblr - The Ornamented Being et Rare Vintage

▲Ceinture pour le soir en soie, application de roses, 1925
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Échantillon de fleurs brodées en perles de verre, vers 1920
à dr. : Échantillon de perlage, motif de rose à perles de verre, 1927
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲à g. : Détail de robe à manches en taffetas noir brodée de perles de corail,
perles rondes et fil de soie orange, broderie mécanique Cornély, Jeanne Lanvin, hiver 1920-1921
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Album d'échantillons de broderies mécaniques de type Cornély, 1920-1921

▲à g. : Album d'échantillons de broderies Cornély, 1920-1921
Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création
à dr. : Robe Cadix (détail) en crêpe beige incrusté de crêpe noir,
application de passementeries noires et de perles blanches ; Jeanne Lanvin, été 1921
Patrimoine Lanvin, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Robe Boulogne (détail) en crêpe beige, surpiqûres rouges, applications de velours marine,
broderies de perles blanches, Jeanne Lanvin, été 1920
à dr. : Robe en crêpe orange (détail), à broderies de fils de soie blancs, de perles et paillettes blanches,
Jeanne Lanvin, été 1936
Patrimoine Lanvin et Palais Galliera, photographiées à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Album d'échantillons de broderies et perlages
Patrimoine Lanvin sur Pinterest
à dr. : Robe de mariée Mélisande (détail), en mousseline de soie ivoire, application de broderies de perles blanches,
perles fines et fils métalliques, Jeanne Lanvin, été 1929
Palais Galliera, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Robe de style Colombine (détail), taffetas de soie ivoire, applications de velours de soie noir,
broderies de grosses perles fines et de fils or, nœud en velours de soie rouge, Jeanne Lanvin, hiver 1924-1925
Palais Galliera, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin
à dr. : Robe de mariée en crêpe de soie ivoire (détail), dentelle, lamé et perles fines,
Jeanne Lanvin, 1924, Chicago History Museum

▲à g. : Échantillon de broderie et perlage, vers 1920
à dr. : Échantillon de broderie, application et perlage
Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Robe d'après-midi en sergé crêpé de laine rouille,
application de boules recouvertes, Jeanne Lanvin, vers 1933
Palais Galliera, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin
à dr. : Robe Fusée (détail), satin de soie blanc imprimé gris à motifs de plumes de paon,
application de rubans en mousseline de soie corail dessinant des plumes,
Jeanne Lanvin, été 1939, Musée Carnavalet, Paris

▲Robe de style (détail) en soie ivoir, incrustation de velours et ruban de taffetas, perlage,
attribuée à Jeanne Lanvin, 1925, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Ensemble pour le soir (détail), soie, paillettes et strass, Jeanne Lanvin, été 1923
à dr. : Robe de style (détail) en soie, application de fil métallique, perles, Jeanne Lanvin, 1924
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe du soir (détail) , opposition de crêpe de soie mat et lamé brillant,
Jeanne Lanvin, été 1927, The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Robe du soir (détail) d'inspiration médiévale en soie rebrodée de fils or,
Jeanne Lanvin, 1936, Victoria & Albert Museum, Londres

▲à g. : Robe d'après-midi (détail) en soie noire, travail d'entrecroisement de rubans ou biais,
Jeanne Lanvin, 1920
à dr. : Robe en laine et soie (détail) à incrustations et applications, Jeanne Lanvin, 1924
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Robe du soir Milady (détail), application de feuilles en taffetas de soie sur tulle de soie,
ceinture à boucle à l'origine garnie de strass, Jeanne Lanvin, été 1930
Robe Saturne (détail) en taffetas noir et tulle noir et chair, broderies de perles de verre grises et bleues,
et de cristaux Swarovski, Jeanne Lanvin, hiver 1925, Patrimoine Lanvin
à dr. : Robe du soir et surjupe (détail) à décor de cannelés de fibre artificielle noire
(Cette robe a appartenu à la comtesse Greffuhle), Jeanne Lanvin, 1935
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
photographiées à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Plastron et paire de manchettes Sèvres en cabochons de celluloïd ivoire
taillés en pointes de diamant, cousus sur fond de toile de soie ivoire, Jeanne Lanvin, 1934-1935
à dr. : Manteau en taffetas noir (détail) brodé de paillettes dorées superposées, Jeanne Lanvin, 1937
Palais Galliera et Patrimoine Lanvin, photographiés à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Ensemble en soie (détail), coton et boutons en verre, Jeanne Lanvin, 1937-1938
The Metropolitan Museum of Art, New York
à dr. : Ensemble de réception Révérence (détail), corsage et jupe en satin ivoire et velours de soie rouge,
Jeanne Lanvin, été 1938, Palais Galliera, photographié à l'exposition Jeanne Lanvin
Selon une technique propre aux ateliers Lanvin, des rubans gaufrés sont montés sur des bandes de tulle,
l'alternance satin velours introduit un jeu de rayures bicolores.
Le modèle original était proposé en noir et blanc ;
la donatrice a porté celui-ci lors de la visite du roi George VI à Paris.

▲Robe My Fair Lady (détails) en ruban en biais d'organdi blanc, fond en tulle blanc et ruban noir ;
la robe est agrémentée d'un très grand nœud en taffetas noir, Jeanne Lanvin, 1939
Patrimoine Lanvin sur Tumblr et (à dr.) photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin

▲à g. : Robe du soir Walkyrie (détail), aussi nommée Brunehilde, en lamé or et soie bleu marine surpiquée,
Jeanne Lanvin, 1935, Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Veste à surpiqûres en soie (détail), Jeanne Lanvin, 1936-1937
Victoria & Albert Museum, Londres

L'exigence de Jeanne Lanvin pour les finitions raffinées de ses toilettes contribue à sa renommée. La maison détient deux ateliers uniquement dédiés aux broderies : l'un, classique, consacré aux broderies à la main, l'autre spécialisé dans les broderies mécaniques guidées main dites Cornély. Les dessins de Paul Iribe dans La Gazette du Bon Ton soulignent le généreux volume des jupes et détaillent la texture somptueuse, la transparence des tissus, la délicatesse des ornements.

Jeanne Lanvin n'aura aucun mal à s'adapter à la nouvelle féminité retrouvée de la « femme-fleur » des années 1930, caractérisée par la qualité de la coupe et le raffinement des détails. Les robes épurées sont taillées dans le biais de soieries luxueuses. Un travail raffiné de découpes et d'incrustations alterne mat et brillant, blanc et noir, or et noir. Elle sera tout à fait à l'aise lorsque, impulsée par Molyneux, la couture abordera le courant historiciste romantique « Renaissance » de la fin des années 1930. Les robes pour le grand soir de ces années sont somptueuses. Pendant l'Occupation, comme Madame Grès et Elsa Schiaparelli, Jeanne Lanvin combine les trois couleurs du drapeau national dans des imprimés fleuris, par pure provocation. Le goût pour la robe passe pour être très parisien, la femme Lanvin est très parisienne. Pour cette raison, elle est le choix privilégié d'une clientèle étrangère, particulièrement après la Seconde Guerre mondiale.

▲à g. : Album Biarritz, page ouverte sur le modèle Vitrail, aux tons bleus
Ceinture en perles de verre bleu lavande, gland (non visible sur la photo) en perle gonflé par rembourrage
d'organza de soie lavande, noué par motif de perles roses, rouges et vertes, Jeanne Lanvin, 1912
photographiés à l'exposition Galliera

▲Chambre à coucher de Jeanne Lanvin, décorée par Armand Albert Rateau, 1925
Elle est entièrement revêtue de soie bleue, brodée mécaniquement par les ateliers de la maison Lanvin,
de motifs de palme, rosaces et marguerites, en hommage à sa fille Marguerite.
(Lors de la démolition de l’hôtel en 1965, le prince Louis de Polignac, cousin par alliance
de Marguerite Marie-Blanche de Polignac, a offert aux Arts décoratifs
l’installation complète de l'appartement de Jeanne Lanvin, qu'on peut y voir encore aujourd'hui.)

▲en ht : Le Couronnement de la Vierge (détail), Guido di Pietro dit Fra Angelico, vers 1430-1432
Musée du Louvre, Paris
en bas : détails de perlages de robes de Jeanne Lanvin, 1921, 1920, 1929
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris et Patrimoine Lanvin
– sur Pinterest

Bleu comme Lanvin, la couleur fétiche de Jeanne

En 1909, l'arrivée des Ballets russes dans le Paris cosmopolite de la Belle Époque met la mode en état de choc. Les inventions luxuriantes et colorées de Léon Bakst, le peintre costumier des ballets, inspirent des couturiers comme Worth, Paquin ou Poiret – ce dernier organise en 1911 une retentissante « fête persane » relayée par la presse. La ligne droite ne disparaît pas, mais Les Modes vestimentaires s'orientent vers un style slavo-oriental de fantaisie qualifié d'« opulent ». On imagine des nouvelles formes transposées d'un Orient de contes, de la vieille Russie ou de la Grèce archaïque : pantalons de harem, jupes sultanes parfois entravées, robes cerceaux, tuniques et capes frangées, robes et coiffures incrustées de pierres précieuses et de fourrures, turbans à aigrettes et plumets, blouses de moujiks à broderies slaves... inspirés de Schéhérazade ou de L'Oiseau de feu.

Surtout, la gamme rutilante des couleurs de Léon Bakst bouleverse la palette pâle et évanescente des années 1900, déjà ébranlée par l'audace des recherches chromatiques des peintres fauvistes. Les couleurs de Bakst sont audacieuses et contrastées : rouge vif, vert émeraude, orange, violet... Jeanne Lanvin, qui apprécie la couleur, s'empare de cette gamme nouvelle. Soucieuse d'identifier précisément la bonne nuance, elle s'aide du Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits, édité par la Société française des chrysanthémistes en 1905.

De subtiles recherches sont menées sur les coloris et les broderies, c'est la spécificité de la maison Lanvin. Pour s'assurer de l'exclusivité de ses couleurs, Jeanne Lanvin établit ses propres ateliers de teinture à Nanterre en 1923. Les classiques de la maison sont le rose Polignac – en hommage à Marie Blanche – le vert Vélasquez et bien sûr le bleu Lanvin, sa couleur fétiche, même si toute sa vie Jeanne n'apparaît vêtue que de noir, le « chic ultime ».

▲à g. : Robe du soir, Jeanne Lanvin, soie bleue et métal or, hiver 1934-1935
On remarque les détails historicisants rappelant la houppelande du Moyen Âge
The Metropolitan Museum of Art, New York
au centre : Le Jugement dernier (détail du panneau central), Guido di Pietro dit Fra Angelico, vers 1420-1455
Gemäldegalerie, Berlin sur Wikimedia Commons
à dr. : Silhouette, Bleu, dessin d'un modèle Jeanne Lanvin, 1926, Patrimoine Lanvin sur Pinterest

▲à g. : Robe La Diva, dessin à la gouache
au centre et à dr. (détail) : Robe La Diva, en velours de soie bleu nuit, broderies de paillettes argentées superposées,
Jeanne Lanvin, hiver 1935-1936, Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, photographiée à l'exposition Jeanne Lanvin
en cabochon : Le Jugement dernier (détail de l'Ange du panneau central),
Guido di Pietro dit Fra Angelico, vers 1420-1455
Gemäldegalerie, Berlin sur Wikimedia Commons
La simplicité de la robe, la lumière du velours et des paillettes s'inspirent des anges de Fra Angelico.

▲à g. : Robe de dîner en soie bleue et aux paillettes or, Jeanne Lanvin, 1939
au centre : Le stand de la maison Lanvin à la World's Fair, New York, photographie Boris Lipnitzki, avril 1939,
à dr. : Ange (détail de fresque), Guido di Pietro dit Fra Angelico, sur Pinterest

▲à g. : Le Couronnement de la Vierge (détail)
Guido di Pietro dit Fra Angelico, vers 1430-1432, Musée du Louvre, Paris
au centre : Veste Mensonge pour le soir, velours bleu, application de galons en lamé or et pailleté argent,
Jeanne Lanvin, hiver 1939-1940
à dr. : Manteau pour le soir Sérénade (détail de la manche), aussi nommé Barcarolle,
en taffetas soie bleu marine, hiver 1945-1946 ; c'est l'une des dernières créations de Jeanne Lanvin.

Pourquoi le bleu devient-il le symbole de la maison Lanvin ? D'abord, il est dans l'air du temps, depuis l'avant-guerre. On évoquera juste le mythique restaurant Le Train bleu de la gare de Lyon qui prête son nom en 1924 à un spectacle des Ballets russes, le parfum L'Heure bleue de Guerlain, qui figure le moment magique, suspendu entre jour et nuit, sur les ponts d'un Paris éternel... Monique Lerbier elle-même, l'héroïne scandaleuse de Victor Margueritte dans La Garçonne, est décoratrice dans une boutique nommée Au Chardon bleu.

Le bleu du « doux Fra Angelico », que Jeanne a admiré, dit-elle, « à s'en raidir la nuque » à l'exposition sur l'art italien du Quattrocento au Petit Palais en 1935, serait à l'origine du fameux « bleu Lanvin ». Toujours selon La Gazette du Bon Ton, « elle a ravi […] au doux Fra Angelico un peu de son bleu céleste, pour le fixer – bleu vitrail, bleu Lanvin – comme une parure d'idéal sur les robes ». C'est de fait une vraie trouvaille. Il n'est sans doute pas inutile de noter que Jean Labusquière, gendre d'un ami proche de Jeanne, collaborateur de Paul Poiret, puis directeur de La Gazette du Bon Ton en 1923, collabore dans la plus grande discrétion avec la maison Lanvin dès 1921 ; il ne deviendra officiellement directeur de la publicité qu'en 1925. En plein battage de cette figure de mode « impudique » qu'est la garçonne, la référence contrastée et risquée à la pureté virginale et au romantisme poétique « fleur bleue » fait son chemin.

Jeanne s'approprie ce bleu qui s'accorde si bien au raffinement de ses robes. Pour une styliste, le bleu a l'avantage intéressant de se décliner à la fois en couleur chaude et en couleur froide. Le bleu Lanvin, c'est un état d'âme, une manière d'être. Comme un blason, il devient le symbole, la signature de la maison. Mary Pickford, actrice qui cultive sa grâce juvénile, explique dans l'édition française de Vogue du 1er septembre 1924 qu'elle a choisi sa robe de satin clair et crêpe turco Héliotrope « pour sa couleur, et aussi parce que la forme s'adapte exactement à mon type ; avec cette double qualité, vous avez tout le secret de mon enthousiasme pour l'artiste qu'est Lanvin ». En 1932, le chic et le bleu Lanvin sont toujours des valeurs sûres de la mode outre-atlantique : Eleanor Roosevelt, dont le mari vient d'être élu à la présidence des États-Unis, se doit d'être à la fois élégante et sobre en ces temps de crise économique aiguë ; pour ses débuts de première dame elle choisit une robe de dîner « misty blue satin, a new Lanvin shade », relève la presse admirative.

▲à g. : Manteau de taffetas à broderies de paillettes dorées superposées, Jeanne Lanvin, 1937
Affiche de l'exposition, Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris
à dr. : Manteau Lohengrin en satin de soie lamé or, surpiqué de fils de soie, Jeanne Lanvin, 1931
Patrimoine Lanvin, modèles photographiés par Katerina Jebb

Nul doute que cette première rétrospective parisienne consacrée à Jeanne Lanvin, couturière talentueuse et cultivée, discrète, à l'exigence du travail bien fait depuis l'éclat des paillettes jusque dans l'invisible des finitions méticuleuses, va toucher ceux et celles qui aiment et apprécient vraiment la mode. « Tout le monde pense que la haute couture, 'ça doit se voir'. Tout ce travail, ça doit briller, être mis en avant. Eh bien non, Lanvin nous montre que l’excellence s’atteint dans la précision, la discrétion » dit Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera.

Une campagne de prises de vue a été spécialement réalisée par la photographe Katerina Jebb pour la présentation des pièces montrées et le catalogue d'exposition. Elle a su restituer aux modèles leur modernité intemporelle, son travail fait écho à la compréhension intuitive du monde moderne par Jeanne Lanvin.

▲Robes habillées pour enfant, en taffetas de soie changeant,
fleurs en lamé or et argent, Jeanne Lanvin (non griffées) ;
à g. : en bleu-gris et toile de soie rose, vers 1925
à dr. : en pêche et toile de soie bleue, vers 1920
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

▲Robe pour enfant, Les Petites Filles modèles, Jeanne Lanvin, 1925
organdi crème, broderies de rosettes en organdi bleu et dentelle noire, fond de robe crème
modèle et dessin Patrimoine Lanvin sur le site L'Histoire Lanvin, plus de 125 ans de création

▲Manteau pour enfant, Jeanne Lanvin, 1926
collection UFAC, photographie Karine Maucautel
pour l'exposition La Mode et L'Enfant 1780... 2000, 16 mai-18 novembre 2001
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris

Quelques rares modèles pour enfant sont présentés à l'exposition, dont Les Petites Filles modèles, robe de style typique du style Lanvin, créée pour l'Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 et un album de robes d'enfants de 1910-1911. J'aurais pourtant bien aimé y trouver ce petit manteau blanc à décor d'orangers pour lequel j'ai eu un coup de cœur définitif encore toute jeune styliste, que je n'ai pas revu depuis l'exposition La Mode et l'Enfant de 2001...

Pour mieux connaître le personnage attachant qu'est Jeanne Lanvin, je vous conseille la lecture de sa biographie, par Jérôme Picon, dont je me suis nourrie. On assiste avec Jeanne Lanvin, placée au cœur du rayonnement de la couture des premières décennies du XXe siècle, au prodigieux essor de la Haute Couture française jusqu'à la Première Guerre mondiale, à la libération du costume des Années folles, à l'éclosion de la femme-fleur ultra-féminine des années 1930 et à l'obstination des femmes à rester coquettes sous l'Occupation – toutes mutations des modes que Jeanne Lanvin a su mettre à profit pour affirmer son style.

Pour en savoir plus sur l'exposition et sur le Palais Galliera, on peut écouter Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera, sur Goûts de Luxe Paris, présenté par Karine Vergniol sur BFM Business.

Et lire l'intéressant article de Emmanuèle Peyret, publié le 6 mars dans Libération : Les dessous de la « Marjolaine ». Marjolaine est une robe de style de couleur bronze, ornée d'une impressionnante cocarde, « Lanvinerie divine, l’essence même de ce qui fait la maison » ; elle est présentée dans l'exposition.