6 octobre 2014

Les uniformes de fantaisie pour les enfants


▲Portrait d'enfant en costume « à la hongroise », Pierre Subleyras, vers 1740-1749, sur Wikimedia Commons

Les images représentant des enfants au XVIIIe siècle (dessins, peintures) montrent de façon récurrente un costume de garçonnet, dit « à la hongroise », curieuse tenue qui ne manque pas d'interroger l'histoire de la mode enfantine. Entre uniforme, panoplie et travestissement, il est constitué d'un dolman à brandebourgs et d'un bonnet à pompon retombant sur le côté, type bonnet de police. Cette tradition du port d'un uniforme de fantaisie se perpétue dans la première moitié du XIXe siècle. La panoplie de soldat reste un déguisement de garçonnet apprécié jusqu'à la Première Guerre mondiale. Que nous révèlent de l'histoire de l'enfance ces petits militaires de fantaisie ? Quelle influence ont-ils eue sur la mode enfantine ?

▲Les bosquets du Théâtre d'Eau dans les jardins de Versailles au début du XVIIIe siècle (détail)
La scène montre en son centre un jeune page portant la traîne d'une dame ;
il semble porter un costume « à la hongroise ».
École française, Château de Versailles et de Trianon sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Le jeune comte de Lau, portant les armes devant le logis de son père,
faisant ses premières armes dans son régiment, Louis Carrogis, dit Carmontelle, vers 1777-1780
Musée Condé, Chantilly sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Uniforme de Timothée Bécays-Lacaussade, officier du régiment de Neustrie, réglementation de 1786
Timothée commence sa formation militaire à l'âge de 10 ans, en 1770, dans le régiment de Neustrie ;
quand il démissionne en 1792, il est capitaine dans ce même régiment.
Cet uniforme est parmi les plus anciens conservés par le Musée de l'Armée, Paris.

▲Louis XV chassant le cerf dans la forêt de Saint-Germain (détail), Jean-Baptiste Oudry, 1730
Musée des Augustins, Toulouse
Cerf aux abois dans les rochers de Franchard, forêt de Fontainebleau (détail), Jean-Baptiste Oudry, 1738
Musée du château de Fontainebleau
Les participants à la chasse royale portent l'habit en drap bleu orné de galons or et argent
et la culotte écarlate imposés par l'étiquette pour la chasse au cerf
– sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Vue du château de Choisy le Roy du côté du jardin, 1750
à dr. : Habit de drap galonné à la financière avec un galon large
dessin Le Clerc, graveur Dupin, Galerie des Modes, 20e cahier, 1778
La légende précise : «  C'est ce qu'on appelle un Habit à la Choisi ; ainsi nommé parce qu'il est d'étiquette
lorsque la Cour se rend au château de Choisi. Cette même étiquette veut qu'il soit de couleur verte.
Il doit être d'une autre couleur, lorsque la Cour va à Marli, à St. Hubert, à la Muette. »
La garde-robe royale de Louis XV lui fait livrer 4 habits, 5 vestes (gilets) et 2 culottes
pour la résidence de Choisy, pendant l'année 1772.
– sur Gallica, BnF, Paris

▲Les Gentishommes du duc d'Orléans dans l'habit de Saint-Cloud,
Félix Philippoteaux d'après une gouache de Louis Carrogis, dit Carmontelle
L'image figure six gentishommes vêtus de la redingote rouge et bas noir
de l'habit de campagne de la maison d'Orléans
Les Arts décoratifs, Musée Nissim de Camondo, Paris

Le costume de fantaisie « à la hongroise » des enfants du XVIIIe siècle

Dans la société d'Ancien Régime, la tradition veut que le garçonnet de la noblesse débute son éducation intellectuelle lorsqu'il quitte la robe, vers quatre à six ans. Parallèlement, il apprend à monter à cheval et à manier l'épée avec un maître d'armes. Vers douze ans, quinze pour Versailles, il peut devenir page ou enfant d'honneur. Être reçu comme page dans la maisonnée d'un roi ou d'un prince est une faveur recherchée. Elle permet à l'enfant d'apprendre les règles de la cour, d'établir des contacts précieux pour son avenir. Il peut par exemple intégrer un régiment comme cadet.

Toute la légitimité de la noblesse d'Ancien Régime est basée sur cette tradition guerrière au service du roi, elle est même à l'origine de la mode aristocratique du « corps redressé » en vigueur pendant plusieurs siècles – l'expression est de Georges Vigarello [Lire sur Les Petites Mains, Sous l'Égide de Mars, costume militaire - costume civil]. Pour entrer comme page dans la grande et la petite écurie de Versailles, la famille doit prouver une noblesse militaire ou « d'épée » – par opposition à la noblesse dite « de robe » – antérieure à 1550. Le jeune garçon est le plus souvent présenté à la Cour lors d'une chasse. La couleur de l'habit exigé change selon le gibier chassé, habit en drap bleu orné de galons or et argent et culotte écarlate pour le cerf, drap vert galonné d'or pour le daim... – Louis XIV y a vu un moyen supplémentaire d'imposer un nouveau critère de distinction, la permission de le porter est très recherchée par les courtisans. Selon ses quartiers de noblesse, le jeune garçon peut être admis à résider dans les résidences princières ou royales. Il porte alors, comme les adultes, l'habit dédié à la résidence. Par exemple, l'habit de résidence pour les séjours à Choisy, très prisés par Louis XV, imposent l'uniforme vert galonné d'or.

Au service de son prince, le jeune page porte la livrée. Si au XVIIe siècle, les livrées d'honneur, qui distinguent les personnes de corps, et les livrées de servitude, qui concernent les domestiques, sont comparables (couleur des tissus, broderies et passements, boutons...), au XVIIIe siècle, la livrée tend à montrer un état subalterne. Elle reste cependant un objet de prestige. Les obligations qui découlent du port de la livrée ou de l'uniforme d'une grande famille sont particulièrement valorisées. Manquer de respect pour pour le porteur de la livrée royale équivaut à une atteinte à la personne du roi, qui lui-même porte un uniforme parce qu'il est au service de l'État. L'uniforme symbolise « l'honneur et la fierté de servir ».

▲à g. : Monsieur Melin, riche notaire de Paris et le jeune des Gravières, son petit-fils, 1759
à dr. : Madame de la Haye, fermière générale et son fils, 1760
Les deux garçonnets portent un uniforme de fantaisie « à la hongroise »
Louis Carrogis, dit Carmontelle, Musée Condé, Chantilly sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Portrait de femme avec enfant (détail), Louis Carrogis, dit Carmontelle, XVIIIe siècle
collection privée, vente 2012 étude J.J. Mathias - Baron Ribeyre & Associés - E. Ferrando
à dr. : Les deux petits frères (détail), fils du fermier général de Neuville,
Louis Carrogis, dit Carmontelle, 1767, collection privée, vente 1992 Christie's

▲Bonnet de police d'officier supérieur en drap de laine brodé, régiment des hussards de Bercheny, vers 1776-1786
Le premier régiment de hussards est levé en 1721 en Turquie par Ladislas Bercheny,
noble hongrois passé au service de la France de la Régence,
après l’échec de l’insurrection du prince Rakoczy contre l’Autriche.
Musée de l'Armée, Paris

▲à g . : Marie-Josèphe de Saxe et son fils Louis, duc de Bourgogne (détail), Maurice Quentin de La Tour, 1761
(Le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV, fils aîné du dauphin Louis-Ferdinand, meurt à 10 ans en 1761)
Musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin sur WikiArt
à dr. : La famille Devin, Louis-Michel Van Loo, 1767, collection particulière sur Wikimedia Commons

▲à g . : Charles-Philippe, comte d'Artois (futur Charles X) et sa sœur Marie-Clothilde
François Hubert Drouais, 1763
(Petits-enfants de Louis XV, ils sont les enfants du dauphin Louis-Ferdinand et de Marie-Josèphe de Saxe)
à dr. : Habit et culotte à la hongroise pour petit garçon, en soie cannelée bleue, vers 1760
Palais Galliéra, Musée de la mode de la Ville de Paris
photographie de presse Agence Rol, 1920, sur Gallica

▲à g. : La famille Sagredo (détail), Pietro Longhi, 1768, Pinacothèque Querini Stampalia, Venise
En plus de son uniforme de fantaisie, le petit garçon porte un sabre.
à dr. : Portrait de famille (détail), Pietro Longhi, vers 1752, Ca'Rezzonico, musée du XVIIIe siècle, Venise
– sur WikiArt

Dans un tel contexte, on imagine que les garçonnets de la noblesse, pressés de grandir, apprécient de porter un uniforme ; sa fantaisie rappelle qu'ils ne sont encore que des enfants. Ce costume est porté dans le cadre du cercle familial ou à la Cour. Le style s'inspire des uniformes des régiments étrangers, jugés plus exotiques, plus chatoyants. En 1763, à la fin de la guerre de Sept Ans, la renommée du corps d'élite impérial des hussards de Marie-Thérèse d'Autriche diffuse dans toutes les cours d'Europe le costume dit « à la hongroise », constitué d'un dolman à brandebourgs et d'un bonnet à pompon, type bonnet de police, retombant sur le côté. Les représentations de garçons portant ce costume sont très nombreuses, la plus célèbre est celle du fils du dauphin Louis-Ferdinand et Marie-Josèphe de Saxe, futur Charles X, avec sa sœur Clothilde, par François-Hubert Drouais.

▲à g. : Garçonnet en uniforme de fantaisie inspiré de celui des hussards, vers 1814
Pierre de La Mésangère, Journal des Dames et des Modes,
Bibliothèque municipale, Rouen
à dr. : Ensemble trois pièces à la hussard en toile de coton et habit dégagé, vers 1810
photographie Karin Maucotel, catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000, Musée Galliéra, 2001
Palais Galliéra, musée de la mode de la Ville de Paris

▲à g. : Costume en laine et soie porté par le « roi de Rome », fils de Napoléon Ier, vers 1814-1815
(Les mensurations du vêtement indiquent une taille 3-4 ans)
à dr. : Garçonnet en costume de toile et spencer à double boutonnage, vers 1814
Pierre de La Mésangère, Journal des Dames et des Modes,
Bibliothèque municipale, Rouen

▲à g. : Joachim Murat en uniforme de hussard, baron François Pascal Simon Gérard, 1801
Château de Versailles et de Trianon sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Portrait d'un garçonnet en costume de hussard, attribué à Léon Cogniet, vers 1818
collection particulière, exposition Des Hommes et des Jouets, 2011-2012, Grand Palais sur Tout pour les femmes.com

▲à g. : Garçonnet en uniforme de fantaisie et chapeau inspiré du shako des hussards, vers 1814
Pierre de La Mésangère, Journal des Dames et des Modes, Bibliothèque municipale, Rouen
à dr. : Portrait de José Costa y Bonnells dit Pépito, Francisco de Goya, vers 1810-1814
Par son chapeau et ses broderies dorées, le costume de Pépito s'inspire des casaques militaires
des soldats de la guerre d'indépendance d'Espagne ;
l'analogie militaire est renforcée par la présence du tambour et des jouets guerriers.
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Costume marin du prince Albert Edouard, 1846, National Maritime Museum, Greenwich
à dr. : Portrait d'Albert Edouard, prince de Galles, par François Xavier Winterhalter, 1846, Royal Collection Trust
Albert Édouard est ici représenté vers quatre ou cinq ans en costume de simple matelot,
inspiré des uniformes de la Royal Navy,
blouse et pantalon à pont blancs, marinière à grand col bleu et chapeau en toile cirée à ruban noué ;
il lance la mode du costume marin, qui gagne toute l'Europe et dure plus d'un siècle.

Les uniformes de fantaisie des enfants au XIXe siècle

Le XIXe siècle poursuit la tradition d'Ancien Régime d'habiller les garçonnets dans des uniformes de fantaisie. Cette mode ne concerne plus seulement les garçonnets des familles princières ou régnantes, elle s'adapte aux enfants des classes aisées. Sous l'Empire et la glorification des conquêtes napoléoniennes, le goût marqué de l'uniforme influence la mode enfantine au quotidien. La chute de l'Empire et la présence de nombreux militaires étrangers à Paris après 1814 laissent des traces sur la mode, en particulier les chapeaux. On copie les casques militaires et leurs plumets ; une bride jugulaire passe sous le menton. À partir de 1804 et jusque dans les années 1820, on adapte pour les garçonnets les uniformes militaires d'apparat des soldats. L'été, on les habille de costumes de hussards en toile légère.

Les Petites Mains ont plusieurs fois raconté comment la reine Victoria, en hommage à la marine nationale britannique, a mis à la mode, dans les années 1845-1850, le costume marin qui habille d'abord son fils, le prince Albert Édouard, puis tous les petits garçons occidentaux jusque dans les années 1930, parfois même au-delà. [Lire sur Les Petites Mains : La salopette marine du prince George et Histoire du costume marin]

▲à g. : L'impératrice et ses hôtes en tenue de vénerie à Compiègne, 30 octobre 1856
photographie comte Olympe Aguado
à dr. : Le prince impérial en tenue de vénérie au pied du « Caïn maudit » de Jouffroy
photographie Charles Hideux, 1863
– Château de Compiègne sur Arago, le portail de la photographie

▲à g. : Le prince impérial en tenue de vénerie, photographie Charles Hideux, vers 1863
à dr. : Costume de vénérie du prince impérial, Paule (tailleur), 1861
C'est un costume Louis XV de vénerie, tunique et gilet en drap vert doublé de drap rouge,
parements de velours rouge, culotte de peau, bottes, ceinturon et couteau de chasse et fouet (manque le tricorne).
– Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Portrait du prince impérial en costume de grenadier et bonnet de police,
photographie André Adolphe Eugène Disdéri, vers 1859
à dr. : Veste et pantalon de petite tenue et bonnet de police
de caporal du premier régiment des grenadiers de la Garde impériale,
porté par le prince impérial, vers 1859-1860
(Le prince porte encore la robe des petits enfants)
– Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲Uniforme de zouave du prince impérial, vers 1861
Dolman en drap rouge à brandebourgs de soie noire et passepoil bleu, culotte bouffante en drap bleu,
burnous en drap rouge avec galons de soie noirs et fils d'or
Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Le prince impérial revêtu de l'uniforme de caporal du premier régiment des grenadiers de la Garde,
photographie Léon Crémière, 1865-1866, Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Uniforme de caporal du premier régiment des grenadiers de la Garde, porté par le prince impérial
Musée de l'Empéri, Salon de Provence sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Costume andalou du prince impérial en velours de soie, vers 1859
photographie Karin Maucotel, catalogue de l'exposition La Mode et l'enfant 1780... 2000, Musée Galliéra, 2001
Musée du Costume, Château-Chinon
à dr. : Veste en peau du costume mexicain du prince impérial, Godard tailleur Mexico, vers 1862
Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

En France, les cours royales ou impériales du XIXe siècle perpétuent la tradition d'Ancien Régime d'honorer des personnes invitées à suivre la chasse. Sous le Second Empire, les invités à Compiègne auxquels on a accordé « le bouton » reçoivent une lettre accompagnée d'une boîte contenant les boutons destinés à garnir leur habit de chasse, plus un pour le chapeau. Ces couleurs et boutons sont distinctifs du rallye, nom que prennent les équipages depuis que Louis-Philippe, non chasseur, a supprimé la Vénerie royale et mis en location les forêts de la couronne en 1830 – de cette tradition est issu l'emploi actuel du mot rallye dans la « haute société », pour désigner les rencontres de jeunes gens dans les propriétés familiales. Dès 1852, Napoléon III réorganise la vénerie sur le modèle de la vénerie royale. L'uniforme est un habit de drap vert en velours galonné d'argent et d'or et culotte blanche. Le château de Compiègne conserve un costume de vénerie et plusieurs photographies du prince impérial Louis Napoléon dans cette tenue.

Outre ses tenues de vénerie, le prince impérial possède toute une série d'uniformes de fantaisie : comme le prince Albert d'Angleterre, un costume marin aux couleurs du yacht impérial Reine Hortense, remplacé par L'Aigle en 1859 ; un uniforme de spahi, d'officier d'armée d'Afrique... À trois ans, alors qu'il porte encore la robe, il est représenté en costume de grenadier de la garde impériale, le préféré de son grand-oncle, Napoléon Ier. Le musée de Compiègne conserve aussi un superbe costume en peau en souvenir de l'expédition du Mexique, un costume andalou et un costume écossais d'apparat.

▲à g. : Albert Édouard, prince de Galles et le prince Alfred, fils de la reine Victoria,
François-Xavier Winterhalter, 1849, Royal Collection Trust
à dr. : Panoplie écossaise du prince impérial, vers 1859
Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Tablier de la panoplie écossaise du prince impérial, vers 1859
Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais
à dr. : Le prince Alfred et la princesse Helena, enfants de la reine Victoria,
François-Xavier Winterhalter, 1849, Royal Collection Trust

▲à g. : La princesse Louise, le prince Arthur et le prince Léopold, enfants de la reine Victoria
François-Xavier Winterhalter, 1856, Royal Collection Trust
à dr. : Veste de la panoplie écossaise du prince impérial, vers 1859
Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲Costume écossais, Angleterre, vers 1860
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Le prince George (futur George V), fils de Édouard VII, petit-fils de la reine Victoria,
en 1869 et en 1873, Royal Collection Trust

▲à g. : Costume écossais, Angleterre, vers 1900
Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles
à dr. : Le prince Édouard (futur Édouard VIII) et le prince Henry, fils de George V à Balmoral, 1910
Royal Collection Trust

Le costume écossais des garçonnets et le kilt

Le costume écossais fait son entrée dans la mode enfantine selon le même processus que le costume marin, grâce aux enfants de la reine Victoria. Suite à l'échec des révoltes jacobites à la bataille de Culloden en 1746, qui marque la fin des espoirs de rétablir les Stuart sur le trône d'Écosse, le port du kilt et tout ce qui rappelle le mode de vie traditionnel des Highlanders, clan, tartan et même la cornemuse, sont interdits dans le royaume. Ils ne devront leur survie qu'à l'uniforme et aux traditions militaires des régiments des Highlands qui servent dans l'armée britannique. On doit le retour civil du costume écossais à Walter Scott et au formidable succès international du roman Ivanhoé, paru en 1819, qui donne une image romantique de l'Écosse. Considéré comme comme un prince de la mode lorsqu'il vient à Londres dans les années 1820, reçu à la cour de George IV, il remet le kilt au goût du jour. Cette mode trouve sa place dans la vogue historiciste qui caractérise le début du XIXe siècle.

En 1848, la reine Victoria et le prince Albert louent pour la première fois le château de Balmoral en Écosse, dont ils vont ensuite acquérir la propriété. Des travaux d'agrandissement et d'embellissement ont lieu entre 1853 et 1856. Balmoral devient la résidence d'été des souverains britanniques. Lors des bals et réceptions à Balmoral, la famille royale porte le kilt et le tartan. Comme pour le costume marin, les photographies et représentations charmantes des enfants et petits-enfants de la reine Victoria en costume écossais, contribuent à diffuser cette mode dans toute l'Europe.

▲à g. : Le prince impérial Louis-Napoléon à Fontainebleau, photographie Pierre-Louis Pierson, août 1860
Le prince a quatre ans, il porte un ensemble jupe et boléro.
à dr. : Panoplie écossaise du prince impérial, kilt et bas, vers 1859
Le kilt, vêtement masculin, est apprécié pour les garçonnets qui portent encore la robe.
– Château de Compiègne sur Agence photo RMN Grand Palais

▲à g. : Costume écossais pour garçon, vers 1880
label « Best & Company Liliputian Bazaar, 315 Sixth Avenue New York », The Charleston Museum
au centre : Costume écossais pour petit garçon de 3 à 5 ans, La Mode illustrée, 2 novembre 1890
à dr. : Costume écossais pour petit garçon de 3 à 5 ans, La Mode illustrée, 29 décembre 1901

▲Costume écossais, vers 1909, The Metropolitan Museum of Art, New York▼


Dans les années 1850-1870, les petits garçons portent la robe jusqu'à l'âge de quatre à six ans [Lire sur Les Petites Mains, Mode enfantine et luxe, Le petit enfant en robe et La Vêture des Enfants trouvés, Les enfants en robe]. L'élégance d'origine anglaise, indiscutée, du kilt, vêtement masculin, en fait un succès durable du vestiaire enfantin, il s'étendra la mode des fillettes.

À mi-chemin entre « vrais » vêtements et uniformes pour « faire semblant » – le terme anglais pretend uniforms est explicite – ces costumes et uniformes de fantaisie entretiennent le goût naturel des enfants à se travestir. Certains d'entre eux influencent durablement la mode enfantine au quotidien. Pendant la Première Guerre mondiale, l'uniforme exprimera le patriotisme exacerbé qui touche aussi les jeunes enfants. Jeux de rôles, scénettes et « tableaux vivants » glorieux ou pathétiques sont mis en scène par le biais des costumes. En France, les garçonnets reçoivent des panoplies de « poilus », de tirailleurs... les fillettes des tenues d'infirmières [Lire sur Les Petites Mains : La rentrée scolaire 1914].

▲à g. : Garçonnet revêtu d'une panoplie de cuirassier, début XXe siècle sur Delcampe
à dr. : Panoplie de cuirassier, vers 1910
Salle Calvin, Couvent des Augustins, Musées de Bourges sur webmuseo.com

▲à g. : Uniforme d'infanterie pour enfant et photographie de l'enfant qui l'a porté, début de la Guerre 14-18
photographie Yazid Medmoun, Historial de la Grande Guerre, Péronne
à dr. : Panoplie de tirailleur sénégalais de l'armée d'Afrique pour enfant, vers 1915
Le gilet porte une étiquette Galeries Lafayette.
Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, Meaux

▲à g. : Panoplie bleu horizon de soldat d'infanterie pour enfant, 1914-1918
Historial de la Grande Guerre, Péronne, publié par Mounette_Girl sur Pages 14-18 Forum
au centre : Garçonnet portant un casque Adrian (à sa taille), un fusil et une médaille,
publié par Guy François sur Pages 14-18 Forum
à dr. : Vareuse et pantalon bleu horizon de lieutenant du 2e Régiment d'infanterie pour enfant, vers 1925-1930
confectionné par La Samaritaine, Musée de l'Armée, Paris
[On peut lire la notice complète et circonstanciée sur le site du musée]

▲Pendant la Première Guerre mondiale, les enfants d'une famille rapatriés à la campagne
se distraient en montrant de « pathétiques » tableaux vivants :
infirmières, soldat à shako, officier, et même une petite cantinière entourent le héros blessé.
sur le site de la famille Berne


9 septembre 2014

Sauvagement tendance, l'imprimé animalier



Desert boot pour enfant, Clarks Original sur Sarenza
Sarenza, entreprise française numéro 1 de la vente de chaussures sur Internet,
présente en vidéo sa leçon de mode : « Leo is the new black »,
et une sélection de chaussures tendance léopard

▲à g. : Sweat et jupe, Petit par Sophie Schnoor, hiver 2014
à dr. : Sweat à capuche, Monnalisa, hiver 2014

▲à g. : Manteau en fausse fourrure léopard, Diesel, hiver 2014
à dr. : Publicité Alexandalexa, hiver 2014

▲à g. : Pull et jupe Little Remix, hiver 2014
à dr. : Robe How to kiss a frog, hiver 2014

▲à g. : Gigoteuse pour bébé, Anatology, par Delphine Miquel, hiver 2014
à dr. : Chaussons pour bébés, Petit Nord, hiver 2014

Tous ces visuels sont issus du blog bien informé smudgetikka de Linda McLean,
qui a un regard professionnel sur la mode enfantine.
« The best kids fashion in the world by one who knows. »

Depuis quelques saisons, l'imprimé animalier ne quitte plus les podiums ni les magazines de mode. Il est si présent dans les collections que certaines rédactrices parlent de « nouveau noir ». Le phénomène s'étend à la mode enfantine. Les collections enfant automne-hiver 2014-2015 et printemps-été 2015 proposent à leur tour de très nombreux modèles.

Au point que le zoo anglais de Chessington interdit l'entrée aux visiteurs habillés d'imprimés peau de bêtes, ils font peur aux animaux ou leur donne envie de communiquer ! [Lire sur Libération] C'est l'occasion, pour Les Petites Mains, toujours à l'affût des phénomènes de modes, de s'interroger sur les relations entre l'imprimé animalier et l'histoire de la mode.

▲La princesse Néfertiabet devant son repas funéraire, 2590-2565 av. J.-C.,
règne de Khéops, quatrième 4e dynastie, Musée du Louvre, Paris sur Agence Photo RMN Grand Palais

Aux origines, le léopard, attribut traditionnel des chefs africains

Si l'on admet que les hommes et femmes de la préhistoire portaient des peaux de bêtes pour se protéger du froid, la peau de panthère ou de léopard ne devait pas être l'apanage de n'importe qui. En français on parle traditionnellement de « peau de panthère » ou de « motif panthère », même si l'expression change sous l'influence de l'anglais « leopard skin » ou « leopard print » – c'est en effet le même animal.

À la vue de femmes habillées d'une robe asymétrique moulante en peau de panthère, comme sur la stèle de la princesse Néfertiabet conservée au Musée du Louvre, on peut imaginer qu'une mode sensuelle s'est épanouie dans l'Égypte antique. Mais la pardalide – c'est le nom de la robe – est un attribut du costume de prêtre-sem ; il a notamment pour tâche, lors de la cérémonie funéraire de l'ouverture de la bouche, de rendre à la momie l'usage de ses sens pour qu'elle puisse regagner l'au-delà. Les taches de la robe de panthère symboliseraient les étoiles.

On ne s'étonne pas que le léopard, superbe animal solitaire, prédateur au corps d'athlète et à la démarche royale, grimpeur agile, bon coureur, bon nageur, bon grimpeur, devienne le symbole du pouvoir, sa peau l'attribut des chefs, rois et empereurs dans les sociétés traditionnelles tribales africaines. Ils portent des coiffures ou des vêtements en peau de panthère, ils en recouvrent leur trône. Revêtir la peau de l'animal confère, ne serait-ce que symboliquement, certains de ses pouvoirs à celui qui la porte. Dans certaines légendes africaines, le léopard a la réputation d'être si rusé qu'il est capable d'effacer ses traces avec sa queue. Le léopard est le symbole national de plusieurs pays africains, comme le Bénin, le Congo, la Somalie.

Le « chef à peau de léopard » de la tribu Nuer du Nord-Soudan est un médiateur qui n'a en temps ordinaire aucun pouvoir judiciaire ni ne jouit d'un prestige particulier. Il revêt la peau de léopard pour résoudre les conflits, et même les crimes de sang, de manière à ce qu'aucune des parties ne sente sa fierté offensée.

▲à g. : Bonnet taillé dans une peau de léopard, bordé de fibres végétales tressées,
retenu par une large mentonnière en même peau, Congo, vers 1900
collectio Radenne, Musée de l'ethnographie de l'université de Bordeaux
à dr. : Chef de tribu de l'ex-Congo belge,
carte postale ancienne, première moitié du XXe siècle sur Delcampe

▲Guerriers du Cameroun, photographie René Pauleau, vers 1950, sur Delcampe

▲à g. : Patrice Lumumba, vers 1960
sur le site African History - Histoire africaine
à dr. : Mobutu, surnommé « le léopard de Kinshasa », 1983 sur Wikipédia

▲à g. : Portrait de Chaka kaSenzangakhonat, fondateur de la puissance zouloue,
dessin attribué à James King, 1824
dans Travels and Adventures, Nathanial Isaacs in Eastern Africa, publié en 1836, sur Wikipédia
à dr. : Chef de village zoulou sur le site Kwekudee - Trip Down Memory Lane

▲à g. : Jeune guerrier zoulou, détail d'une photographie carte de visite, vers 1870
photographie Gray Brothers, Diamond Fields sur le blog Art Blart
à dr. : Zoulou en costume de léopard, 1853
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : Guerriers zoulous, vers 1880
page perso de Mr Moore, enseignant, sur la guerre anglo-zouloue de 1879
à dr. : Guerriers zoulous, photographe Caney B. W.,1917
sur le site African History - Histoire africaine

▲Goodwill Zwelithini kaBhekuzulu, descendant de Shaka, est l'actuel souverain zoulou,
sous la clause des directions traditionnelles de la constitution d'Afrique du Sud.
Il a été sacré roi, huitième monarque des Zoulous en 1971.
Il porte la coiffure [umqhele in isiZulu] et l'habit traditionnel zoulou [isikhumba sengwe] en peau de léopard.
sur Wikipédia

▲Enfants zoulous dansant, sur le site Kwekudee - Trip Down Memory Lane
En raison de son prix, et sous la pression des associations de protection de la nature,
le léopard étant une espèce protégée, la peau de léopard est de plus en plus souvent
remplacée par une imitation ou un imprimé
[Lire l'article « Les Zoulous se mettent aux peaux de léopard synthétiques » sur L'Express Tendances]

Pour les tribus bantoues du Congo-Kinshasa, la peau du léopard est sacrée. Les bantous attribuent à cet animal les qualités requises à un chef. La toque de léopard coiffe la tête des chefs coutumiers, qui telle une couronne est l'emblème de leur pouvoir. Après l'indépendance de leurs pays, de nombreux hommes politiques africains ont compris ce qu'elle représente dans les coutumes et la symbolique bantoues et l'ont arborée pour asseoir leur pouvoir. Patrice Lumumba, « héros national » de la République démocratique du Congo a été le premier à porter un bonnet ou toque en léopard, ou une lanière autour du cou. Après la chute de Mobutu Sese Seko, surnommé « le léopard de Kinshasa », la toque de léopard reprend au Congo son statut originel d'ornement ancestral symbolisant la royauté et le pouvoir des chefs traditionnels – même si des chefs rebelles les exhibent toujours en les ornant de plumes d'oiseaux rares.

Dans la culture zouloue d'Afrique du Sud, la peau de léopard est en principe traditionnellement réservée aux notables et personnes hommes de haut rang social, comme les chefs. Cette tradition vaut toujours : d'après le Daily Sun, la famille royale zouloue aurait été en froid avec le rappeur Snoop Lion qui, sans avoir jamais été honoré par elle, aurait arboré la tenue traditionnelle lors d'un concert à Durban en 2013.

Quant à la légende africaine des « hommes-léopards », empreinte de magie, elle n'est pas sans rappeler celles des loups-garous en Europe. La société secrète des hommes-léopards Aniota, entre secte et société criminelle servant les intérêts de chefs et de notables, aurait réellement existé. Ses membres initiés, capables de projeter leur conscience dans le corps d'un léopard, dont ils revêtent la peau, auraient pratiqué l'assassinat rituel en simulant une attaque de léopard, laissant à penser que le crime est celui d'un fauve. L'administration coloniale belge et les missionnaires, qui ont sans doute exagéré le nombre des crimes, ont combattu ces pratiques et poursuivi ses auteurs. Les faits, nourris du mythe de l'indigène sauvage, amplifiés par la rumeur, ont fortement impressionné la société coloniale des années 1930. Ils ont notamment inspiré la bande dessinée Tintin au Congo de Hergé, en 1931, et le film Tarzan et la Femme léopard de Kurt Neumann, avec Johnny Weissmuller en 1946.

▲La loge d'une panthère en 1739 à la Ménagerie royale de Versailles
Scène reconstituée dans Histoire des ménageries de l'antiquité à nos jours, de Gustave Loisel,
d'après un tableau de Oudry
[Lire La ménagerie royale de Versailles sur le site pédagogique et plaisant Nicolas Le Floch]

▲en ht à g. : Portrait de Louis XV, atelier de Jean Baptiste Van Loo, vers 1720-1730
Musée des Beaux-Arts, Château de Blois sur Agence Photo RMN Grand Palais
à dr. : Portrait de Jean Victor de Rochechouart, duc de Mortemart portant l'Ordre de Saint-Louis,
Jean Marc Nattier, 1756, passé en vente chez Sotheby's en 2012 sur Wikipédia
en bas à g. : Le dauphin Louis de France, en costume d'officier des dragons, Alexandre Roslin,
vers 1760, The National Gallery, Londres
à dr. : Casque du régiment de dragon, version officier, orné de fourrure de panthère, 1786-1791
Musée de l'Armée, Paris
Sous l'Ancien Régime, porter de la fourrure est le signe d'une haute distinction sociale.▼

▲à g. : Portrait de Marie-Louis Thomas, marquis de Pange, Jean-Baptiste Greuze, 1769, collection particulière
à dr. : Portrait d'Émilie Charton, Adolf Ulrik Wertmüller, 1781, Musée des Beaux-Arts, Nancy
– sur Pinterest

La colonisation diffuse le motif panthère en Europe

En France, entre le XIVe et le XVIIe siècle, porter de la fourrure a peu à peu pris une signification sociale. Elle est l'objet de plusieurs lois somptuaires et restera dans l'imaginaire collectif un symbole de pouvoir, de richesse, de luxe et de prestige. À la fin du XVIIe siècle, des expéditions commerciales et coloniales sont menées, notamment par la Compagnie des Indes orientales. On découvre de nouvelles espèces animales, qu'on rapporte pour la Ménagerie royale de Versailles, dont Louis XIV est très fier.

Sous le règne de Louis XV, après le tournant des années 1760-1770 qui voit le rééquilibrage des territoires coloniaux après la Guerre de Sept Ans, peu favorable à la France, une vague de nouvelles expéditions a lieu, surtout vers le Pacifique. Des savants y participent. Ils recueillent de nombreux nouveaux spécimen de plantes et d'animaux, qu'ils tentent désormais de classer – le système de nomenclature initié par Linné ne date que de 1753 pour les plantes, 1758 pour les animaux. Les voyages de Bougainville, de Sonnerat, et d'autres, font l'objet de récits qui suscitent un énorme engouement public et influencent l'évolution des idées, au point de s'interroger sur la place de l'homme dans le règne animal.

▲à g : Brocart de soie France, vers 1760, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : L'Union heureuse, Sigmund Freudenberger dessinateur, Louis Osse imprimeur, vers 1776 sur Tumblr

▲à g. : Madame de Moracin, Louis Carrogis dit Carmontelle, 1776
Musée Condé, Chantilly sur Agence Photo RMN Grand Palais
à dr. : Lampas à fond satin, attribué à Philippe de Lasalle, 1775-1780
Les Arts décoratifs, Paris

▲à g. : Tissu de robe en soie, Spitafields, Angleterre, 1768-1770
Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Portrait de dame à sa couture, Daniel Nikolaus Chodowiecki, fin XVIIIe siècle
Fondation Ailsa Mellon Bruce, National Gallery, Washington

▲à g. : Détail d'une robe à la française en soie, vers 1770
The Metropolitan Museum of Art, New York, New York
à dr. : Robe à l'anglaise à « mouches », Magasin des Modes nouvelles françaises et anglaises, février 1788,
sur Gallica, BnF, Paris

▲à g. : Scène d'intérieur en élégante compagnie (et détail), Venceslao Verlin, 1765-1780
sur Pinterest
à dr. : Lord -, ou le macaroni au bouquet, dessin satirique représentant George Mason-Villiers, comte Grandison, 1773
« Macaroni » est le nom donné en Angleterre aux excentriques
habillés à l'italienne ou à la française, qu'on n'appelle pas encore fashion victims.
The Macaroni and Theatrical Magazine, Monthly Register of the Fashions and Diversions of the Times
The Lewis Walpole Library, Yale University

▲Portrait de John Smyth of Heath Hall (et détail), Pompeo Batoni, 1733
The York Museum Trust, Yorkshire

▲à g. : Portrait de John Cambell, baron Cawdor, Joshua Reynolds, 1778
collection de la comtesse de Cawdor, Château de Cawdor sur Pinterest
à dr. : « Habit et veste [gilet] en velours de printemps, fond citron, à raies vertes & à mouches lilas »
Cabinet des Modes, ou Les Modes nouvelles, 15 mai 1786
sur Gallica, BnF, Paris

▲à g. : L'élégant au rendez-vous du Palais Royal, 1779-1780, sur Gallica, BnF, Paris
à dr. : Habit en velours de soie moucheté (détail), France, 1785-1790
Victoria and Albert Museum, Londres

Les arts et la mode n'échappent pas à ces idées nouvelles, qui suscitent une émulation. Artistes et dessinateurs d'étoffes s'inspirent des peaux d'animaux sauvages exotiques et les intègrent à leurs créations. Les motifs animaliers s'introduisent dans l'ameublement et la mode vestimentaire, par les tissus de soie, puis de coton lorsque l'interdiction des indiennes sera levée en 1760. Les effets graphiques sont variés, ils se combinent à d'autres motifs, rayés ou floraux.

Le motif panthère connaît un grand succès. Il s'accorde au rendu flou et nuancé du chiné à la branche, une technique artisanale d'impression textile lente et coûteuse, spécialité des soyeux lyonnais. Déjà, l'imprimé panthère comble les goûts extravagants de certains élégants et élégantes excentriques, qui le portent en total look.

▲à g. : Tapis en laine motif panthère de la tente de campagne de Napoléon
(notamment pendant la campagne de Russie en 1812)
Musée de l'Armée, Paris sur Agence Photo RMN Grand Palais
à dr. : Chabraque d'Eugène de Beauharnais en fourrure de panthère,
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

▲à g. : Un lieutenant d'infanterie, photographie Félix Jacques Antoine Moulin, vers 1856
Musée de l'Armée, Paris sur Agence Photo RMN Grand Palais
à dr. : Modèle de nu masculin, photographie Eugène Durieu, 1854
extrait d'un album de 32 études de modèles pour la plupart posés pour Eugène Delacroix
Bibliothèque nationale de France (BnF), Paris

▲à g. : « Retour de la chasse au léopard »
à dr. : « Chasse à la panthère chez les Tambaggos »
Cartes postales anciennes de la première moitié du XXe siècle, sur Delcampe

▲Lady Hamilton en bacchante, Henri Bone, d'après Élisabeth Louise Vigée Lebrun, 1803
The Wallace Collection, Londres

▲La Bacchante, Félix Trutat, 1844
Musée des Beaux-Arts, Dijon, sur sur Wikipédia

▲Nu féminin, photographie Vincenzo Galdi, vers 1900
Archives Alinari sur Agence Photo RMN Grand Palais

▲La favorite du sultan, photographie stéréoscopique George W. Griffith, Griffith & Griffith, 1901
galerie depthhandtime sur Flickr

▲à g. : Les Stangannelly, leveurs de poids
à dr. : William Bankier, dit Apollo (Écossais), leveur de poids,
photographies du fonds Gustave Soury (1884-1966)
Gustave Soury est un peintre animalier passionné du cirque et de la fête foraine ;
il a rassemblé une documentation considérable sur ce sujet aujourd'hui conservée au
Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), Marseille

Au XIXe siècle, l'expédition d'Égypte de Bonaparte et les conquêtes colonialistes vont stimuler la diffusion de la peau de panthère dans une Europe à la fois fascinée et révulsée par un exotisme sensuel, « sauvage », venu d'Afrique ou d'Orient.

Les hommes européens de la haute société se vantent d'exploits de chasse réels ou prétendus, prennent la pose le pied sur les bêtes, dont ils rapportent en trophée toisons et têtes naturalisées, objet ostentatoire de richesse et de pouvoir. Plus que nulle autre, tant l'animal est sublime, la peau de panthère symbolise le triomphe viril du mâle dominateur européen qui a conquis la terre, l'indigène, l'animal et par extension la femme. En peinture, le thème classique de la bacchante glisse vers une scène de type « orientaliste » d'une femme alanguie sur une peau de panthère. La décoration intérieure, très chargée au XIXe siècle, abonde en tapis et fourrures jetées sur les fauteuils et le sol.

Dans les foires et dans les cirques, les lutteurs accaparent ces codes de puissance virile et s'habillent d'un slip ou d'un justaucorps aux motifs panthère.

▲à g. : Marian Nixon promenant sa panthère à Hollywood, 1925, photo Bettman, Corbis
à dr. : Joan Blondell, 1930
sur Pinterest

▲Bettie Page, photographie Bunny Yeager, série Jungle Bettie, 1954
sur Center for Visual Communication

Années 1925-1950, Hollywood dompte le motif panthère au profit des femmes

Ce sont précisément ces codes virils et machistes qu'Hollywood détourne, à partir des années 1925, et plus encore dans les années 1950, à l'avantage des femmes.

L'actrice américaine Marian Nixon fait sensation en se promenant en 1925, sur Hollywood Boulevard à Los Angeles, une panthère en laisse, assortie à son manteau de fourrure. Elle fera des émules. Dès 1925, Paul Poiret, qui revendique un rôle actif dans la libération des femmes par l'abandon du corset, utilise la fourrure du léopard pour de somptueux manteaux, et crée des robes du soir en imprimé panthère.

L'incarnation de ce « style jungle » est la pin-up Bettie Page, dans la série de photos Jungle Bettie, réalisée par la photographe Bunny Yeager, en 1954, avec deux félins, au parc Africa USA en Floride. Bettie Page a confectionné elle-même sa tenue en peau de léopard. La série de photos sera publiée dans le magazine Playboy fondé en 1953 par Hugh Hefner.

▲à g. : Cyd Charisse - à dr. : Rita Hayworth

▲Ava Garner

▲à g. : Jayne Mansfield
à dr. : Maillot de bain Reard of California, Louis Réard, 1952
Les Arts décoratifs, Paris

▲à g. : Liz Taylor, 1954 - à dr. : Nathalie Wood

▲Stars et starlettes « à dompter » sur une photographie parue dans Life Magazine, 1953

Images de stars des années 1950 glanées sur Pinterest, pas toujours correctement légendées

Ce nouveau mythe de femme libre, subversif – Bettie Page a dû comparaître en 1957 devant une commission d'enquête du Sénat contre la pornographie, et choisit de disparaître de toute vie publique – profite aux actrices, grandes séductrices et femmes fatales du cinéma hollywoodien comme Jayne Mansfield, Ava Gardner, Elizabeth Taylor... La sexualité libérée assumée et le sex-appeal « sauvage » de ces femmes en font les égales des hommes, dont elles excitent le désir. Contrairement à la panthère qui se sert de ses taches pour disparaître dans la jungle, la femme panthère s'habille pour être vue.

Cette provocation au caractère outrancier, entre séduction et vulgarité, n'est pas toujours facile à assumer par les femmes, même en période de libéralisation sexuelle, d'où l'idée longtemps connotée que le motif panthère s'adresse aux femmes de petite vertu ou demi-mondaines, ou simplement vulgaires...

▲à g. : Robe du soir en crêpe imprimé panthère, Busvine, vers 1936
Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Robe fourreau imprimée panthère, présentée le 12 février 1947
lors de la toute première collection Christian Dior sur le site Dior
L'imprimé panthère est bien sûr présent dans la mode avant la création de la maison Dior,
mais c'est Christian Dior qui va lui donner ses lettres de noblesse.

▲Robe à tournure de Jacques Doucet, soie et coton, vers 1880
The Metropolitan Museum of Art, New York, New York

▲Les Femmes d'artistes (et détails), James Tissot, 1883-1885
Chrysler Museum, Norfolk sur le blog Histoire de l'Art

▲à g. : Robe Christian Dior en velours vert, à parements de manches en panthère, 1947
The Kyoto Costume Institute, Kyoto
à dr. : La même robe, photographie Savitry, Getty Images sur Pinterest

Bureau de Jean Cocteau dans sa maison de Milly-la-Forêt, ouverte à la visite

Et Dior crée, en 1950, la femme panthère élégante et chic...

Lorsque Christian Dior présente sa première collection dite « New Look », le 12 février 1947, y figure déjà le fourreau « Jungle » imprimé au motif panthère. On connaît le goût de Christian Dior pour le faste façon Second Empire, mais il ne s'agit pas ici d'exotisme qu'il déteste, du moins dans la mode. Il n'apprécie pas non plus ni le tapage, ni la provocation – Schiaparelli, qui domine alors, est le seul des grands noms de la couture sur lequel le courtois Dior s'est permis des remarques acides.

Peut-être faut-il classer le motif animalier de Dior dans ces « imprimés d'hiver » qui s'inspirent des réseaux du bois, des écorces, des méandres de la moire... – comme un traitement « impressionniste » de vagues motifs naturalistes. Sans doute Christian Dior voit-il aussi dans l'imprimé panthère l'expression d'une grâce féline et d'une ultra féminité, une référence au luxe suprême de la fourrure.

Christian Dior – « ce génie propre à notre temps dont le nom magique comporte ceux de Dieu et or » aurait dit Jean Cocteau, qui lui aussi s'enflamme pour le motif panthère au point d'en faire le décor du bureau de sa maison de Milly-la-Forêt – n'invente certes pas l'imprimé panthère. Mais il en fait une matière « chic ». En fondant sa maison, qui travaille dans la meilleure tradition de la couture artisanale française, Christian Dior s'adresse à une clientèle de femmes très élégantes. Il déclare lui-même que l'imprimé panthère ne convient qu'à une femme sophistiquée.

▲Germaine [Mitzah] Bricard, photographie Cecil Beaton, vers 1950, sur Styleite

La petite histoire raconte que l'imprimé panthère lui aurait été inspiré par Germaine [Mitzah] Bricard, l'une de ses collaboratrices, qui porte une pièce de mousseline de ce même imprimé au poignet, pour cacher une cicatrice. Germaine Bricard est une personne vraiment étonnante. Il se murmure qu'elle aurait eu une liaison avec le Kronprinz ; elle ne se cache pas d'avoir été une demi-mondaine et aurait dit : « Les femmes du monde ont gâché le métier. Elles couchent pour un café crème ». Elle s'efforce à maintenir un mode de vie personnel très Belle Époque, où la « toilette » est au centre des préoccupations. Sa sophistication, ses attitudes, ses outrances, ses tenues et ses bijoux piquent la puissance créative de Christian Dior, qui lui a confié la création des chapeaux.

▲« Impressions de fourrure » pour trois robes de Christian Dior, 1952
Les tissus sont des soieries exclusives de Bianchini-Férier pour la maison Dior.
L'Officiel de la Mode n°368-368, octobre 1952 sur le site des Éditions Jalou,
qui mettent à gratuitement à disposition les archives de L'Officiel de la Mode,
L'Art et la Mode, et d'autres publications de magazines plus récents.
Feuilleter ces magazines garantit un « effet madeleine » proustien !
Merci aux Éditions Jalou pour ce généreux partage.▼

▲Modèles de Christian Dior, tissus exclusifs Bianchini-Férier, 1952
L'Officiel de la Mode n°367-68, 1952
sur le site des Éditions Jalou

▲à g. : Chaussures René Vivier pour Christian Dior, photographie Paul Schutzer
pour Life Magazine, vers 1950
à dr. : Chaussures René Vivier pour la maison Dior, 1959
The Metropolitan Museum of Art, New York
Roger Vivier est le seul créateur à avoir eu le privilège de co-signer ses modèles avec Christian Dior.

▲Affiche publicitaire pour le parfum Miss Dior, dessin René Gruau sur le site Dior

▲à g. : Modèles de Pierre Balmain en imprimé panthère, 1950, sur bestfan.com
à dr. : Robe de Hubert de Givenchy en dentelle de léopard, L'Officiel de la Mode, 1955
sur le site des Éditions Jalou

Les collections Dior déclinent l'imprimé panthère pendant toutes les années 1950. D'autres couturiers comme Balmain et Givenchy emboîtent le pas. L'imprimé panthère connaît un succès fou, au point de devenir l'un des codes de la maison Dior. Des « icônes de style » comme Jackie Kennedy, Grace Kelly, Audrey Hepburn, Brigitte Bardot... l'adoptent. Copié, imité, perverti jusqu'à l'extrême vulgarité, il devient produit de masse dans les années 1960. Certains y voient déjà une caricature du modèle bourgeois bientôt honni. En 1966, Bob Dylan sort la chanson « Leopard-skin Pill Box Hat » [Ta toque en peau de léopard], qui vise le caractère changeant et superficiel de la mode et des apparences sociales. C'est la fin d'un monde.

Parallèlement, en 1975, la convention de Washington interdit le commerce de la fourrure de léopard, menacé d'extension.

▲à g. : « À la rencontre des tissus nouveaux », L'Officiel de la Mode n°485-486, 1962
à dr. : Combinaison short Lanvin, 1971, L'Officiel de la Mode n°583
sur le site des Éditions Jalou

▲à g. : Veruschka von Lehndorf, photographie Horst P. Horst, 1965
à dr. : Twiggy, Vogue, 1970
sur Pinterest

▲Saint Laurent Rive Gauche, L'Officiel de la Mode n°723, 1986
sur le site des Éditions Jalou

À partir des années 1970, l'imprimé panthère, une mode qui fait tache

La mode, déterminée par une élite sociale jusqu'en 1960, voit son système créatif renversé sous l'influence de la rue et du prêt-à-porter, grâce à l'émergence d'une jeunesse aux codes et comportements vestimentaires spécifiques. Le postmodernisme des années 1970, avec l'explosion d'une culture de masse où le populaire « vaut » l'élitaire, manie avec ironie citations, pastiches et parodies. En mode, il va instaurer un éclectisme vestimentaire foisonnant. Parce qu'il transgresse les concepts de classe sociale, de race, de genre... l'imprimé léopard – sous l'effet de la globalisation, on tend de plus à plus à employer l'expression anglaise – trouvera chaque décennie un écho opportun.

Tour à tour, parfois simultanément, symbole de puissance, de pouvoir, de luxe, de sensualité, d'extravagance, de mauvais goût – qu'on ne qualifie pas encore de bling-bling – le caractère jamais banal, parfois outrancier, toujours « indompté » de l'imprimé panthère lui confère, par nature, une image de subversion. Il n'est pas étonnant que, vingt ans après son intronisation par Dior, une jeunesse « rebelle » le détourne et le retourne pour se distinguer et exprimer sa révolte.

▲à g. : Iggy Pop, 1972
à dr. : Rod Steward dans le magazine Rolling Stones, 1973
sur Tumblr

▲à g. : Keith Richards, des Rolling Stones, photographie Graham Wiltshire, Getty, 1974
à dr. : Keith Richards, photographie Anton Corbijn, 1993
sur Pinterest

▲à g. : Nina Hagen, vers 1980
à dr. : Lady Gaga, 2010
sur Tumblr

▲à g. : Sid Vicious, des Sex Pistols, 1978
à dr. : Gilet imprimé panthère, vers 1978 sur le site Seditionaries

▲à g. : Tenue punk des années 1977-1980
à dr. : T-shirt « destroy » à lambeau de fausse fourrure, vers 1977-1980
sur le site Seditionaries
Seditionaries est l'un des noms donnés à la boutique de MalcolmMc Laren des Sex Pistols
et de sa compagne Vivienne Westwood ;
situé à 430 King's Road à Londres, il est le haut lieu de la mode punk entre 1974 et 1981.

Pour les stars du rock des années 1970, l'imprimé léopard a l'avantage d'évoquer à la fois la transgression, l'extravagance et la sensualité qu'on appelle désormais glamour.

Dans un esprit de rébellion, d'inculture revendiquée et de vandalisme gratuit, les punks de la fin des années 1970 se saisissent à leur tour de cet archétype du luxe bourgeois. Ils le détournent et s'emparent de la sexualité agressive et vulgaire qu'il dégage pour l'intégrer dans leur système « esthétique » du mauvais goût, épinglé par exemple à une Barbie décapitée, à côté de l'écossais et du lamé clinquant. En 1976, dans la boutique Seditionaries, temple du monde punk, Vivienne Westwood démontre que le sexe a partie liée avec la mode.

▲« Deux stars à Paris », reportage de mode, L'Officiel de la Mode n°599, 1973
sur le site des Éditions Jalou

▲à g. : Catherine Deneuve portant un trench Yves Saint Laurent Rive Gauche, vers 1980, sur Flickr
à dr. : Carla Bruni, photographie Marc Hispard, 1989
sur la page Tumblr Crossing Island Collection

▲John Galliano pour Dior, automne-hiver 2008-2009

▲Diane de Furstenberg et sa fameuse robe portefeuille [wrap dress], photographie Tim Boxer, 1972
Getty Images sur Paris Match

▲à g. : Burberry, automne-hiver 2013-2014 ; à dr. : Ralph Lauren, 2013

▲à g. : Jackie et Joan Collins, photographie Annie Leibowitz, vers 1980
telegraph.uk sur Pinterest
à dr. : Collection Kardashian pour Sears, photographie Annie Leibovitz, 2011
sur nitrolicious.com

▲à g. : Versace Homme, 1994 ; à dr. : Dior, 2008

▲à g. : Collection Azzedine Alaïa, imprimés léopard, automne-hiver 1991-1992
sur Shrimpton Couture
à dr. : Un modèle de cette collection Azzedine Alaïa, automne-hiver 1991-1992,
porté par Claudia Schiffer

▲à g. : Scarlett Johansson, photographie Annie Leibowitz, 2004
à dr. : Robe Valentino Couture, L'Officiel de la Mode n°848, 2000
sur le site des Éditions Jalou

▲à g. : Versace, Kate Moss, 1996 ; à dr. : Dolce & Gabbana, 1997

▲à g. : John Galliano pour la maison Dior, prêt-à-porter printemps-été 2008
à dr. : Naomi Campbell porte une robe John Galliano pour la maison Dior,
haute couture automne-hiver 2007-2008

▲à g. : Kate Moss, photographe Patrick Demarchelier, Vogue UK, septembre 2010
à dr. : Campagne Balmain, photographe Mario Sorrenti, automne-hiver 2014-2015
sur le site Balmain

▲à g. : Imprimés animaliers façon Op Art, Rudi Gernreich, 1966
à dr. : Ensemble en synthétique imprimé girafe façon Op Art, Rudi Gernreich, 1966
The Metropolitan Museum of Art, New York, New York

▲à g. : Pages mode sur l'imprimé léopard, Elle magazine, 7 septembre 1992 sur le blog Doucement le matin

▲à g. : Campagne Dior, Gisèle Bündchen, photographe Nick Knight, automne-hiver 2004-2005

▲à g. et à dr. : John Galliano pour Dior, prêt-à-porter automne-hiver 2004-2005

▲à g. : Lanvin, Vogue, printemps-été 2009
à dr. : Marc by Marc Jacobs, 2014

▲à g. et à dr. : John Galliano pour Dior, prêt-à-porter printemps-été 2011

▲à g. : Campagne Roccobarocco, photographie Ellen von Unwerth, printemps-été 2013
à dr. : Philipp Plein, 2013

▲à g. : Robe du soir Pierre Balmain, automne-hiver 1953-1954
Palais Galliéra, Musée de la Mode de la ville de Paris
à dr. : Robe Jean Paul Gaultier, haute couture automne-hiver 1997-1998
Ultraluxe pour ces deux robes léopard en trompe-l'oeil : elles sont entièrement réalisées en perles !

▲« Impressions fortes », L'Officiel de la Mode n°812, 1997
sur le site des Éditions Jalou

▲à g. : John Galliano pour Dior, haute couture printemps-été 2004
à dr. : Vogue Russie, août 2012

▲à g. : Coiffure Jean Paul Gaultier, photographie Lea Colombo, haute couture automne-hiver 2013-2014
à dr. : John Galliano pour Dior, haute couture printemps-été 2008

▲à g. : John Galliano pour Dior, haute couture printemps-été 2002
à dr. : John Galliano pour Dior, automne-hiver 2004-2005

Les images non légendées des collections John Galliano pour Dior
viennent de la page Tumblr Les Incroyables qui lui est dédiée.

Les images dont les sources ne sont pas précisées ont été glanées sur Pinterest.

Des éléments stylistiques de l'histoire de la mode réapparaissent ainsi sous forme de « citations », au fur et à mesure du renouvellement, par strates successives, des modes vestimentaires et comportementales. À ce jeu, l'imprimé léopard, graphique, stylisé, colorisé, s'avère jusqu'aujourd'hui particulièrement vivace.

▲Les tendances de la mode enfantine de l'été 2015 vues par Design-Option sur Fashion Vignette

À quoi se réfèrent les familles qui habillent leur enfant d'un imprimé animalier ? – il n'y a pas que le léopard, mais aussi le zèbre, la girafe, le tigre, le serpent...  Ne sont-elles que des fashion victims ou doit-on chercher ailleurs un écho à cette mode ? L'imprimé animalier s'est si bien installé dans notre imaginaire que le moment est venu de se demander si la boucle ne se serait finalement pas bouclée d'elle-même : l'imprimé animalier évoque à nouveau la savane, la jungle... Bref, dans un monde global et métissé, saturé d'images, sensible à l'environnement, l'imprimé panthère ou imprimé léopard serait devenu aussi simplement une référence à la nature sauvage en voie de disparition.