20 février 2015

Petite histoire du bouton (1) – des origines au début du XVIIIe siècle



Nous avons tous à la maison une boîte à boutons. Celle de Loïc Allio, Parisien originaire de Lamballe, riche de 3 693 boutons choisis un à un pour la qualité de leur exécution, leur beauté ou leur rareté, a été classée œuvre d'intérêt patrimonial majeur et vient d'entrer au musée. Les Arts décoratifs l'ont acquise en 2012 grâce au Fonds du patrimoine et au mécénat d'entreprise. Elle est présentée au public depuis le 10 février, jusqu'au 19 juillet 2015, lors d'une exposition intitulée Déboutonner la mode.

La passion de Loïc Allio pour le bouton a commencé lorsqu'il était jeune artiste-peintre ; sa mère, antiquaire, avait trouvé là le moyen de l'aider d'une façon délicate : «  Tiens, tu vendras ce bouton pour t'acheter des toiles. » Loïc Allio l'a éprouvé comme nous tous, qui nous intéressons à la couture et à la mode : un bouton, c'est attachant ! Le fibulanophile – c'est le nom savant du collectionneur de boutons – est devenu en trente ans un expert reconnu dans le monde entier.

Le bouton n'est certes pas une spécificité de la mode enfantine. Mais lequel d'entre nous, enfant, n'a pas plongé ses doigts avec curiosité et volupté dans la boîte à boutons de sa mère, de sa grand-mère ? Le prétexte est tout trouvé pour Les Petites Mains : voici une « petite histoire du bouton » (en plusieurs articles à suivre).

▲En ht : Cachet bouton à décor géométrique, terre cuite, Tepe Giyan, Iran, 4e millénaire av. J.-C.
En bas : Cachet bouton à décor en chevrons, pierre, Tepe Sialk, Iran, début du 4e millénaire av. J.-C.
Antiquités orientales, Musée du Louvre, Paris
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲Paire de boutons à décor cloisonné orné de six bustes du Dieu Ahura Mazda dans un disque (et détail envers)
mobilier d'une tombe princière, cornaline, lapis-lazuli, or, turquoise, site de Suse, Perse, vers 350 av. J.-C.
Antiquités orientales, Musée du Louvre, Paris
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲Boutons ornementaux en rosaces, argile, terre cuite, site Kavakli, Grèce, 330-300 av. J.-C.
Antiquités grecques, Musée du Louvre, Paris
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲Boutons à tête d'Athéna trouvés dans une tombe d'enfant à Érétrie, Grèce, 300-250 av. J.-C.
Antiquités grecques, Musée du Louvre, Paris
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

De quand date le premier bouton ?

Même Loïc Allio l'ignore. Le musée du Louvre conserve dans ses départements Antiquités orientales et Antiquités étrusques, grecques et romaines de nombreux boutons perforés en matériaux divers (pierre, bois, bronze, or, argile, terre cuite...), dont les plus anciens remontent au quatrième millénaire avant J.-C. Des boutons datant de 2000 ans avant J.-C., petits coquillages sculptés, triangulaires ou circulaires, percés de trous, ont été retrouvés lors de fouilles dans la vallée de l'Indus. Vers la même époque, la présence de boutons boulettes de tissu ligaturé, que l'on enfile dans un passant rapporté sur l'autre partie du vêtement est attestée en Chine. On suppose que ces boutons antiques étaient plutôt objets de parure que de fixation du vêtement. Certains, à décor géométrique ou figuratif, ont servi de sceau ou de cachet.

Selon le Trésor de la langue française, le mot bouton est dérivé du francique botan qui a donné le verbe bouter, pousser. Sa première reconnaissance littéraire est due à Chrétien de Troyes en 1160, « bouton » désigne une excroissance végétale qui pousse ; puis, en 1236 dans Le Roman de la Rose, il désigne une fleur juste avant son épanouissement. C'est encore Chrétien de Troyes qui l'emploie vers 1170 dans Cligès, cette fois au sens d'une « petite pièce souvent circulaire servant à fermer un vêtement », par analogie avec le bourgeon de la fleur, puis dans la Chanson de Roland, où le bouton est cité comme une petite chose sans valeur : « …conseil d’orgueil nez vaut ni un boton… ».

Le mot bouton n'est cependant pas encore usuel ; au Moyen Âge, on nomme aussi ces petites attaches à queues noiel, noyel, nuel, nuiel ou nouyau, par analogie avec le noyau des fruits. Ainsi, en 1250, le chroniqueur Jean de Joinville décrit une robe à « grant foison de noiaus touz d’or », offerte par le sultan Al-Salih Ayyoub d'Égypte à son royal prisonnier, Saint-Louis.

Si on parle depuis le XIIe siècle d'habit « botonné », il faut attendre le XIVe siècle pour construire, dans le Dictionnaire françois-alemand de Hulsius, un verbe boutonner dans le sens de « fixer un habit par des boutons ». Quant à la boutonnière, elle n'apparaît dans le langage qu'en 1595 dans le sens de « fente faite à un vêtement pour y passer un bouton ». Le langage est le témoin de la réalité de son temps, toutes ces considérations ne sont pas sans rapport avec le développement pratique du bouton.

▲Boutons à queue en métal, entre IX et XIIIe siècle sur Pinterest

▲Moules à bouton en pierre, entre 1100 et 1499
On y verse le métal en fusion, généralement du plomb ou de l'étain
sur futuremuseum.co.uk

▲Trois boutons à cinq pétales et granulations en argent doré, première moitié du XIVe siècle,
provenant du Trésor de Colmar, Musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Paris
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲à g. : Jean de Vaudetar offre sa bible au roi Charles V, Hennequin de Bruges, vers 1372
Musée Meermanno, La Haye sur Wikipédia
à dr. : Pourpoint de Charles de Blois, vers 1360-1370,
Le vêtement est si ajusté au corps que l'ouverture, devenue nécessaire, est assurée par 32 boutons
sur le devant (dont 15 bombés, les autres plats) et 20 le long des manches dites « à grandes assiettes ».
Musée historique des Tissus, Lyon sur Base Joconde

▲à g. : Pourpoint de Charles VI le Bien-Aimé, lampas de soie pourpre, lin, bourré de coton, vers 1370-138
Ce pourpoint de très petite taille (enfant d'environ 10 ans) aurait été porté par Charles encore dauphin.
Musée des Beaux-Arts, Chartres
à dr. : Guenièvre et Bohort l'Essillié, Lancelot du Lac, compilation, Pavie ou Milan
Maître du Lancelot (enlumineur), Albertolus de Porcelis (copiste), vers 1380-1385
Manuscrits occidentaux français, Bibliothèque nationale de France, Paris

Le bouton et la naissance de la mode en Occident

Selon les travaux de Albert Parent et Julien Hayem, historiens rapporteurs des Expositions Universelles de Paris en 1889 et 1900, l'objet bouton serait arrivé en France avec les croisés de retour du Moyen-Orient (entre le XIe et le XIIIe siècle), très impressionnés par les casaques boutonnées jusqu'aux pieds que portent les Turcs. C'est au XIIIe siècle que l'usage du bouton commence à se répandre. Au Livre des métiers rédigé vers 1268 par Étienne Boileau, prévôt de Paris sous le règne de Saint-Louis, premier grand recueil de règlements sur les métiers parisiens, figure la corporation des « boutonniers et deyciers d'archal, de quoivre et de laiton » ; ils fabriquent des boutons en archal (souple fil de laiton), cuivre ou laiton, et des dés à coudre. Mais il faudra attendre l'apparition d'une toute nouvelle mode, au XIVe siècle, pour que le bouton prenne peu à peu sa place dans l'habillement quotidien.

Vers 1340-1350, l'Europe entre dans une ère nouvelle, considérée comme la naissance de la mode, du latin « modus », manière ou façon nouvelle de s'habiller – qui donnera le terme anglais fashion. On abandonne le principe vestimentaire commun aux deux sexes et les vêtements amples, drapés loin du corps, hérités de l'Antiquité. Le vêtement, long pour la femme, court pour l'homme, se divise en une partie haute et une partie basse, les changements de style de la vêture s'accélèrent. Ajusté et étroit, le vêtement montre le corps et met en valeur la silhouette, comme jamais auparavant. Les chausses masculines (deux tubes de toiles qui montent jusqu'en haut des cuisses) s'attachent au bas du pourpoint à l'aide d'aiguillettes, cordonnets ou rubans passant dans des oeillets. Le pourpoint, une veste courte matelassée, inspirée du vêtement porté sous l'armure pour protéger le corps se porte boutonné sur toute la hauteur du buste, et à la manche, parfois jusqu'au-dessus du coude. Ses emmanchures, élargies « en assiette », gomment tout pli, toute couture ou démarcation entre l'épaule et le corps ; elles témoignent de l'habileté des tailleurs, qui va s'améliorant.

[Lire aussi sur Les Petites Mains : Sous l'Égide de Mars - costume militaire vs costume civil qui raconte l'influence du costume militaire sur le costume civil, notamment au XIVe siècle]

▲Détails de manches, d'aiguillettes, de boutonnage du vêtement masculin, XVe siècle
à g. : Retable de Saint Jean (détail), Hans Memling, 1474-1479, Musée Memling, Bruges
au centre : Cycle des héros et héroïnes (détail), fresque du château de la Manta, Cueno, vers 1420
à dr. : Exhumation de Saint-Hubert (détail), Rogier van der Weyden, 1430
National Gallery, London

▲Détails de manches, d'aiguillettes, de boutons décoratifs du vêtement féminin, XVe siècle
De g. à dr. : - Le jugement dernier (détail), Hans Memling, 1467-1473
Musée national, Gdansk sur Wikipédia
- La levée de la croix (détail), triptyque de la famille Starck, Maître du retale de Starck, vers 1480-1490
National Gallery of Art, Washington
- Détail d'une manche, Anonyme, Musées royaux de Belgique, Bruxelles sur Pinterest
- Madeleine de Bourgogne présentée par Marie-Madeleine, Jen Hey, Maître de Moulins, 1490-1495
Musée du Louvre, Paris

▲Vierge et l'Enfant, sculpture en marbre provenant probablement du château d'Écouen, vers 1530
Ce détail montre les boutons qui contiennent la largeur de la manche du costume de la Vierge.
Musée du Louvre, Paris sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲Boutons à queue en métal, en haut : entre 1475 et 1600
sur le site Portable Antiquities Scheme, base d'objets de fouilles faites en Angleterre,
qui a pour objectif d'encourager les « inventeurs » à répertorier leurs découvertes
en bas : vers 1590-1596, Rijksmuseum, Amsterdam▼

Au Moyen Âge, les manches de la cotte et du pourpoint sont le plus souvent amovibles, on doit les attacher le matin au corps de l'habit en les « recousant » ou par un lacet. La mode des vêtements ajustés du milieu du XIVe siècle va rendre nécessaire l'emploi du bouton qui facilite le déshabillage. Son essor est dopé par la baisse du coût du cuivre. Deux types de boutons ferment le vêtement : le premier, sphérique, est constitué d'un noyau en bois ou en bourre, recouvert de la même étoffe que le vêtement ; le second type est un noyau solide en forme de disque ou d'ovale, auquel est fixé un anneau, c'est un bouton à queue. Les boutons sont soit cousus en bordure du vêtement, boutonnés par des brides, soit plus en retrait du bord, avec des boutonnières, ce dernier est le plus usité car plus solide. Les boutons à queue sont le plus souvent métalliques (plomb, étain, bronze, argent, or, etc.).

Le boutonnage ne concerne d'abord que le vêtement masculin – sans doute craint-on qu'un déshabillage facilité ne soit préjudiciable à la vertu des femmes ! Ces dernières lui préfèrent le lacet qui ajuste le corps baleiné ; il a l'avantage de s'adapter aux transformations du corps, notamment pendant les grossesses. Pour arranger le corsage, le fichu et la coiffe, elles utilisent des épingles. Le bouton féminin est avant tout un bouton-bijou. Le bouton utilitaire ne s'étend à la mode féminine qu'à la fin du XVIIIe siècle ; il ne se généralise vraiment qu'au milieu du XIXe siècle.

La tradition, toujours en vigueur aujourd'hui, du boutonnage du vêtement masculin bouton à droite, boutonnière à gauche, inversé pour le vêtement féminin, remonte au XVe siècle. À la cour, à la guerre, les hommes s'habillent en général seuls. Dans leur majorité droitiers, ils trouvent le boutonnage de droite à gauche plus pratique ; de plus, ils doivent pouvoir saisir rapidement leur épée, qu'ils portent à gauche – même avec le vêtement civil, à partir du règne de François 1er. Les femmes qui ont les moyens de s'offrir des vêtements à boutons, alors coûteux, sont servies par leurs femmes de chambre, elles aussi le plus souvent droitières. Les tailleurs ont adopté et perpétué ces pratiques.

▲Portrait de Renaud de Brederode, maire d'Utrecht (et détail), Jan van Scorel, 1545
Rijksmuseum, Amsterdam

▲à g. : Portrait de Philippe II d'Espagne, Antonio Moro, 1549-1550
Musée des Beaux-Arts, Bilbao
à dr. : Portrait de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, Antonio Moro, vers 1562
Gemäldegalerie, Berlin – sur Wikipédia

▲Portrait d'un chevalier de l'ordre de Calatrava, probablement Sorias de Sorel (et détail)
Frans Pourbus, XVIe siècle, Rijksmuseum, Amsterdam

▲à g. : Portrait de Pierre Forget, seigneur de Fresnes, François Clouet, 1559
Musée du Louvre, Paris sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais
à dr. : Bouton en verre noir ou en jais, queue métal, vers 1590-1596
Rijksmuseum, Amsterdam

▲Portrait de Sir Walter Raleigh (et détail), Federico Zuccari, 1588
National Portrait Gallery, Londres

▲Fragment de boutons fermant une veste - et bouton tissé en fil, vers 1590-1596
Rijksmuseum, Amsterdam

▲Pourpoint en soie, fil métallique et laiton, Europe, vers 1580
On peut voir le détail des boutons et boutonnières, ainsi que des rubans qui portent encore leurs ferrets.
The Metropolitan Museum of Art, New York▼

▲Portrait de six représentants de la guilde des drapiers de Amsterdam (détail)
Pieter Pietersz, 1599, Rijksmuseum, Amsterdam
Les boutons coniques de l'image sont semblables à ceux dits « high tops »,
fabriqués en fil à Dorset, en Angleterre, aux XVIIe et XVIIe siècles ;
ils sont particulièrement proches du « bouton floral » à l'origine du mot « bouton ».
Lire la page dédiée aux boutons Dorset sur le site Internet du magazine Bead & Button (en anglais)

▲à g. : Bouton à queue en métal, vers 1590-1596
à dr. : Portrait de Jean-François Le Petit, Christoffel van Sichem (détail), 1601
Rijksmuseum, Amsterdam

▲Chemise en soie rayée et lin, ruban de soie, fil lin et argent, boutons en fil recouverts d'argent (et détail)
vers 1605-1620, Angleterre, Victoria & Albert Museum, Londres

▲Pourpoint en soie brodé (détail des boutons), France, vers 1620
The Metropolitan Museum of Art, New York

▲Pourpoint en lin brodé de lin (et détail), Angleterre, 1635-1640
Victoria & Albert Museum, Londres

▲Boutons à décor floral ; ces types de boutons sont très fréquents aux XVIe et XVIIe siècles.
en ht sur Le Fouilleur ; en bas sur Silviage

▲Bouton en faïence peinte émaillée, vers 1651
Victoria & Albert Museum, Londres

Le bouton ornement, marqueur social de celui qui le porte

Comme avant lui le lacet, la broche (ou fibule) ou l'épingle, le bouton est un élément utilitaire du vêtement. Mais il devient rapidement ornement ; sa forme arrondie, pour mieux s'enfiler dans la boutonnière, est inspirée de la fibule. La sobriété et l'austère élégance de la mode espagnole qui influence la mode européenne au début du XVIe siècle, ses coloris sombres, ont pour effet de rehausser l'éclat des boutons bijoux du costume d'apparat, masculin et féminin. Les boutons peuvent être à la fois décoratifs et fonctionnels, ou juste des détails ornementaux des vestes, des gilets, des robes – broches et boutons se confondent. En or, ornés de pierres fines, ils sont si dispendieux qu'ils figurent aux lois somptuaires, pour en limiter le nombre et l'usage. Leur valeur dépasse parfois celle de l'habit, elle témoigne du rang social de celui qui les porte.

▲Portrait de Henri VIII, roi d'Angleterre, Hans Holbein le Jeune, 1536-1537
Palais Barberini, Rome sur Wikipédia

▲Portrait d'Élisabeth de France (et détail), Juan Pantoja de la Cruz, 1565
Musée national du Prado, Madrid

▲à g. : Portrait de Marie Anne Christine de Bavière, dauphine de France, d'après François de Troy, 1683
Châteaux de Versailles et Trianon sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais
à dr. : Bouton en cristal de roche taillé en rose serti dans de l'argent, entre 1650 et 1700
(la notice du musée précise que la transformation du bouton en broche est ultérieure à sa fabrication)
Victoria & Albert Museum, Londres

▲Louis XIV reçoit Méhémet Raza-Bey, ambassadeur extraordinaire du Shah de Perse Tahmasp II,
dans la Galerie des Glaces de Versailles, le 19 février 1715, Antoine Coypel
Les couleurs des habits du Roi et de la famille royale ne concordent pas
entre la représentation de Coypel et le récit de Saint-Simon dans ses Mémoires !
Châteaux de Versailles et Trianon sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲Parure de rubis, atelier de Johann Melchior Dinglinger, dit Gouers
Daniel Govaers (maître orfèvre), Johann Heinrich Köhler (orfèvre), entre 1719 et 1733
La parure est composée de boucles de chapeau, boucles de chaussures, boucles de genoux,
boutons de gilet, boutons de chemise, boutons de veste, boutons de manchette, boucles d'oreille,
décoration de l'ordre polonais de l'Aigle blanc, ornements de l'ordre de la Toison d'Or,
agrafe de chapeau, épée et fourreau, canne et tabatière.
Le détail à droite montre 28 boutons de justaucorps et une sélection de boutons de veste.
Grünes Gewölbe - Staatliche Kustsammlung, Dresde
sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

Les comptes des souverains français témoignent d'exemples restés fameux. En 1520, François Ier commande à son joaillier 13 400 boutons destinés à orner un habit de velours noir qu'il compte porter lors de sa rencontre dite du camp du Drap d'Or près de Calais avec le roi Henri VIII d'Angleterre, dans le but de l'impressionner. Le 19 février 1715, Louis XIV reçoit en grande pompe à Versailles l'ambassadeur de Perse Mehemet Raza-Bey. Il est vêtu, pour l'occasion, d'une tenue noir et or sur laquelle sont cousus pour 12 500 000 livres de boutons en diamants, une somme fabuleuse – les autres membres de la famille royale ne sont pas en reste, même les enfants comme le dauphin, le duc du Maine et le comte de Toulouse, fils légitimés du roi, portent des garnitures de diamants, de perles et de pierres précieuses. Dans ses Mémoires, Saint-Simon raconte que le roi, qui ploie sous le poids de son habit, s'est empressé d'aller se changer après le dîner [Lire l'extrait des Mémoires de Saint-Simon, Tome XII, chapitre 1 sur Wikisource].

▲à g. : Portrait d'homme, probablement Jean Deutz, Michael Sweerts, vers 1650
The Wallace Collection, Londres
à dr. : Portrait de Jan Six, Rembrandt van Rijn, 1654
collection de la famille Six, Rijksmuseum, Amsterdam

▲à g. : Habit dit de François de Sales (détail), 1660-1675
Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris sur Mairie de Paris
à dr. : Boutons de l'époque Louis XIV, début XVIIIe siècle
catalogue de la vente du 28 juin 2014 à Fains Veel, Étude Cappelaere-Prunaux, Bar-le-Duc

▲à g. : Boutons en bois et os, début XVIIIe siècle
catalogue de la vente du 28 juin 2014 à Fains Veel, Étude Cappelaere-Prunaux, Bar-le-Duc
à dr. : Louis XIV, estampe rehaussée d'aquarelle, vers 1694
Châteaux de Versailles et Trianon sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais

▲à g. : Boutons en métal doré ciselé à culot bois ou os, début XVIIIe siècle
catalogue de la vente du 28 juin 2014 à Fains Veel, Étude Cappelaere-Prunaux, Bar-le-Duc
à dr. : Portrait de jeune homme, Nicolas de Largillière, 1704
Musée national de Catalogne, Barcelone sur Wikipédia

▲à g. : Portrait du peintre Jean-Baptiste Forest, Nicolas de Largillière, 1704
Musée des Beaux-Arts, Lille sur Agence photo de la réunion des Musées nationaux et du Grand Palais
à dr. : Boutons en or massif 17 carats époque Louis XIV et début du XVIIIe siècle
catalogue de la vente du 28 juin 2014 à Fains Veel, Étude Cappelaere-Prunaux, Bar-le-Duc

▲Gilet en soie brodé de fils métal, et bouton (détails), Angleterre, vers 1742
The Metropolitan Museum of Art, New York

Boutons et boutonnières du costume masculin du XVIe et XVIIe siècles s'insèrent dans une débauche d'ornements de galons, broderies, passementeries, dentelles, rosettes et cocardes de rubans, terminés par des ferrets ciselés. L'habillement masculin se simplifie à la fin du règne de Louis XIV. Les hommes portent le justaucorps qui prend le nom d'habit, une veste [gilet] et une culotte courte collante. Justaucorps et veste descendent au-dessous des genoux ; ils sont boutonnés de haut en bas par des boutons très rapprochés à brandebourgs, passementerie entourant les boutonnières qu'on appelle alors des queues de boutons.

Les boutons détrônent définitivement aiguillettes, rubans et galants [touffes de rubans]. Un habit affiche une série d'une trentaine de boutons luxueux, pièces d'orfèvrerie, recouverts ou brodés ; la garniture de bouton se fait de soie jaune, aurore ou blanche, pour imiter l'or et l'argent ; les boutonnières sont brodées du même fil. Les poches sont aussi ornées de brandebourgs et de boutons. Le XVIIIe siècle naissant s'engage dans une mode nouvelle qui verra la folie des boutons.

(À suivre : Au XVIIIe siècle, la folie des boutons)


10 commentaires:

  1. Toujours la même qualité de l'écriture et de la documentation, c'est chaque fois un vrai plaisir de vous lire ! Je ne regarderai plus mes boutons de la même façon, une pensée pour la Mésopotamie, Chrétien de Troyes ou Elisabeth de France tous les matins en m'habillant :)

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    1. Bonjour Noisette,

      Comme quoi la curiosité et l'interrogation permanente, même appliquée à boutonner et déboutonner de ses doigts son vêtement matin et soir, peut mener à l'acquisition de connaissances associées et permet d'accéder à une réalité nouvelle : de l'art et la manière de transposer le mythe de la caverne de Platon à sa boutonnière chaque matin !

      Merci pour votre très sympathique commentaire.

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  2. Des réponses superbes à plein de questions que je me pose depuis toujours, considérant que le bouton est une des grandes inventions de l'humanité ! J'ai souri en pensant aux vêtures d'antan où les boutons pouvaient coûter beaucoup plus cher que le vêtement qu'ils ornent : lorsque je réalise un tricot pour mes petits-enfants, le prix des boutons excède bien souvent celui de la laine ....

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    1. Preuve s'il en est que vous traitez vos petits-enfants comme des princes !

      Merci, Marie-Pierre, de votre fidélité aux Petites Mains.

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  3. S'il est besoin d'un prétexte... les boutons sont indispensables AUSSI aux vêtements d'enfants ;-) Mais je dois avouer que oui, la boîte à boutons de la maman, nous sommes nombreux à y avoir passé des heures de sagesse ! Elles étaient malignes, ces mamans ;-) Une histoire du bouton, c'est une superbe idée. J'en profite pour vous remercier bien sincèrement de nous faire bénéficier de vos recherches pointues et de votre passion à communiquer sur ces sujets qui nous tiennent tant à coeur...

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    1. Ouvrir et vider sa boîte à boutons, c’est suivre un fil invisible qui en se dévidant raconte des histoires de vie. Je collecte sur mon site Internet pro des histoires de boutons en forme de « déboutonnages » qui peuvent vous intéresser [http://viviane-le-houedec-perluete.fr/boite-a-boutons/].

      Merci à vous pour ce sympathique commentaire – et votre site Ouvrages de dames, que je trouve aussi très intéressant.

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  4. Il y a un effort de recherches, aussi est-il dommage d'avoir compilé des textes inexacts, voire farfelus. Bref, la compilation de textes dont le sérieux n'est pas prouvé, hé bien c'est mal .
    "Au Moyen Âge, les manches de la cotte et du pourpoint sont le plus souvent amovibles, on doit les attacher le matin au corps de l'habit en les « recousant » ou par un lacet"--> Vous avez des preuves ? Probablement pas, parce que c'est pure invention ou généralisation abusive. S'il a existé des manches amovibles c'est pendant un court moment au XV° siècle seulement - c'est à dire pendant moins de 50 ans sur les 1000 ans que dure "le moyen-âge"- et elles étaient épinglées et non cousues (si c'est cousu, ce n'est pas "amovible", voyons ! :D ). Il ne faut pas croire tout ce que raconte internet et il faut enquêter convenablement et recoupant ses informations. :) Quand on ne sait pas, quand on n'est pas certain, on ne dit rien, mais à quoi bon inventer ? :)

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    1. Mon article serait une « compilation de textes inexacts, voire farfelus », vous êtes dur ! Je cite des sources, qui ne sauraient en effet pas être des preuves historiques irréfutables, toute source demande à être croisée. Ici on s'amuse autant qu'on apprend. Il est effectivement difficile de ne pas généraliser sur une période aussi longue. Dans le contexte actuel de l'habillement, je persiste à nommer « amovible » une manche qui est cousue le matin, décousue le soir, sur une base qui portera des manches différentes un autre jour...
      Merci de votre intervention qui témoigne de votre passion. Mais vous savez, on peut aussi porter la contradiction sans faire de la morale ni jouer au prof qui tape sur les doigts. Pas sûr non plus que les lecteurs des Petites Mains « croient » ce qu'Anonyme raconte de façon si péremptoire sans citer ses sources.

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  5. Bonjour,
    Merci pour ce travail de recherche quant à l'histoire des boutons.

    Même si certains l'on joué " guerre des boutons " (ho non j'ai osé, je peux sortir là, tout de suite maintenant si vous voulez ^_^)

    Ceci étant et trêve de blague fantoche, je viens de trouver un petit bouton tout en verre, assez lourd donc qui a une forme de ce qu'on pourrait appelé un polype (le nom n'est pas engageant du tout). Ceci étant, ce petit bouton en une seule pièce me pose une belle question : Mais comme le pose-t-on ce jolie petit morceau de vers nacré ?? Aurait-il un nom particulier du fait de sa forme ? Bref je cherche en vain.

    Je vous ai mis en lien l'adresse de la page sur laquelle j'ai chargé ma photo et si vous connaissez ce type de boutons et pouvez me vernir en aide je vous en remercie énormément ^_^.

    En tous cas très bonne continuation à vous

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  6. Je veux faire un estimation est un boton

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