1 déc. 2009

fraise (2) – une mode extravagante


▲Bal donné au Louvre en présence d'Henri III et de Catherine de Médicis
pour le mariage d'Anne, duc de Joyeuse et de Marguerite de Lorraine-Vaudémont
(soeur de la reine Louise), le 24 septembre 1581,
Ecole française, Musée du Château de
Versailles sur
Agence photographique de la RMN

A partir des années 1570, sous l’influence de la contre-réforme catholique et de l'extravagance raffinée du roi Henri III (avènement en 1574), la mode et le luxe se développent à la cour de France - il est peut-être utile de rappeler ici que la mode de la fraise est une mode de cour, portée uniquement par l'aristocratie. Le roi, qui a beaucoup voyagé, ne serait-ce que pour revenir de Pologne en passant par l'Italie, à la mort de son frère Charles IX, a une passion de la mode et des nouveautés.

▲à g. : Portrait de Henri III, d'après François Clouet, vers 1570,
Musée Condé, Chantilly sur
Agence photographique de la RMN
au centre : Portrait de Hercule-François, duc d'Alençon,
Ecole française, 1572, National Gallery of Art, Washington
à dr. : Portrait de Henri roi de Navarre, Ecole française, vers 1575,
Musée national du château de Pau
sur Agence photographique de la RMN


En France, la fraise se développe d’abord en hauteur, jusqu'à la fin des années 1575, entourant le cou et le bas de la tête de ses de godrons réguliers superposés, amidonnés, de plus en plus grands, sur une ou plusieurs rangées. Elle est très ornementée de passements[dentelles], de broderies et de fils d'or, parfois échancrée, et devient un élément ostentatoire du costume.


▲Portrait de Marguerite de Valois, Ecole de François Clouet, 1572,
Musée des Beaux-Arts, Blois sur Wikipédia

▲Portrait de l'infante Eugenia Isabella Clara,
fille de Philippe II d'Espagne et de Isabelle de Valois,
par Sofonisba Anguissola, vers 1573,
Galleria Sabauda, Turin, sur Wikipédia

▲Portrait du prince Ferdinand d'Espagne, par Alonso Sanchez Coello,
1575, The Walters Art Museum, Baltimore


▲Jeune garçon tenant un livre et une fleur,
par le Maître du comté de Warwick, 1576,
The Weiss Gallery, Londres


On est envahi par la folie des grandeurs


Puis la fraise s'étend en largeur, le roi inaugure, en 1578, une fraise immense de " quinze lés de mousseline et d'un demi-pied de largeur " qui fait sensation. Ces excentricités font l'objet de railleries de la part du peuple, on les nomme " plateau de Saint-Jean ", ou " roue de charrette ", ou encore " meule de moulin ". Pierre de L'Estoile écrit dans son journal : " A voir la tête d’un homme sur ces fraises, il semblait que ce fût le chef [tête] de Saint-Jean sur un plat " – en référence au supplice de Saint Jean-Baptiste dont la tête fut présentée à Salomé sur un plateau. Elle reprendra des proportions plus raisonnables sous le règne de Henri IV (avènement en 1589).


▲à g. : Portrait de Henri III, Musée Narodowe, Varsovie
sur Les derniers Valois
à dr. : Portrait de Henri III, anonyme, d'après François Quesnel,
vers 1585, Kunsthistorisches Museum, Vienne


On raconte qu'au carnaval de la foire de Saint-Germain, des étudiants se sont promenés affublés de fraises en papier et criant : " A la fraise on connaît le veau ! " ; Henri III n'ayant pas goûté la plaisanterie, ils se sont retrouvés emprisonnés au Châtelet. On dit aussi que cette mode est à l'origine de l'essor de la fourchette. De fait, cet ustensile rapporté d'Italie par Catherine de Médicis ne trouve son succès que sous le règne de Henri III. Le roi l'apprécierait car elle lui permettrait de porter les aliments à la bouche sans tacher son ample fraise, il l'affiche dans son restaurant préféré, l'Hostellerie de la Tour d'Argent (actuelle Tour d'Argent à Paris).


▲Bal à la cour des Valois, et détail à g., Ecole française, vers 1580,
collection Robien, Musée des Beaux-Arts, Rennes
sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Portrait de Henri de Lorraine, duc de Guise, par François Quesnel,
1580, Musée Carnavalet
à dr. : Portrait de Antoinette d'Orléans, duchesse de Retz,
Ecole française, vers 1596, sur Agence photographique de la RMN


Mon propos n'est pas de vous décrire, décennie par décennie, pays par pays, l'évolution de la fraise, qui se développe ici et là en largeur ou en hauteur, mais d'en dégager quelques allures générales. Chaque pays a sa fraise plus ou moins typique : en France, elle est donc plutôt unie, à un rang de tuyaux, ronds ou ovales, parfois fermée, plutôt développée en largeur ; en Angleterre et en Espagne, elle est ornée de dentelle, et souvent plus haute derrière que devant ; en Flandre, elle est plutôt haute et fermée…


Une mode d'un raffinement extrême


C'est en Angleterre qu'on trouve, au XVIe siècle, les formes de fraises les plus variées. Dès 1560, des fraises à larges godrons sont présentes dans les portraits, un édit datant de 1562 en limite la largeur à quatre pouces (dix centimètres environ) de chaque côté du visage, des gardes placés aux portes des villes rognent les fraises des contrevenants ! Mais comme partout, à tous les siècles, édits et lois somptuaires triomphent rarement de la mode. La fraise anglaise atteint ses dimensions maximum en 1585. Au lieu d'un seul rang de tissu froncé, elle présente plusieurs rangs superposés, parfois avec des plissés différents. La dentelle très légère, finement représentée par les délicates miniatures de Nicholas Hilliard , y est aussi plus fréquente qu'en France.

▲Portrait de femme, miniature par Nicholas Hilliard,
1585-1590, Victoria & Albert Museum

La reine Elisabeth 1e, qui met habilement en scène son statut de " reine-vierge " en se plaçant au-dessus de la condition féminine commune, pour devenir une icône idéalisée et glorifiée, utilise à son profit la marque de distinction de la fraise. Elle va jusqu'à ajouter au port de la fraise une légère mais imposante conque de mousseline amidonnée, parfois même assortie d'un mantelet transparent.

▲à g. : Portrait de Elisabeth 1e, Ecole anglaise, vers 1550,
collection privée sur The Bridgeman Art Library, Londres
à dr. : Le couronnement de la reine Elisabeth 1e en 1559,
Ecole anglaise, copie de l'original perdu, 1600,
National Portrait Gallery
, Londres


▲Portrait de Elisabeth 1e, détails,
Ecole anglaise, vers 1570 sur Wikipedia

▲Portrait de Elisabeth 1e, détails, par Nicholas Hilliard,
1575-1576,
National Portrait Gallery, Londres


▲à g. : Portrait de Elisabeth 1e, attribué à Federico Zuccaro,
vers 1575, National Portrait Gallery, Londres
au centre : Portrait de Elisabeth 1e, par Nicholas Hilliard,
vers 1575, collection privée sur Luminarium
à dr. : Portrait de Elisabeth 1e, attribué à George Gower,
1579, collection privée Folger Shakespeare Library sur Luminarium

▲Portrait de Elisabeth 1e, détails, attribué à George Gower,
1580, collection privée sur Wikipedia

▲Portrait de Elisabeth 1e, détail, attribué à Cornelius Ketel,
vers 1580-1583, Pinacotea Nationale, Sienne sur Luminarium

▲Portrait de Elisabeth 1e, détails, Ecole anglaise,
vers 1585-1590, National Portrait Gallery, Londres


▲Portrait de Elisabeth 1e, détails,
vers 1585-1590 par Marcus Gheeraerts,
collection privée sur Wikipedia

▲Portrait de Elisabeth 1e, détails, par John Bettes,
vers 1585-1590, collection privée sur Wikipedia

▲Portrait de Elisabeth 1e, détails, Ecole anglaise,
1590, Jesus College, Oxford sur Wikipedia

▲Portrait de Elisabeth 1e, détail, par Isaac Oliver, vers 1600-1602,
Hatfield, Hertfordshire sur
Wikipedia



(à suivre)

14 nov. 2009

fraise (1) – naissance d'une mode


Parmi les passionnés qui s'intéressent à l'histoire de la mode et du costume, il y a ceux qui tentent de le reconstituer – un petit coucou à mes lecteurs du Forum de l'Histoire du Costume et de la Mode ici, ceux dont le défi est de dater à coup sûr la pièce qu'ils ont dans les mains – bonjour à mes lecteurs de l'Ecole du Louvre ici ou ... Mon truc à moi, c'est de déconstruire les mécanismes de la mode, de comprendre, dans la mesure du possible, pourquoi et comment une mode apparaît, comment elle se développe, meurt – et parfois renaît. Déformation professionnelle d'ex-styliste, sans doute, à travailler nez en l'air pour capter la fameuse "tendance", on ne se refait pas. Et ne croyez pas que décrypter la tendance à rebours soit plus facile.

A titre d'exemple de ma démarche, je vous propose de faire un bout de chemin avec la fraise. Certes, je m'éloigne un peu de la mode enfantine pure, puisque la mode des enfants n'est alors, sauf la layette, qu'une miniaturisation de la mode adulte : mais les enfants ont quand même aussi bel et bien porté la fraise.

►On commence par montrer sa chemise

Après avoir pudiquement caché sa chemise pendant des siècles, on la montre sous son pourpoint, pour les hommes et les garçonnets, ou sous son corps[corset] pour les femmes et fillettes. Leur encolure dégagée met en valeur la blancheur et la finesse du tissu, la chemise devient signe de distinction sociale. Peu à peu elle se plisse et se fronce avec raffinement. Dans les premières décennies du XVIe siècle, on porte le décolleté carré, très ouvert, qui laisse apparaître le haut de la chemise parfois brodée, garnie au col d’une cordelette, qu'on peut serrer et nouer.

▲Le dauphin François, fils de François Ier et de Claude de France, né en 1518,
par Jean Clouet, vers 1520-1525, Musée royal des Beaux-Arts, Anvers


▲Portrait de famille (détail), par Maerten van Heemskerck, vers 1530,
Staatliche Museen, Kassel sur wikipedia


▲Portrait de Edouard VI, enfant, par Hans Holbein le Jeune, vers 1538,
National Gallery of Art, Washington


C’est l’ébauche de la collerette – terme générique pour les tours de cou plissés, et de la fraise, qui vont apparaître dans la seconde moitié du siècle. C'est aussi dans cette première moitié du XVIe siècle, que les premiers passements[dentelles], galons, passementeries et rubans vont orner col et poignets.

▲Portrait des soeurs de l'artiste jouant aux échecs (détail),
par Sofonista Anguissola, 1555,
Muzeum Narodowe, Poznan, The Raczynski Foundation sur wikipedia



►Puis on détache le col de la chemise

D’abord bordé de petits ruchés librement froncés qui débordent largement du col du pourpoint, le col en calice va peu à peu se détacher de la chemise, le godronné se faire de plus en plus régulier.

C'est sous le règne de Henri II (de 1547 à 1559) que commence en France la mode des fraises de toile, empesées et plissées, qu'on nomme ainsi en raison de leur ressemblance avec le viscère fraise de veau. Les toutes premières seraient apparues en Europe du Nord. La tendance à la Cour, prescriptrice de la mode à suivre, est incontestablement italienne : la fraise est importée par Catherine de Médicis lors de son mariage avec le roi en 1533. Sous l'influence protestante grandissante dans le royaume, le costume garde cependant une certaine austérité.

▲Portrait de Catherine de Médicis, vers 1550, British Museum, Londres
Le bord de la chemise dépasse du col, mais ce n’est pas tout-à-fait une fraise,
les godrons [plis ronds] ne sont pas réguliers.


La fraise godronnée apparaît à la fin des années 1550, elle se diffuse dans les années 1560. Réalisée dans des toiles de batiste particulièrement fines, elle est plissée, tuyautée ou godronnée [à gros plis ronds] au fer rond, apprêtée – l'empesage à l’amidon aurait été imaginé en 1564 par un Hollandais vivant en Angleterre. Soit elle déborde hors du col et reste ouverte, soit elle déborde du col fermé. Elle est formée de godrons bien réguliers, empesés et se détache peu à peu de la chemise.

▲à g. : Portrait de Hercule-François, duc d'Alençon puis d'Anjou et de Brabant (1555-1584),
fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, vers l'âge de deux ans,
par François Clouet, vers 1557, The Weiss Gallery, Londres

à dr. : Portrait de François II (1544-1560), fils de Henri II et Catherine de Médicis,
vers l'âge de quinze ans, par François Clouet, en 1559-1560,
BnF, Cabinet des Estampes, Paris


▲à g. : Portrait de Charles IX (1550-1574), fils de Henri II et Catherine de Médicis,
vers l'âge de onze ans, par François Clouet, en 1561,
Kunsthistorisches Museum, Vienne

à dr. : Catherine de Médicis et ses enfants ; au centre Charles, onze-douze ans,
à droite Marguerite, huit-neuf ans, Henri, dix-onze ans,
devant à gauche, François Hercule, six-sept ans, vers 1561,
sur Les derniers Valois (blog perso que je vous recommande
si vous voulez en savoir plus sur cette période)


▲à g. : Portrait de Henry Stuart, Lord Darnley et de son frère Charles Stuart,
futur duc de Lennox, à l'âge de six ans (détail),
par Hans Eworth, 1563, The Royal Collection, Londres

à dr. : Portrait de Hercule-François, duc d'Alençon puis d'Anjou et de Brabant (1555-1584),
fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, vers l'âge de douze-quatorze ans,
par François Clouet, vers 1565-1570,
Musée du Louvre sur Agence photographique de la RMN


▲Caricature sur l'usage des fraises (détails), vers 1595,
dans Histoire du Costume, François Boucher, Flammarion


Les femmes portent la fraise sur une robe montante à haut collet, portée sur un corps[corset] rigide et un vertugadin ; cette allure altière et figée, qui constitue une marque d’appartenance à l'aristocratie ou la haute bourgeoisie – à l'origine de l'expression " être collet monté " – est en quelque sorte la traduction au féminin de l'armure rigide de leurs nobles époux. La fraise n'en est que le point d'orgue.

▲à g. : Portrait de femme de la famille Wentworth,
par Hans Eworth, vers 1565-68, Tate Gallery, Londres

à dr. : Portrait de Lady Helena Snakeborg, marquise de Northampton,
Ecole anglaise, 1569, Tate Gallery, Londres


La cour royale d’Espagne va porter cette mode à son comble. Les cours d’Angleterre et d’Autriche, des Flandres, s’habillent à la mode espagnole ; les Français, les Allemands et les Italiens adoptent un port moins rigide. Dans les portraits de famille, les enfants n'échappent pas à cette allure hiératique.

▲La famille de Pierre de Moucheron, marchand à Middelburg et Anvers,
Ecole flamande, 1563, Rijksmuseum, Amsterdam


▲Portrait de William Brooke et de sa famille, Ecole anglaise, 1567,
collection Longleat House, Longleat



(à suivre)

26 oct. 2009

couleur : blanc


video

Dans quasiment toutes les civilisations de la planète, le blanc symbolise la pureté et l'innocence. Cette impression a sans doute été renforcée dans les pays où la neige tombe, quiconque a marché sur un tapis de neige n'a pu que ressentir cette impression.

Vertu, joie, pureté, justice, humilité, sacré, virginité, sérénité, paix... la couleur blanche évoque le plus souvent des valeurs positives. Le drapeau blanc qui réclame la trêve est brandi dès la guerre de Cent Ans, au XIV et XVe siècles.

Le linge de corps blanc, symbole d'hygiène et de pureté

▲à g. : Napoléone-Elisa Baciocchi princesse de Piombino (fille d'Elisa Bonaparte et du prince Félix Baciocchi), future comtesse Camerata (1806-1869), par Marie Guillermine Benoît, 1810,
Château de Fontainebleau
www.photo.rmn.fr
à dr. : Pantalon de lingerie pour fillette, en lin bordé d'une fine dentelle, 1835,
Wisconsin Historical Museum


Pendant des siècles, les étoffes en contact avec le corps (chemises, vêtements de dessous, linge de lit et de toilette) sont exclusivement blanches ou écrues, pour des raisons d'hygiène, mais aussi pratiques : on les fait bouillir pour les laver. Par ailleurs – je l'ai déjà évoqué dans d'autres articles, on se méfie des teinturiers, sorciers aux mains et ongles teints, qui cultivent le secret de leur savoir-faire, manipulent des matières impures, et passent pour être des alchimistes. Certains considèrent les étoffes teintes comme une falsification, un luxe inutile et trompeur. Ainsi le protestantisme, né au début du XVIe siècle, ne tolère-t-il que des combinaisons de couleur autour du noir, du gris et du blanc, parfois un peu de bleu. Cette éthique va évoluer vers celle des " valeurs bourgeoises " du XIXe siècle, particulièrement sensible dans la sobriété de l'habit masculin.

▲La famille de Laurens Jacobsz, éditeur à Amsterdam, par Pieter Pieters, 1598,
Staatliche Museen, Berlin


La robe de baptême, symbole de pureté et d'innocence du bébé

▲à g. : Brassière du roi de Rome (fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise),
batiste brodé de dentelle, 1811,
Château de Fontainebleau, www.photo.rmn.fr

à dr. : Le roi de Rome essayant une pantoufle, par Aimée Thibault, vers 1812,
Musée de l'Armée www.photo.rmn.fr


Pour les mêmes raisons, les langes et la layette du bébé sont blancs eux aussi. Lors de son ondoiement, puis de son baptême officiel à l'église, il porte un petit béguin blanc qui est gardé précieusement dans les familles, car il a touché les saintes huiles. Jusqu'au XVIIe siècle, le bébé présenté par sa nourrice ou sa marraine est complètement immergé, puis enroulé dans un grand linge brodé. Lorsqu'on renonce à l'immersion totale, on remplace le linge par une longue robe blanche, inspirée de la robe de cour des petits princes qui apprennent à marcher. La robe de baptême est parfois confectionnée dans la robe de mariée de sa mère. Le bonnet, qui recouvre le béguin, et la robe de baptême peuvent être extrêmement luxueux, orné de dentelles et de rubans, en rapport avec la position sociale de la famille.

▲à g. : Vierge à l'enfant, par Charles West Cope, 1852, Victoria & Albert Museum
à dr : Robe de baptême en lin blanc, ornée de broderie, de dentelle et de ruban,
vers 1900-1920, Angleterre, Victoria & Albert Museum


L'habit de communion

▲à g. : La communiante, par Jules-Bastien Lepage, 1875, Musée des Beaux-Arts de Tournai Wikipedia
à dr. : Toilette de Première Communion, La Mode illustrée, 13 février 1896,
modèle des Magasins du Louvre,
Boutique Au Fil du temps sur e-bay


C'est la même idée de pureté qui est évoquée par le costume de communion des garçons et des filles, qui apparaît dans les années 1830. Le vêtement de communion s'inspire vraisemblablement de ceux que les enfants de la haute société ont alors coutume de porter dans les grandes occasions, comme les communions solennelles et les fiançailles. Les filles ressemblent à de petites mariées avec leur robe blanche et leur couronne qui retient un voile. Les garçons rivalisent d'élégance en portant leur plus beau costume. Il est agrémenté d'un brassard blanc extrêmement élaboré, qu'on noue ou fixe par un élastique autour du bras gauche ; il s'inspire du brassard de deuil et de conscription militaire.

▲à g. : Ruban et brassard de communiant, 1902, Musée Mac Cord, Montréal
à dr. : Marcel Carné en costume de communiant, vers 1920, www.marcel-carne.com

Le blanc non-couleur

Dans les sociétés anciennes, l'incolore est défini par le manque de pigment, le blanc est donc une couleur. Ce n'est qu'avec l'apparition de l'imprimerie que va s'introduire l'équivalence entre l'incolore et le blanc, qui devient une absence de couleur.

▲Première page de la bible de Gutenberg, 1455-1456, Département des manuscrits, Staatsbibliothek, Berlin www.photo.rmn.fr

La quête de l'ultra-blanc

▲Recueil de dévotion de la reine Isabelle d'Espagne, par Pedro Marcuello
" Devocionario de la Reyna Da Juana a Quien Llamaron la Loca "
Le Saint-Esprit, XVe siècle, Espagne,
Musée Condé, Chantilly www.photo.rmn.fr


La quête du blanc " plus blanc que blanc " comme celui du " nouvel Omo " raillé par Coluche n'est pas nouvelle. Au Moyen Âge, elle est représentée par le doré, on dit que la lumière intense a des reflets d'or : c'est la couleur de la lumière divine représentée en peinture. Le blanc intense d'aujourd'hui a plutôt les reflets de bleu de la glace et des icebergs.

▲Publicité pour la lessive Omo, vers 1950-1960, www.memory-pub.com


14 oct. 2009

mes sources


Avant d'écrire un article, j'essaie de faire le tour de ce qui a été dit ou écrit sur le sujet, ou autour du sujet, mes sources sont donc variées : je feuillette des tas de livres, j'écume l'Internet français et anglais, et même allemand parfois, je visionne une multitude d'images sur les sites des musées du monde entier... Mais la base de mes connaissances, mes références, sont dans ces deux livres dont il est temps que je vous parle, pour que vous deveniez aussi mordu que moi.


►Dictionary of Children's Clothes

1700s to Present

Noreen Marshall

V&A Publishing 2008


Ce livre est d'abord un souvenir de ma visite au Victoria & Albert Museum , puisque je l'ai acheté à la librairie de ce musée, que j'adore, très victorien anglais, et dont je fréquente aussi assidûment le site Internet. J'apprécie la manière dont chaque image, représentant un objet, est accompagnée d'un texte bref mais précis, qui donne les bases pour comprendre cet objet.


Il se présente comme un dictionnaire des vêtements d'enfants depuis 1700. C'est idéal pour connaître le vocabulaire spécialisé en anglais, qui donne les bons mots-clés pour les recherches iconographiques. En plus de ces définitions illustrées de plus de 400 modèles conservés au V&AM Childhood , l'introduction illustrée de photographies contextuelles, une chronologie détaillée pour garçon, fille, bébé et sous-vêtement, des annexes, approfondissent le sujet et donnent des informations complémentaires.


C'est une bonne manière d'aller à l'essentiel : j'y trouve la base brute à lire au début de toute recherche ; j'y reviens lorsque j'ai tant lu de documents sur mon sujet, que tout semble s'embrouiller dans ma tête, et que j'ai besoin d'un recadrage.


►La Mode et l'Enfant 1780... 2000

Catalogue d'exposition du 16 mai au 18 novembre 2001

Musée Galliéra, Musée de la Mode de la Ville de Paris

Paris Musées 2001


Ce livre collectif, dirigé par Catherine Join-Diéterle, directrice du Musée Galliéra, doit beaucoup à Françoise Tétart-Vittu, qui maîtrise l'histoire de la mode enfantine.


Celui-là c'est ma bible. D'ailleurs, comme les missels remplis d'images pieuses qu'on trouve en brocante, il déborde des marque-pages que je glane partout.


C'est un livre comme je les aime. Qui ne prétend pas asséner la réponse à toutes les questions qu'on se pose – alors même qu'il est une source inépuisable d'informations fiables, précises et détaillées – mais qui donne les bases indispensables à une réflexion personnelle, des pistes pour mener ses propres investigations. Un livre qui rend intelligent, quoi...


L'exposition de 2001 (dont j'utilise aussi parfois les photographies, réalisées par Karine Maucotel, dans mes articles) portait sur deux siècles de mode enfantine, ce qui peut sembler étonnant – imagine-t-on une exposition sur deux cents ans de mode féminine ? Aussi l'approche ne pouvait être que thématique : la spécificité du vêtement d'enfant lié à la vie quotidienne, les vêtements liés aux circonstances exceptionnelles, les correspondances entre mode adulte et mode enfant, l'influence de la mode anglaise, la production, la commercialisation, la nouvelle donne des années 1960, etc. Une mine donc, qui ne cesse d'allumer en moi de nouvelles idées et envies, vous n'en avez donc pas fini avec mes articles !


29 sept. 2009

la culotte des garçons

▲à g. : Une partie de la bande du Petit Nicolas,
film de Laurent Tirard, sortie le 30 septembre 2009
à dr. : Le Petit Parisien, par Willy Ronis, 1952

Après vous avoir raconté l'histoire de la robe à smocks des filles, puis de la layette bleue et rose des bébés, il aurait été désobligeant de ma part de ne pas évoquer les garçons de la même époque. Cela me donne le prétexte de vous montrer cette merveilleuse photo de Petit Parisien en hommage à Willy Ronis qui vient de nous quitter, et d'évoquer la sortie du film Le Petit Nicolas , qui nous renvoie à ces images de garçonnets des années 1950. Si cela pouvait relancer la mode des carreaux, des jacquards, des bretelles ! – et surtout des culottes courtes sur des cuisses potelées et des genoux qui se disent bonjour, personnellement je trouve cela trop chou.

▲ Ce doit être aussi l'avis de Marie, journaliste, vu son article
dans le dernier numéro de
Milk Magazine
n° 25 (p.52)

Cependant, je voudrais essayer de replacer cette culotte courte dans l'histoire de la mode et du costume des garçonnets, particulièrement complexe.

La robe des petits garçons

Du XVIIe siècle à la Première Guerre mondiale, on peut affirmer que tous les petits garçons passent par l'intermédiaire de la robe. Le style de cette robe évolue bien sûr au fil des siècles. Grosso modo jusqu'en 1830 c'est une sorte de robe chemise - on dit que les garçons sont à la bavette ; puis une robe à plis plus ou moins longue dure une cinquantaine d'années ; enfin apparaît la robe baby évasée de 1880. Il serait évidemment intéressant d'approfondir ce sujet, et d'étudier les différences entre la robe des garçons et celle des filles, mais ce n'est pas notre propos d'aujourd'hui. Les garçonnets cessent de porter la robe entre trois et six ans.

▲Portrait du duc de Berry, futur Louis XVI (à droite) et du comte de Provence, futur Louis XVIII,
par François Hubert Drouais, 1756,
Musée d'Art, São Paulo
L'aîné a deux ans, le cadet un an, tous deux portent la robe.


La durée de l'enfance

Entre le XVIe et le XVIIIe siècles, on a coutume de diviser la vie humaine en cinq classes d'âge, dont deux pour l'enfance : le temps du jeu et celui de l'école. Cela ne facilite pas la tâche de l'historien du costume, qui pendant le même temps doit étudier les articulations entre trois costumes du garçonnet : le maillot, la robe, la soutane qu'on nomme jaquette au XVIIe. Pour l'historien du costume, la coupure la plus significative est celle où le garçon abandonne la robe pour revêtir l'habit masculin - parfois avec quelques variantes ou aménagements - généralement vers l'âge de cinq-six ans.

▲Les enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, 1649,
musée des Beaux-Arts de Reims
www.photo.rmn.fr
.
A gauche, l'aîné Henri-Louis, dix ans, est vêtu comme un adulte ;
à droite, les jumeaux, quatre ans et neuf mois, portent la jaquette ;
les deux autres garçons, Jean-Louis vingt-trois mois à gauche
et François huit mois à droite,
portent la robe et le tablier, comme leur soeur au centre.


Mais ce moment charnière, où le garçon revêt l'habit d'homme, se brouille au fur et à mesure que la société modifie sa perception et sa notion de l'enfance, ce qui entraîne une série de transformations fondamentales du costume enfantin. Il est d'ailleurs significatif de noter que cela concerne en priorité le vestiaire du garçon.

La première de ces transformations est le remplacement de la jaquette par le costume à la matelot qui fait des garçonnets les premiers "sans-culottes". Cette mode du pantalon pour les garçonnets représente la solution intermédiaire idéale entre la robe du bébé et l'habit masculin [la culotte et des bas]. Le costume à la matelot apparaît vers 1780, il devient la tenue classique d'une enfance aristocrate entre 1790 et 1830.

▲à g. : Costume à la matelot, vers 1770,
Tidens Toj, Nationalmuseet, Copenhague
à dr. : Les enfants Cavendish, par Sir Thomas Lawrence, 1790,
Städel Museum, Frankfurter-am-Main.
L'aîné, William a sept-huit ans, il porte l'habit dégagé avec la culotte,
très proche de celui des hommes ;
le benjamin, George, a cinq-six ans, il porte le costume à la matelot avec pantalon ;
le bébé, Anne, est une fille, elle a trois ans et porte la robe blanche,
qui habille aussi les petits garçons de son âge.


▲à g. : Portrait de famille (détail), par Joseph-Marcellin Combette, 1801,
Musée des Beaux-Arts, Tours
www.photo.rmn.fr
à dr. : Costume à la matelot en nankin (toile de conton), début XIXe,
Angleterre,
Victoria & Albert Museum, Londres


Plus avant dans le siècle, vers 1860, l'invention, selon le terme de l'historien Jean-Luc Noël, de la "seconde enfance" entre la période de sevrage et l'âge de raison, va contribuer à la diversification du vestiaire. Le costume marin a la même fonction d'entre-deux que son ancêtre le costume à la matelot ; il permet au garçonnet de porter la culotte courte, et même en grandissant la culotte longue qu'on se garde bien de nommer pantalon. Je ne m'étends pas plus sur ces thèmes que j'ai déjà longuement traités ; je vous invite à piocher dans le nuage de liens ci-contre pour lire ou relire ces sujets.

▲à g. : Garçons en costume marin, vers 1875, Pool Vintage Kids sur Flickr
à dr. : Groupe d'enfants, vers 1890 : l'aîné porte le complet veston,
le plus jeune le costume marin.
(Remarquer la robe à smocks de style Réforme de l'aînée)
Pool
Vintage Kids sur Flickr


La diversification des catégories d'âge bénéficie aussi au vestiaire du grand garçon : entre 1820 et 1845, il porte le spencer plutôt que l'habit ou la redingote, qui est une sorte de redingote dont on ne garde que la partie supérieure. De 1866 à 1868, la culotte bouffante serrée à mi-mollet - qu'on appelle knickerbocker - connaît un grand succès. Les plus grands, à partir d'au moins dix ans, suivent la mode des adultes, généralement le complet trois pièces. Dans les grands magasins du XIXe siècle, on établit la taille maximum pour les garçons à dix-huit ans. Cette habitude commerciale dure jusqu'en 1950. Aujourd'hui les modèles enfants vont en général jusqu'à la taille seize ans.

▲à g. : Lord Randolph Henry Spencer Churchill, photographie A. Ken, 1862,
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Knickerbockers en velours, Davis & Goddman, Angleterre,
vers 1865,
Victoria & Albert Museum Londres


▲à g. : Portrait de Sir Arthur Strachey enfant, photographie Surrey Photo, 1866
National Portrait Gallery, Londres
à dr. : Pantalon de laine, Angleterre, 1856,
Victoria & Albert Museum, Londres


▲à g. : Trevor, Richard et John Grant, et Andrew John Wedderburn Colvile,
photographie James Ross, vers 1867,
National Portrait Gallery, Londres.
Andrew, né en 1859, à droite, a huit ans, c'est aussi à peu près l'âge
des autres garçonnets, ils portent la culotte courte ou le knickerbocker

à dr. : Les enfants de la famille Strachey : Arthur, Dolly, Elinor, Kitty, Charlie, Dick,
photographe inconnu, septembre 1870,
National Portrait Gallery, Londres.
A gauche, Arthur, né en 1858, douze ans, porte le pantalon long ;
à droite Charles (Charlie) et Richard (Dick), cousins nés tous les deux en 1862, huit ans,
portent l'un le knickerbocker, l'autre la culotte courte ;
les trois portent la veste dite à la zouave [zouave jacket]
réputée facile à assortir à toutes les tenues en raison de sa simplicité.


Du costume enfant au costume adulte, un rite de passage

Quelle que soit l'époque, depuis la fin du XVIe siècle, le moment où le petit garçon quitte la robe ou la culotte courte pour l'habit masculin, culotte ou pantalon, est vécu comme un rite de passage, dont l'enfant est le plus souvent très fier. Sous l'Ancien régime, cela se passe généralement vers cinq-six ans. On note que, dans les sociétés musulmanes, c'est aussi le moment où le garçonnet quitte le harem.

Dans le journal de l’enfance de Louis XIII que son médecin Jean Heroard tient au jour le jour, on sent bien la portée symbolique et affective de ce rituel, dont les étapes ne se franchissent d'ailleurs pas en un jour : à quatre ans, on lui met des chausses sous sa robe, à cinq on remplace son bonnet d'enfant par un chapeau d'homme, mais quelques jours plus tard, la Reine lui fait remettre le bonnet. A six ans, il exprime sa hâte à porter des chausses. Le 6 juin 1608, Louis a sept ans huit mois, Jean Heroard écrit non sans solennité, et on le devine, une certaine émotion : "Il est vêtu d’un pourpoint et de chausses, quitte l’habillement d’enfance, prend le manteau et l’épée". Mais il arrive qu'on lui remette la robe, comme on lui a remis le bonnet, ce qu'il n'apprécie guère. Quand il a des chausses et un pourpoint, "il est extrêmement content et joyeux, ne veut point mettre sa robe".

▲à g. : Portrait de Marie de Médicis avec son fils Louis (détail), par Charles Martin, 1603,
Musée des Beaux-Arts, Blois ; Louis, né en septembre 1601, a deux ans.

à dr. : Louis XIII jeune roi, par Frans Pourbus le Jeune, 1611,
Palais Pitti, Florence ; Louis a dix ans.
http://commons.wikimedia.org


Au XIXe siècle, dès le premier Empire, le passage du garçon au monde masculin se fait le plus souvent par le biais du port de l'uniforme, habit coupé par le tailleur, dès que le garçonnet entre à l'école. Entre 1900 et 1920 on prolonge très tard chez le jeune adolescent les particularités du costume des enfants. Philippe Ariès (1914-1984), qui fut le premier historien français à s'intéresser à l'enfance, se rappelle non sans humour qu'il a porté lui aussi les culottes courtes, "insigne bientôt honteux d’une enfance retardée. Dans ma génération, on quittait les culottes courtes à la fin de la seconde, à la suite d’ailleurs d’une pression sur des parents récalcitrants : on me prêchait la patience en citant le cas d’un oncle général qui s’était présenté à Polytechnique en culotte courte !"

▲Portrait des enfants de l'architecte Pontremoli avec leur mère,
photographie François Antoine Vizzavona, début XXe,
fonds Druet-Vizzavona, Paris
www.photo.rmn.fr


La longueur de la culotte anglaise, le plus souvent au genou, se pose comme un repère de l'enfance des garçons, on comprend que les aînés soient pressés de la quitter. L'adulte est le modèle à suivre. Porter un pantalon pour la première fois est un rite qui se perpétue jusque dans les années 1960. La culotte courte est si ancrée à l'image de l'enfance, qu'en 1969, un film publicitaire pour la marque de fromage Kiri évoque les "gastronomes en culottes courtes", le slogan n'est abandonné qu'à l'orée des années 1990.

La culotte des garçons au XXe siècle, entre mode et tradition

Suivre l'évolution de la culotte des garçons aux XIXe et XXe siècles équivaut à suivre l'évolution de l'organisation de la production de l'habillement. Réalisée d'abord par les tailleurs, on l'achète ensuite en confection dans les grands magasins, puis dans les maisons spécialisées. C'est aussi l'un des articles que les femmes abandonnent vite en production domestique, sans doute en raison de sa réalisation très technique, et du résultat somme toute peu gratifiant du point de vue stylistique.

▲à g. : Costume pour la classe, La Mode illustrée, mars 1914,
boutique
Au Fil du temps sur e-bay
à dr. :Culotte de garçon en tweed de laine, vers 1915,
Wisconsin Historical Museum, Madison


Au début du XXe siècle, les garçons doivent attendre l'âge de quinze ans environ pour prétendre porter le pantalon des hommes. Ils sont vêtus du knickerbocker ou knicker court déjà porté depuis la moitié du XIXe, qui s'allonge progressivement pour atteindre la cheville en 1939, copiant le pantalon de golf des hommes. Ils portent aussi le complet veston-culotte anglaise - qu'on nomme bermuda à partir de 1962.

▲à g. : Aldous Huxley et son fils Matthew, photographie Dorothy Wilding, 1932,
National Portrait Gallery, Londres

à dr. : Knickerbocker en laine, vers 1920,
The Metropolitan Museum of Art
, New York

▲à g. : Portrait du jeune peintre Marcel Lavallard (né 1896),
photographie François Antoine Vizzavona, vers 1910
www.photo.rmn.fr

à dr. : Enfants regardant une vitrine de libraire,
photographie Roger Viollet, Paris, 1943,
Paris en images


▲à g. : Costume pour garçon à culotte courte, Harrods, 1930-1939
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Lady Sybil Laurence et ses fils, photographie Bassano, 1929
National Portrait Gallery, Londres


Dans les années 1920, même la culotte des garçons suit la libéralisation ambiante de la mode. Pour la première fois, les enfants, garçons et filles, montrent leurs cuisses ; quand il fait trop froid ils portent des guêtres moulantes. Pour mieux s'adapter à leurs mouvements, les chemises se boutonnent souvent aux culottes.

▲à g. : Culotte courte à bretelles, La Mode illustrée, mars 1922,
boutique
Au Fil du temps sur e-bay au centre : Culotte boutonnée en piqué de coton blanc, vers 1920,
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Portrait de Rauf Mansel (détail), photographie Bassano & Vandyk Studios, 1921
National Portrait Gallery, Londres


▲à g. : Guêtres en coton, intérieur molletonné, vers 1925
Victoria & Albert Museum, Londres
à dr. : Enfant portant une culotte courte et des guêtres, La Mode illustrée, février 1920,
boutique
Au Fil du temps sur e-bay


La culotte courte des années 1930 s'accompagne d'un pull-over sur chemise ouverte, qu'on porte de manière plus décontractée que la veste.

▲à g. : Culotte en velours côtelé et chemise rayée en coton, vers 1930-1939,
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Enfants devant le bassin du jardin du Luxembourg à Paris,
photographie Brassaï, 1930, collection particulière
www.photo.rmn.fr


Après la Seconde Guerre mondiale apparaît le short américain, court, parfois à revers, plutôt réservé aux vacances et aux activités sportives. Les filles commencent aussi à le porter, c'est le début de la mode unisexe, accentuée par l'arrivée du jean vers 1950. A la lumière de cet article, on peut mesurer combien son style libre et novateur a pu plaire à la jeunesse ! Le pantalon des enfants n'échappe pas non plus à la mode des années 1970 : les enfants aussi portent le pattes d'éph'.

▲à g. : 1953 Culotte courte en coton, chemise en polyester brodée d'un canard, 1953
Wisconsin Historical Museum, Madison
à dr. : Le petit parisien, photographie Willy Ronis, 1952


▲à g. : Garçon vêtu d'un jean portant sa petite soeur, vers 1950,
Pool
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à dr. : Pantalon de garçon style blue jeans, 1969,
Wisconsin Historical Museum, Madison


▲à g. : Garçons en pantalon large style "pattes d'éph", 1978,
Pool
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à dr. : Pantalon large style pattes d'éph, marque Falmers, vers 1971,
Victoria & Albert Museum, Londres



16 sept. 2009

bébé rose - bébé bleu

▲Portraits de Jaidden et Alexandra, par Anne Geddes, 2004


La tradition d'habiller de bleu ou de rose les nouveaux-nés garçons ou filles, pour les différencier, est aujourd'hui encore si résistante dans nos usages, qu'on s'imagine qu'elle remonte loin dans notre histoire. Pourtant, cette pratique attestée par les historiens à la fin du XIXe siècle, dans les familles plutôt bourgeoises, n'est devenue quasi systématique que dans les années 1930. Les raisons de cette coutume - localisée en Europe occidentale, et les pays qui relèvent de cette culture, comme les Etats-Unis - restent très incertaines, on peut juste émettre quelques hypothèses...


A l'origine, le blanc de la layette des bébés


Madame Privat de Molières et ses filles, par Antoine Raspail, vers 1775-1780,
Museon Arlaton, Arles

Pendant des siècles, les vêtements composant la layette des bébés ont été les seuls spécifiques à l'enfance : chemises, brassières et bonnets à porter superposés, fichus de cou, bavoirs et bien sûr un nombre important de langes - survivance d'une prononciation ancienne de "linge" - épinglés sur l'enfant. A partir du XVIIIe siècle, tous sont majoritairement blancs, avec l'arrivée du coton. S'il est une couleur dont la symbolique de pureté et d'innocence fait l'unanimité dans toutes les cultures, c'est bien le blanc. Il représente aussi l'hygiène, le linge est en effet bouilli, ce qui le décolore. Le bébé est ensuite enveloppé dans des châles, des couvre-langes ou des robes jupons longues, dont la matière, la couleur et l'ornementation varient selon son appartenance sociale.


Bleu-rose, une tradition chrétienne ?


Retour de baptême, par Hubert Salentin, 1859, Victoria & Albert Museum

Le jour de leur baptême, on présente les nourrissons à l'église, la tête recouverte d'un bonnet, enveloppés du châle de leur mère ou d'une couverture de couleur blanche. Dans certaines coutumes du folklore français, on y appose un petit ruban pour différencier son sexe, mais le ruban rouge ou rose s'adresse plutôt aux garçons, le blanc ou bleu aux filles. L'iconographie des nourrissons et jeunes enfants du XVIIIe siècle les montre en effet souvent vêtus de blanc, avec des touches de rose et de bleu, souvent des rubans, mais il est difficile de dire qu'on attribue une couleur à un sexe plutôt qu'à l'autre. Aujourd'hui, dans certaines régions de Belgique, les garçons sont en rose, les filles en bleu !


Le duc de Chartres et sa famille (détail), par Charles Lepeintre, 1776,
Banque de France, Hôtel de Toulouse. A noter :
les deux enfants représentés, Louis-Philippe, futur roi des Français qui porte une ceinture rose,
et Louis-Antoine, duc de Montpensier, habillé de bleu, sont des garçons.


On invoque souvent des motifs religieux pour expliquer cette tradition, volontiers pratiquée dans les familles chrétiennes. Dans la religion catholique, le bleu exprime le renoncement et le détachement des valeurs du monde terrestre : l'âme libérée monte vers Dieu, c'est-à-dire vers l'or qui, lui, descend à la rencontre du blanc virginal de cette âme, tout au long de son ascension vers le bleu du Ciel. Depuis le XIIe siècle, cela fait du bleu la couleur iconographique de la Vierge Marie. L'autre couleur de la Vierge est le blanc, sa couleur liturgique depuis l'adoption en 1854 du dogme de l'Immaculée Conception, qui symbolise la pureté et la virginité.


La Vierge de douleur au pied de la croix, par Philippe de Champaigne,
vers 1655, Musée du Louvre www.photo.rmn.fr


Il existe dans certaines familles catholiques, la pratique des enfants bleus, placés dès leur naissance sous la protection de la Vierge Marie. Jusqu'à l'âge de sept-huit ans environ, ces enfants ne sont habillés que de nuances de bleu, du bleu ciel au bleu marine, et de blanc. On achète leurs vêtements dans des magasins spécialisés, à l'enseigne "Aux Enfants bleus" ou "A l'Enfant voué". Cet usage, qui a aujourd'hui disparu, mais dont on peut encore sentir l'esprit dans certaines façons de porter le bleu-marine dans le renoncement, est fréquent au XIXe siècle et pendant une bonne partie du XXe.


Ces enfants que l'on voue au bleu et au blanc ne sont pas pas encore complètement matérialisés, donc asexués. Pas encore tout-à-fait de ce monde, ils peuvent répondre plus aisément à l'appel de la Vierge. Cette pratique, qui peut sembler un peu funèbre aujourd'hui, se justifie par le taux important de la mortalité en bas âge. On habille les enfants de bleu et de blanc pour les placer sous la protection de la Vierge. L'historienne Elizabeth Ewing explique que les garçons apparaissant comme plus précieux dans la lignée familiale, seraient en priorité concernés par cette protection.


Mais qui parle ici du rose ? Toutes ces explications n'éclairent en rien ce partage des couleurs selon les sexes. D'autant que cette mode s'est très tôt répandue dans les pays protestants de l'Europe du Nord, qui pourtant prennent leurs distances avec le culte marial. Cette hypothèse ne résiste donc guère à une analyse de bon sens.


Symbolique et antagonisme des couleurs


La seconde hypothèse se réfère au système symbolique et antagoniste des couleurs, hérité de la fin du Moyen Âge, un peu compliqué à expliquer, d'autant que la symbolique change d'un siècle à l'autre.


Pour résumer, le blanc s'oppose au noir, le vert au jaune, le bleu au rouge. Au Moyen Âge le bleu est plutôt féminin, à cause de la Vierge, le rouge plutôt masculin, car il symbolise le pouvoir et la guerre. A partir du XVIe siècle, cela s'inverse, mais uniquement quand les deux couleurs fonctionnent en couple : le bleu, plus discret, devient masculin, le rouge féminin, symbolise la vie. Cette symbolique sexuelle n'est-elle pas suggérée dans les tableaux du libertin François Boucher, qui choisit des tentures d'un bleu profond pour magnifier le rose de la chair de la femme ? Jusqu'au XIXe siècle, la robe des mariées est rouge.


▲Scène galante : Prenes an gre, plaque ovale en émail peint, lavis, rehauts d'or,
milieu du XVIe siècle, Musée du Louvre www.photo.rmn.fr

L'Odalisque (détail), par François Boucher, 1745, Musée du Louvre www.photo.rmn.fr


L'historien spécialiste des couleurs, Michel Pastoureau, pense que le couple enfantin bleu/rose ne serait qu'une simple déclinaison, plus douce, du couple bleu/rouge.


L'apparition des couleurs pastel


Dans les années 1860, sous le second Empire, la chimie révolutionne les procédés de teinture. Les teinturiers, dont on se méfiait, qui faisaient figure d'alchimistes impurs car ils maniaient des matières animales, se transforment en ouvriers modernes de la révolution industrielle. Les nouveaux colorants qui permettent d'obtenir le "brun Bismarck", le "rouge Solférino", le "bleu impératrice", mais aussi des roses, des violets, des jaunes et des verts crus, modifient la perception des couleurs. Cela concerne aussi peu à peu le linge de corps, de toilette, les draps, et bien sûr la layette, qui s'égaient, par le biais de la rayure et des couleurs pastel [Lire l'article sur La marinière - Hygiène de la rayure]. Les couleurs pastel deviennent des nouvelles couleurs hygiéniques.


La promenade des enfants de la crèche municipale du premier arrondissement au jardin des Tuileries, par Timoléon Lobrichon, fin XIXeme siècle, collection privée, Roy Miles Gallery


Afin de garder cette idée de pureté et d'innocence liée au nouveau-né, mais dans le contexte traditionnel du couple bleu/rouge vu précédemment, le bleu ciel pâle et le rose pâle sont adoptées par les familles bourgeoises. Les temps ont changé, ce sont elles désormais qui font la mode.


Le bébé des années 1920-1930


▲Affiche publicitaire Cadum, 1925, Les Arts Décoratifs, Musée de la Publicité

A partir des années 1920, l'image du bébé change, elle devient celle d'un bébé de six mois ou un an, joyeux et curieux de ce qui l'entoure, dont le Bébé Cadum aura été le précurseur. Le port de la robe pour les petits garçons tombe peu à peu en désuétude, et disparaît complètement en 1945. Le bébé se sexualise, le bébé garçon a cessé d'appartenir au monde de la femme. Avec l'aide du marketing naissant et de la presse spécialisée, on reprend l'archétype bourgeois de la fin du XIXe : bleu pour les garçons, rose pour les filles. Le blanc reste neutre, ainsi que le jaune pâle, qui fait son apparition dans les années 1930. Le succès est fulgurant.


▲à g. et à dr. : La Layette, supplément de Mon Tricot, numéros 5 et 46
www.journaux-collection.com

Ainsi il est plus que probable que votre maman, grand-maman, ou arrière-grand-maman aient un jour tricoté en laine rose ou bleue, burnous, brassières, paletots - ou des petits chaussons comme ceux-ci, que ma maman virtuose tricote, quasiment les yeux fermés, en un peu plus de deux heures.



2 sept. 2009

mode adulte - mode enfant (3) : la robe à smocks


La robe de réforme

Entre 1870 et 1910, principalement vers 1880-1890, on assiste dans certains pays d'Europe du nord à des attaques virulentes contre la mode française alors largement prédominante dans le monde. Hygiénistes, moralistes, féministes, artistes, nationalistes, aux motivations variées, se rejoignent dans ce mouvement d'opposition dit de réforme du vêtement. On reproche à la mode parisienne du corset serré et du style tapissier d'être frivole, chère, contraignante ; l'artiste belge Henry van de Velde, très actif en Allemagne, la juge "immorale, cupide et superficielle", elle est "la grande ennemie à l'origine du déclin de tous les arts décoratifs", ou encore la "dégénérescence du grand art". A la veille de la Première Guerre mondiale, la réforme du costume est devenue dans certains pays comme l'Allemagne une question politique et sociale.

▲ à g. : Les enfants des familles Burne-Jones et Morris,
en Angleterre,
photographie Frederick Hollyer, 1874,

National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk

à dr. : Henry Van de Velde et sa famille devant leur maison Hohe Pappeln,
en Allemagne, 1912 www.henry-van-de-velde.com


Les enfants n'appréciant guère l'originalité, pas facile d'être un enfant d'artiste adepte du mouvement de réforme du vêtement entre 1870 et 1910 quand les autres enfants s'habillent en confection ou chez un tailleur !

The Height of aesthetic exclusiveness, par George du Maurier,
pour Punch, novembre 1879, Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk


Paris ignore superbement ces attaques, et va même imposer la fameuse ligne en S de l'Art nouveau, particulièrement inconfortable pour les femmes, puisque ce nouveau corset projette la poitrine en avant tout en l'aplatissant, comprime et rentre le ventre, et accentue la cambrure des reins et des fesses. Il faudra attendre Paul Poiret, à partir de 1908, pour "libérer" le corps de la femme, et encore sentira-t-il le besoin se référer à la mode Directoire du début du siècle.

Pourtant, la mode française n'est pas fermée à ce qui se fait ailleurs. Pour preuve, deux vêtements nouveaux apparaissent à cette époque, directement inspirés des idées réformatrices : la robe de grossesse, qu'on appelle alors pudiquement "robe de jeune maman" (c'est la première fois que cet état est évoqué explicitement par les journaux de mode), et la robe à smocks des fillettes. C'est bien sûr la genèse et l'histoire de ce grand succès de la mode enfantine que je vais vous raconter aujourd'hui.

De la robe de réforme à la robe à smocks des enfants

Dans ce contexte réformateur du costume figure en bonne place le mouvement Arts & Crafts, issu du courant préraphaélite londonien, à l'initiative de William Morris et John Ruskin, qui essaie de promouvoir une esthétique moderne à la portée de tous, inspirée à la fois du retour à la nature, des vêtements traditionnels de la campagne, et de l'art préraphaélite. Ses membres créent pour le théâtre des costumes d'inspiration médiévale ou renaissante, peu à peu adaptés et portés à la ville par les actrices et autres femmes artistes, pour devenir ce qu'on appelle le vêtement artistique, ou encore esthétique. Les femmes et jeunes filles des familles des peintres Burnes-Jones, Millais et Morris portent ces robes droites fluides, sans corset, et dénouent parfois leurs cheveux. Ces modèles sont vendus dans le magasin de Arthur Lisenby Liberty, Liberty & Co Ltd ouvert en 1875 sur Regent Street à Londres ; on y propose aussi des tissus aux motifs végétaux et floraux stylisés, qui évolueront après la Première Guerre mondiale en ces semis, formant le fameux "style Liberty" dont la renommée traversera le siècle.

▲ à g. : Les familles de Edward Coley Burne-Jones et William Morris,
photographie Frederick Hollyer, 1874,
National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk

à dr. : Publicité pour les tissus Liberty & Co
et robe de réforme pour jeune fille, 1888, http://fr.wikipedia.org

▲ à g. : Robe à empiècement smocké et dentelle mécanique en pongé de soie bleu pour femme,
Liberty &Co Ltd, vers 1895, Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk

à dr. : Portrait de Margaret Burne-Jones,
par Edward Burne-Jones, 1885-1886,
collection privée www.artrenewal.org


Ces robes s'inspirent des smocks ou smock frocks, vêtements traditionnels de toile gris-beige portés par les paysans anglais, y compris les garçonnets. La coupe en carrés et rectangles de ces blouses-chemises, qui permet à la fois de ne pas gaspiller le tissu et de se passer d'un patron papier, est rectifiée par des plis serrés sur le devant et le dos, parfois aux épaules, brodés de motifs géométriques et folkloriques.

▲ à g. : Smock de paysan anglais, détail de broderie, 1830-1869,
Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk

à dr. : Plastron brodé d'un smock du Shropshire, 1850-1880,
Manchester City Galleries www.manchestergalleries.org


▲ à g. : La bataille de boules de neige (détail),
par John Morgan, 1865,
Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk
(Les enfants portent le smock)

à dr. : Smock rural pour enfant, 1860-1869,
Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk


On assiste d'ailleurs aussi en France, depuis le milieu du XIXe siècle, à un engouement pour les costumes régionaux, les blouses normandes ou bretonnes brodées aux épaules et aux poignets, comme en témoignent par exemple les dessins de François-Hippolyte Lalaisse publiés entre 1845 et 1864 ici. Des personnalités très en vue, telle la peintre animalière Rosa Bonheur, sont représentées portant des tuniques inspirées des blouses paysannes ici. Le jeune prince impérial lui-même a dans sa garde-robe une blouse froncée de taffetas rebrodé conservée au Musée Galliéra ici.

Cette nouvelle robe toute droite, de la même coupe que la robe américaine, mais à l'empiècement plissé ou smocké qui relie les manches, portée sans corset, parfois avec une ceinture légère, convient évidemment particulièrement bien à la mode enfantine. Mais on se doit aussi de citer l'influence de peintres dessinateurs pour enfants, comme Kate Greenaway, adepte du style Arts & Crafts, qui montre des petites filles en robes à taille haute style 1800, ou Walter Crane, ou encore les représentations, par les peintres à la mode, de fillettes en robes droites fluides. Mary Eliza Haweis, influente directrice de Liberty & Co, auteure d'articles et de livres dont The Art of Dress (1879), habille ses enfants dans ce style, ce qui ne leur plaît guère.

▲ à g. : Illustration extraite de The Birthday Book,
par Kate Greeaway,
1880, Editions George Routledge & Sons www.illuminated-books.com

à dr. : Illustration extraite de Little Red Riding Hood, par Walter Crane,
1875, Editions George Routledge & Sons www.answers.com


▲ à g. : Carnation Lily, Lily, Rose,
par John Singer Sargent, 1885-1886,
Tate Britain, Londres www.tate.org.uk

à dr. : Little Bo Peep, par John Esley, 1900,
collection privée www.artrenewal.org

à g. : Portrait d'une fillette inconnue, photographie Henry Joseph Spink,
vers 1880, National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk

au centre : Robe bleue à taille basse, à plastron froncé,
dite robe américaine, vers 1898,
et robe de réforme à la manière du mouvement esthétique anglais,
vers 1898, photographie Karin Maucotel, Musée Galliéra

à dr. : Silvia Constance Myers et Eveleen Myers (détail),
photographie Eveleen Myers, vers 1890,
National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk


▲ à g. : Silvia Constance Myers et Harold Hawthorn Myers,
photographie Eveleen Myers, vers 1890,
National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk

à dr. : Robe à smocks en soie ivoire pour fillette, Angleterre,
1890-1910, Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk


▲Robe à smocks pour fillette, Liberty & Co, vers 1890,
The Metropolitan Museum of Art www.metmuseum.org


à g. : Planche de La Mode illustrée du 22 mars 1896,
robes brodées pour bébés,
boutique Au Fil du temps, www.cafr.ebay.ca

à dr. : La famille de l'artiste, Pierre et Jean Renoir enfants (détail),
par Auguste Renoir, 1896


Sous l'influence anglaise, la robe à empiècement smocké est adoptée en France dans les années 1891-1892, d'abord pour les très jeunes enfants à partir de un an, puis peu à peu pour les fillettes et jeunes filles. A vrai dire elle peine à concurrencer les robes ajustées sous influence de la mode féminine, parfois avec un semblant de tournure, à taille très basse, corsage allongé et jupe courte. D'ailleurs, la robe à empiècement smocké est souvent agrémentée d'une ceinture, soit aux hanches avec effet blousant, soit serrée à la taille. Ce n'est qu'à la Belle Epoque (1896-1914) que la silhouette des fillettes devient plus souple – et Monsieur Valton de Petit Bateau va devoir inventer la petite culotte.

La robe à smocks du XXe siècle, "so chic"

▲ en ht à dr. : Robe de jeune fille en pongé crème,
attribué à Liberty & Co,

en forme de blouse romantique, vers 1898 ;
à g. : Robe de fillette en soie rose, Marie et Marie-Laure, vers 1938

au centre : Robe en jean Gina Diwan, 1997 ;
photographie Karin Maucotel pour le catalogue de l'exposition
La Mode et l'enfant 1780... 2000
, Musée Galliéra, 2001


Les caractéristiques de la robe à smocks telle que nous la connaissons aujourd'hui se fixent entre la Première Guerre mondiale et les années 1930 : un empiècement froncé brodé, des manches ballons, une ceinture prise dans les coutures des côtés nouée dans le dos ; le col Claudine arrondi apparaît en 1900 suite à la parution du livre Claudine à l'école, qui connaît un succès phénoménal, pour lequel Colette déguisée en écolière pose pour une série de photos. La robe à smocks reste liée à ses origines anglaises, elle est portée de génération en génération par les enfants de la famille royale.

▲à g. : Robe à smocks pour fillette, détail de broderies,
Liberty & Co, vers 1890

à dr. : Elizabeth, future reine, mère de Elizabeth II,
par Rita Martin, 1907, National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk


▲à g. : Robe à smocks imprimée de semis pour fillette,
Liberty & Co, vers 1930
Victoria & Albert Museum www.vam.ac.uk

à dr. : Elizabeth, future reine d'Angleterre,
photographie Marcus Adams, 1929,
National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk


▲à g. : Robe à smocks en coton blanc,
de Jane Prendiville, styliste américaine,

The Metropolitan Museum of Art www.metmuseum.org

au centre : article du magazine Elle daté du 1er juin 1953
à dr. : Le prince Charles et la princesse Anne d'Angleterre,
photographie Marcus Adams, 1952,
National Portrait Gallery, Londres www.npg.org.uk


En plus d'être un symbole du chic traditionnel de la bonne société, cette robe a bien des atouts qui expliquent son succès. Dans le contexte de pénurie de l'après Seconde Guerre mondiale, où les mères ont du mal à trouver des tissus et articles de mercerie, le smock brodé est une solution astucieuse et créative pour agrémenter corsages, robes et barboteuses unis. Son style indémodable est idéal pour habiller les enfants de familles nombreuses du baby-boom, on se passe les vêtements entre fratries et cousins pendant des années.

▲à g. : Robe à smocks en coton, France, vers 1957,
The Metropolitan Museum of Art www.metmuseum.org

au centre : Fillettes à un goûter d'anniversaire, 1951,
photographie lovedaylemon, album vintage kids sur www.flickr.com

à dr. : Robe à smocks fleurie en coton, France, vers 1957,
The Metropolitan Museum of Art www.metmuseum.org


De l'après guerre jusqu'au début des années 1970 - et même au-delà, quand de nouvelles marques comme Cacharel (fondée en 1962), Baby Dior (1967) Petit Faune (1970) ou Bonpoint (1975), puis Cyrillus (1977) et Jacadi (1978) dans la foulée, relancent cette mode - les magazines féminins et les magazines d'ouvrages de tricot et de couture proposent régulièrement de nouveaux modèles de smocks fleuris ou campagnards dans leurs articles et cahiers spéciaux. Dans le catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000, l'historienne Françoise Tétart-Vittu écrit : " Le modèle d'avant-guerre est toujours le même, on joue sur le choix du tissu ou sur la broderie. Si nous parcourons les pages de Elle, on voit que la robe du 4 décembre 1959 est identique à celle du 20 mai 1974 ".

▲à g. : Couverture de Mon Ouvrage, mai 1951,
source : www.journaux-collection.com

au centre : Robe à smocks en coton et soie
de la styliste italienne Emilia & Elvira Frezzini,
vers 1955, The Metropolitan Museum of Art www.metmuseum.org

à dr. : Couverture du cahier supplément du Jardin des Modes n°47, 1953,
source : www.journaux-collection.com


▲à g. : Couverture de France Magazine n°258, octobre 1952
au centre : Couverture de Mon Ouvrage n° 118, mai 1958
à dr. : Couverture de Point de vue Images du monde n° 1267,
novembre 1972,

sources : www.journaux-collection.com et www.noblesseetroyautes.com

Aujourd'hui, la robe à smocks, trop connotée sinon démodée, n'a plus guère les faveurs des pages mode des publications pour enfants, mais il suffit de feuilleter les magazines people pour se rendre compte qu'elle habille encore les petites princesses et enfants de stars. Elle reste très appréciée pour les robes de cortège des mariages ou baptêmes.

▲à g. : Suri Cruise en robe à smocks rose, 2008
au centre : La princesse Louise de Belgique
en robe à smocks blanche, 2009
à dr. : La princesse Isabella du Danemark, en robe à smocks fleurie, 2009
www.purepeople.com

Sur le marché actuel de la mode enfantine, le smock est la spécialité des brodeuses de l'île de Madagascar, où ce type de broderie a été introduit par les missionnaires anglais au XIXe siècle, et est toujours réalisé de façon artisanale. Les superbes échantillons présentés ci-dessous datent de 1996 et sont tous de l'atelier Bodovoahangy www.bodovoahangy.com